‹ Les Enfants TerriblesChapitre 2 sur 6 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Deputs plusieurs jours, la chambre tanguait.

Elisabeth torturait Paul par un systéme de caches et d’allusions incompréhensibles a quelque chose d’agréable (elle insistait) ot il n’aurait aucune part. Elle traitait Agathe en confidente, Gérard en complice, et clignait de loeil lorsque les allusions risquaient de s’éclaircir. Le succés de ce systeme dépassa ses espérances. Paul se retournait sur le gril, bralé de curiosité. L’orgueil seul l’empéchait de prendre a part Gérard ou Agathe auxquels Elisabeth devait du reste défendre d’ouvrir la bouche, sous peine de brouille.

La curiosité l’emporta. I] guetta le trio a ce qu’Elisabeth surnommait la « sortie des artistes » et découvrit qu’un jeune homme sportif attendait avec Gérard devant la maison. de modes et enlevait la bande en voiture.

La scéne de la nuit fut un paroxysme. Paul traita sa socur et Agathe de grues infectes et

Gérard d’entremetteur. I] quitterait l’appartement. Elles pouvaient y amener des hommes.

C’était 4 prévoir. Les mannequins étaient des grues, des grues de bas étage! Sa sceur était une chienne en chasse qui avait entrainé Agathe, et Gérard, oui, Gérard, serait responsable de tout.

Agathe pleura. Malgré Elisabeth qui interrompait d’une voix placide : « Laisse-le, Gérard, il est grotesque... », Gérard se facha, expliqua que ce jeune homme connaissait son oncle, qu’il s’appelait Michaél, que c’était un juif américain, qu’il possédait une fortune immense, et qu’on projetait de cesser le complot, de le faire connaitre a Paul.

Paul vociféra qu'il refusait de connaitre ce « juif infame » et qu'il irait le gifler le lendemain a l’heure du rendez-vous.

— C’est du propre, continuait-il, les: yeux étoilés de haine, Gérard et toi vous entrainez cette petite, vous la poussez dans les bras de~ ce juif; vous voulez peut-étre la vendre!

— Vous vous trompez, mon cher, repartit Elisabeth. Je vous préviens amicalement que

vous faites fausse route. Michaél vient pour moi, il veut m’épouser et il me plait beaucoup.

— T’épouser? t’épouser, toi! mais tu es folle, mais tu ne t’es pas regardée dans une glace, mais tu es immariable, laide, idiote! tu es la reine des idiotes! I] s’est payé ta téte, il s'est moqué de toil

Et il riait d’un rire convulsif.

Elisabeth savait que le probleme d’étre juif ou non ne s’était jamais posé, pas plus pour Paul que pour elle. Elle se sentait chaude, confortable. Son coeur s’€panouissait jusqu’aux limites de la chambre. Comme elle aimait ce rire de Paul! Comme la ligne de son menton devenait féroce! Comme il était donc doux de taquiner son frere jusque-la!

Le lendemain, Paul se sentit ridicule. II s'avouait que son algarade dépassait les bornes. Oubliant qu’il avait cru que ]’Américain convoitait Agathe, il se disait : « Elisabeth est libre. Elle peut se marier et épouser n’importe qui, je m’en moque »; il se demandait les raisons de sa fureur.

Il bouda et graduellement se laissa convaincre de rencontrer Michaél.

Michaél formait avec la chambre un contraste parfait. Contraste si net, si vif, que dans la suite aucun des enfants n’eut l’idée de lui ouvrir cette chambre. I] leur représentait le dehors.

Au premier coup d’ceil on le situait sur la terre; on savait qu'il y possédait tout son bien et que seules ses automobiles de course lui procuraient parfois du vertige.

Ce héros de film devait vaincre les préventions de Paul. Paul céda, s’engoua. La petite bande filait sur les routes, sauf aux heures qui rappelaient les quatre complices a la chambre et que Michaél consacrait naivement au sommeil.

Michaél ne perdait pas a la complicité nocturne. On l’y révait, l’y exaltait, l’y fabriquait de toutes pitces.

Lorsqu’on le retrouvait ensuite, il ne se doutait guére qu’tl bénéficiait d’un enchantement semblable a celui de Titania sur les dormeurs du Midsummer Night’s Dream.

