‹ Les enfants s'amusentChapitre 37 sur 56 · BO. C — OV. T · texte numérisé non relu

BO. C — OV. T

MAFIA

N. C. IIOZ

Les membres delà commission archéoloi;iquc rent joui', afin d'examiner la stèle ; les nobles vieilhi s'accroupirent autour de cette pierre, et s'elforcèi* de deviner le curieux cryptogramme. Au bout d'i heure, le président parla : « Nous sommes en préso d'une inscription latine, ou plutôt gallo-romaine ; l'i propriété des expressions, la forme des caractères, ti corrobore cette assertion. Je traduirais donc ainsi monument est commémoratif d'un sacrifice offert par; nommé Julius-Emilius à la déesse Mafia: Jul'uis-Em (sous-entendu offre) cent bœufs (BO.G) et Irenle bi (O^M. I à la déesse Mafia (j'observe qu'il manque final du datif). Maintenant ÇHG. nunc) qu'elle /tons aca des roses éternelles (ROZ.E.), c'est à-dire une féli ininterrompue. » Et il se tut, attendant les attaques

Naturellement elles vinrent du vice-président, haussa les épaules en signe de dédain . « Je me mettrai d'élever, dit-il, plusieurs objections contr dire de notre estimable président ; il me parait que ci fois son habituelle sagacité est en défaut ; j'ajouti même que son interprétation est inepte. Jamais ceci été du lalïn, jfimnis. J. E M. traduit pav Jaliiis CEinili c'est fou ! et MAFIA une déesse ! est-ce qu'il existe Mafia dans la Mythologie romaine ? Et cet homme offre cent l)œufs et trente moutons, quand il est 1)1

— i:ii —

lusconiorme à la raison d'oIVrir cent moutons et trente ifs !

— Soit, monsieur, ce n'est pas trente, mais trois nls moutons que ?/ion Emilius oIVrit à la déesse Malia.

- Pour ce que çà vous coûte, vous pouvez en ajoupiusieurs mille, votre argumentation ne sera guère . L> solide.

- Au moins, produisez votre glose, ces messieurs ■ront si elle vaut la mienne.

— Parfaitement ; à mon avis, le texte est rédigé en ii'tix gaélique, ça crève les yeux. A preuve la désinence ittonne OZ.

— Ah, ah ! dirent les membres de la commission.

- Pourtant, rétorqua le président vexé, savez-vous une le vieux gaélique ?

— Non, et vous ?

— Moi non plus; mais si vous ne savez pas le vieux gaélique, comment aftirmez-vous donc que ceci est du vieux gaélique ?

— Et vous, si vous ne le savez pas plus que moi, pomment aflirmez-vousdonc que ceci n'est pas du vieux gaélique? «

L'aicgument cloua le président. Un silence. Puis le secrétaire usurpa la parole pour déclarer : « Je vais vous mettre d'accord : l'inscription est rédigée en haut saxon ; voyez le préfixe anglo-saxon ont qui signifie : liors. »

A ce signal, les hypothèses les plus audacieuses se déchaînèrent : la moitié des assistants se rallia à Tavis l'un qui prétendait reconnaître Tancien patois islandais

dans JEMBOC. « Erreur ! dirent les autres, c'est du pu l)éarnais ; lisez CROZ, désinence transpyrénéennc. »

Le lieurt des opinions amena le froissement de amours-propres. On en vint aux personnalités ; le pré sident, par un habile détour, insinua que la femme di vice-président vivait mavtiitlement avec la garnison ton entière : aussi le vice-président, regardant son adver saire bien en face, se crut autorisé à répondre qu( quand on avait un père banqueroutier, on ne devaii pas élever la parole dans des discussions de probit( scientifique ! » Du reste, c'est là ce que l'on nomme erj histoire, la Criligue des témoifjnafjes.

Or, tandis que ces gens s'injuriaient pour la plusl grande utilité de la science, un homme, vêtu comme sonll d'ordinaire les charretiers, entra dans la salle du MuséeJ 11 llanait, vaguement indifférent, un peu curieux peutêtre de savoir pourquoi on faisait à ces démolitions| l'honneur de les enfermer dans une cave si spacieuse. Il aperçut tous ces vieux à croppetons autour de Ieur| stèle-rébus, et fort occupés à s'insulter ; et s'élant approché, il s'écria soudain : « Mais, c'est ma pierre ! jel la reconnais. Tas de voleurs, vous m'avez chipé naal pierre, vous allez me la rendre tout de suite ! »

— Cette pierre n'est pas à vous, mon ami, dit le président en se levant, elle fut trouvée dans des fouilléBl pratiquées il y a deux mois à tel endroit d'une routej que je puis vous indiquer. C'est une pierre votive.

— Pas du tout, c'est une vieille borne que j'ai portée) dans l'ornière afin de combler le trou où s'embourbi mon tombereau.

: — Vous jie savez ce que vous dites. N'importe, vol

— io:i —

i\ louis pour vous dédommager. Laissez nous traailler en paix. »

L'homme prit les deux louis, les serra précieusement l;ui5 sa bourse : puis il demanda un supplément din-

nations : « Vous êtes bien honnêtes, je vous remer-

; mais, sauf indiscrétion, qu'est-ce donc qui vous iiléresse dans ma pierre ? Depuis dix ans que je la conlais. je ne lui ai rien trouvé de drôle.

- Mon ami, vous ne comprendriez pas. la chose passe i'tre entendement. Nous avons découvert sur la slèle iiit' inscription abrégée qui nous donne grand peine. I espère que nous arriverons à la déchilfrcr.

