CAP KICK
curiosilc que d'iissislcr h la loilello de Mlle Zëphyriiie et à ses successives mélamorphoses...
«Oh! vois donc, Emma, comme ce turban-là lui sied bien ! Vous êtes vraiment charmante, ma mignonne... — Qu as-tu donc? lu as pâli tout d'un coup, et tes paroles se sont arrêtées sur tes lèvres; serais-tu malade?... — Non, c'est que je viens de voir rentrer la voilure de maman, et il m'a semblé voir avec elle... — Qui donc? — Papa ! papa ! » s'écria Caroline , palpitante de joie et jetant , sans regarder où , la poupée et le turban , et toutes les belles robes, et tous les beaux fichus, et se précipitant dans la chambre de son père : «Papa! c'est loi! j'ai entendu ton pas et puis ta voix , et je suis vile accourue ! — Pas assez vite pour mon cœur, ma fille, lui dit son père en l'embrassant avec un visage affligé. — Ah ! je t'ai chagriné, papa, je t'ai chagriné! Je suis bien , bien malheureuse ! Je ne savais pas que maman allait au-devant de loi,» dit la petite avec des paroles entre-coupées et couvrant son père de caresses. « Oh ! si je l'avais su!... J'aurais été si contente de te voir une heure plus tôt! Oh! je suis bien malheureuse!» Que faire? elle était si désolée, la pauvre enfant, elle pleurait de si bon cœur, elle aimait tant son père! Il fallut bien pardonner... «Vois pourtant, lui dit son père , en la serrant contre son cœur , vois ce que c'est que le caprice !... car la mère n'avait pas besoin de te dire quel était son but, il suffisait qu'elle désirât que lu raccompagnasses , d'autant plus que loi-même l'avais demandé. — Oui, papa, oui , j'ai bien tort d'être capricieuse comme cela , mais j'en suis bien punie , et je m'en corrigerai certainement. » Le père sourit d'un air d'incrédulité , et embrassa cependant sa fille avec effusion ; elle avait un si excellent cœur , sa Caroline !
Hélas ! le sourire d'incrédulité de M. de Gernancé ne fui que trop confirmé pai* la conduite de sa fille. Dès le lendc-
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main, elle recomiiiciiça à se livrer à ses caprices, h ses lanlaisies siirloiil. Dans les premiers jours , M. de Gernancé ii'avaiL rien à refuser à sa fille ; aussi elle usa largement de cette tendresse généreuse, elle en abusa même . et son père dut prendre la résolution de metlre un terme à cette fantasque impétuosité. « Voyons, chère enfant, lui dit-il un jour, comme elle lui faisait encore une nouvelle demande, voyons, j'ai un petit traité h te proposer. — Oh ! dis quoi , papa , dis bien vite ! — Je te promels deux louis à la fin du mois , si tu veux convenir entre nous que je ne te donnerai rien autre chose pendant tout ce temps. — C'est bien beau , deux louis ! mais j'aime encore mieux ne pas faire cette condilion-là ! — Écoute-moi donc : de plus , je m'oblige h te procurer tout ce que tu auras désiré dans le courant du mois, si à l'expiration de notre enlacement , tu en as encore autant d'envie. — Je crois bien... moi, j'oublierais tout cela, et alors tu n'aurais rien h me donner. — Non, tu ne pourras l'oublier, car j'écrirai tes moindres fantaisies sur mon portefeuille h mesure que tu les exprimeras.— Oh bien alors, j'accepte ! — Toujours à condition que tes idées seront les mêmes à l'époque fixée. — Oui , oui, c'est convenu! — Ce n'est pas tout encore : il faut que tu me promettes à ton tour de tenir note de chacune de tes paroles que je jugerai convenable de te faire conserver. — Mais s'il y a du monde? — Je te les rappellerai le soir , entre nous deux. — Eh bien! je veux bien encore. — Tu as bien réfléchi , ma fille? — Oui, oui, papa , dit la petite folle en courant à la cage de son oiseau. — Nous commençons aujourd'hui , Caroline? — Oui , papa, aujourd'hui... Fifi, baisez vite, baisez maîtresse. » Elle eût sans doute oublié promptement ses conventions, mais son père les lui rappelait fidèlement , et souvent, dans la journée , il interrompait les jeux de l'enfant pour lui dire : « Caroline , écris encore cela , » et elle écrivait. De son
CAPUICK -t>;}
côlë, elle népargiiail [n\s les vœux, el son [jèic avail souvent à ouvrir son porlefeuille , quand sa lille lui disait : « Papa , n'oublie pas cela ; » et regardant s'allonger la liste de ses désirs, l'étourdie riait de tout son cœur de la convention de son père , en pensant comme il serait bien attrapé à la fin du mois.
