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ment l'ail mal, ma (ille... Et je te prie, une aulrc l'ois, de vouloif bien ménager davantage ma sensibilité... Il est tout il lait ridicule de faire tant de bruit pour si peu de chose.
— Mais c'est horrible, une grosse araignée comme cellelà! — Ne pouvais-tu pas faire ce que j'ai fait, la prendre avec les pincettes, et la jeter dans la cheminée?... C'est un insecte hideux, j'en conviens, mais qui ne peut faire aucun mal. On peut donc en éprouver du dégoût, mais non de la crainte. Je t'ai dit cent fois qu'il était fort sot de s' effrayer ainsi à tout propos pour des choses qui n'en valent pas la peine : c'est la preuve d'un esprit faible et pusillanime. ^ — Mais cela n'est pas de ma faute, et je ne fais certainement pas expies d'avoir peur. — Je le pense... H est certaines constitutions, phis nerveuses et plus impiessionnables que les autres, qui ne sont pas maîtresses de la première sensation. La peur est donc, dans certains cas, un sentiment naturel et indépendant de la volonté; mais il dépend toujours de nous de le maîlriser par la réflexion . et d'en arrêter l'explosion. — Peut-être, si je réfléchissais bien, je ne crierais pas quand j'ai peur; mais c'est que j'ai toujours peur avant d'avoir eu le temps de réfléchir.
— C'est qu'il l'aut avoir d'avance une volonté formelle de ne donner aucun signe d'effroi, quoi qu'il arrive, avant d'avoir acquis la certitude qu'il y a en réalité de quoi s'effrayer.— Mais loi-même, maman, quand il tonne, n'es-tu pas eflrayée? — Oui, autrefois, cela est vrai; mais, depuis (jue j'ai pris plus d'empire sur moi, ce n'est plus précisément de la cjainle que j'éprouve , mais une sorte de commotion tout à fait indépendante de ma volonté, et qui ne m'arrache aucun signe extérieur. Aussi, dans ces occasions , lu ne m'as jamais vue faire le moindre geste ou laisser échapper la moindre exelamation qui lémoignàt de la frayeur. Je nexige donc pas de toi de ne pas éprouvei- «0 senlimenl. mais j'exige au moins que lu l'en rendes
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niaîUesso cl que lu uVmi laisses lioii paraître. » (Claire ne répondit point à sa mère : elle sentait la justesse de ses observations, et se promit d'en profiler. Mais, hélas! que de travail sur elle-même, que de peines elle devait se donner, et combien de fois encore ne devait-elle pas retondjer dans ses terreurs, avant d'en être parlailemem guérie! Car pour un rien Claire s'effrayait : un chien qu eut aboyé après elle l'eût fait pâlir; la vue d'un insecte lui arrachait les hauts cris; au premier coup de lonneire, elle se réfugiait, toute troublée, auprès de sa mère, et on n'en eût pas tiré une parole pendant la durée de l'oi-age ; rexi)losion d'mie arme à feu , celle même d'un pétard, la troublait et la rendait tremblante; l'aspect d'une chose nouvelle, pour peu quelle fût extraordinaii'c, produisait sur elle le même effet. La première ibis qu'elle assista, chez M. Comte, à une scène de fantasmagorie, il fallut lui faire quitter de suite la salle, et la ramener chez sa mère. Mais c'est la nuit surtout qu'elle a vraiment l\ souffrir de sa malheureuse faiblesse : tout lui est alors un sujet de terreur; un meuble qui craque la fait tressaillir; un chat qui gratte à la porte lui donne des sueurs fioides: aloi'S elle se renfonce dans son lit, se cache la tête sous sa couverture, et ose à peine respire»'. Elle ne rêve que voleurs et brigands et fantômes. On lui a sottement raconté , dans sa première enfance, des contes où des revenants jouaient le premier l'ôle : son esprit en est demeuré frappé, et pendant la nuit elle ne se réveille pas sans s'imaginei- en voir paraître à tout moment. Sitôt que le jour a fait place il l'ombre, elle commence à trembler : vous ne la feriez pas rester seule dans une pièce sans lumière; pour rien au inonde elle ne traverserait l'appartement pour aller à sa chambre à coucher, et vous lui promettriez vainement tous les trésors du Pérou pour la faire descendre à la cave. Que peut-elle ciaindre?... IJIe-mêine ne sauiait vous le dire..,
0|',. PUSILLANIMITE.
