‹ Les enfants s'amusent [par] Pierre Veber et WillyChapitre 43 sur 51 · AU QUARTIER LATIN · texte numérisé non relu

AU QUARTIER LATIN

Le pays latin est sous le coup d'une émotion qui rappelle les plus mauvais jours de notre histoire. On aperçoit, penchées au-dessus des choucroutes garnies et des bocks sans faux-cols, quelques-unes de ces figures sinistres qu'on voit surgir lors des grandes commotions populaires ; dans l'enceinte du Tir Jas, les meilleurs fusils du boulevard Saint-Michel s'exercent tous les soirs ; pour s'aguerrir aux fatigues d'une campagne, les étudiants quittent le lit de plume pour la Botte de paille, tandis que de leurs doigts agiles accoutumés à d'autres travaux, des infirmières volontaires — anges de dévouement — transforment en charpie le vieux linge de Madame. Toute la rive gauche se lève pour venger l'afront infligé au musée de Cluny par les comédiens de l'« Odéon de la rive droite ».

Les faits, on les connaît : en époussetant une vitrine remplie d'objets de le plus vague authenticité, le conservateur du musée découvrit dans un coin un petit morceau dans lequel il n'hésita pas à reconnaître la dent iolière gardait à Boursault ; enfermer ce précieux débris dans un écrin et l'offrir à la Comédie-Française, te fut l'affaire d'un instant. Mais la maison de Molière i énergiquement d'accepter l'os qu'on lui tendait : delà colère du Quartier, qui prit fait et cause pour son musée. Les choses en sont là.

11 n'est peut-être pas sans intérêt de connaître dans quelle circonstance ce refus, gros de complications, fut opposé au musée de Gluny.

La scène représente le cabinet directorial : une table recouverte d'un tapis vert, pas de jeux de baccarat, mais un verre d'eau avec tout ce qu'il faut pour parler. M. Glaretie, M. Monval, toute la troupe : hommes, femmes, Mlle Dudley. Les ligures sont aussi mornes que s'il s'agissait de subir la lecture d'une pièce de M. Emile Bergerat.

M. l'administrateur. — La séance est ouverte.

m. worms. — La situation ? voici. Le musée de Cluny veut se débarrasser d'un las d'objets encombrants; si nous acceptons ça, il nous proposera demain un lot de ceintures de chasteté ; nous n'en saurions que faire.

Mlle Lunwio. — Evidemment.

m. le bagy (avec le hideux sourire qu'il a hérité de Voltaire). — Qu'on envoie ça à Marck et Desbaux.

m. boucher. — Pourquoi ?

m. le bargy. — Toujours Boucher, celui-là ! parce que l'Odéon a plus besoin d'os que la Comédie.

m. silvain. — Soyons sérieux: ce fragment a-t-il appartenu ou non à .Molière (A ce nom M. Monval incline pieusement la tête ). Voilà . ..

m. mounet~sully. — ... The question !

m. got. — Yes. J'ai lu dans Saint-Simon cepassage que vous me permettrez de vous citer: « Tous deux Molière et Kacine), avaient part aux faveurs royales et

aient au même râtelier, i Yuiis le voyez, Saint- Simon parle d'un râtelier. Il estdonc évident que ce débris....

m. monval. — Dites cette relique !

m. got. — ... n'a jamais appartenu à la mâchoire de notre grand comique.

m. coquelin cadet. — Cette histoire de Chicot, c'est fou.

m. febvre. — Vive Henri III !

Tumulte

m moreno. — Voyons, qu'on en finisse avec cette discussion odontalgique. La Comédie ne peut devenir la maison de Molaire.

m. l'administrateur. — Nous refusons ? A l'unanimité .' liien. La séance est levée.

une voix de, femme. — Elle a rien d'ia veine.

troubles du Quartier latin s'accentuent. Une escouade d'étudiants a envahi le calé d'Harcourt el disave. ■ un,- effroyable brutalité un groupe d'agents (entrâtes qui y prenaient, inotl'ensifs, de }>ai>i!)le> consommations. On s'attend aux plus graves ements.

éditions subséquentes de ce volume tiendront nos au courant.

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