II- sommait de se nommer. Ce pauvre Lampouille
•^t pas fort aux armes; de plus il a cinq enfants ; s'il
! tué ou seulement blessé, voilà une famille sur la
lille. Alors...
— Alors, insista Bénigou, (jui sentait un malheur iiis l'air.
— Alors nous nous sommes dit : « A quoi bon en- <\or ce malheureux à une mort certaine. Nous allons pécher au marquis notre ])rave Bénigou, qui ne de-
iinde pas mieux que de se signaler et qui nous accom-
iiTa l'Ezano de la belle façon. » Et nous avons dé-
.' que vous acceptiez la responsabilité de l'article.
' ^ témoins, choisis par moi, sont en pourparlers
\oc. ..
- Vous... vous avez fait... vous avez osé ! hurla Bé- 11 exaspéré, ah I mille millions de tonnerres! bien !
V>t du propre... vous êtes !.:entll, vous I Comme ça,
"là croyez que ça va se passer ainsi ?... Alors je suis spadassin attitré de la boite et jendosse les duels des
nlres, à présent'?
— Bénigou. votre attitude m'étonne, mon ami.
— Ça, par exemple, je m'en contreliche 1 Non, c'est
unique, ma parole ! ^'ous vous abritez derrière m nom pour aguicher des gens qui ne vous ont rien d et c'est moi qui paie les pots cassés, après ! Et vous vo imaginez que je vais me faire crever la panse pour Lai pouille, cette brute de Lampouille ? Ali ! non ! non non !!! Je vous défends, entendez-vous, je vousdéfen de vous servir de moi et de ma réputation...
— Vous vous battrez, comme il est votre devoir le faire, iMonsiour. Désormais, quoi que vous dislt vous êtes responsable de l'article. Et puis, voyons, î nigou, c'est si peu de chose pour vous 1
— Peu de chose, Ezano ? Un monsieur qui vous cou des balles à 30 pas au commandement, et qui passe poJ le meilleur tireur dltalie !
— Et puis après? la belle affaire ! Vous lui servire; le coup du Jiaron. Allons, mon cher Bénigou, un boi mouvement !
— Assez sur ce sujet. J'ai juré de ne plus me battre et je ne me battrai pas.
Et Bénigou, épuisé, s'écroula dans un fauteuil, h pauvre président des Hommes d'épée, il faisait peine Vatrat se montra d'une délicatesse exquise : il renvoyî les rédacteurs consternés, et resta seul avec Bénigou e moi, qui faisais des copies de lettres dans un coin. Le directeur mit le siège devant Bénigou ; il essaya d'aboK de l'émulation.
— Voyons, c'est de l'enfantillage; vous qui possédej, les plus pures traditions de l'école française, vous fer* des petits morceaux de cet Italien.
— Non ! il me tuera... je ne veux pas...
— Songez à l'artront ((uo vous atlirez au journal. ■ z au déshonneur que vous encourez...
Non... laissez-moi... je ne veux pas...
Mais, sapristi ! comment un homme tel que vous i-il dire des choses pareilles ? Vous refusez de vous I Mirer avec un Ezano, qui est loin de valoir comme 1 l'Lu- ce pauvre Brécourt. Dites pourquoi, au moins !
Parce (jue... je ne me suis jamais battu, lâcha iiigou à bout de forces. Puis il entama la plus piteuse - confessions : il raconta tout, depuis la fumisterie du iviuier procès-verbal jusqu'à cette énorme mystilica- Mii qui lui avait valu le renom de tireur éméritc ; il \l>osait à mesure Ihisloire de ses pseudonymes succesr> : Don Martel, Pascal Navar, Sicilio Putea, Jean uval, dit le Lorrain, de Brécourt, etc.. etc. iCf. Mes '" A. ) Et, navré, effondré, lamentable, il terminait, en ii'iirant presque : « Vous avez eu pitié de Lampouille, tvL'z bon pour moi. Songez que je ne sais pas distinguer iii-den.r du liallcz-tirez droit. Ce serait un assassinat : je 'Uis en conjure, laissez-moi me dégager. » 1 estime qu'au fond le père Vatrat était considérableiiiit vexé. Il prit néanmoins un air digne et pincé, et, l'iès avoir réfléchi quelques instants : « C'est bon, dit- . agissez comme il vous plaira, vous êtes libre. Mais iiis m'avez trompé. Monsieur : vous n'êtes pas brave, i adroit, ni courageux, ni le reste. Je ne serai pas lus longtemps votre dupe. Dès ce soir, vous cessez j'appartenir à notre journal. Vos témoins vont rentrer :)ut à l'heure, je vous laisse le soin de leur signifier votre ccision. »
II y eut un silence d'une demi-heure. Bcnigou assistai à la débâcle de ses espérances et songeait à conjure rénorme ridicule qui le guettait à la sortie. En face d lui, raide et méprisant, le directeur apprêtait 1 cuisine quotidienne du journal. Et moi, à l'écart, j réfléchissais sur l'inconstance de la fortune. Enfin, à l nuit tombante, brouhaha dans l'escalier : les témoin rentraient. Bénigou se leva, préparant ses phrases. Se témoins se précipitèrent vers lui : « Mon cher, triomph sur toute la ligne. Quand Ezano a su que tu étal l'auteur de l'article incriminé, il a faibli, puis il aretir ses témoins. Un autre aurait pu se contenter de cela mais comme il s'agissait de toi, nous nous somme montrés inflexibles et nous avons exigé une rencontrou des excuses avec inscription complète au procès verbal.