Sou iiiiaginaliou eiiraiile des dangeis chimériques dont elle n'a jamais cherché h bien se rendre comple. La peur grossil tous les objets, et leur donne des dimensions el- Irayantes; la vue, troublée, n'en saisit plus les lornies, et leur prête celles qu'ils n'ont pas. Tantôt c'est un monstre dont les yeux menaçants lui lancent des éclairs; tantôt un fantôme qui, debout et immobile devant elle, la regarde lixément , et laisse échapper de sa poitrine de sourds gémissements... Si l'on examine de près l'objet de sa terleur, on ne trouve que sujets de rire et de plaisanter la i)auvre enfant : témoin un fameux soir où il lui arriva une aventure qui lit grand bruit dans sa famille et parmi ses connaissances.
C'était un soir de l'année 1837. Claire avait alors neuf ans. Toute la famille éîait réunie dans la salle à manger, où l'on se tenait le soir, connue cela se pratique dans beaucou[) de familles bourgeoises. Claire était alors dans toute la lièvre de ses terreurs paniques, et la plus légère occasion sulïisait pour donnei; lieu à des scènes qui eussent été on ne j)eut pas plus plaisantes, si M. et Mme Lavergne n'eussenî eu à gémir de la pusillanimité de leur lille et à en déplorer l'excès. Mme Lavergne, ainsi que nous l'avons vu, s'elïbrçait de ramener sa lille à des idées plus raisonnables, en saisissant chaque occasion de lui faire conqjrendre la sottise des siennes, et en lui fournissant toutes les preuves propres à la rassuier. M. Lavergne ne partageait pas la manière de voir de sa iénnne à cet égard, et pensait au contraire que la j)laisanterie était la meilleure arme à employer dans de pareilles circonstances. « Il faut, disait-il, mettre en jeu son amour-propre. Quand elle se verra devenue, par sa faiblesse, la fable de sa famille et de ses amies, elle s'efforceia de se maîtriser, afin de ne plus donner lieu aux plaisanteries humiliantes dont elle aura été l'objet. )i
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Daprès rotlp manièro de voir, vous iiouvcz pcnsor c|ii<' M. I.avorgiio n'épargnait pas les railleries à sa filh', pour peu qu'elle y prèlài. Ses moyens euialifs ne se bornaient pas là : il prenait en outre le soin de Taf^uerriieonire ses terreurs eliimëriques ehaque lois qu'il le pouvait : aujourd'hui en la laissant seule dans sa eliam])re pendant quelques instants, demain en lenvoyant ehercher dans la pièce la plus reculée de l'apparlement un objet à son usage qu'il y oubliait exprès; une autre fois, il descendait seul h la cave avec elle, et trouvait un prétexte pour s'éloigner durant quelques minutes. Claire faisait tous les efforts imaginables pour résister à la peur; elle fermait les yeux pour ne pas risquer de prendre une bûche ou un panier de vin pour un voleur. Quelquefois l'épreuve se terminait glorieusement pour elle; mais quelquefois aussi elle appelait au secours, et on la trouvait tremblante et déconcertée, parce que le vent avait fait vaciller sa lumière, qu'elle regardait avec autant d'anxiété que le marin regarde le fanal qui doit le guider au poil, ou pour tout autre motif aussi raisonnable. Un soir donc que la famille était réunie dans la salle à manger, M. Lavergnc lisait son journal, ainsi quil en avait l'habitude; Mme Lavergne achevait une tapisserie, et Claire faisait ses devoirs du lendemain . tout h coup M. La vergue pose son journal sur la table, et cherche dans ses poches l'une après l'autre. «Que veux-tu donc, mon ami? lui dit sa femme. — Hé! c'est ma tabatière!... Je ne sais où j'aurai pu la laisser... Ah! je me rappelle maintenant... dans le cabinet de toilette, sur l'étagère à droite. — Veux-tu que j'aille te la chercher? dit la bonne mère, qui devinait l'intention de son mari, et qui eût voulu épargner cette contrariété h sa fille (celle-ci, depuis les premières paroles de son père, travaillait avec une application extraordinaire, et qui expliquait qu'elle ne se fût pas offerte
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[)Our laiie celte commission). — Non, je le remercie... Claire ne souffrirait pas que sa mère prît cette peine , quand elle est là pour la lui éviter. » L'application de la jeune fille augmentait avec les paroles de son père; elle écrivait, elle écrivait... il fallait voir! « Nest-ce pas, ma fille? lui dit son père en l'interrompant. — Plaît-il, papa? — Ah! tu n'as pas entendu : tu étais toute à ton ouvrage... Je comprends..., ajouta-t-il en souriant. Je disais que tu ne souffrirais pas que ta mère se dérangeât pour me rendre un service que tu pourrais me rendre toi-même. — Ceitainement, papa, que tu as bien raison... (elle faisait, en parlant ainsi, une petite mine fort drôle). — Eh bien! ma fille, j'ai