L'ÉDUCATION NATIONALE
Sous la Convention, l'amour des temps anciens suggéra une fièvre d'éducation nationale, dont Saint- Just a donné tout un programme : Les enfants set ront vêtus de toile en toute saison ; ils coucheront « sur des nattes et dormiront 8 heures ; ils seront t nourris en commun, et ne vivront que de racif nés, de fruits, de légumes, de pain et d'eau. Ils « ne pourront goûter de chair qu'après l'âge de t 16 ans... »
Le discours fut très applaudi, mais la doctrine méconnue... et pour cause l
C'était bon pour Lacédémone, non pour Paris.
Une éducation uniquement nationale, est une aberration politique.
A moins de poursuivre un but sectaire, il est difficile de soutenir, que les parents ne sont point, de par la Nature et la Providence, les représentants vrais des intérêts de l'enfant.
La Patrie seule, disait Robespierre, a le droit
456 f-ES ENFANTS MAL ÉLEVÉS
c d'élever ses enfants. Elle ne peut confier ce dé- € pot à l'orgueil des familles ni aux préjugés dea c particuliers ».
(Content. , 22 février an II.)
« Il importe, soutient Grégoire, que l'éducation « s'empare de la génération qui naît, qu'elle aille « trouver l'enfant sur les genoux de sa mère, dans « les bras de son père. » (18 floréal an I.)
« Qui me répondra, demandait de son côté Lan- « ton, que les enfants, travaillés par l'égoïsme des c pères, ne deviendront pas dangereux pour la Repu- « blique? »
Ou, comme le dit plus crûment encore, Le Bon : « Il faut remplacer les pères et mères, par une édu- « cation commune obligée. »
Ce sont les enfants de la Patrie?
Je le veux bien; mais les parents y sont peut-être pour quelque chose aussi...
Or, les traiter en suspects, se réserver le droit de former les descendants en dehors, et même à rencontre des volontés de la famille, est une entreprise contre la justice et la liberté.
Nous n'exagérons rien : c'était la confiscation de ï enfant que l'on revendiquait alors, au nom de la Nation; et l'idée s'est un peu réveillée de nos jour% on le sait
Loin de nous la pensée de contester ce que la Coa*
QUELQUES SYSTÈMES D'ÉDUCATIOrs 451
venticn et notre époque ont fait d'utile, en faveur de l'enseignement public!
Mais on voit que les systèmes d'éducation nationale, imaginés indépendamment de la volonté du père, aboutissent à une sorte de socialisme violent.
« Entre l'enfant et Dieu, écrivait M. Foucher de Careil, qu'il s'agisse des prescriptions du législateur ou de la loi innée, je ne vois point place pour un autre que pour le père, a
Le communisme qui convoite la fortune d'autrui et prétend se substituer aux propriétaires légitimes, n'invoque-t-il point également la raison politique? Que deviennent donc les droits de l'individu?
L'État peut-il se désintéresser de l'enseignement public? Nullement.
Il doit au contraire s'en occuper et s'en préoccuper sans cesse, non pour contredire l'autorité et les vœux paternels, mais pour les fortifier, les appuyer et les mettre à exécution.
Dans cet ordre d'idées, l'État se comprend surtout comme pouvoir exécutif des volontés familiales : là est sa vraie mission.
Tient-il compte du désir des minorités...? Il est libéral.
S'impose-t-il au nom de la force et du nombre...? Il est intolérant.
L'État se jugeant doué de toutes les aptitudes et de la clairvoyance voulues, pour manier à sa guise
cette chose plus délicate qu'une fleur, une àmt d'enfant 1 fait penser à cet éléphant du cirque s' essayant au pastel, avec le succès et la grâce qu'on devine..*