‹ Les enfants peints par eux-mêmesChapitre 25 sur 58 · CAI'KICK · texte numérisé non relu

CAI'KICK

Il y lil pas laule. Après le dîner, on songea à organiseides jeux pour passer agréablement la soirée. Ce n'élail pas chose facile , chacune apportant son goût et ses idées : l'une voulait faire des charades en action, une autre demandait le colin-maillard; celle-ci aurait désiré danser au piano, celle-là jouer aux gages ; comme dans toute assemblée où chacun a le droit de donner son avis, on ne s'entendait pas , et la soirée se serait ainsi passée en discussions, si M. de Gernancé n'eût mis d'accord toutes nos jeunes personnes en proposant une loterie qu'il avait pré-

l"l|lll|liiilllJi'||IM|^^

parée dès le matin. Or, le hasard seul ne devait pas y décider des lots; h chacun d'eux étaient atlachées pUisieurs questions à résoudre , soit de géographie , d'histoire, de grammaire, de musique, d'anglais, d'italien, etc. Au premier coup d'œil , Caroline fut enchantée , car elle se croyait instruite dans chacune de ces facultés, parce qu'elle les avait toutes effleurées : elle croyait donc pouvoir gagner plusieurs lois. La loterie se lire; mais les questions étaient assez difficiles, M. de Gernancé les avait choisies un peu hors des éléments. Malgré celte petite embûche, chaque jeune convive obtint un lot. Telle qui

126 CAPRICE

ii'élail pas forle en géographie , était assez avancée en histoire ; telle autre qui ne savait pas la musique , calculait facilement ; tous les lots tr^ouvèrent leur place ; Car'oline seule n'eut rien, car elle ne connaissait que la superficie de chaque science ; la moindre question un peu approfondie la tr'ouvait sans réponse. Elle comprit à .ce moment qu'il vaut mieux n'avoir appris qu'une chose et la bien savoir , que d'en avoir eftleuré vingt sans pr'ofil. Elle ne montra pas d'humeur néanmoins, et (ut la première à avouer sa pi^ésomption et son erreur, en prenant la l'ésoliition de ne plus so laisser surpendr'e une auli^e fois. La loterie tir'ée, il restait encore une bonne partie de la soir-éeà employer ; M. de Gernancé s'en char-gea et proposa de faire la lectui^e d'un petit journal inédit. «C'est, dit-il, la confession d'une jeune personne de votr-e âge sur tous les désii'S et tous les vœux qu'elle a pu former pendant le courts d'un mois. Vous verrez comme ils sont raisonnables, et combien il est fâcheux que ses parents et le ciel ne puissent pas tous les exaucer. Écoutez bien :

14 mars 1841. Il n'y a rien d'aussi joli qu'une belle nuit de neige ; le lendeiuain au réveil, le voile blanc qui couvre toute la natui-e égaie les yeux et l'esprit.

16 mars. Quelle insupportable saison que l'hiver! impossible de sortir de l'appartement; et puis toujours cet aspect d'une blancheur monotone ! passe pour le froid . mais la neige ! !

17 mai-s matin. Quelle étude ennuyeuse que celle de la géogr'aphie ! j'aimerais mieux fair-e deux heures d'histoii'e qu'un quart d'heure de géographie.

17 mars soir. L'histoii-e ! des dates à n'en i)lus finir, c'est presque de l'arithmétique. Dieu! que c'est donc dilïicile !

18 mars. Connue c'est insipide et luonolonc de faire tous les jour^s deux toilettes ! j'aimerais mieux rester toute la

CAl'lUCK. 127

journée en (louillclle. cl puis, c'est l'aligaiil, les visites. 19 mars. Mon papa m'a promis une écharpe pour le mois prochain , une belle ccliarpe ! Je la mettrai tous les jours . et j'irai faire visite h toutes mes amies. Il ne faut pas négliger ses amies!

