Causerie du Lundiy 19 juin 18G
excuse, pour ce justicier qui tranche irrévocablement le fruit d'une longue série de misères sur la déposition d'un inconnu sans compétence 1
Car Berthaud, comme beaucoup de ses contemporains qui outraient le désordre eiffarant de leur toilette et le débraillement de leurs attitudes dans le but innocent « d'étonner le philistin », — vécut une vie tranquille et chaste. « Un débauché, lui, justes dieux 1 » protestait un vieil écrivain qui l'a très intimement connu, et que nous interrogions sur cette existence dilKamée ^, (( Et comment eût-il fait d'ailleurs, le pauvre garçon?... »
La renommée posthume de Berthaud a souJBTert encore de ceci : l'indifférence badaude de la foule pour ce qui n'est point consacré, et la piètre fortune du pamphlet politique. Lyon était la patrie littéraire de Berthaud, mais la cité paradoxale moitié mystique et moitié trafiquante n'occupe guère ses loisirs du souci de ses artistes pauvres. Elle toléra que la politique lui prît entièrement celui-là, et la terrible ogresse le lui eût bien vite dévoré. Combien sont-ils de ces besogneux que la politique a perdus? Berthaud, lui, s'égara presque enfantdans son antre et n'en revint pas, y traînant des jours sans soleil et sans horizon, morne, résigné, et livrant à la gueuse, en échange de son pain amer, le repos de sa pensée, — qui sait? peut-être la gloire de sa vie.
1. M. Philibert Audebrand, qui fut un ami de jeunesse de Berthaud.