‹ Les enfants retardataires; arrêts de la croissance et troubles du développementChapitre 31 sur 35 · VIII. — PATHOGENIE ET TRAITEMENT · texte numérisé non relu

VIII. — PATHOGENIE ET TRAITEMENT

PATHOGÊNIQUE.

La revue que nous avons faite des circonstances étiologiques qui peuvent accompagner les arrêts de la croissance et les retards du développement montrent combien est grande leur diversité. Multiples sont les causes morbides des arrêts de développement. Mais déjà il nous est permis de dire que toutes n'ont pas la même valeur et n'agissent pas dans le même sens. L'hérédo-syphilitique et l'hérédo-tuberculeux ne ressemblent pas en général à l'eunuque, ni au dysthyroïdien^ pas plus que ceux-ci ne ressemblent aux dystrophiques d'origine hépatique ou cardiaque ; et cependant, il est impossible d'établir d'une façon absolue un type dystrophique répondant à telle ou telle étiologie déterminée, même dans les cas les plus purs et presque expérimentaux comme dans les castrations testi cul aires. C'est que les divers éléments à considérer dans le déterminisme des phénomènes biologiques n'agissent ordinairement qu'à l'état de combinaison, et peuvent, comme en chimie, devenir nuisibles, salutaires, ou indifférents, suivant les autres éléments avec lesquels ils se combinent. Notre tâche n'est donc pas finie tant que nous n'avons pas déterminé dans la mesure du possible, le mode d'action de tel ou tel des éléments en cause. Dans un organisme aussi compliqué que l'organisme humain, toute modification d'une partie quelconque de l'être retentit sur l'organisme entier; toutes les cellules de notre organisme sont solidaires les unes des autres ; si les unes viennent à être altérées d'une façon quelconque

dans leur fonctionnement, les autres membres de la colonie cellulaire que nous sommes le ressentent immédiatement et réagissent à leur façon jusqu'à ce qu'un nouvel état d'équilibre stable soit créé. Toute lésion d'organe a pour effet i)rochain ou éloigné des modifications d'autres organes qui ne semblent pas en cause, et ne sont pas le moins du monde lésés. Ce retentissement a son effet maximum lorsqu'il s'agit d'un organisme en voie de développement.

Lorsque la sécrétion interne d'un de ces organes fait défaut ou est insuffisante, l'état du milieu intérieur est par là même modifié. Les mécanismes autorégulateurs, si développés chez les animaux supérieurs, fonctionnent pour compenser ces modifications, et quelquefois les suppléances fonctionnelles sont suffisantes pour rétablir ce milieu à son état d'équilibre normal. Mais, d'autres fois, l'autorégulation aboutit seulement à un état d'équilibre suffisamment voisin de l'état normal pour rester compatible avec la vie, mais insuffisant pour que certaines fonctions s'effectuent aussi bien qu'à l'état normal. Ces actions sont souvent des plus complexes : par exemple, l'absence de soudure des épiphyses chez certains retardataires, chez les myxœdémateux en particulier, ne tient pas à une insuffisance de sels de chaux dans le milieu intérieur ; on peut leur faire absorber autant de phosphate et de glycéro-phosphate de chaux que l'on voudra; le mécanisme autorégulateur fonctionnera pour maintenir leur milieu intérieur à l'état d'équilibre qui leur est propre, et ils élimineront, par les urines ou les selles, les sels calcaires en surplus. On n'obtiendra chez eux l'évolution normale de l'ossification qu'en fournissant à leur milieu intérieur la sécrétion interne thyroïdienne qui lui fait défaut ; les modifications chimiques qui en résulteront dans le milieu intérieur l'amèneront à un état d'équilibre chimique normal, tel que les processus chimiques et

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biologiques de rossification pourront désormais s'y •effectuer. Nous pourrions répéter, j)our rétablissement de la spermatogénèse, ce que nous venons de ■dire pour l'ossification.

Par quel mécanisme peut se faire cette action à distance d'un organe sur le développement d'organes éloignés? Dans l'état actuel de la science, nous n'entrevoyons que deux relations possibles : l'une par l'intermédiaire des modifications apportées au milieu intérieur commun où sont plongés tous nos éléments anatomiques, l'autre par l'intermédiaire du système nerveux.

