IMPOSITION
Au moins, je vais traiter une étrange matière... On sait que le député" Moreau, surnommé l'Amer Moreau par les vengeresses ironies du noble faubourg, vient
poser une proposition tendant à imposer Ja noblesse. M. Aurélien Scholl a déjà signalé quelques-uns
neonvénients de cette loi qui frapperait l'acteur lïaron, le chocolat Marquis, l'éditeurLeduc, les descendants d'Auguste Comte, les pince-Monseigneur, et coûterait au sympathique directeur de la Porte-St-Martin,déjà tort éprouvé par une saison désastreuse, 20,000 fr pour signer du Quesnel, 40,000 francs pour signer du Quesnel I ournées Dramatiques.
M. Moreau, esprit simpliste, n'a pas prévu les perturbations amenées dans toutes les classes de la société par un impôt qui désolerait les villes de Beaumont-le-Vi- . Bar-le-Duc, Choisy-le-Koi et les pêcheurs de l'Ombre-Chevalier, réduirait à la mendicité le vidame
trdillon de Laboucle de Monbissac, et contraindrait le poète des Erynnies à s'affubler, par économie, du nom sonore do Leroturier-Dftlille.
ippé de ces multiples inconvénients, un de nos honorables, — intime ami de feu Margue — a eu l'idée d'un impôt destin.' a remplacer celui de M. Moreau, ci
nte avec lui, d'ailleurs, une certaine analogie, puisqu'il s'occupe également de la partie comment
dirai— je ?) de la particule. Je ne sais si je me fais suffisamment comprendre. Du haut des cieux, ta demeure dernière, bon général Gambronne, es-tu content ? — Pour empêcher une table de vaciller, vous la calez; dans l'espèce, destinée à équilibrer le budget, cette proposition fait cale.
Donc, le gouvernement distribuerait, à l'avenir, des chalets de nécessité, comme aujourd'hui des bureaux de tabac, aux veuves des fonctionnaires bien pensants, munies des papiers nécessaires. Inutile de dire que ces édicules seraient entourés de tout le confort désirable : eau, gaz, (gaz surtout), et orchestre d'instruments à vent exécutant le Ça ira, Pousse-Pousse- Polka, ainsi que de vieilles Courantes.
On l'admettra bien, il serait injuste, qu'un riche oisif pût flâner une demi-heure sans payer une plus forte rétribution que le prolétaire pressé, ne restant que le temps strictement nécessaire sur les lieux : aussi, on procédera à l'établissement d'un compteur horaire, et même stercoraire. Quant à la qualité de matière imposable, elle sera évaluée à l'aide d'un compteur culométrique dont les frais d'installation seront retenus sur le cautionnement des titulaires — un cautionnement est indispensable, attendu que plusieurs des préposées pourraient être tentées de manger leur fonds.
Cette idée, qui ne manque pas de selles, sera défendue par un député dont le nom n'est pas encore connu . (Sera-ce Darascud. Chichié, Lachièze, ou quelque autre collègue de feu Proust ?).
En tout cas, il serait possible que le ministère posât la question de cabinet.