‹ Les enfants s'amusent [par] Pierre Veber et WillyChapitre 26 sur 51 · LES BRIMADES A L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

LES BRIMADES A L'ACADÉMIE

scandale de l'Ecole des Beaux-Arts a suscité l'attention des autorités compétentes. On se souvient que les jeunes rapins avaient poussé la méchanceté jusqu'à enfermer un de leur camarades en compagnie d'une toile de Carolus, trois heures durant.

Un autre scandale va défrayer la curiosité publique. Mais laissons la parole à M. Brunetière.

« Messieurs, nous écrit-il, je vous prie de soumettre à vos lecteurs les faits odieux que voici : Nul parmi vos confrères n'a signalé les brimades dont les nouveaux smi'jens sont l'objet. Moi qui vote parle j'ai dû en subir de toutes les couleurs. Pour l'honneur de la Vieillesse Française, il est temps que cela cesse. Lundi dernier, je fus convoqué ; j'arrive; Pingard me glisse: • Vous savez, c'est aujourd'hui que l'on vous reçoit réel1 <« lement. N'ayez pas peur, on ne vous fera pas de mal. » l'entre; ces messieurs m entourent et m'obligent à payer à boire d'abord au directeur, puis ausecrétaire, puis à chacun d'eux par rang d'âge. (Il parait que c'est Pus Enfin ! je me rattraperai sur le jeton de présence

Quand ils furent bien excités par les boissons alcooliques, ils m'entraînèrent dans la salle etlà Dion martyre commença. <>n me déshabilla : tout nouà l'Académie doil exhiber la sienne à ses cola'insiste passur ce que cette tenue a d'incom-

patible avec mes fonctions de professeur à l'Ecole normale supérieure.

Ces messieurs délibérèrent sur les tortures que l'on m'infligerait. Quelqu'un chantonna sur un air connu : « Passonsà tabac notre Brunetière ». Mais M. de Broglie, qui m'en a toujours voulu, insista pour que l'on me tatouât en rouge la chronologie des Académiciens depuis Pharamond jusqu'à nos jours, clans le dos. On acclama son idée. Si vous venez me voir je serai heureux de vous montrer cetto liste. (Autant que j'ai pu vérifier dans la glace, on a même fait une erreur de date à la hauteur des vertèbres lombaires. 11 faudra que l'on me rature ; mon honneur d'historien ne me permet pas d'endosser une date erronnée !

C'est M. Leconte de Lisle qui dirigeait mes bourreaux. Cet homme babylonesquement cruel apporte, dans les relations a\ec ses confrères, des habitudes de bohème barbare. Il m'ordonna de tirer les cheveux à M. Camille Doucet; ce dernier y a gagné un épanchement de synovie.

Ce n'est pas tout ; M.Emile Ollivier profita traîtreusement de ce que j'avais les mains liées, pour me lire à bout portant son discours sur les prix de vertu. Un moment, j'espérai que mon calvaire prendrait fin. Une voix dit : a Paix, paix ! Via là Rousse ! » Fausse joie, ce n'était pas M. Rossignol, ce n'était pas l'alouette, mais c'était l'ex-bâtonnier qui entrait.

Je poursuis : M. Gaston Boissier (cet âge est sans pitié !) forma un monôme archéologique dont il me donna la tête. Dans le costume ou j'étais, je m'exposais à la

pleurésie Cependant que M. Joseph Bertrand, en sa qualité d'astronome placé derrière moi, établissait entre la

lune et moi des comparaisons qui n'étaient pas a mon avantage. « Je ne l'ai jamais vue de si près », disait-il.

Sapristi, on gagne sa vie comme on peut! Si j'étais Antinous, je vous garantis que je ne serais pas ici.

ducs se tordaient. Même que, du coup, M. d'Audif-

firet-Pasquier en a failli parler ! Du moins, on me l'af-

lirme, quelque improbable que ce semble. M. Meilhac

échangeait avec M. Jlalévy des lazzi dans ce goût :

i Lorsque ce sera Uni, nous l'em-paillerons ». L'auteur

du Monde où ton se nuit leur donnait la réplique.

Triste !

Gomme nous débouchions sur le pont des Arts, des

ts m'ont cueilli et mené au poste. Je suis rentré a

►net j'ai fait ma conférence sous la tunique d'un

flic obligeant.

Je vous le demande, n'est-il pas honteux de voir des gens i imés, jouissant de l'admiration publique,

se livrer ainsi à des farces de gamin Je dois a m. Pingard divers renseignements. Tous les miciens actuels ont souffert comme moi. Il n'est rre que M. I rançois qui n'ait pas éCoppée. On outragea M. Melchior <U> Vogué dans ses sentis patriotiques et russophiles en lui badigeonnant le rieur avec du bleu de Prusse. J'affirme l'authendu fait.

M. Simon qu'il me pardonne de dévoiler an tel secret) fut victime d'une plaisanterie jadis en vigueur au rient; mais l'austère et inébranlable président de

la Ligue contre la licence lassa la « patience » de ses persécuteurs. On a beau se moquer du Maxime du Campdira-t-on. ces choses là déshonorent un passé.

J'ai gardé pour la fin les révélations les plus graves. Vous vous êtes étonnés, j'en suis sûr, de voirM. Marmier mourir (il n'en avait pas plus de raison que pour exister). Sachez quil décéda à la suite de brimades qu'on lui infligea autrefois. De même pour M. Renan. Le trépas de M. Camille Rousset est attribué à une autre cause. Il périt du chagrin d'être perpétuellement confondu avec le secrétaire.