Que voulait donc faire M. de Gernancé ? C'est un problème dont nous aurons peut-être la solution par la suite. Mais la conduite de Mme de Gernancé n'étonnait pas moins Caroline. Sa mère , jusque là d'une humeur si égale . et dont le caractère n'avait jamais varié, dont la volonté el les désirs de la veille étaient encore ceux du lendemain et du surlendemain , sa mère commençait à se montrer presque aussi capricieuse que sa fille ; la visite projetée le matin ne lui plaisait plus le soir; la promenade arrêtée la veille lui était insupportable le lendemain; elle trouvait mille raisons el mille prétextes pour motiver ses changements d'idées , et bien souvent Caroline avait eu à en soull'rir, ce qu'elle faisait sans murmure, mais non sans élonnement. «Qu'a donc maman? se disait elle; jamais je ne l'ai vue ainsi ! Il n'y a pas bien longtemps encore, elle cherchait tous les moyens de me distraire, aujourd'hui elle ne s'en occupe jamais; bien plus, s'il arrive qu'elle ait parlé d'une sortie, d'une visite, ou d'une promenade , et que j'aie paru en accueillir la pensée avec plaisir, je suis sûre que, le moment arrivé , maman aura changé de décision. Comprends-tu cela , toi, papa? — Oui , ma fille , la mère veut sans doute te traiter homœopathiquement, — llomœopalhiquement ?... Qu'est-ce que cela veut dire, papa? — Je ne puis le l'expliquer aujourd'hui, tu ne me comprendrais pas ; dans quelque temps, lu me comprendras sans que j'aie besoin d'entrer dans de grandes explications.— Oui , mais en attendant , cela n'est pas bien gai ; je ne sors presque plus... el liens, encore ce matin . nous
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devions aller voir iMiiie de Servannes, la maman de mon amie Emma; eh bien ! au moment de sortir, maman n'a plus voulu,.. — Je conçois que cela est fort contrariant..., mais n'as-tu pas une poupée magnifique , des jeux de toute espèce, des livres d'amusement, des all>uins de toutes les façons? il me semble que voilà plus qu'il ne faut pour se distraire. — Je ne peux pas toujours jouer à la poupée , et j'ai lu et relu dix fois tous mes livres , passé en revue tous mes albums... — Ebbien, alors, occupe-toi sérieusement; fais des devoiis pour les maîtres et pour ta gouvernante. — Cela n'est pas amusant, et puis c'est encore toujours la même chose : de f histoire , de la géographie , du fiançais, et puis encore du français , de l'histoire et de la géographie. — Cependant il n'est pas possible de répandre plus de variété dans les études. Tu as voulu ap- [)rendre la musique , et je t'ai donné une maîtresse de piano ; ensuite il l'a fallu un maître de langue anglaise, puis un maîtie de danse ; l)ienlôt tu as prétendu que tout cela était monotone , lu as voulu changer l'anglais pour l'italien , ei nous y avons encore consenti. Maintenant le voilà déjà lasse de tout cela: que voudrais-tu donc?
— Mais, d'abord, j'ai profilé de toutes leurs leçons. — Oui , pour le peu de temps pendant lequel tu en as pris; mais comme tu en as perdu le goût trop tôt, tu ne sais, eji réalité , rien. — Oh ! papa , je t'assure que je suis plus avancée que les autres demoiselles de mon âge. — Je n'en crois rien, et me propose de te le prouver avant peu.
— Je veux bien , tu verras ; mais en attendant , que vais-je faire tout aujourd'hui ? — Ah ! oui , voilà la grande question. Eh bien! j'y ai pensé pour toi, et j'ai invité toutes tes jeunes amies à un petit dîner. — Oh ! que lu es donc gentil , papa , et que je le remercie ! »
Aucune des amies de Caroline ne manqua à l'invitation de M. de Gernancé. La gaieté pn'sida au repas, et l'appélit
CAPRICE
i.il'i' Riqo Preres et !