— Pourquoi n’épouserais-je pas Michaél?

-—— Pourquoi Elisabeth n’épouserait-elle pas Michaél?

L’avenir des deux chambres se réaliserait. Une étonnante vitesse les poussait vers |’absurde, stimulant des projets de chambres, semblables aux projets d’avenir que les jumelles réunies par une membrane confiaicnt ambitieusement aux interviews.

Seul, Gérard se réserve. I] détourne la téte. Jamais il n’etit osé prétendre a épouser la pythonisse, la vierge sacrée. I] fallait, comme dans les films, un jeune automobiliste qui l’enléve, qui ose ce geste, faute de connaitre les défenses du lieu saint.

Et la chambre continuait, et le mariage se préparait, et l’équilibre se maintenait intact, équilibre d’une pile de chaises qu’un clown balance entre la scene et la salle jusqu’a l’écoeurement.

Ecceurement vertigineux qui remplacait l’écceurement un peu fade des sucres d’orge.

Ces enfants terribles se bourrent de désordre, d’une macédoine poisseuse de sensations.

Michaél regardait les choses d’un autre ceil. On l’aurait fort surpris en lui annongant ses fiancailles avec la vierge du temple. I] aimait une jeune fille ravissante et l’épousait. I] lui offrait, en riant, son hotel de |’Etoile, ses automobiles, sa fortune.

Elisabeth se meubla une chambre de style Louis XVI. Elle abandonnerait a Michaél les salons, les salles de musique, de gymnastique, la piscine et une vaste galerie fort cocasse, espéce de cabinet de travail, de salle a manger, de salle de billard ou d’escrime, a hauts vitrages dominant des arbres. Agathe la suivrait. Elisabeth lui réserva un petit appartement, au-dessus du sien.

Agathe envisageait le désastre d’une rupture avec la chambre. Elle pleurait en cachette son pouvoir magique et ]’intimité de Paul. Que deviendraient les nuits? Le miracle jaillissait d’un contact interrompu entre le frére et la sceur. Cette rupture, cette fin du monde, ce naufrage, n’affectaient ni Paul, ni

Elisabeth. Is ne pesaient pas les conséquences directes ou indirectes de leur acte, ne s’interrogeaient pas plus qu’un chef-d’ceuvre dramatique ne s’inquiete de la marche d’une intrigue et des approches du dénouement.

Gérard se sacrifiait. Agathe obéissait au bon plaisir de Paul.

Paul disait :

— C’est trés commode. Pendant les absences de son oncle, Gérard pourra prendre la chambre d’Agathe (ils ne l’appelaient plus chambre dé maman) et si Michaél voyage, les filles n’auront qu’a rappliquer chez nous.

Ce terme de filles signifiait bien que Paul ne concevait pas le mariage, qu’il envisageait un avenir nuageux.

Michaél voulait convaincre Paul d’habiter V’hétel de 1’Etoile. I] refusa, tenant 4 son plan de solitude. Alors Michaél, avec Mariette, s'arrangea pour prendre a sa charge les moindres dépenses de la rue Montmartre.

Apres une cérémonie rapide ot témoignerent les hommes qui géraient la fortune incal-

culable du marié, Michaél décida, pendant qu’Elisabeth et Agathe s’installeraient, de passer une semaine a Eze ou il faisait batir, l’architecte attendant ses ordres. I] prenait la voiture de course. La vie commune commencerait au retour.

Mais le génie de la chambre veillait.

Est-il presque besoin de l’écrire? Sur la route, entre Cannes et Nice, Michaél se tua.

Sa voiture était basse. Une longue écharpe qui lui enveloppait le cou et flottait, s’enroula autour du moyeu. Elle l’étrangla, le décapita furieusement, pendant que la voiture dérapait, se broyait, se cabrait contre un arbre et devenait une ruine de silence avec une seule roue qui tournait de moins en moins vite en lair comme une roue de loterie.

L’HERITAGE, les signatures, les conférences avec les administrateurs, le crépe et les fatigues accablaient la jeune femme qui ne connaissait du mariage que les formalités légales. L’oncle et le médecin, n’ayant plus a payer de leur poche, payaient de leurs personnes. Ils n’en récoltérent pas davantage de gratitude. Elisabeth se déchargeait sur eux de toutes ses charges.

