TYPES PURS
Le type le plus pur du sujet retardataire, c^est le sujet retardé simplement sur les autres sujets du même âge, en ce sens qu'à quinze ans, il en parait huit, qu'à vingt ans, il en parait dix. Voici un exemple de ce genre.
Jules B..., né le 20 février 1882, est amené en octobre 1899àla clinique médicale de THÔtel-Dieu parce qu^on s'inquiète depuis longtemps de le voir rester « gosse », bien qu'il prenne de 1 âge. A dix-sept ans et demi, il conserve les allures, les jeux, la conversation d*un enfant de dix à douze ans. Cependant, il était né très bien constitué et s'était très bien développé jusqu'à l'âj^é de dix ans. A cette époque, il était presque aussi grand et aussi fort que son frère atné, plus âgé de quatre ans.
Il aurait eu alors une bronchite qui aurait duré tout l'hiver, et, depuis lors, il a cessé de se développer, il n'a grandi que très peu, il n'a pas pris de forces, son intelligence ne s'est pas formée, il est presque semblable actuellement à ce qu'il était sept ans auparavant.
En effet, on ne se douterait jamais que ce sujet a dix-sept ans et demi ; il parait treize ou quatorze ans, et serait, du reste, bien proportionné pour un enfant de cet âge. Il a l'air enjoué, la figure mteliigente, mais tout à fait enfantine. Nous le faisons déshabiller. 11 est bien conformé, suffisamment musclé, ni trop maigre, ni trop gras ; ses organes génitaux sont ceux d'un enfant d'une douzaine d'années, la verge est petite et largement recouverte par le prépuce; il n'y a pas trace de duvet pubien. En somme, on croirait un enfant de douze à quatorze ans. La seule différence est que la peau a vieilli ; la figure n'a pas le même aspect de fralcneur que celle d'un enfant ; il y a des rides sur la face et la patte d'oie est marquée aux tempes. On croirait une peau d'homme mûr sur un visage et un corps d'enfant.
On ne relève, du reste, aucun symptôme morbide. Les poumons, le cœur fonctionnent bien; les digestions se font bien; la dentition est très bonne, il n'y a pas trace de dents de sagesse (fig. 1).
L'intelligence est celle d'un enfant de douze à quatorze ans.
Le sujet comprend tout 1res bien, il eil alerte, vir, éveillé; il sait lire, écrire et compter, mais il ne sait s'attàchpr à ajcune occupation sérieuse ; il ne lit pas les Journaux, mais il est content de regarder les images d Epinal ; il sait jouer oui dames.
l-'ig. i. — Dii-sept ans et demi; taille f^i^S; poids 39 kilogrammes; aucun indice de puberté; relard psychique parallèle nu retord physique.
au loto, mais s'amuse également bien avec des jouets d'enlant. Pendant l'on séjour dans le service, il a dû plusieurs fois être réprimandé pour des enfantillages : il emplissait de cailloux l'urinai de son voisin; il mettait des bateaux eu papier Dotter sur le* bocaux d'urine.
Il est groom dans un restaurant de nuit. Son aspect infantile permet de l'employer comme groom, et son âge fait que les
i'Z TYPES CLINIQUES.
règlements qui défendent d'employer la nuit de& enfants de moins de seize ans ne lui sont pas appliqués. Nous l'avons interrogé au point de vue de ses fonctions génitales, et, quoique nous ayons commencé cet interrogatoire avec prudence, il a très bien compris ce que nous voulions dire et nous a assuré
3uMl n'avait jamais d'érection ni de désir, ce dont il se désole 'une façon enfantine, car on lui a dit que cela Tempêcherait d'être soldat.
Cette observation est, on le voit, un type de retard simple et parallèle de tout l'organisme, tant physique que physiologique, intellectuel et moral. A dix-sept ans et demi, ce sujet a encore toutes les qualités qui caractérisent l'enfant de dix à douze ans. C'est le retardataire dans l'acception la plus complète du terme ; tout retarde également : la morphologie, la physiologie et l'intelligence.
Le retard peut être plus ou moins considérable. Dans l'observation ci-dessus, il est en somme peu marqué : il s'agit d'un adolescent demeuré enfant. Le retard peut être beaucoup plus grand.