Les jeimes personnes riaient de tout leur cœur , je vous assure; cl Caroline elle-même ne pouvait s'en empêcher. « Comment , papa , j'ai fait tous ces désirs-là , si opposés les uns aux autres, si contradictoires ? — Oui , ma fille , et tu les as écrits de ta propre main, sans même l'apercevoir de leur contradiction; et il y en a ainsi jusqu'au 15 avril ; si tu veux, je vais continuer?... — Non, non ; j'aime autant que tu en restes là; c'est fort drôle , j'en conviens, mais c'est justement pour cela que j'en ai assez. — Ce n'est pas tout, Caroline; pendant que tu écrivais de ton côté, j'écrivais aussi du mien , et voici la liste de tous les objelsq ne tu as désirés. Tu connais nos conventions : je suis prêt à les exécuter fidèlement si tu l'exiges ; mais, avant, fais-moi le plaisir d'additionner le chiffre du prix qu'aurait coiilé chacun de ces objets :

Un encrier siphoïde de chez Chaulin. 10 Çr.

Un petit déjeuner en sèvres bleu. 35

Un abonnement aux Enfants peints par eux-mêmes. 9 Une poupée mécanique de chez Milard. 00

Un jeu de dames en palissandre. 16

— Oh ! mon papa , mais c'est exorbitant ! — Ce n'est rien encore! nous ne sommes pas seulement au quart. La somme de tes fantaisies dépasse quatre cents fanes ce mois-ci...»

Toutes les jeunes filles se regardaient avec étonnemenl et en souriant.

« Oh! soyez tranquilles , Mesdemoiselles, je n'exigerai f ertainement pas de papa qu'il fasse cette dépense énorme pour les plaisirs inutiles dune petite fille; je sais bien que

lis CAPRICK.

si je l'exigeais il le ferait, car j'ai sa parole, et jamais il n'y manque; mais j'étais folle lorsque je faisais tous ces désirs. Je suis raisonnable aujourd'hui , et n'exige de mon père que les deux louis qu'il m'a promis, avec la liberté de leur donner l'usage que je désire.

— Bien volontiers, ma fille; quel est cet usage?

— De les employer h soulager la misère de la pauvre mère de cette petite fille que nous avons rencontrée dernièrement h Clamart. Je pense que la meilleure preuve que je puisse donner de mon retour h la raison et de la connaissance que j'ai acquise du prix de l'argent , c'est d'employer celui que je possède à faire le bien.

— Très-bien, Caroline, Irès-bien ! viens que je t'embrasse.

— Je le vois bien maintenant, toi et maman vous vous entendiez pour m'éclairer sur mes défauts ; et les caprices de maman... — N'étaient qu'un moyen homœopathique , chère enfant, dit Mme de Gernancé ; je voulais le faire comprendre les désagréments que tes caprices pouvaient causer aux autres, en te faisant subir les miens à ton tour. — Tu as bien fait,, bonne petite mère ; je vois maintenant ce que c'est que l'homœopathie : c'est uii système par lequel on guérit le malade par des remèdes de la même nature que sa maladie. Cela peut être un bon moyen ; mais je crois , quant à moi , que le meilleur remède aux défauts d'une jeune fille, est la tendresse d'un bon père et d'une bonne mère.

Mlle Élisa de Nurey .

Élève (le rinslilnlion de Mme V".

),t> 3> Q ç-tjx •

N'en douiez pas; oui, la beaulc, niadame, Charme les yeux ; la douceur charme l'âme.

VOI.TAIKK.

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;

On a beau la prier, La cruelle qu'elle rsl se bnuclie les oreilles

El nous laisse crier.

Elle était de ce monde où b^s plus belles chosi-s

Ont le pire destin :

El rose, elle a vécu ce que vivent les roses.

L'espace d'un matin.

MALHERJJE

GLGTILDE.

Desessevt.s L'iUteur.

LitU .R160 Pi ères . r . RLducl 7.

Page 1