Tous nos éléments anatomiques puisent leur nourriture dans le milieu intérieur commun (lymphe, sérum sanguin) ; ils y déversent d'autre part toutes celles de leurs excrétions et sécrétions qui ne sont pas directement emmenées au dehors par des canaux spéciaux. Toute viciation dans le fonctionnement d'un élément anatomique a donc pour conséquence une altération du milieu intérieur, laquelle retentit à son tour plus ou moins sur tous les autres éléments de l'organisme. Le milieu intérieur serait sujet à des variations constantes si des mécanismes multiples d'autorégulation n'intervenaient constamment pour en ramener la composition chimique à un état à peu près invariable, seul compatible avec la prolongation de l'existence.

Les organes dont les modifications ont le plus d'importance à ce point de vue, sont les organes à sécrétion interne: corps thyroïde, hypophyse, glandes génitales, glandes surrénales, rate, foie, c'est-à-dire précisément les organes dont les altérations coïncident le plus souvent avec les arrêts de la croissance et les troubles du développement.

Quelques-unes des conditions chimiques qui président à l'apparition des phénomènes de la puberté viennent du reste d'être vivement éclairées par les Apert. — Enfants retardataires. 6

travaux du professeur A. Gautier(l). Jenepuisici entrer dans le détail : jp rappelle seulement qu'il en résulte que riode et Tarsenic, éléments constants et importants du tissu thyroïdien, jouent un rôle considérable et en particulier dans tous les phénomènes chimiques en rapport avec la vie génitale, avec la menstruation, et avec la puberté. L'arsenic se retrouve en quantité notable dans les poils et dans le sang menstruel ; le développement considérable que prend le système pileux à l'époque de la puberté semble en rapport avec une modification de Télat d'équilibre chimique de l'organisme rendant nécessaire une élimination d'arsenic, et la ponte ovarique semble également en relation avec une élimination intermittente d'arsenic par le sang des règles.

Grâce à ces travaux, les détails du mécanisme par lequel se font normalement les modifications qui aboutissent à la croissance et à la puberté commencent à nous être connus, et nous entrevoyons l'explication du rôle des altérations des organes à sécrétion interne, et particulièrement du corps thyroïde dans la genèse des arrêts de la croissance et des troubles du développement.

11 résulte de ces faits que, des deux mécanismes (modifications du milieu intérieur, action du système nerveux) que je considérais plus haut comme susceptibles d'expliquer les faits que nous avons passés en revue, le premier (théorie humorale) est en complet accord avec ce que nous ont appris les découvertes les plus récentes, il satisfait pleinement l'esprit, il semble qu'il n'y ait qu'à l'adopter.

Quelques faits montrent cependant qu'il ne faut pas rejeter complètement le rôle du système nerveux (théorie nerveuse). C'est en effet seulement par lui

(1) Armand Gautier. — Académie des sciences. Académie de médecine, 1900 et 1901, passim.

qu'il est possible d'expliquer qu'une altération unilatérale d'une glande à sécrétion interne puisse avoir sur l'organisme des conséquences à localisation également unilatérale. On a observé des papillons hermaphrodites, portant d'un côté une glande génitale mâle (testicule), de l'autre côté une glande génitale femelle. Ils avaient du premier côté la livrée brillante dumâle, de l'autre le coloris sombre de la femelle. Des fait» analogues ont été observés chez l'homme. « On a noté dans certains cas de cryptorchidie inguinale un arrêt de développement physique, portant, dans les cas de monorchidie, sur le côté correspondant au testicule ectopié, de la polysarcie (Le Dentu), de Thypertrophie mammaire (Laugier) » (1). Ces consTtatations semblent montrer que les modifications humorales, conséquences'du trouble des sécrétions internes, ne sont pas tout ; il est difficile d'expliquer ces modifications unilatérales autrement que par l'intermédiaire d'actions trophiques réflexes.

Toutefois, dans l'état actuel de la science, les altérations des organes à sécrétion interne restent de beaucoup au premier plan comme origine des dystrophies de développement ; c'est sur cette considération que nous devons nous appuyer pour établir une classification pouvant servir de base à un traitement.