De concert avec les administrateurs, ils classalient, comptaient, réalisaient des sommes qui ne représentaient plus que des chiffres et accablaient l’imagination.

Nous avons parlé d’une aptitude a la richesse grace a laquelle rien ne pouvait augmenter la richesse native de Paul et d’Elisabeth. L’héritage en fournit la preuve. La serousse du drame les modifia beaucoup plus.

Ils aimaient Michaél. L’étonnante aventure des noces et de sa mort projeta cet étre peu secret dans la zone secréte. L’écharpe vivante, en l’étranglant, lui avait ouvert la porte de la chambre. Jamais il n’y serait entré sans cela.

Rue Montmartre, la mise en ceuvre du projet de solitude caressé par Paul a l’époque ou sa sceur et lui se tiraient les cheveux devint insupportable en raison du départ d’Agathe.

Ce projet offrait un sens lors de sa gourmandise égoiste; il perdait toute signification puisque l’age aggravait ses désirs.

Bien que ces désirs fussent informes, Paul découvrit que la solitude convoitée ne lui procurait aucun bénéfice et lui creusait, par contre, un vide affreux. I profita du marasme pour accepter de vivre chez sa sceur.

Elisabeth lui donna la chambre de Michaél séparée de la sienne par une vaste salle de bains. Les domestiques, trois mulatres et un chef négre, voulurent retourner en Amérique. Mariette embaucha une compatriote.

Le chauffeur restait.

A peine Paul fut-il installé que le dortoir se reforma.

Agathe avait peur, en haut, toute seule...

Paul dormait mal dans un lit 4 colonnes...

L’oncle de Gérard visitait des usines en Allemagne... Bref Agathe couchait dans le lit d’Elisabeth, Paul trainait sa literie et construi- Sait sa guérite sur le divan, Gérard entassait ses chales.

C’est cette chambre abstraite, capable de se recréer n’importe ou, que Michaél habitait depuis la catastrophe. La vierge sacrée! Gérard avait raison. Ni lui, ni Michaél, ni personne au monde ne posséderait Elisabeth.

L’amour lui révélait ce cercle incompréhensible qui lisolait de l’amour et dont le viol coutait la vie. Et méme en admettant que Michaél ett possédé la vierge, jamais il n’aurait possédé le temple ot il ne vivait que par sa mort.

ON se souvient que l’hétel contenait une galerie, mi-salle de billard, mi-cabinet de travail, mi-salle 4 manger. Cette galerie hétéroclite était déja par ce fait qu’elle n’en était pas une et ne menait a rien. Une bande de moquette d’escalier traversait son linoléum sur la droite et s’arrétait au mur. En entrant, a gauche, on voyait une table de salle 4 manger sous une espéce de suspension, quelques chaises et des paravents de bois souple qui peuvent prendre la forme qu’on veut. Ces paravents isolaient cette ébauche de salle a manger d’une ébauche de cabinet de travail, canapé, fauteuil de cuir, bibliothéque tournante, planisphére terrestre, groupés sans dame autour d’une autre table, une table d’architecte, sur laquelle une lampe a réflecteur était le seul foyer lumineux du hall.

Aprés des espaces qui restaient vides malgré des siéges a bascule, un billard étonnant a force de solitude. De place en place, de hautes vitres projetaient au plafond des sentinelles de lumiére, un éclairage en contrebas du dehors formant une rampe qui baignait le tout d’un clair de lune théatral.

On s’attendait 4 quelque lanterne sourde, quelque fenétre qui glisse, quelque saut feutré de cambrioleur.

Ce silence, cette rampe, évoquaient la neige, le salon jadis suspendu en lair de la rue Montmartre, et méme, avant la bataille, l'ensemble de la cité Monthiers réduite par la neige aux proportions d’une galerie.

C’était bien une solitude pareille et l’attente et les pales facades simulées par les vitrages.

Cette piéce semblait une de ces extraordinaires fautes de calcul d’un architecte découvrant trop tard l’oubli de la cuisine ou de lescalier.

