‹ Les enfants peints par eux-mêmesChapitre 3 sur 58 · MU A NOS JEUNES LECTRICES · texte numérisé non relu

MU A NOS JEUNES LECTRICES

A la suite d'une discussion assez vive sur un tait sans importance d'ailleurs, deux frères, dont je m'honore d'être l'ami, étaient brouillés depuis quelques mois; la vanité blessée sépare peut-être encore plus de familles que l'intérêt; c'était le cas ; et bien que leur mésintelligence ne fût pas bien grave , puisqu'ils ne cessaient de se donner des preuves d'intérêt et qu'ils se montraient toujours disposés à s'obliger mutuellement , je n'avais pu parvenir à les réunir ; tous deux le désiraient au fond du cœur , mais c'était à qui ne ferait point le premier pas. Sur ces entrefaites parurent les numéros 11 et 12 de notre publication. Chacun de ces messieurs est père d'une charmante enfant : la plus âgée des cousines a douze ans, l'autre n'en a que onze. L'affection que toutes deux portent h leur oncle leur suggéra le projet d'une réconciliation. Elles se communiquent leur plan et conviennent de prier leur père de les conduire chez moi à un jour, h une heure, déterminés. A midi je vois arriver un des frères avec sa fille , et , quelques instants plus tard, l'autre frère arrive de même; ils se trouvent en présence, fort embarrassés de la contenance qu'ils doivent se donner; mais les cousines ne leur laissent pas le temps de la rétlexion , et chacune d'elles quittant son père , prend son oncle par la main et s'avance vers l'autre en les suppliant de s'embrasser. La petite vanité de mes amis était réciproquement à l'abri , puisque aucun d'eux n'avait fait d'avance; ils se réconciUèrent aisément , heureux de se voir mis dans le cas de ne pouvoir faire autrement. Quant à moi , je partageais sincèrement leur plaisir sans me douter que j'y fusse pour quelque chose, lorsque l'une des jeunes filles se tournant vers moi me dit : «Eh bien. Monsieur, êtes-vous content de nous? pensez-vous que nous profitions de vos leçons, et croyezvous fiuc Mark eût agi différemment? » Ces mots me furent un trait de lumière. Les chères enfants avaient puisé dans

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ce sujel la résolution de réconcilier leurs pères; leur lacl et leur bonne intelligence avaient fait le reste. Ce moment fut véritablement tout de bonheur pour moi ; j'étais plus heureux et plus fier assurément de l'heureuse influence qu'avait exercée mon œuvre dans cette occasion, que le plus superbe conquérant ne peut l'être au jour de son triomphe.

L'autre trait m'a été confié par une institutrice dont le nom se trouve à la fin d'un de nos sujets. Cette dame, respectable sous bien des rapports, l'est surtout h mes yeux par le dévouement aussi éclairé qu'infatigable qu'elle apporte dans l'exercice de l'honorable mais bien pénible profession qu'elle a embrassée. Personne ne sait mieux juger une enfant et pénétrer jusque dans les replis d'un jeune cœur. C'est en vain qu'une de ses élèves voudrait l'empêcher de lire dans son àme; ni détours, ni faux-semblants ne peuvent lui donner le change. Une de ses élèves, distinguée par son intelligence autant que par ses succès , était cependant pour celte digne institutrice une cause d'inquiétude; elle avait acquis la certitude que la jeune fille était... avare... il y avait , en elTet , de quoi s'inquiéter sur l'avenir de celte enfant : n'est-ce pas une double monstruosité qu'un enfant avare? Elle était cependant sur le point de faire sa première communion. Plusieurs fois on avait quêté dans l'établissement, les élèves de la première communion ayant l'habitude, chaque année, d'habiller deux ou trois pauvres enfants. La charité est, de toutes les vertus, la plus agréable au ciel ; et c'est bien comprendre sa religion que de se préparer par des actes de charité à s'approcher du Dieu qui est tout amour. Ces jours-là toutes les petites bourses s'ouvrent, et chaque élève, en palpitant de bonheur, s'empresse d'épancher dans l'urne du pauvre son petit trésor. La jeune l)ersonne en question s'était seule montrée d'une réserve bien allrislante. En vain la bonne institutrice avait tout mis