Au premier rang des dystrophies de développement doit être placée la dystrophie dysthyroïdienne, La plupart des causes d'arrêt de la croissance n'agissent que lorsqu'elles atteignent le fonctionnement thyroïdien. Aussi c'est avec raison que Hertoghe et Brissaud ont qualifié de dysthyroïdie fruste la plupart des cas d'arrêts de la croissance. Il y a des cas où l'origine dysthyroïdienne du retard de la croissance est évidente. Le faciès lunaire, l'infiltration plus ou

(1) PoussoN. — Article Organes g énito-ur inaires du Traité des maladies de renfance de Gkancher, Gohby, Marfan, t. HT.

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moins marquée des téguments, une tendance à l'obésité, une paresse physique et intellectuelle spéciale signalent ces sujets à l'attention. Le traitement thyroïdien s'impose chez eux, et donne des résultats merveilleux.

Les cas de ce genre sont trop connus à présent pour que j*y insiste bien longuement. Partout ont été publiées les photographies de sujets de ce genre prises à intervalles de trois, six, douze mois après le début du traitement, et comparées à une photographie antérieure. L'enfant, nain, bouffi, sans expression aucune dans la physionomie, se transforme peu à peu en un jeune enfant d'apparence normale et de figure expressive, en un jeune homme bien constitué, en un homme robuste. Que l'on se reporte aux photographies publiées par Hertoghe (1), par Brissaud (2), et l'on verra les transformations merveilleuses obtenues dans ce cas par l'extrait thyroïdien.

Il y a des cas plus discutables où il a fallu l'heureux eflFet du traitement pour démontrer une origine thyroïdienne qui pouvait sans cela être discutée. Dans nombre de cas où l'origine de la dystrophie est la tuberculose, la syphilis, l'alcoolisme, ces infections ou intoxications semblent n'agir qu'en provoquant des altérations thyroïdiennes; même dans des cas où l'examen histologique n'a révélé aucune altération, le bon eflFet du traitement thyroïdien a révélé néanmoins que l'insuffisance thyroïdienne était en cause; dans les conditions où sont faites habituellement les autopsies, l'examen histologique ne met en relief que les lésions grossières, et les fines altérations structurales de la cellule sécrétante, les plus importantes cependant, peuvent échapper. La plupart des arrêts de la croissance et des troubles du développement sont

(1) Hbrtoohe. — Iconographie de la Salpêlrièrej 1899.

(2) Brissai'd. — LeçoDs cliniques sur les maladies du système nerveux, 2« série, 1899.

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d'origine dysthyroïdienne et le traitement thyroïdien sera le plus souvent à essayer chez les enfants retardataires.

Les dystrophies dysorchidiennes (Variot, Dalché) doivent prendre place à côté des dystrophies dysthypoïdiennes, et Tinfantilisme eunuchoïde à côté de l'infantilisme crétinoïde. La dystrophiedysorohidienne peut déjà être manifeste dès l'enfance ; si le testicule n'acquiert son plein développement qu'à partir de la puberté, son action trophique existe même déjà chez le fœtus, et le nouveau-né a déjà des caractères sexuels secondaires reconnaissables.

Comment différencier le dysorchidien du dysthyroïdien : ce dernier reste vraiment un enfant, le développement est arrêté dans sa totalité ; le second grandit, grandit trop parfois ; il est élancé comme un roseau, tout en gardant des formes arrondies de jeune fille ; il a plus tendance au féminisme que le précédent et par suite plus de tendance également à l'obésité. Les mots crétinoïde et eunuchoïde caractérisent bien les différences qui existent entre le dys thyroïdien et le dysorchidien. Le squelette d'eunuque qui existe au musée Lacassagne à Lyon et dont Regnault nous a donné (1) une belle reproduction, est remarquable pour le développement énorme des membres en longueur ; la longueur entre le pubis et le sol dépasse de beaucoup celle qui sépare le pubis du verlex, et l'extrémité des membres supérieurs pendants le long du corps arrive au genou au lieu d'arriver au tiers inférieur de la cuisse. Il semble qu'il y ait, sous l'influence de la castration, une sorte d'hyperchondroplasie, un fonctionnement exagéré des cartilages interdiaphyso-épiphysaires.