Michaél avait rebati la maison; il n’avait pu résoudre le probléme de ce cul-de-sac auquel on aboutissait toujours. Mais, chez un

Michaél, une faute de calcul était l’apparition de la vie; le moment ou la machine s’humanise et céde le pas. Ce point mort d’une maison peu vivante était l’endroit ot cotte que cote s’était réfugiée la vie. Traquée par un style implacable, par une meute de béton et de fer, elle se cachait dans ce coin immense avec l’aspect des princesses déchues qui se sauvent en emportant sur elles n’importe quoi.

On admirait l’hétel; on disait : « Pas de surcharges. Rien que du rien. Pour un milliardaire, c’est tout de méme quelque chose. » Or les personnes €prises de New, York et qui eussent dédaigné cette piéce, ne se doutaient pas (pas plus que Michaél) combien elle était américaine.

Mille fois mieux que le fer et le marbre, elle racontait la ville des sectes occultes, des théosophes, le Christian Science, le Ku-Klux- Klan, les testaments qui imposent des épreuves mystérieuses 4 l’héritiére, les clubs funébres, les tables tournantes, les somnambules d’Edgar Poe.

Ce parloir d’une maison de fous, ce décor idéal pour les personnes défuntes qui se matérialisent et annoncent leur décés a distance, évoquait en outre le gout juif des cathédrales, des nefs, des plates-formes au quarantiéme étage ou des dames habitent des chapelles gothiques, jouant de l’orgue et brdlant des cierges. Car New York consomme plus de cierges que Lourdes, que Rome, que n’importe quelle ville sainte du monde entier.

Galerie faite pour l’enfance anxieuse lorsqu’elle n’ose traverser certains couloirs, lorsqu'elle se réveille, qu’elle écoute les meubles qui craquent et les boutons de porte qui tournent.

Et cette monstrueuse chambre de débarras, c’était la faiblesse de Michaél, son sourire, le meilleur de son ame. Elle dénongait en lui l’existence de quelque chose qui précédait sa rencontre avec les enfants et qui le rendait digne d’eux. Elle prouvait injuste son exclusion de la chambre, fatals son mariage et sa tragédie. Un grand mystére y devenait limpide : ce n’était ni pour sa fortune, ni pour

sa force, ni pour son élégance qu’Elisabeth l’avait épousé, ni pour son charme. Elle l’avait épousé pour sa mort.

Et normal il était aussi que les enfants eussent cherché partout la chambre dans Vhétel, sauf dans cette galerie. Entre leurs deux chambres ils erraient comme des 4mes en peine. Les nuits blanches n’étaient plus ce spectre léger qui se sauve au chant du coq, mais un spectre inquiet qui flotte. Possédant enfin leurs chambres respectives et ne voulant pas en démordre, ils s’enfermaient rageusement ou se trainaient de l’une 4a l’autre, la démarche hostile, les levres minces, les regards lancant des couteaux.

Cette galerie n’était pas sans leur avoir jeté un sort. Cet appel les effrayait un peu, les empéchait d’en franchir le seuil.

Ils avaient remarqué l’une de ses vertus singuliéres et non la moindre; la galerie dérivait en tous sens, comme un navire amarré sur une seule ancre.

Lorsqu’on se trouvait dans n’importe quelle autre piece, ii devenait impossible de la situer et, lorsqu’on y pénétrait, de se rendre compte de sa position par rapport aux autres picces. A peine était-on orienté par un vague bruit de vaisselle provenant des cuisines.

Ce bruit et ces magies évoquaient 1’enfance somnolente aprés le funiculaire, les hotels suisses ot la fenétre s’ouvre a pic sur le monde, ot l’on voit le glacier en face, si prés, si prés, de l’autre cété de la rue, comme un immeuble en diamant.

Maintenant c’est au tour de Michaél de les mener ou il fallait, de prendre le roseau dor, de tracer les limites et de iecur désigner le lieu.

Une nuit que Paul boudait et qu’Elisabeth voulait l’empécher de dormir, il claqua les portes, se sauva et se réfugia dans la galerie.

L’observation n’était pas son fait. Mais il recevait les effluves avec violence, lcs enregistrait et les orchestrait vite 4 son usage.

