L.-A. BERTHAUD
longtemps. Pauvres choses frêles et parfumées, comme des fleurs trop tendres qui naissent et se fanent le même jour, elles meurent sans s'être épanouies et sans savoir l'ivresse des moissons triomphantes. Quand Tune d'elles dominerait encore l'herbe du pré, ah ! laissons-la, le soir vient si vite et demain ne la retrouvera plus... Le promeneur indolent n'ignorait point cette destinée et pourtant, rencontrant la fleur épliémère, il Fa fauchée du bout de sa badine, en passant.
Dans une « causerie » consacrée à Jean-Pierre Veyrat, Sainte-Beuve a écrit sur Berthaud que ses airs de talent s'étaient rapidement dissipés « dans l'excès du désordre et de la misère * ». Cette parole devait éloigner les curieux et les bibliographes d'une œuvre resiée inconnue, et sans une circonstance fortuite, confiant en la sérénité du verdict de Sainte-Beuve, nous-même n'eussions point tenté d'en avoir une autre opinion.
Un jour que nous demandions à M. Jules Troubat comment cette arbitraire sentence était venue î-ous la plume ordinairement prudente de son maître, il nous expliqua : « Les documents concernant la vie et l'œuvre de Veyrat, furent remis à Sainte-Beuve par M. Modelon, cousin du poète savoyard. Sainte-Beuve, d'ailleurs tran- ((uille, ne pouvait tous les contrôler, et M. Modelon, mal renseigné lui-même, le trompa. » Quelle