— Malheureux !
— Ezano a été d'un médiocre ! Croirais-tu qu'il préféré des excuses ? Il nous a chargé de te les trans mettre. On ne pouvait demander plus ; c'est un jol duel de perdu. Maintenant, notre mission est terminée voici le double du procès- verbal. »
Monsieur, si vous aviez vu Bénigou ! Il fut superbe Instantanément il se remit en selle, défripa son visage afl'ermit sa voix, redevint enfin le Bénigou solide et biei campé que nous connaissions. « Messieurs, prononça-t il lentement, je vous remercie de votre obligeance ; y considère que Thonneur est amplement satisfait, etqu'i n'y a pas lieu de pousser l'affaire plus loin.... Porta: ça à la composition pour demain. » Il fut aussité
• iiîouré. ÏL'tv, compliiiK-nU'. Moi-niènie je Uns à le t> liciter, tandis que Lampouille, pleurant de reconnaiscalice, lui baisait les mains et l'appelait son sauveur... 1! accepta son succès sans forfanterie, si simplement luoVatrat, tout vieux singe qu'il était, s'y laissa prendre; il r(''néc'hit qu'il ne convenait pas de se brouiller avec un homme aussi fort. 11 alla donc serrer la main de iilui qu'il avait mis à la porte une heure auparavant. 11 ajouta ces quelques mots : a Mon cher ami, le Journal Mius offre un diner d'honneur ; nous tenons à célébrer 1 heureuse issue de votre dernier duel. » Puis le prenant la part : « Vous savez, je n'ai pas cru un seul instant à 'tout ce (pie vous m'avez débité. Comme je tiens à vous onservcr, je vous offre le secrétariat de la rédaction ; |!iul n'en est plus digne. »
I Ainsi finit cette alerte où Bénigou faillit tout perdre, iaute de sang-froid. Conclusion bien parisienne : la petite Zozo devint amoureuse folle de notre ami, et planta là son Ezano. Je vous confie ces divers détails, lont je garantis l'authenticité. J'espère que vous saurez disposer avec art, et que vous n'oublierez pas de ;iir dans votre article le nom de tout votre dévoué. E. Durand ide l'Ardèche;, rédacteur au Journal monstre.
EQUATION.
Azèdc va^le Zéda.
Azède est un très beau d très inleilige.it gairou. 11 n'a aucune fortune personnelle, mais ses qualités physiques et intellectuelles lui ont permis de faire dernièrement ce que le monde lui-même appelle « un beau mariage », c'est-à-dire qu'il a épousé une femme charmante et fortl riche. Elle l'adore, lui se laisse faire. En tout cas il est lieu-F reux, la fortune dont il jouit lui permettant de travailler sans souci du lendemain à un cher livre longtemps rêvé.j
Quand ses amis le rencontrent, c'est à qui le complimentera sur sa « veine » et quand ils lui serrent la| main, c'est avec une cordialité mêlée d'une sorte d'admi-| ration.
Dans le monde où il conduit Mme Azède, c'est, parmij les femmes, un concert d'éloges à son adresse. Toute!] envient le « bonheur » de Madame, tandis que le!] hommes se récrient à l'envi sur « la chance de ce saen! Azède ».
îîèda, un beau et intelligent (jorron, a fait dernièremenl
la connaissance d'une jeune veuve très riche qui l'a 11 ouvé fort à son goût. Comme ils s'aiment et sont tous (Itnixsans préjugés, ils se le prouvent un beau soir, sans M" croire obligés d'en avertir personne, pas même le IriiAl eu indiscret prud'homme que la société alTuble (1 une sous-ventrière tricolore pour unir les genr..
Comme il n"a pas le sou et (juc sa maitressc est riche, M's amis se détournent quand il le rencontrent, et ne lui M'rrent plus la main. On accuse Zèda de se faire entretenir par elle. C'est un . ça commence par un m et ça liriit en j'eau.
La situation de Zèda est identique à celle de Azèdc. 11 n'y a entre eux que l'épaisseur d'une écharpe tricolore.
Donc Azède égale Zèda.
Et pourtant, selon le Monde l'un est un veinard, et l'autre., vous savez bien, ça commence par un m et ça linit en i^eait.