A peine dans cette enfilade mystérieuse de pans d’ombre et de lumiére alternatifs, a peine engagé entre les décors de ce studio désert, il devint un chat prudent auquel rien n’échappe. Ses yeux luisaient. Il s’arrétait, contournait, reniflait, incapable d’assimiler une chambre 4 la cité Monthiers, un silence nocturne a la neige, mais y retrouvant profondément le déja vu d’une vie antérieure.

I] inspecta le cabinet de travail, se releva, traina et enroula les paravents de maniére a isoler un fauteuil, s’y coucha, les pieds sur une chaise; puis, l’ame béate, essaya de partir. Mais le décor partait, abandonnant son personnage.

Il souffrait. I] souffrait d’orgueil. Sa revanche sur le double de Dargelos était un échec pitoyable. Agathe le dominait. Et, au lieu de comprendre qu'il l’aimait, qu’elle le dominait par sa douceur, qu’il importait de se laisser vaincre, il se crétait, se cabrait, luttait contre ce qu'il croyait son démon, une fatalité diabolique.

Pour vider une cuve dans une autre par un tuyau de caoutchouc, une simple amorce suffit.

Le lendemain Paul s’organisa, se construisant une cabane comme dans Les Vacances de Mme de Ségur. Les paravents ménagérent une porte. Cette enceinte ouverte en haut et participant a l’existence surnaturelle du lieu, se peupla de désordre. Paul y apportait le buste de platre, le trésor, les livres, les boites vides. Le linge sale s’entassait. Une grande glace mirant les perspectives. Un lit pliant remplacait le fauteuil. L’andrinople coiffa le réflecteur.

D’abord annoncés par quelques visites, Elisabeth, Agathe et Gérard, incapables de vivre loin de cet excitant paysage de meubles, émigrérent sur les trousses de Paul.

On revivait. On dressa les camps. On profita des flaques de lune et d’ombre.

Au bout d’une semaine, des bouteilles thermos remplacaient le café Charles et les paravents ne batissaient qu’une seule chambre, ile déserte entourée de linoléum.

Depuis le malaise des deux chambres, se sentant de trop et mettant la mauvaise humeur de Paul et d’Elisabeth (mauvaise humeur sans aucune verve) sur le compte d’une atmosphere perdue, Agathe et Gérard sortaient souvent ensemble. Leur amitié profonde était ceHe des malades qui souffrent du méme mal. Comme Gérard Elisabeth, Agathe situait Paul plus haut que terre. Tous deux aimaient, ne se plaignaient pas et jamais n’eussent osé formuler leur amour. De la base, la téte levée, ils adoraient les idoles; Agathe le jeune homme de neige, Gérard la vierge de fer.

Jamais a l’un ni a l'autre l’idée ne serait venue de croire qu’ils pussent obtenir, en échange de leur ferveur, autre chose que de la bienveillance. Ils trouvaient admirable qu’on les tolérat, tremblaient d’alourdir le réve fraternel et s’écartaient par délicatesse lorsqu’ils se croyaient en surcharge.

Elisabeth oubliait ses voitures. Le chauffeur les lui rappelait. Ce fut un soir ot elle

avait emmené Gérard et Agathe en prome nade, que Paul, resté seul, emprisonné dans son attitude, fit la découverte de son amour.

Comme il regardait jusqu’au vertige le faux portrait d’Agathe, cette découverte le pétrifia. Elle lui creva les yeux. Il ressemblait aux personnes qui distinguent les lettres d’un monogramme et ne peuvent plus voir les lignes insignifiantes que ces lettres paraissent entrelacer d’abord.

Les paravents, comme une loge d’actrice, arboraient les magazines déchirés de la rue Montmartre. Pareils aux marais chinois ot les lotus s’ouvrent 4 l’aube avec un bruit immense de baisers, ils épanouirent d’un coup les. visages de leurs assassins et de leurs actrices. Le type de Paul surgissait, multiplié par un palais de miroirs. Il débutait par Dargelos, s’affirmait a travers les moindres filles choisies dans l’ombre, accordait les tétes des cloisons légéres, se purifiait sur Agathe. Que de préparatifs, d’ébauches, de retouches avant l’amour! Lui qui se croyait victime d’une coincidence entre la jeune

fille et Jl’écolier sut combien le sort visite ses armes, sa lenteur a viser et a trouver le coeur.

