‹ Les enfants mal élevésChapitre 39 sur 125 · LES CONCESSIONS · texte numérisé non relu

LES CONCESSIONS

« Maman, donne-moi un abricot. »

— «Y penses-tu, ma pauvre enfant ? tu es folle l « Tu viens d'être souffrante; le médecin Va formel*

« lement défendu les fruits :pour sûr, tu n'en auf ras pas »

L'enfant devient grognon.

— « Oh! c'est inutile... Je t'ai dit non, c'est non! « Tu m'as bien comprise, n'est-ce pas? »

Les cris augmentent, et la note change ; c'est-àdire que la mère mollit déjà.

— « Voyons, ma bonne chérie! tu veux donc « être malade? Je t'assure que rien n'est mauvais « comme les fruits en été. »

— « Si ! c'est bon, na! »

Nouvelle tactique ; nouveau changement, voix différente : « Tenez! vous allezvoir commenous avons « une enfant gentille... Viens, mon amour, viens « mon trésor sur ta petite mère! montre que tu es m une belle fille! »

— « Laisse-moi tranquille..., » riposte la fillette en se dégageant brusquement, et en ajoutant à mi-voix : « tu m'ennuies ! »

Si la maman croit bon de ne pas faire la sourde oreille, elle s'écriera : « Voyez la laide... ! Comme « cest joli ce que vous venez de dire là! Allez, • Mademoiselle! je ne vous aime plus...; vous « n'êtes plus ma petite fille... »

— « Ça m'est bien égal, » balbutiera l'enfant en révolte.

Et aux cris, succéderont de vrais hurlements.

Alors, d'un ton d'autorité comique en pareille aventure, la mère, majestueuse, dira d'une voix lente et solennelle : « Ecoute ! aujourd'hui par exception « je veux bien (!!) te donner... une toute petits « moitié d'abricot; mais je te préviens, qu'il sera

t inutile d'insister un autre jour. C'est la dernière t fois que je te cède. »

Et voilà des parents qui bientôt feront de navrantes doléances, et diront en joignant les mains : t Mon Dieu ! que cette enfant est mal élevée ! »

Rien de plus vrai : mais PAR QUI DONC...?

On ne récolte pas de roses là où l'on n'a planté que des bryones, comme disent les Orientaux.

Continuons.

— « Je n'en veux pas, » répondra l'enfant qui s'est butée.

— « Ah! tu n'en veux pas*! Ehbien! tu nyen auras pas, » affirmera la mère avec dignité.

Pendant que « l'ange » rage et trépigne, on entendra, je gage, l'aparté suivant : « Mon Dieu, quelle « créature assommante, c'est à faire damner un € saint!... Tiens t le voilà ton abricot; tiens! en e veux-tu deux, trois.. . ? Mange-les ! et si tu es ma- « lade, tant pis ! Ce sera bien fait... Ten serai enc chantée! »

Savez-vous qui est à plaindre...?

... L'enfant qui a des parents aussi inexpérimentés, et aussi faibles.

En un mot, si non, dans la bouche du chef de famille, n'est pas définitivement et franchement un refus; si non, peut devenir oui dans la minute prochaine, l'enfant serait bien naïf de ne point insister et de ne pas éclater avec violence, pour hâter l'instant

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