— Ah ! bah ! c'est tout çà qui vous intrigue ? Llle est •unne, par exemple ! Et vous vous y mettez à trente ! -ien, pour des gens qui ont de l'instruction, vous êtes iuorepas mal gauches. Moi, je lirais ça en une minute.

— Vous prétendez connaître ces lettres ?

— Un peu que les connais. C'est moi qui les ai gra--

- avec mon ciseau à froid, il y a dix ans, quand j'é- ; près de me marier.

— Allons donc !

— Allons donc ? Tenez, tas d'andouilles, puisque vous lii' savez pas lire, ça signifie : J'aime beaucoup ma fiancée ll'iselte. Pour sur que je n'écrirais plus ça aujourd'hui ! ih ! la mâtine !

Et l'homme primitif s'en fut, rempli de mépris envers ces bourgeois décorés qui ne pouvaient pas déchiffrer les majuscules, et qui donnaient quarante francs pour avoir le droit de conserver au musée le témoignage lapidaire des amours d'uncliarretier.

DON JUAXISME

Le don Juanisme revient à la mode. A coup sûr, les

ili lecteurs de l'Opéra ne .songent pas à nous donner le

iM'l'-d'œuvre de Mozart — une joyeuse reprise de la

'/ritt' vaudra mieux ; — mais des familles entières

■îivolent vers le golfe Juan, pour y mener la grande vit' lallez vous-en Juan delà noce !) et, chaque dimaniiir. c'est un exode de petits commerçants parisiens qui \iiiit, delà charcuterie enveloppée dansdu papier gras, - installer sur les pelouses et sécher des litres à seize au l'K'd du donjuan de Vincennes.

Sous le vain — si vain 1 — prétexte que le penseur llayem s'occupe du Don Juanisme, M. de Fourcaud enjiilivo ce sujet d'audacieusement imprévues arabesques I ai eu tort délire dullomain, mes phrases se tortillent idinmesi elles avaient la Goolique). Il me fallait coulii" chez ce styliste, j'y courus.

L'appartement de Fourcaud est, comme Céard, somptueux et fraîchement décoré ; eau, gaz, pleyels jouant la iVtralogie à tous les étages ; au mur des toiles de maîîios, des mètres de toiles, mais pas un sopha, pas une ;;lai'e, pas une demi-glace, ce qui est d'un homme sajvamment vicieux. Midi, chrétiens! c'est l'heure solennelle où Fourcaud quitte sa couche. En effet, à mon approche, je le vois émerger

Des entrailles d'airaia de son gr.inJ piano

II veut saluer, interroger, mais d'un coup d'œil lancé d'une main sûre. j(î l'arrête, sec :

MOI. Que pensez-vous des opinions émises sur le Don Juanismc par Ilayem !

LUI {à part). Dieu, quel raseur! i/taiil). Pas lu.

MOI. Mais vous lui avez oonsacrc une étude I

LUI (à pari). C'est un jobard {haul avec un sotirire perfide). Vous êtes bien jeune, Monsieur...

MOI {à part). Quel cynisme, ô manière ! {hani, avec une courtoisie peloteuse). Ah ! ali ! exquis! chamant! diamant ! [Un silence).

LUI {très ainia/j/e). Vous comptez rester longtemps ici ^

MOI (JTio/?M. Tant quejc ne vous aurai pas tiré cinquante lignes de copie.

LUI (les sourcils relevés). Sur quel sujet?

MOI (convaincu). C'est ça qui m'est égal, par exemple! (il part). C'est un jobard.

LUI (avec un ris forcé). Ah ! ah I charrrmant ! charrrmant ! (à part). Quel cynisme, ù ma mère ! (haut) Voulez vous une tirade sur Don Juan ?

MOI {me préparant à écrire). Je vous écoute.

LUI (avec volubilité). Don Juan est un type rare et curieux qui ne saurait exister dans sa plénitude et sa hauteur hors des époques et des sociétés monarchiques- En démocratie, il s'efface. Don Juan est un grand seigneur, un homme de naissance et de fortune, assez élevé parle rang pour ne passer nulle part inaperçu, assez pourvu de richesse pour n'être au dessous d'aucune prodigalité et ne se trouver, surtout, en aucun cas bridé par l'intérêt, assez spirituel, assez pénétrant, assez sensible, assez tourmenté du désir de? raffinements i)our

!!■ réussir jamais à se contenter de ce qu'il rencontre

our aller toujours plus loin, comme un chasseur d'oi-

;ix bleus, dédaigneux également des rossignols et des

lies. On ne voit point cet homme là démocrate. Au-

rdhui, ce qu'on appelle Don Juan est cabotin ou pa-

;i d'ateliers de femme. C'est le franc polisson qui veut

iiuser à bon compte ou l'imbécile qui se fait duper

p;ir des rouées. Le vrai Don Juan cherchait la femme

'l'ulect ne la trouvait pas, par cette grande raison

jnellc n'existe point. Le sage charche la femme qu'il

I li faut et ne lui demande pas l'impossible. Qui rêvede

liiinière est dévoré par sa chimère même : maison n'est

1M> un Don Juan pour cela, on n'est qu'un Jocrisse sen-

h montai....

loi. :'.top ! Ou est mon chapeau '!.... MI. Quant à la fantaisie de cet Hayem dont vous faites vutre dieu. .

MOI. Hayem ? Aïe ! ^I ....

LUI. C'est celle d'un homme lourd et sec. qui

MOr. Assez, je vous dis.

LUI. Ne sait ni observer, ni inventer ni écrire.... MOI. Fermez donc votre robinel !

LUI. Et à qui le Dandysme de d'Aurevilly, a tourné !a tête.

Page 1