Et le got secret de Paul, son gott d’un type spécial n’avait joué ici aucun role, car le sort, entre mille jeunes filles, avait fait d’Agathe la compagne d’Elisabeth. II fallait donc remonter au suicide par le gaz pour chercher les responsables.

Paul s’émerveilla de cette rencontre et sans doute sa surprise etit-elle été sans bornes si sa brusque clairvoyance ne s’était pas limitée a son amour. I] aurait alors remarqué comment le sort travaille, imitant lentement la navette des dentelliéres, nous criblant d’épingles et nous maintenant sur ses genoux, comme leur coussin.

De cette chambre si peu faite pour s’organiser, pour se stabiliser, Paul révait son amour et n’y associa d’abord Agathe sous aucune forme terrestre. Il s’exaltait seul. Brusquement il vit dans la glace son visage détendu et il eut honte de la figure renfrognée que sa sottise lui avait faite. I] avait voulu rendre

le mal pour le mal. Or, son mal devenait un bien. Il allait rendre le bien pour le bien au plus vite. En serait-il capable? I aimait; cela ne signifiait pas que cet amour fit réciproque et qu il put jamais le devenir.

A cent lieues de s'imaginer inspirant du respect, le respect d’Agathe venait méme de lui apparaitre comme une aversion. Sa souffrance a cette idée ne présentait plus aucun rapport avec la sourde souffrance qu’il croyait tenir de son orgueil. Elle l’envahissait, le harcelait, exigeait une réponse. Elle n’avait rien d’immobile; il fallait agir, chercher ce qu'il convenait de faire. Jamais il n’oserait parler. Du reste, ou parler? Les rites de la religion commune, ses schismes, rendaient une intrigue tres difficile et leur genre de vie confuse comportait si peu certaines choses spéciales dites a certaines dates spéciales, qu’il risquait de parler sans que ses paroles fussent prises au sérieux.

Il combina d’écrire. Une pierre était tombée et venait de rider le calme; une seconde pierre entrainerait d’autres conséquences

qu il ne savait prévoir mais qui décideraient a sa place. Cette lettre (un pneumatique) deviendrait la proie du hasard. Elle tomberait soit au milieu du groupe, soit chez Agathe seule et agirait selon.

Il dissimulerait son désarroi, feindrait de bouder jusqu’au lendemain, en profiterait pour écrire et pour ne pas exhiber une figure rouge.

Cette tactique énerva Elisabeth et démoralisa la pauvre Agathe. Elle crut que Paul lavait prise en grippe et la fuyait. Le lendemain, elle se fit porter malade, se coucha et dina dans sa chambre.

Aprés un diner lugubre en téte-a-téte avec Gérard, Elisabeth le dépécha auprés de Paul, le supplia d’essayer d’entrer, de le cuisiner, d’apprendre ce qu’‘il leur reprochait, pendant qu’elle soignerait le rhume d’Agathe.

Elle Ja trouva en larmes, a plat ventre, la figure dans son oreiller. Elisabeth était pale. Le malaise de ]a maison mettait en é€veil cer-

taines couches dormantes de son Ame. Elle flairait un mystére et se demandait lequel.

Sa curiosité ne connaissait plus de bornes.

Elle dorlota la malheureuse, la berca, la confessa.

— Je Vaime, je l’adore, il me méprise, sanglotait Agathe.

C’était donc de l’amour. Elisabeth sourit :

— En voila une petite folle, s’écria-t-elle, comprenant qu’Agathe parlait de Gérard; je voudrais bien savoir de quel droit il te méprise. Est-ce qu'il te l’a dit? Non! Alors? Il en a une chance, cet imbécile! Si tu Vaimes, il faut qu'il t’épouse, il faut l’épouser.

Agathe fondait, rassurée, anesthésiée par la simplicité de cette sceur, par l’inconcevable dénouement qu’Elisabeth proposait au lieu de se moquer d’elle.

— Lise... murmurait-elle, contre l’épaule de la jeune veuve, Lise, tu es bonne, tu es si bonne... mais il ne m’aime pas.

— Tu en es sure?

— C'est impossible...