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en usage pour amollir ce cœur dur , pour loucher celle âme insensible. La solennité approchait, et la maîtresse désolée prenait déjà la résolution de remettre à l'année suivante celte malheureuse é\è\^ , quand un jour, à l'étude du soir, ses compagnes la virent avec élonnement pleurer en lisant un numéro des Jeunes Filles. Le lendemain elle porta d'ellemême dix francs à sa maîtresse en la priant de les employer pour les pauvres ; c'était tout ce qu'elle possédait. Heureuse réaction dont la gloire revient à Clolilde! Si l'exemple du mal est contagieux , le ciel a voulu que l'exemple des vertus ne fût pas moins puissant.

Qu'ajouterais-je maintenant en faveur de noire livre? Quelles paroles éloquentes vaudraient le simple récit de ces deux traits? sinon que j'espère qu'ils ne seront pas les seuls ; que plus d'une jeune fille sera éclairée par nous sur un défaut pour lequel elle aura été aveugle jusque-là ; que plus d'un beau trait consigné dans notre ouvrage, en excitant l'admiration de nos jeunes lectrices, touchera vivement leur cœur et les conduira à l'imitation. C'est ainsi que nous désirons être lu. En effet, en vous montrant les dangers et le ridicule de la coquellerie, de la curiosité, des caprices, de la moquerie, de la pusillanimilé , de \ii jalousie , etc. , nous avons voulu faire briller à côté les charmes des vertus opposées. Nos sujets ne sont pas placés au hasard ; notre ouvrage est un tableau où la lumière et les ombres ont été ménagées avec intention ; nous nous sommes efforcé d'y faire entrer toutes les dispositions bonnes ou mauvaises qui sont ordinaires au jeune âge; tous les faits analogues y sont groupés avec intention ; et bien que toutes les parties y paraissent distinctes et séparées, elles forment cependant un ensemble où chacune d'elles concourt à l'effet général. Si , d'un côté , nous nous excitons à vous inspirer ue réioignement pour tout ce qui abaisse l'àme et l'avilit, de l'autre , nous cherchons à vous élever vers tout ce q^ii

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est noble et beau et digne d'adniiralion. Le bien et le mal se trouvent sans cesse ici h côté l'un de l'autre pour mieux en mettre les contrastes en relief. Bathilde , Marie , Clotilde, Laure, Julie, Louise, vous offrent l'assemblage des vertus les plus douces, les plus aimables, les mieux faites pour charmer, et servent ainsi d'opposition aux peintures précédentes. Hasseml)lez sur un seul plan toutes ces études diverses , et vous commencerez à comprendre un peu la nature de votre cœur. Ainsi les pièces séparées d'une mosaïque n'ont qu'un intérêt médiocre; mais prenez la peine de les rassembler en donnant à chacune la place qui lui convient, et sous vos yeux , de ces objets épars, va se former un ensemble qui donnera à chacun d'eux un mérite nouveau. Nos sujets ont donc deux valeurs : celle qui leur est spéciale, et qui ne dépend pas de leur position , et celle qui est relative à la place qu'ils occupent dans l'ensemble de la conception. Le premier devoir de l'homme qui veut s'améliorer est de se connaître lui-même , de savoir distinguer dans leurs germes ses bonnes et ses mauvaises dispositions, afin de développer les unes dès leur origine, et d'arrêter les progrès des autres. Pour bien se rendre maître de soi, il faut posséder, en quelque sorte , la carie de son cœur, comme un bon général possède celle du pays ennemi. Nous osons espérer que ce livre pourra vous servir de conducleur dans cette étude importante. Nous avons lâché de vous instruire des ruses et des détours, des transformations et de tous les artifices que nos défauts savent mettre en œuvre pour nous surprendre ou pour nous séduire. D'ailleurs , pour éviter la sécheresse et la trop grande sévérité de formes qui eussent été la conséquence inévitable de celte manière de moraliser, nous avons toujours encadré ces petites éludes morales dans une action qui leur donne le mouvement et la vie ; nous les avons rendues aussi intéressantes que possible ; néanmoins nous aurions manqué

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