J'ajoute que, depuis mon entrée, je suis le souffre-douleurs de mes collègues. C'est moi que l'on charge de toutesles commissions; quand il y a séance du dictionnaire, on m'envoie chercher les lourds volumes du La. rousse où ces messieurs ne rougissent pas de découper des passages entiers sous prétexte d'abréger leur besogne.

Il importait que MM. de Rornier, Zola, Manuel connussent par avance les vexations qui les attendent.

Merci, Messieurs, de la publicité que vous voudrez bien donner à ces faits monstrueux.

Veuillez agréer, etc.. etc.

Votre, eic, etc.

Ferdinand Bkunktiêkk

LES SCANDALES IMYKRSITAIRES

A Monsieur F. Sarcey.

Monsieur.

L'Aima Mater, avec laquelle vous eûtes jadis des iries, fit beaucoup trop parler d'elle en ces derniers temps. Faut-il voir là une diversion préméditée, aux inquiétudes politiques? Vous et moi, Monsieur, nous sommes gens de bon sens, et nous n'en croyons rien. Toutefois, il importe de constater que depuis deux au détriment des autres quartiers, le Quartier Latin accapare l'attention du public. Tantôt ce sont quelques jeunes étudiants qui transforment le cours de M. Àulard en cours de Charlemont. (Voilà bien du bruit pour un homme-de-leltres Aulard ! disait un libertin du X\ II . ■ Tantôt M. Lavisse, je pense, pastichant une phrase désormais célèbre, déclarait au banquet des Etudiants que «la vertu <t l'austérité des mœurs ne lièrent que par l'aisance el ne rvent que

travail de la fortune ! », doctrines éminemment ■s, et propres à verser vers la Finance de jeunes esprits que réclamaient le professorat et la maraturc debout, assise, ou coucli

. et nous respirions ; lorsqu'un journal du matin comme son nom porte à l'affirmer révèle incours Généraux irner l'Université cl d'enémouvoir le Grand-Maître

qui n'est pas le Hasard, ainsi que le prétend un proverbe, mais bien M. Poincaré, ministre de l'instruction publique.

M. le ministre étant, à l'instar de ses collègues, en voyage pour le compte de la Maison-mère, fort occupé à placer des échantillons de sollicitude éclairée, vigilance administrative, zèle attentif et autres épiceries parlementaires, nous devrons attendre son retour avant de le questionner sur les faits ci-dessous.

Donc, il paraît, d'après le récit de notre confrère, que les abus pullulent dans l'organisation des Concours Généraux. On sait que chaque année les proviseurs des divers collèges choisissent dans leur étable les bestiaux en meilleur point, nourris du plus féculent grain des scolarités, pléthoriques de concepts, et gras à lard des connaissances spéciales. Il les envoie ensuite dans un bâtiment spécial où les rivaux ont mené les bons sujets de leur élevage.

Après avoir enfermé les jeunes éphèbes, on leur lâche une matière quelconque : pendant cinq heures, ils se la disputent, la secouent en tous sens ; après ce temps, on ouvre la porte, et celui qui rapporte le plus grand bout de papier est proclamé prix d'honneur. 11 y a aussi d'autres petites formalités, que je passe sous silence. Ainsi, on pèse les concurrents avant et après les exercices.

On aurait pu penser que la plus stricte impartialité présidait à ces Jeux Icariens de la pédagogie. Hélas ! il n'en est rien : ce n'est plus avec des bustes de Lucius Vérus et des encriers de nickel que l'on corrompt les* universitaires !

Voici comment cela se passe.

Huit jours avant le concours, tel métayer d'un lycée îès mande ses administrés et les interroge sur la situation.

« Monsieur le professeur d'histoire, dit-il, que pensezle votre classe? Les concours approchent, vous le savez ; il s'agit de soutenir l'honneur du Lycée Lalou .Y. //. Je prends ce nom au hasard).

— Monsieur, ça n'est pas fameux, cette année; l'Histoire n'a pas rendu. Pourtant, si le petit Uégimbard, mon .'levé de prédilection, tombait sur les Valois, il n'y aurait rien d'extraordinaire à ce qu'il eût le prix.

— Bien, Monsieur. (Avec des intentions plein la > trame une idée que Régimbard, va. par hasard,

tomber sur un ou plusieurs Valois, mon petit doigl l'a dit. Renfermez-donc cet enfant avec la collection complète des Valois. Et vous, M. le professeur de zoologie, sont vos tuyaux ?

— Ca ne marche pas mal du tout ; ainsi Leniquet est prodigieux. Pour les nerfs, il n'en craint pas un: il conta colonne vertébrale comme sa poche.

— Bon, ceci. Significatix 11 y a des coïnci-

Vïonsieur. imaginez que Leniqu \tU ?

— 11 aurait le prix, monsieur, il l'aurait, beniquet pas fichu de distinguer un tibia d'un»' phalangette :

nerfs, il en inventerai! plutôt î

aptitude] favoris, le

examinateurs, accoutumés

visit»- ;i ce moment de l'année. H ne les

achète pas brutalement, cyniquement, à la Reinach, il procède par insinuation moreÀrtonù. Ilsonnechezlecorrecteur de la section de zoologie. Le dialogue suivant s'engage :

— Hum ! Bonn dies, Monsieur le correcteur.

— Tibi prosit, Domine.

— Un joli temps pour la saison.

— (Tâtant le terrain (La sécheresse fait bien du tort-

— (Appuyant) On y remédiera.

— Oui, oui. Et quoi pour votre service?

— Rien. Je passais, alors je suis monté pour vous serer la main. {Il la lui serre, bruit de billets et de dignité froissés.) Tiens, a propos vous avez entendu parler

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