— Tu sais, Gérard est un garcon timide...

Et elle continuait, bercant, cajolant, l’épaule inondée, lorsque Agathe se redressa :

— Mais... Lise..., il ne s’agissait pas de Gérard. Je parle de Paul!

Elisabeth se leva. Agathe bégayait :

— Pardonne... pardonne-moi...

Elisabeth, les yeux fixes, les mains pendantes, se sentait sombrer debout comme dans la chambre de l’infirme et comme elle avait vu jadis se substituer 4 sa mére une morte qui n’était pas sa mére, elle regardait Agathe, voyant a la place de cette petite fille en larmes une sombre Athalie, une voleuse qui s‘était introduite dans la maison.

Elle voulait savoir; elle se maitrisa. Elle vint s installer au bord du lit.

— Paul! c’est confondant. Jamais je ne me serais doutée...

Elle prenait une voix gentille.

— En voila une surprise! C’est si drdle.

C’est confondant. Raconte, raconte vite.

Et de nouveau elle enlacait, bergait, appri-

voisait les confidences, amenait par ruse a la lumiére le troupeau de sentiments obscurs.

Agathe séchait ses larmes, se mouchait, se Jaissait bercer, convaincre. Elle vidait son coeur et se livrait aupres d’Elisabeth a4 des aveux qu’elle n’ett jamais osé se formuler a elle-méme.

Elisabeth écoutait se peindre cet humble, ce sublime amour, et la petite qui parlait contre le cou et l’épaule de la sceur de Paul aurait été stupéfaite de voir, au-dessus de la main machinale qui lui caressait les cheveux, un visage de juge impitoyable.

Elisabeth quitta le lit. Elle souriait :

— Ecoute, dit-elJe, repose-toi, calme-toi.

C’est trés simple, je vais consulter Paul.

Agathe se souleva, terrifiée.

— Non, non, qu’il ne se doute de rien! Je t’en conjure! Lise, Lise, ne lui raconte pas...

— Laisse, ma chéric. Tu aimes Paul. Si Paul t’aime, tout est pour le mieux. Je ne te vendrai pas, sois tranquille. Je l’interrogerai sans en avoir l’air et je saurai. Aie confiance, dors; ne bouge pas de ta chambre.

CUP TRRERY. DECOM IL RNS TREY RERSEOWK EEE OE:

LOAD TRECAT OYE DEPARTMENT QF

MAUACE ARE LANGUAGE AND COnT hs GTEIRIEO

Elisabeth descendit les marches. Elle portait un peignoir éponge attaché a la ceinture par une cravate. Ce peignoir pendait et la génait. Mais elle descendait par machine, habitée d’un mécanisme dont elle n’entendait que la rumeur. Ce mécanisme la manccuvrait, empéchait le bord du peignoir de se mettre sous ses sandales, lui commandait de prendre a droite, 4 gauche, lui faisait ouvrir, fermer les portes. Elle se sentait un automate, remonté pour un certain nombre d’actes et qui devrait les accomplir a moins de se briser en route. Son cceur battait a coups de hache, ses oreilles tintaient, elle ne pensait aucune pensée conforme a ce pas actif. Les réves font entendre de ces pas lourds qui approchent et qui pensent, nous donnent une démarche plus légére que le vol, combinent ce poids de statue et l’aisance des plongeurs sous eau.

Elisabeth, lourde, légére, volante, comme si son peignoir etit environné ses chevilles du bouillonnement qui indique chez les primitifs

les personnages surnaturels, suivait les couloirs, la téte vide. Cette téte n’abritait que la rumeur vague et sa poitrine que les coups réguliers du biacheron.

Dés lors la jeune femme ne devait plus s'interrompre. Le génie de la chambre se substituait 4 elle, la doublait comme n’importe quel génie s’emparant d’un homme d’affaires lui dicte les ordres qui empéchent la faillite, d’un marin les gestes qui sauvent le navire, d’un criminel les paroles qui établissent un alibi.

Cette course la mena devant le petit escalier qui conduisait a la salle déserte. Gérard en sortait. $

— J’allais te chercher, dit-il. Paul est étrange. Il voulait que je te cherche. Comment va la malade?

— Elle a la migraine, elle demande qu’on la laisse dormir.

