‹ Les enfants s'amusentChapitre 51 sur 56 · JOE HAWKINS · texte numérisé non relu

JOE HAWKINS

Rien d'intéressant aujourd'hui, pcnsais-je en parcourant du bout des cils les comptes rendus de trépanations et d'ablations d'organes essentiels qui encombraient le lernier numéro de VHygiène pratique ; ces récits d'ovaciotomies bien parisiennes ou d'indispositions sans granité transformées, par des traitements à la mode, en Tialadies incurables, se succé'laient avec une désespé- 'ante monotonie et j'allais jeter le fascicule quand, au Tiilieu de ce fatras de chapitres, que je feuilletais d'un )ouce distrait, je rencontrai la relation d'un cas qui ne stupéfia : celui du nègre Joe Hawkins. Cet individu, ouit,parait-il de la faculté « de se nourrir plus que co- )i('usementtous les jours, pendant un laps de trois mois •M minimum, sans être soumis à aucune excrétion, les eerétions suffisant à son économie. »

Economie mal entendue, à mon sens. Le D'' de Pietraianta donne la composition de quelques-uns de ces re- >as disparus sans laisser de traces ; ils sont imposants. •I.iifsdurs, jambon, porc aux choux, biftecks, cet oriinal engloutit des monceaux de nourriture qui rasasieraient une équipe de maçons. Qu'en peut-il faire ? ui vont-ils, Vierge souveraine ? où vont les déjeuners lantan?

Plongé dans ces réflexions, je n'entendis pas ma orte s'ouvrir, si bien que mon étonnement n'eut d'égal

que ma surprise i comme disait si bien Ponson du Terrail» quand, levant les yeux, j'aperçus devant moi un grand nègre dont un large sourire découvrait les trentedeux dents blanches^ ivoirines, diémerveilleuses.

Moi. — Vous devez vous tromper d'étage, je n'ai pas fait demander de savon, mon prince.

Lui. — Je ne suis pas ce que vous croyez, massa, mon nom est Joë HawkinS; natif non pas du Congo mais, bien que cela puisse vous surprendre, de (avec e/fort}... cago.

Moi. — Enchanté de faire la connaissance d'un homme si répandu. (Mouvement de Joe.) Et quel bon vent vous amène ?

Lui. — Ce n'est pas un bon vent, c'est un fiacre ; je suis venu vous demander de vouloir bien me prendre une petite interview.

Moi. — Volontiers; à condition que vous n'affecterez pas avec moi une retenue excessive ; voyons, un peu de laisser-aller.

Lui. — J'essaierai de me montrer expansif et de ne pas tout garder pour moi, mais je vous avoue que je suis naturellement renfermé.

Moi. — Vous n'en aurez que plus de mérite à vous ouvrir à moi. Procédons à l'interrogatoire. Comment allez-vous?

Lui. — Pas du tout.

Moi. — C'est juste, je n'y songeais pas. Le séjour de Paris vous plait-il ?

Lui. — Modérément. Je ne vais pas au théâtre, vus tragédies m'exaspèrent^ avec leur unité de lieux dont

on poul si bien se passer, yuant à rOpcru-Coniiquo. qu'irais-je y entendre ? Le Châlel ? Je n'en vois pas la nécessité.

Moi. — Soit, mais les grandes œuvres de nos compositeurs modernes...

Lui. — Ne me parlez pas de cette musique de foire.

Moi. — Que ne suivez-vous les débats parlementaires? La comédie politique est parfois intéressante.

Lui. — Ce n'est pas mon avis : partisan de Tobstruction, je ne prends qu'un médiocre intérêt aux questions de cabinet: pourtant, un projet me passionne, celui qui nous promet, pour l'an procliain, de voir le boulevard du Père Lachaise percé.

Moi. — Mais, si rion d'autre no vous intéresse à Paris, retournez à Chicago, alors ; qui vous retient ?

Lui. — Mon tempérament,, et aussi un engagement que je viens conclure avec le Nouveau-Cirque ; M. OUer va me faire débuter dans un travail sans selle.

Moi. — Je vous souhaite de réussir, car vous ne me semblez pas rouler sur l'or ; vos vêtements sont d'un délabré !

Lui. — Oh ! je m'occupe si peu de ma garde-robe.

Sur ce mot je me levai et je pris congé de l'étonnant compatriote de Ïoussaint-Lafermeturequi, malgré tout. va faire du bruit à Paris et dont la physionomie ne saurait manquer d'intéresser les disciples de Lavatcr- Gloset.

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