L'IMITATION
Chez les divers êtres d'organisation analogue, il y a une sympathie innée, et comme un besoin d'imitation.
Quoi de plus impérieux que l'influence de ces spas mes particuliers, qui s'appellent le rire et le bâillement !
Bon gré mal gré on est vaincu.
On obéit à cette force impulsive, qu'on voudrait repousser à tout prix.
Il y a là, une action physique évidente.
Une personne regarde-t-elle avec persistance l'angle d'une salle, la rosace d'un plafond...? Bientôt, vous verrez les voisins diriger leurs regards du même côté, et, finalement, tous auront les yeux fixés vers ce même point.
C'est une innocente plaisanterie, amusante après tout, que les étudiants renouvellent de temps en temps dans les amphithéâtres de nos Facultés.
Autre exemple On se trouve près d'un individu affecté d'un tic, d'un mouvement nerveux... Au
bout de quelques instants on se surprend à reproduire sa grimace, ou son geste involontaire.
Plusieurs invités sourient-ils par amabilité naturelle, ou par simple bienséance ? L'exemple sera contagieux ; et l'on ne tardera pas à constater un épanouissement relatif, même sur le visage de ceux qui ne sont venus que contraints et forcés par un devoir social.
Voilà pourquoi dans le monde, on recherche pour convives les gens communicatifs et expansifs, qui engagent les autres à partager leur belle humeur.
Ajoutez à cela, le désir qu'a tout enfant de ressembler aux grandes personnes, de marcher de pair avec elles, et vous comprendrez l'énergie puissante des velléités imitatives.
M. Egger, dans un traité sur l'intelligence des enfants, note, vers l'âge de neuf mois , les faits suivants comme caractérisant l'imitation voulue : 1° action de se montrer et de se cacher tour à tour, en manière de jeu; 2° action de jeter une balle ; 3° essai de soufflersurune bougie; 4° essai d'éternuer pour s'amuser ; 5° essai de frapper sur les touches d'un piano...
A cet âge, ajoute l'auteur, rarement l'enfant s'efforcera de redire les sons qu'il entend : l'organe phonétique n'est pas assez formé pour cela.
L'imitation porte presque exclusivement alors sur les choses extérieures.
Bientôt, cet aiguillon éveillera en lui divers instincts.
Qu'on ait l'air, je suppose, de manger avec délices et gloutonnerie... L'enfant sera incité à faire de même.
Croit-on que, témoin constant du froncement dô sourcil du père, ou de l'irascibilité maternelle, il ne reproduira pas peu à peu les habitudes de ses auteurs?
La contagion de l'exemple fait des merveilles ou des ruines ; elle est autrement forte que la nature !
Ainsi, prenez deux frères, soumettez-les à une éducation différente dans des milieux opposés : vous aurez deux êtres des plus dissemblables.
Même pour copier autrui, l'enfant aime à agir en liberté, et non à singer servilement.
Néanmoins, son impressionnabilité le guide malgré lui. A force de voir se reproduire tels gestes, telle expression, il les réédite de lui-même ; la gravité lui inspire le sérieux, comme la gaieté ambiante engendre chez lui l'enjouement.
Aussi l'exemple est-il de beaucoup le plus éloquent des prédicateurs.
Car en logicien parfait, l'enfant se posera ce dilemme: « Si ce qu'on exige de moi est sage, mon t père doit s'y soumettre; si ce n'est pas utile, « pourquoi me l'imposer... ? »