La dystrophie dysovar.ienne a des conséquences analogues à celles de la dystrophie orchidienne. La fréquence de la sclérose ovarienne chez lespseudoher-

(1) Regnault. — Correspondant médical^ octobre 1901.

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maphrodites féminins permet de considérer Taltératioa de Tovaire comme l'origine première des malformations des organes génitaux externes ou des caractères sexuels accessoires chez ces sujets. L'opothérapie ovarienne sera aussi indiquée dans ces cas que Topothérapie orchidienne dans les précédents.

A côté des deux grands types précédents, décrironsnous Tm/an^tVi^me anangioplasique, par insuffisance de développement vasculaire, admis par quelques auteurs des plus autorisés. Certes, nous avons vu que des lésions gênant le cours du sang, le rétrécissement mitral surtout, entravent également le développement général de l'individu ; il semble y avoir là une adaptation heureuse de l'organisme, dont un trop grand développement serait incompatible avec l'état cardiaque (Gilbert) ; dans ces cas, tout traitement destiné à remédier à cette « providentielle » insuflFisance de développement, serait, non seulement inefficace mais nuisible. Quant au défaut de développement de l'appareil artériel, (l'anangioplasie proprement dite), elle ne me paraît pas devoir être considérée comme une lésion primitive. Elle est la conséquence de l'état inf an tile de l'organisme et non sa cause; le calibre d'une artère s'adapte très rapidement aux lésions de l'organe qu'elle irrigue ; l'artère d'un membre devient très volumineuse, lorsqu'une grosse tumeur se développe dans ce membre; inversement elle diminue rapidement de volume à la suite d'une amputation ; dans un cas d'oblitération congénitale de l'orifice aortique (1), j'ai vu la crosse de l'aorte réduite au calibre des coronaires cardiaques, parce qu'elle ne servait plus qu'à conduire par voie rétrograde le sang jusqu'à ces artères ; inversement dans ce même cas, le canal artériel qui, normalement, s'atrophie jusqu'à disparaître, avait le volume qu'a habituellement la crosse de i'aorte,parce qu'il suppléait

(1) Apert. — Bulletin de la Société anatomique^ 1895, p. 683.

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celle-ci pour conduire à Taorte thoracique le sang qui ne pouvait plus passer par la crosse de l'aorte. L'adage: c'est la fonction qui fait l'organe, est plus vrai encore pour le système artériel que pour tout autre. L'infantilisme anangioplasique primitif ne se comprend pas.

Il y a cependant des faits qui ne peuvent être qu'incomplètement expliqués par des altérations primitives thyroïdiennes, orchidiennes, etc., et où il semble qu'il y ait une dystrophie totale primitive de l'organisme. Cela paraît évident dans les cas où l'enfant ne se développe pas faute d'aliments, comme cela s'est vu chez les faméliques de l'Inde. Il semble que, dans certains cas de tuberculose infantile et d'hérédosyphilis, l'arrêt du développement tient aussi plutôt à une déchéance générale de l'organisme, qu'à une localisation spéciale du virus ou des toxines sur le corps thyroïde ou les autres organes à sécrétion interne.

Il faut néanmoins faire dans ces cas une médication opothérapique ; c'est l'opinion d'Ausset. « Il est évident, dit-il, que chez les rachitiques, chez des albuminuriques, chez des anangioplasiques, l'arrêt de croissance est dû à un vice de la nutrition indépendant de toute lésion thyroïdienne. Mais il nous semble non moins évident que, dans ces diverses maladies où la nutrition est si profondément troublée, où tous les organes sont atteints à divers titres, la nutrition du corps thyroïde lui-même doit être déviée, et l'on s'explique dès lors l'action bienfaisante que les préparations thyroïdiennes peuvent avoir sur la nutrition générale de ces malades. L'action du médicament n'étant pas spécifique, il ne faut pas s'attendre à un accroissement aussi rapide que chez les hypothyroïdiens, mais cependant l'action n'en est pas moins manifestement bienfaisante (1) ».

(1) Adsset. — Rapport sur la médication thyroïdienne dans renfonce. Congrès de pédiatrie de Nantes, septembre 1901.

