PRÉFACE
Si le sujet que nous traitons est vieux comme le Monde, il est néanmoins toujours jeune comme l'Actualité...
Nous nous sommes proposé de donner dans ce volume, non un tableau de genre ni une œuvre fantaisiste , mais bien une photographie instantanée de la vie de famille, prise au cours même des épisodes ordinaires et des incidents quotidiens.
Or, dans l'intimité, on ne revêt point l'habit noir, on ne porte pas la cravate blanche ; on est en robe de chambre et en pantoufles...
Enguirlander à plaisir ce foyer ; endimancher ses hôtes, et leur supposer un langage pompeux,
a * PRÉFACE
c'eût été fausser la vérité des situations, et décolorer nos personnages.
Aussi le lecteur excusera-t-il, nous l'espérons, le sans-façon obligé des dialogues.
Ce sont en effei des portraits vécus, comme disent les artistes, que nous avons essayé de peindre, en nous montrant soucieux de rendre la ressemblance, avec une fidélité scrupuleuse et une entière indépendance.
Quant au livre même, il est écrit pour leg familles, — nombreuses encore, — qui ont réellement à cœur de donner à leurs enfants une vraie éducation, et qui s'estiment comptables de ces jeunes âmes devant Dieu, devant la Société et devant leur Conscience, car :
De l'advis des aultres, nai quepetk soulcy.
C'est sous l'influence du regard si pur des enfants qui nous entourent, et la pensée pleine de respect pour cette sainte chose qui s'appelle leur candeur, que nous écrivons ces pages, sévères parfois.
Nous souhaitons cependant prouver au lecteur que Ton peut être sérieux sans être morose..,, aussi bien que l'on pourrait être grave, sans être en rien sérieux.
P Kl FaCE 1M
D'ailleurs comment ne pas sourire en parlant de l'Enfance !
Loin de nous la témérité de vouloir imposer nos propres jugements, si convaincus soient-ils. Notre travail n'est point une leçon impertinente, mais une sorte d'examen de conscience.
Nous n'enseignons pas
Nous étudions.
Un célibataire ose-t-il écrire sur l'éducation ? on le traite de théoricien et de rêveur : « Vous en parlez à votre aise ! lui dit-on ; quand vous aurez des enfants, vous ne tiendrez plus le même langage. »
Un père de famille entreprend-il la même étude... ?
On déclare qu'il ne saurait être indépendant : « Vous jugez tous les enfants d'après les vôtres; vous avez nécessairement des préventions et des illusions; vous ne pouvez pas être impartial. Àk ! si vous étiez garçon, à la bonne heure... !
Eh bien ! voilà pourquoi, tenant grand compte des doctrines des théoriciens, et mettant à profit