Victor Gh..., âgé de vingt-deux ans, en paraît huit à dix; il a seulement 1">,15 de taille; il n'a aucune ombre de barbe, aucun poil au pubis, le pénis est réduit à un fourreau minuscule ; les testicules, à leur place dans les bourses, ne sont pas plus gros
3ue des haricots ; la peau est une, la figure a l'aspect de celle 'un jeune enfant (fig. 2). L'aspect physique, les proportions, le laugage, la façon d'être de ce sujet sont ceux d'un jeune enfant et l'on ne p'eut manquer de commettre une erreur énorme sur son âge, si Ton n'en est prévenu d'autre part. Ce sujet, cependant, a bien vingt-deux ans ; il a tiré au sort il y a deux ans.
Son intelligence est assez vive, mais n'a pas plus de profondeur que celle d'un enfant de dix ans; il parle bien correctement et convenablement, il sait (ire, écrire et compter, jouer aux cartes (écarté] et aux dames. Pendant son séjour à l'hôpital, où il était amené pour une.tuberculose avancée, il lisait les journaux, mais ne dédaignait ni les images d'Epinal,ni les jouets d'enfant.
La tuberculose ayant entraîné la mort, on a pu noter à l'autopsie que le développement du squelette cadrait avec celui 4c l'individu entier ; les épiphyses n'étaient pas encore soudées aux diaphyses ; les os du crâne étaient tendres et flexibles comme ceux d'un jeune enfant. Les testicules, du poids de l^^S, ne montraient nulle trace de processus spermatogénétique ; le corps thyroïde était histologiquement du type infantile. En un mot, dans ses viscères, comme dans son aspect extérieur, ce sujet ne difl'érait nullement d'un jeune enfant de huit à dix ans.
Les deux observations que nous venons de résumer H) ont trait à des sujets qui, l'un dans i'adoles-
Fig.S. — Vingt-deuxana; t8Jllei™,15; aspect physique, proportions corporelles et intelligence d'un enfant de huit à dii ans. Tuberculose pulmonaire ; déronnation hippocratique desdoigls et des orteils.
cence, l'autre dans l'âge adulte, sont restés k tous les points de vue des enfants. Supposons que le retard de la
croissance et du développement moral et physique ne s'accuse que tardivement, nous aurons l'adulte restant adolescent, et pouvant le rester indéfiniment. En voici un exemple que j'emprunte à Meige (1).
Il s'agit d'une jeuae ouvrière ayant toutes les apparences d'une fillette de douze à quatorze ans, encore impubère. Elle est cependant âgée de trente ans.
Aucun signe extérieur ne révèle chez elle la transformation sexuelle qui aurait dû. la rendre femme. Pas un poil au pubis, ni sur les grandes lèvres, non plus que dans le creux axillaire. Les seins n'ont pas poussé, ils sont réduits au mamelon, très peu saillant. Le torse est allongé, cylindrique, sans échancrure au niveau de la taille. Le ventre au-dessous de l'ombilic est proéminent. Le périmètre du bassin est sensiblement égal à celui des épaules.
Le sujet est maigre ; mais, même chez les femmes maigres, le tissu adipeux des fesses et des flancs l'orme toujours un relief notable qui contribue & élargir le contour de ces régions suivant un type facile à reconnaître. Ici, il n'en est rien et la morphologie reste neutre, infantile.
La figure aussi est restée infantile avec un aspect vieillot. La voix est grêle. Les organes génitaux sont normalement constitués, mais sont restés ceux d'une petite fille, les grandes lèvres ne font quMne très faible saillie et le mont de Vénus est à peine dessiné. D'ailleurs les règles n'ont jamais paru.
Cette femme-enfant était hystérique, sujette à des attaques assez fréquentes. Soo état mental était resté enfantin. Elle s'amusait aux jeux des petites filles, travaillant avec légèreté, raisonnant comme une enfant. Elle était douce, docile, timide et craintive, mais sans coquetterie et sans pudeur. En somme, physiquement, elle répond exactement au signalement de l'infantile, dont elle a ausâi l'état psychique.
Les trois observations précédentes sont des types de retard simple et total.
Retard total, parce que le développement est uniformément retardé dans tous ses modes, le développement physique aussi bien que le développement de l'intelligence, le développement organique aussi bien que le développement fonctionnel. Le retard peut être plus ou moins grand, il peut avoir débuté à un âge plus ou moins précoce ; mais il porte à un égal degré
(l) Meige. — Nouvelle Iconographie de la Salpêtrièrey 1894, n o2.