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Chez certains sujets qui, àpremîère vue, sembleraient relever plutôt d'utie opolhérapie orchidienne, chez ces infantiles auxquels convient le nom d'eunuchoïdeSr Topolhérapie orchidienne est certes très utile, mais- Topolhérapie thyroïdienne semble donner plus encore. Il en a été ainsi dans un cas que j'ai présenté à la Société de pédiatrie, concernant un infantile eunuchoïde, obèse, cryptorchide, à formes féminines et à caractère enfantin.

Le premier effet de Top'othérapie thyroïdienne fut la migration du testicule. Ce n'est qu'ultérieurement que le sujet se transforma et prit à la fois un aspect et un caractère plus viril. La comparaison de la photographie ci-contre avec celle de la page 16 montre le début de cette transformation, après deux mois de traitement. On voit les bourses gonflées par la présenco des testicules, le pénis plus long et plus volumineux,, les formes moins arrondies ; la physionomie surtout s'est modifiée et le caractère placide du visage a fait place à un air plus décidé, à des traits plus expressifs. Cette transformation s'est complétée depuis.

Chez le sujet réprésenté page 11, un traitement thyroïdien a également amené, en un an, une amélioration considérable. La taille a augmenté de huit centimètres et demi et le périmètre thoracique de trois • centimètres. Le visage est encore imberbe, mais les joues sont colorées, la peau moins flétrie ; la tendance au sénilisme n'existe plus ; les organes génitaux ont à présent leurs dimensions normales, et le pubis s'est couvert de poils de plusieurs centimètres de long. La transformation du caractère a marché de pair.

En somme le traitement thyroïdien est héroïque pour beaucoup d'enfants retardataires, spécifique môme pour les hypothyroïdiens. 11 est en outre souvent utile chez un grand nombre de retardataires, môme quand le point de départ de l'arrêt de la croissance est ailleurs que dans une lésion du corps thyroïde. Il devra

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ordinairement être essayé, soit seul, soit associé à des thérapeutiques variant selon les cas et en particulier au traitement mercuriel chez les hérédo- syphilitiques.

Je dois pourtant mettre en garde contre une généralisation qui serait funeste. Si le traitement thyroïdien est indiqué dans tous les arrêts de la croissance, cela ne veut pas dire qu'il faille le donner indistinctement à tous les nains, à tous les faibles d'esprit. Je rappelle ici, au point de vue thérapeutique, la distinction sur

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laquelle j'ai insisté au point de vue nosologique, entre les arrêts de croissance proprement dits et les lésions pathologiques du. système nerveux, du système musculaire, du système osseux qui entraînent mécaniquement, soit un arrêt du développement cérébral, soit une cessation brusque de l'accroissement de la stature. L'idiot par lésion cérébrale ne tirera aucun profit de la médication thyroïdienne ; le nain par lésion de la colonne vertébrale ou des épiphyses n'aura qu'en faire ; le rachitique adulte à os immobilisés dans leurs formes vicieuses n'y trouvera aucun bénéfice.

On a voulu donner le traitement thyroïdien aux achondroplasiques, ces curieux nains, vrais bassets, qui naissent avec des membres ridiculement petits, et restent ainsi toute leur vie(l).

Chez ces sujets, absolument différents des hypothyroïdiens, la médication thyroïdienne est inutile et par conséquent nuisible. Il s'agit là d'une curieuse absence congénitale des cartilages d'ossification des os longs, d'étiologie inconnue et capable d'être transmise de génération en génération. La médication thyroïdienne ne peut créer des cartilages absents.

Il faut donc savoir s'abstenir de la donner chez ces sujets qui ne sont pas réellement retardataires ; au contraire chez les vrais retardataires, il est indiqué de toujours l'essayer.

Comment faut-il administrer le corps thyroïde ? Je ne veux pas ici prendre parti entre tous les fabricants de préparations à base d'extrait thyroïdien; mais je tiens à donner quelques indications pratiques.

Est-il utile d'administrer le corps thyroïde à l'état de nature, fraîchement recueilli sur nos animaux de boucherie? Ce procédé a ses avantages et ses inconvénients.

(1) Apert. — Iconographie de la Salpêtrière^ 1901, huit photographies .

