I. — LA TENUE
« Ma petite chérie! dit la mère, tiens-toi donc t mieux ; on ne croise point les jambes ainsi, ce t n'est pas bon genre. >
... La pauvre maman n'a point remarqué que le papa, enfoncé dans un moelleux fauteuil, est en train de lire son journal, dans la position vertement blâmée chez l'enfant.
A cette observation qui le sort de sa torpeur, le père, sans avoir l'air de rien entendre, laisse glisser
sans bruit la jambe sur le tapis, et reste silencieux, avec la modestie qui convient à la situation.
Un instant après, distraitpar un article à sensation, il oublie l'incident, et bientôt se retrouve dans l'attitude première : a Faisons attention ! pense-t-il, « Pourvu qu' elle ne m'ait point vu. »
... Et d'un mouvement brusque et résolu il se rétablit dans une tenue correcte.
Désormais la résolution est prise : il se surveillera. Sinon, comment la mère pourrait-elle avec raison réprimander l'enfant, lors du prochain manquement?
On reçoit des amis.
Le petit garçon est autorisé à faire courte soirée dans le salon.
Tout à coup, baby lance un bâillement sonore, accompagné d'un long miaulement modulé, c Voulez-vous bien vous taire ! Monsieur I Savez-vous que ce que vous vous permettez là est très malhonnête ! »
Le lendemain, après dîner, on est en tête-à-tête ; la maman ne pense plus à l'observation faite. Lassée d'une journée laborieuse, elle néglige de contenir ou d'étouffer avec la main un « hiatus » involontaire, qui vient frapper l'oreille de l'enfant...
Celui-ci regarde, et songe avec étonnement à l'interpellation de la veille...
Supposons-le bien élevé et respectueux : il se gardera de faire aucune observation, mais il n'en pensera pas moins.
Cependant, la mère a lu dans les yeux de son fils le sorite logique qui se déroule... Dorénavant elle ne s'oubliera plus : elle comprend trop le danger des inconséquences.
On recommande de ne point s'accouder, de ne point siffler, de se tenir droit...
C'est parfait !
Mais encore sent-on la nécessité impérieuse où l'on est, d'éviter quant à soi ces incorrections , contre lesquelles on a bien raison de prémunir l'enfant?