‹ Les enfants mal élevésChapitre 65 sur 125 · LES PETITS PHARISIENS · texte numérisé non relu

LES PETITS PHARISIENS

Mes chers amis, devons-nous dire à nos enfants, gardez-vous bien de vous croire vertueux parce que, grâce à votre naissance, grâce à votre famille, et à la vigilance dont elle vous entoure, les fautes ou délits vulgaires ne vous attirent pas.

Il n'y a vertu, que s'il y a tentation et lutte, pour résister aux sollicitations du mal...

Or, est-il donc si héroïque de ne point vouloir dérober un petit pain, quand on sait avoir le soir un gros gâteau succulent...? Est-il donc si admirable d'être laborieux, quand on se livre à un travail choisi et délicat, alors que l'ambition légitime de parvenir, le besoin de se maintenir à un certain rang et de ne pas déchoir de celui où la Providence nous a placés, en fbnt en quelque sorte, une obligation purement sociale... ? Enfin, est-il donc si méritoire de ne point commettre de violences, quand le Code pénal et celui des bienséances nous obligent, en dehors de toute vertu, à contenir notre impétuosité naturelle et à tempérer la virulence de notre langage?

Nous profitons en cela des fruits de l'éducation reçue

Les résultats ne sont point notre œuvre : ils sont bien plutôt acquis, que conquis.

S'il en est ainsi, enfants! comprenez que vous êtes tenus de faire beaucoup plus, et beaucoup mieux que celui qui, sorti d'une souche vulgaire, devra, pour arriver aux simples convenances, faire des efforts aussi énergiques que persévérants, en vue de réformer une première éducation mauvaise...

Ah ! soyons très indulgents aux pauvres, à peine d'être bien injustes à leur égard !

11 n'est pas si merveilleux que nos fils soient mieux surveillés que les leurs, puisque nous avons des serviteurs pour nous y aider...

Ce n'est point parce qu'on est favorisé par les circonstances, ou doué par la nature, que l'on est méritant ; mais uniquement parce qu'on s'est donné de la peine pour être meilleur.

Que serait-on, soi, si Ton avait été placé dans le milieu corrompu où ceux que l'on blâme, avec raison, ont été élevés? Vaudrait-on mieux?

Si donc un bon entourage suffit à préserver, tout naturellement et sans effort, l'enfant .bourgeois contre les tentations d'improbité et contre les violences physiques, c'est un bonheur pour

lui, une faveur; mais il n'a point lieu de s'en glori fier.

Au contraire, telles fautes, tels manquements, sans portée considérable socialement parlant, ont chez nos enfants une véritable gravité, car ce sont les tentations propres au monde auquel ils appartiennent

Développons cette pensée, tout en prévoyant que certains esprits la jugeront excessive.

Le petit pauvre, qui, élevé dans une atmosphère pernicieuse et pressé par la faim commettrait un délit pénal, un larcin, disons le mot, serait peut-être moins coupable en conscience qu'un enfant riche, se montrant plein de morgue et d'insolence à l'égard des malheureux, ou prenant l'habitude de critiquer sans pitié et de ridiculiser sans cesse.

La responsabilité morale n'est-elle pas très positivement proportionnelle à l'intelligence que nous avons de nos devoirs?

Aht comme il est facile de déclamer contre les erreurs des autres, quand on ne manque de rien : on est si fort alors ! Comme il est commode de se décerner glorieusement les palmes du triomphe, alors que l'on n'a pas même combattu!

Certes, on est libre de penser autrement que nous ne le faisons ici.

Mais ces enseignements sont ceux que nous rappelons à nos enfants : c'est la meilleure preuve de l'énergie de nos convictions dans cet ordre d'idées.

Plus on a reçu, plus on a de comptes à rendre.

En laissant ses fils grandir sans jamais leur fourair l'occasion d'entrevoir les foyers indigents, on leur cache une grande partie de l'humanité, tout en se privant d'une des influences les plus moralisatrice! qui se puissent rencontrer.

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