DMne part, il semble que le corps thyroïde à Tétat frais et inaltéré doive être plus actif que toute préparation quelle qu'elle soit. Toutefois les heureux résultats de l'administration des préparations thyroïdiennes prouve que cette supériorité ne doit pas être exagérée.

D'autre part, le procédé de l'ingestion du corps thyroïde en nature ne peut être employé que dans des circonstances spéciales ; il est nécessaire de s'entendre pour cela avec un boucher ou avec un garçon d'abattoir qui vous apportera le corps thyroïde sitôt l'animal abattu, car l'organe s'altère vite, surtout par les chaleurs.

C'est la « glande du cornet » qu'il faut demander aux bouchers; c'est sous ce nom qu'ils connaissent l'organe. Le « cornet », c'est notre trachée. On peut employer indifféremment, semble-t-il, les glandes thyroïdes de bovidés (taureaux, génisses, bœufs ou veaux) ou d'ovidés (béliers, brebis, moutons ou agneaux). Le corps thyroïde du bœuf est plus pénétré de cloisons conjonctivo-graisseuses que celui du mouton, il est également plus difficile à distinguer des faisceaux musculaires voisins ; les bouchers l'apportent souvent mutilé. Le corps thyroïde du mouton est très facilement énucléable, il a la forme et le volume d'une amande ; comme on tue les moutons par section du cou, parfois certains corps thyroïdes sont pour cette cause infiltrés de sang; il faut les rejeter. En dehors de ces cas, le corps thyroïde de mouton en nature est très favorable au traitement. Chaque lobe pèse en général 100 à 120 centigrammes. Selon l'âge de l'enfant, on variera la dose entre 20 et 30 centigr. à 7 ou 8 ans et 30 et 40 centigr. vers 15 ou 16 ans pour commencer. On pourra augmenter plus tard ou cesser quelque temps, selon les indications.

Les préparations thyroïdiennes sont plus faciles à se procurer que le corps thyroïde en nature, puisqu'elles se trouvent en pharmacie, en cachets, pilules,

potions, etc., toutes prêtes à être absorbées. D'une façon générale, il importe de prescrire les préparations effectuées en France; nous jouissons en effet à ce point de vue d'une grande supériorité sur nos voisins ; tandis qu'à l'étranger, tout pharmacien peut, sans aucun contrôle, fabriquer et vendre des préparations thyroïdiennes, la loi française du 4 avril 1895 a réglementé, en même temps que la préparation des sérums thérapeutiques, celle des produits opoihérapiques, et nul ne peut en France mettre en vente des produits opothérapiques sans qu'une opmmission de contrôle ait vérifié le mode de préparation et émis après expertise un avis favorable. Seulement alors, le gouvernement donne l'autorisation nécessaire, après avis du Comité consultatif d'hygiène de France et de l'Académie de médecine. Cette autorisation est temporaire et révocable, et, malgré l'autorisation, les produits restent soumis à une inspection exercée par une commission que nomme le ministre de l'intérieur. Ces précautions, on le voit, permettent d'avoir toute confiance dans les produits sérothérapiques et opothérapiques d'origine française. Rien de pareil n'existe pour les produits d'origine étrangère.

Certaines préparations thyroïdiennes sont simplement de la poudre de corps thyroïde desséchée et administrée en cachets ; elle se conserve parfaitement et l'absence de toute manipulation donne toute garantie pour l'intégrité du principe actif. D'autres fois, la poudre est incorporée à des pilules ou enrobée pour faire des dragées ; enfin on a préparé des extraits dans la glycérine, l'eau salée, etc., qui peuvent également être introduits dans des formes pharmaceutiques diverses ou administrés hypodermiquement.

Allant plus loin, on a extrait de la glande thyroïde une substance du groupe des leucomaïnes (thyréoantitoxine de Frœnkel, C'*H®Az^O^) et une substance iodée (thyroïdine de Baumann, appelée aussi iodothyriae)

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dont les effets sur Torganisme seraient les mêmes que ceux de Torgane entier. Ces substances forment également les bases de certaines préparations pharmaceutiques.

Quelle que soit la préparation, il importe pour l'administration de savoir à quel poids d'organes frais elle correspond. Cette indication est nécessaire et figure du reste sur la plupart des préparations. Les doses sont les mêmes que pour Torgane frais.