oublié ma tabatière dans le cabinet de toilette, sur l'étagère à droite... Fais-moi donc le plaisir de l'aller chercher. — Oui, papa, j'y vais. » Le père se cacha la figure avec son journal pour dérober à sa fille un sourire bien significatif. Quelques instants après, ayant repris son sérieux : «Eh bien! Claire, l'as-tu trouvée? — Mais..., papa..., je... je n'y suis pas encore allée. — Vraiment?... Qu'attends-tu donc? — J'allumais ma bougie. — Une bougie? pourquoi faire? pour aller chercher ma tabatière au bout de l'appartement?... C'est une plaisanterie... tu n'en as pas besoin. — Mais comment ferais-je pour trouver ta tabatière, sans lumière? — Puisque je te dis précisément l'endroit où elle se trouve, il n'y a qu'à mettre la main dessus; et il fait un clair de lune assez brillant pour éclairer tes pas... Allons, va vite, ou je vais y aller moi-même. » Ces dernières paroles décidèrent la peureuse, et elle se dirigea vers le fatal cabinet. Elle eut soin de laisser ouverte la porte de la salle à manger. En tiaversant le salon, elle n'éprouva ])as une grande émotion; mais, arrivée au cabinet de son père, elle commença à perdre de son assurance. Elle continua cependant sa route. Dans la chambre à coucher, l'inquiétude s'empara d'elle: elle plongeait ses regards dans tous
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les coins où l'omlne élail i)lus ('paisse, dieichaiil à deviner la forme des objets ; mais en arrivant à l'endroit désigné, toute sa fermeté factice l'avait ahandonnée. Arrêtée devant la porte qu'il faut ouvrir , elle tremble , son cœur palpite; elle n'ose ouvrir, et reste un moment dans l'incertitude la plus cruelle. La crainte de vSe voir lailler sans pitié l'emporte enfin sur sa peur, et lui rend un peu de courage; elle se décide, et, rassemblant toute sa fermeté, elle donne un tour de clef, pousse la porte, et en même temps recule de deux pas. Frissonnante , la vue troublée, elle s'efforce de saisir l'ensemble des objets qu'elle ne dislingue qu'à peine : car il faisait plus sombre dans celte pièce que dans toutes les autres, parce qu'elle n'était éclairée que par une seule fenêtre en retour, et dont, par une nouvelle fatalité, les persiennes étaient fermées. Il y faisait presque noir... Claire avance pas à pas... Tout à coup elle s'arrête... Elle a cru voir dans un coin un bon mie d'une taille gigantesque qui lui tend les bras... Elle frémit... elle ne quille plus cet objet des yeux, et cherche h mieux distinguer. Mais non..., elle ne se trompe pas : c'est bien ce qu'elle a cru voii' d'abord. Elle est saisie d'une secrète horreur; ses cheveux se dressent sur son front, que mouille une sueur froide. Rien ne peut peindre son épouvante... Tout à coup le géant fait un mouvement... Claire s'imagine que sa dernière heure est venue... Elle tombe à genoux en poussant un grand cri et s'écriant : « Grâce! grâce! ayez pitié de moi! » Mais rien ne répond h son exclamation que la voix riante de son père , qui , ne la voyant pas revenir, était venu sur la pointe du pied jusqu'à la porte du cabinet. « Eh bien! ma fille, à qui donc fais-tu de si touchantes supplications? — Là! là! regarde! dit Claire avec une voix que la peuiagite. — Eh bien! je ne vois rien de bien terrible. — Quoi ! lu ne vois pas un grand fantôme qui nous tend les bras?
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— Non, je ne vois rien que mon habit sur le [)orte-nianleau il pied, et mon chapeau sui' le Iiaul. » Et M. Lavergne , attirant sa fille, malgré sa résistance, la foi'çait de s'assurer par elle-même de la véiité de ce qu'il lui affirmait. Qui fut bien honteuse dune pareille mystification?... Je n'ai pas ])esoin de vous le dire. En vain Claire supplia son père de ne rien divulguer de sa ridicule aventure, en vain lui fitelle les plus belles promesses pour l'avenir; connue il en avait déjà reçu de semblables cent fois, et toujours sans exécution, elle ne put rien gagner sur lui, et bientôt sa mésaventure fut connue dans toute sa famille , où elle lui mérita le nom de Claire la Peureuse. Grande douleur poui" notre jeune fille , et sujet de réflexions amères qui lui firent prendr'e enfin une bonne et ferme résolution. Une aventure qui arriva, précisément à cette époque, à une jeune personne de son âge, acheva de la fortifier dans ses bonnes idées.
Un soir, en lisant son. journal , M. Lavergne s'arrête tout à coup, et, s'adressant à sa fille : « Vraiment, voici un article de la Gazette des Tribunaux qui semble fait exprès pour toi , ma fille ; tu en retireras probablement quelque fruit... Tiens, lis tout haut... » Claire prit le journal à l'endroit que lui désignait son père, et lut :