XII A NOS JEUNES LECTRIGES
notre but si l'action seule attirait votre attention et voire intérêt, et si , n'y voyant qu'une distraction d'un moment, vous ne vous attachiez pas à comprendre les enseignements moraux qu'elle renferme et dont elle n'est que la preuve rendue sensible. Non, Mesdemoiselles, nous n'avons pas travaillé pour vous amuser seulement, assez d'autres prennent ce soin ; nous avons voulu vous inté resser, vous émouvoir, vous éclairer, vous convaincre. Si, après nous avoir lu , cette jeune personne que vous connaissez ne se seul pas disposée à combattre sérieusement telles ou telles dispositions blâmables que sa bonne mère lui reproche souvent; si cette autre n'a pas senti son cœur s'ouvrir à la voix d'une vertu nouvelle; si enfin * notre livre ne marque pas dans la vie de nos lectrices par un retour sur elles-mêmes , nous n'aurons rien fait, et ce sera pour nous une peine très-réelle. Mais si, au contraire, et nous osons l'espérer, nos jeunes lectrices retirent quelque fruit de notre travail , si leurs familles croient devoir quelques encouragements à nos efforts , oh ! alors nous nous remettrons à l'œuvre avec joie , et nous aurons de nouvelles forces et un courage nouveau pour continuer la carrière difficile que nous nous sommes imposée : n'est-on pas toujouis fort et courageux quand on sait que l'on peut être utile?
Â. DE Saillet.
Le prenikT conseil qut j'ose donner a une niere leiidre el bien iiileiilion- U(''e, c'est d'éloigner aulanl qu'elle peut sa fille des assemblées bruyantes el
d'un monde trop dissipé Le moyen le plus sûr serait de confier,
pendant quelques années, ce qu'elles ont de plus cher au monde à ces personnes chargées par élat d'élever des jeunes personnes. Dans les pensionnais de jeunes demoiselles, elles doivent joindre l'habitude du travail, de l'ordre, de l'économie domestique, aux préceptes d'une instruction solide appropriée à leur sexe ; à ceux d'une religion sage el éclairée, les liabiluiles de la douceur, de la décence, de la modestie; là, elles apprendront à ne parler qu'à propos, à joindre à la gaieté, toujours aimable el toujours modeste, une humeur toujours égale; à faire valoir avec retenue cl modestie le? lalents qu'elles ont acquis.
{I:}idénumie nu la Vèlinlr , par M. L. . . , principal de colli'ge.
LA PEHSIOKDIAïBXv
LA PENSIOrSNAlRR.
o>'i\E petite mère, n'est-ce pas que vous ne me mettrez pas demain dans la pension où vous m'avez conduite aujourd'hui? Vous avez voulu seulement m' elTrayer, dites?
— Non , ma fille , ceci n'est pas un jeu ; je n'ai pas eu l'intention de vous effrayer, et demain vous entrerez certainement chez madame Lormont, comme [)ensionnaire.
— Mais nous sommes au mois de juin, l'année des classes va finir tout h l'heure; je ne serai pas au courant de la division où je vais entrer; je vous en supplie, maman, attendez jusqu'après les vacances. Ma tante , et toi , Fanny , priez donc maman avec moi , pour qu'elle attende jusque là. »
k LA PEiNSlONNAlUE.
Des trois personnages à qui s'adressait ainsi la jeune fille (|ue nous avons entendu nommer Eulalie , Tune resta calme, grave et concentrée ; il était facile de voir qu'elle faisait un grand effort sur elle-même pour conserver intacte sa résolution ; c'était Mme Hersel, la mère d'Eulalie; l'autre sourit en faisant un geste qui semblait dire : Je ne me mêle pas de cela, je n'y puis lien; c'était Mme Gérard, la tante d'Eulalie , et la mère de Fanny , qui , présente à cet entrelien, pleurait de voir pleurer sa cousine , et l'embrassait en lui pressant les mains dans les siennes, mais sans dire un seul mot en sa faveur; car, elle aussi, paraissait convaincue de l'inutilité de toute tentative qui tendrait à faire changer la résolution de Mme Herset.
« Allons, Eulalie, dit celle-ci en se levant et faisant signe à Mme Gérard de la suivre , c'est trop vous désoler sans raison. »
Les deux cousines restées seules au salon, ce fut un déluge de pleurs et de désolations d'une pan, et de l'autre dés caresses et des consolations sans nombre.