D'autres préparations iodées peuvent-elles suppléer les extraits thyroïdiens? S'il faut en croire de Cyon(l), l'iode en nature est au contraire l'antagoniste de l'iodothyrine, il agit physiologiquement en sens opposé. Certains faits thérapeutiques semblent néanmoins lui attribuer une action favorable.il faut sans doute distinguer entre l'effet physiologique immédiat, et l'effet thérapeutique de petites doses longtemps prolongées. Quoi qu'il en soit, l'iode a une action contestable; celle de l'iodothyrine ou celle des extraits thyroïdiens est certaine. C'est à eux qu'il faut avoir recours.

Pendant tout le temps que dure la médication thyroïdienne, il est très utile de lui associer la médication arsenicale ; les observations cliniques et les expériences physiologiques de Mabille (de Reims) mettent le fait hors de doute. La médication thyroïdienne isolée produit toujours une accélération du pouls, et un amaigrissement rapide ; à haute dose ou après un usage prolongé, on observe des irrégularités du pouls, du tremblement, parfois des phénomènes paralytiques. La médication thyroïdienne associée à l'arsenic produit plutôt une diminution du pouls, la perte en poids est peu considérable ; les hautes doses sont supportées sans aucun incident. Les courbes du pouls et du poids des animaux dans les expériences de

(1) De Cyon. — Les glandes régulatrices de la nutrition. Revue générale des se ie nces^ 190 i.

Mabille sont des plus probantes ; ses observations cliniques montrent que ces faits s'appliquent intégralement à rhomme. Il sera bon de faire prendre avec le traitement thyroïdien, et aussi longtemps que lui, IV à VI gouttes de liqueur de Fowler par jour.

Je n'ai pas encore, à cette heure, d'expériences sufflsantes pour pouvoir dire si les cacodylates pourraient, dans ce cas, donner les mêmes bénéfices que les arsénites.

Ce que je viens de dire des préparations thyroïdiennes s'applique aussi aux préparations orchitiques et ovariennes. Là encore^ c'est aux produits d'origine française seuls qu'on peut avoir confiance, pour les mêmes raisons. Les doses journalières sont de 60 centigrammes à 1 gramme d'organe frais, ou la quantité correspondante de poudre desséchée ou d'extrait. Quant à l'opothérapie pUuitaire, des études nouvelles sur son action sont encore nécessaires.

En plus de ces prescriptions médicamenteuses, il n'y a d'autres prescriptions hygiéniques et alimentaires que celles qu'impose toujours une bonne hygiène. L'appétit, la vivacité de corps et d'esprit reviennent en même temps que le corps se développe ; l'organisme utilise mieux les aliments absorbés en plus grande abondance ; il sait y trouver les matériaux nécessaires à la nouvelle poussée de croissance, il n'y a pas à les lui fournir artificiellement.

Les meilleurs fortifiants, chez le sujet en croissance thérapeutique, de même que chez l'enfant en croissance naturelle, ce sont le grand air, le soleil et de bons biftecks ; le rôle du médecin a consisté seulement à mettre en jeu la nature médicatrice, en suppléant, par l'opothérapie, à l'insuffisance des organes incitateurs et régulateurs de la croissance.

En résumé, nous pouvons terminer cette étude en disant que la plupart des sujets arrêtés dans leur croissance, et figés, pour ainsi dire, dans un état de

développement inachevé, peuvent retirer d'une thérapeutique intelligente le plus grand bénéfice. Leur développement arrêté peut reprendre; ils ne sont donc pas destinés à rester toute leur vie des êtres incomplets ^ ils auront simplement subi un retard que le médecin les aidera à rattraper plus ou moins vite ; ces retau- DATAiREs, grâce aux conseils médicaux, iront puiser, dans les organes d'êtres plus favorisés, la force vitale spécifique qui y est emmagasinée, et, sous cette impulsion vivifiante, beaucoup d'entre eux reprendront» après un arrêt plus ou moins long, leur marche interrompue vers le développement parfait, retrouveront leur place normale dans la société humaine, et renaîtront, pour ainsi dire, à une nouvelle vie.

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