‹ Les enfants mal élevésChapitre 124 sur 125 · SCIENCE · texte numérisé non relu

SCIENCE

Et il ajoute :

« Donc, ensemencez les villages d'évangiles. »

Et ailleurs :

« Ce qui allège la souffrance ; ce qui sanctifie le i travail; ce qui fait l'homme bon, fort, sage, patient, c bienveillant, digne de la liberté, c'est d'avoir devant « soi la perpétuelle vision d'un monde meilleur, « rayonnant à travers les ténèbres de cette vie. t Quant à moi, j'y crois profondément à ce monde « meilleur, et je déclare ici, c'est la suprême joie c de mon âme, comme c'est la première certitude c de ma raison. Je veux donc sincèrement, je dis « plus, je veux ardemment l'enseignement reli- « gieux. »

La preuve évidente que l'on confond générale* ment l'instruction avec l'éducation, c'est que l'on entend tous les jours des parents tenir le langage suivant :

« Si notre fils n'est pas élevé comme il aurait dû l'être, ce n'est certes point notre faute 1 Nous n'avons rien à nous reprocher de ce côté... Quand

il était petit, on a pris des domestiques exclusivement pour lui. Puis, on lui a donné des maîtres à la maison. Aussitôt qu'il a eu l'âge voulu, on Ta placé dans le meilleur lycée; et sans jamais compter, on lui a payé des répétiteurs de tout genre, procuré mille distractions et fourni l'argent de poche de la manière la plus généreuse. C'est au moins vingt mille francs que nous a coûté ce vilain ingrat 1 Que pouvions-nous faire de plus... ? »

Oui! l'enfant a appris à lire et à écrire; il a étudié la grammaire et Forthographe pendant ses premières années, pour se livrer ensuite à des études plus sérieuses, plus approfondies, sous la direction de professeurs distingués... On lui a enseigné la Géographie et l'Histoire, et à mots couverts la Mythologie... Bientôt, il a commencé le latin, dans César, Phèdre, Ovide, et appris les principes de la prosodie... Plus tard, il a traduit quelques livres de Virgile, deux ou trois chants de l'Iliade : ce qui l'autorisera dans l'âge mûr, à parler avec enthousiasme et tendresse du « divin Homère » î

Ce n'est point tout : il sait extraire une racine carrée, faire «ne équation, et trouver un chiffre logarithmique...

Enfin, il a passé en revue les doctrines des grands philosophes de l'humanité, donnant à l'étude de chacun d'eux un quart d'heure en moyenne ; il a même lu 50 pages de Dugald-Stewart, 100 de M. Jouffroy, et 200 de M. Cousin...

Bref, il est réputé avoir fait des études complètes 1 1

À merveille !

Cependant les parents vont oeut-être s'aoercevoir

que l'enfant est devenu homme, sans avoir vraiment reçu d'éducation. La tête est meublée de connaissances multiples ; mais le cœur est vide, si même il n'est pas gâté dans ses profondeurs.

Pendant plusieurs années nous avons entendu, dans un des premiers lycées, notre Proviseur nous adresser, chaque samedi, l'allocution suivante, dans des termes presque identiques : « Messieurs, vos « familles font des sacrifices pour votre instruction ; € vous ne voudrez pas qu'elles perdent leur argent. « Évitez donc avant tout les fautes matérielles, si c vous voulez obtenir les diplômes qui doivent être le t but de vos efforts. »

Durant huit années, les internes n'ont point reçu d'autre conseil de la part de cet excellent homme. Et cela suffirait. . ?

C'est lamentable...

Heureusement, on trouvait autre chose à nous dire au digne foyer de la famille. Mais combien sont privés de cette direction !

Il faut que les parents s'en rendent compte : l'enseignement public, redisons-le encore, n'a, pour ainsi dire, nul souci de l'éducation.

Où trouverait-on un proviseur, se considérant comme véritablement chargé d'inciter à la vertu la jeunesse qui lui est confiée.. . ?

On n'obtiendrait même pas cette précieuse influence en payant « un supplément », comme pour l'escrî^e, la musique ou la danse...

C'est en dehors du programme !

A peine ose-t-on garantir la discipline.

Ainsi donc: en ce qui concerne les maîtres, l'élève est censé recevoir des parents l'éducation morale... ; et de leur côté, ces derniers comptent aveuglément sur les maîtres qu'ils payent, vous diront-ils, pour les remplacer.

Le prix de la pension « tout compris *, ne s'applique-t-il pas aussi bien à la formation du cœur qu'à la nourriture, au blanchissage et au cirage des bottes... ?

Cela ne fait même pas question pour le père !

N'en avons-nous point dit assez, pourdémontrer la justesse de cette affirmation :

L'Instruction SEULE, ne suffit pas à moraliser l'enfant.

Il faut de toute nécessité y joindre Y Education.

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