Ah! c'est qu'elles s'aimaient bien, Fanny et Eulalie; filles de deux sœurs qui se chérissaient tendrement et ne s'étaient jamais séparées, même après s'être mariées , elles avaient été élevées ensemble , et , dès leur enfance, avaient appris h connaître le prix de cette amitié de famille , qui est une partie du bonheur. Aussi vous comprenez pourquoi elles pleurent et s'embrassent sans cesse, pour recommencer bientôt à s'embrasser et à pleurer.
La nuit mit fin à ces désolations; on se coucha, et bientôt le sommeil vint adoucir leur chagrin; on dort si facilement à notre âge ! et le lendemain la famille se dirigea vers la pension de Mme Lormont. Nous allons l'y devancer, si vous le voulez bien, et prendre connaissance des localités. Sachez d'abord qu'une pension est un petit monde à pari , avec ses antipathies et ses affections singulières, avec ses
LA PKNSIO^NAIKK. 5
mœurs piesqiio élrangères à celles du cJehois. Là I esprit el le corps sont soumis à des règles sévères, et c'esl pour cela que plus d'une pensionnaire définit la pension une véiita])le prison. Entrons ici, au rez-de-chaussée; remarquez celte grande salle tout ornée de globes el de caries géographiques ; voyez ces longues labiés devant lesquelles sont assises sur des bancs toutes ces jeunes filles ; leurs ceintures de laine de couleur, leurs robes toutes seudjlables entre elles , leurs tabliers à manches , vous disent assez où nous sommes. C'est ici une salle d'étude, et toutes ces jeunes filles sont des pensionnaires. Ne remarquez-vous pas une sourde agitation parmi elles? c'est que midi va sonner. Or, le moment de la récréalion de midi est pour la jeune pensionnaire une heure plus vivement attendue que celle du second déjeuner. Dès que le premier coup de la cloche s" est fait entendre, tout le monde quitte h la hâte ces bancs si durs ; on jelle pêle-mêle dans les pupitres les cahiers et les livres. Vous avez pu voir avec quelle ardeur, un soir de feu d'artifice ou un jour de fête publique, le peuple se presse sur les boulevards et dans les rues; eh bien! cet empressement n'égale pas celui de nos écolières ; elles se précipitent au dehors comme de véritables moutons de Panurge ; pour leurs flots tumultueux les portes ne sont jamais assez larges....; c'est un hourra de joie et de bonheur! Aujourd'hui cet enthousiasme est encore plus fougueux. Pendant toute la classe, on s'est passé, dans des livres, de petits papiers tout pleins de babioles sur la grande nouvelle du jour. Enfin, on peut donc parler en liberté! La gymnastique , les osselels , la corde , le colin-maillard , les rondes, tout a été oublié aujourd'hui; grandes et petites se forment en groupes où l'on parle vivement.
« Dis donc, tu ne sais pas, Georgette , Louisa m'a dil que Théodoriue lui avait dit qu'elle avait enlendu Madame donner Tordre à la I ingère de faire le lit du numéro 22.
f) LA PENSIONiNAlUli:.
— Vraiment! C'est donc qu'il va venir une nouvelle?
— Oh ! quel bonheur ! Nous lui ferons demander récréation pour l'après-midi; on ne sonnera pas la rentrée.
— Mesdemoiselles, Mesdemoiselles, on vient de sonner à la grande porte. C'est peut-être la nouvelle ! »
A ces mots , tous ces groupes curieux s'avancèrent poui' voir arriver notre héroïne ; car elles ne se sont pas trouipées, c'est elle-même, accompagnée de sa famille. Mme Lormont vient au-devant de ces dames et les conduit au salon. Elle accueille avec bonté Eulahe ; mais celle-ci conserve une fioide tristesse, et ne paraît pas disposée à parler beaucoup. Enfin on se sépare, non sans avoir le cœur bien gros.
Voici Eulalie seule au jardin avec les pensionnaires , <iui s'apprélent à s'anniser un peu à ses dépens; car, en |)ension plus que partout, on critique la nouvelle arrivée au lieu de lui venir en aide ; en pension on est sans pitié pour les défauts du prochain. Rassurez-vous, toutefois; Eulalie est bien de force à fermer la bouche aux plus malignes. Elle ne manque pas d'esprit ; elle a la riposte prompte et facile; aussi, malgré son chagrin, elle enchante toutes ses compagnes , et la récréation n'est pas finie quelle est déclarée bonne fille à l'unanimité.
Je vous ferais bien suivre notre héroïne dans les différentes phases de sa vie nouvelle; mais j'ai là sous la main un petit paquet de lettres qu'elle écrivait à cette époque h sa cousine , et je crois que leur contenu vous intéressera bien plus que tous les détails que je pourrais vous donner.
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