— Je montais chez elle...

— N’y monte pas. Elle repose. Va dans ma chambre. Attends-moi dans ma chambre pendant que je verrai Paul.

140 LES ENFANTS PERRIBELES

Sare de l’obéissance passive de Gérard, Elisabeth entra. L’ancienne Elisabeth se réveilla une seconde, contempla les jeux irréels de la fausse lune, de la fausse neige, le linoléum miroitant, les meubles perdus qui s’y reflétaient et, au centre, la ville chinoise, 1l’enceinte sacrée, les hautes murailles souples qui gardaient la chambre.

Elle les contourna, écarta une feuille et trouva Paul assis par terre, le buste et la nuque appuyés contre ses couvertures; il pleurait. Ses larmes n’étaient plus celles qu’il versait sur l’amitié détruite et ne ressemblaient pas aux larmes d’Agathe. Elles se formaient entre les cils, grossissaient, débordaient et coulaient a longs intervalles, rejoignant aprés un détour la bouche entrouverte ow elles s’arrétaient et d’ou elles repartaient comme d’autres larmes.

Paul attendait du pneumatique un résultat violent. Agathe ne pouvait pas ne pas l’avoir recu. Ce coup nul, cette attente le tuaient.

Les promesses qu’il s’était faites de prudence, de silence, l’abandonnérent. I] voulait. savoir,

cote que coite. L’incertitude devenait intolérable. Elisabeth sortait de chez Agathe; il l’interrogea.

— Quel pneumatique?

Elisabeth, livrée a ses propres moyens, aurait sans doute engagé une dispute et les injures Veussent vite distraite, avertissant Paul de se taire, de répondre, de crier plus fort. Mais en face d’un tribunal et d’un tribunal tendre, il avoua. Il avoua sa découverte, sa maladresse, son pneumatique, et supplia sa sceur de lui dire si Agathe le repoussait.

Ces coups successifs ne provoquaient chez l’automate que les déclenchements qui variaient ses directives. Elisabeth s’épouvanta de ce pneumatique. Agathe savait-elle et l’avait-elle bernée? Avait-elle oublié d’ouvrir un pneumatique et, reconnaissant l’écriture, était-elle en train de l’ouvrir? Allait-elle apparaitre?

— Une minute, fit-elle, mon chéri. Attendsmoi, j’ai des choses sérieuses a te dire. Agathe -ne m’a pas parlé de ton pneumatique. Un

pneumatique ne s’envole pas. I] faut que ce pneumatique se retrouve. Je remonte; je reviens dans un instant.

Elle se sauva, et se rappelant les plaintes d’Agathe, elle se demanda si le pneumatique n’avait pas été déposé dans le vestibule. Personne n’était sorti. Gérard ne regardait pas les lettres. Si on l’avait laissé en bas, il se pouvait qu'il y fat encore.

Il y était. L’enveloppe jaune froissée, incurvée, imitait une feuille morte, mise sur un plateau.

Elle alluma. C’était l’écriture de Paul, une ° grosse écriture de mauvais éléve, mais l’enveloppe portait sa propre adresse. Paul écrivait a Paul! Elisabeth déchira l’enveloppe.

Cette maison ignorait le papier a lettres; on écrivait sur n’importe quoi. Elle déplia une feuille quadrillée, un papier de lettre anonyme.

Agathe, ne te fdche pas, je t’aime. J’étais un idiot. Je croyais que tu me voulais du mal. J'ai découvert que je t’aime et que si tu ne

m’aimes pas, jen mourrai. Je te demande a genoux de me répondre. Je souffre. Je ne bougerai pas de la galerie.

Elisabeth tira un peu la langue, haussa les épaules. L’adresse étant pareille, Paul, bouleversé, pressé, avait écrit son propre nom sur il’enveloppe. Elle connaissait ses méthodes. On ne le changerait pas.

En admettant que le pneumatique, au lieu de végéter dans le vestibule, fait revenu comme un cerceau entre les mains de Paul, il se serait découragé de ce retour jusqu’a déchirer la feuille et 4 perdre espoir. Elle lui épargnerait les suites facheuses de sa distraction.

Elle alla dans le cabinet de toilette du vestiaire, déchira le pneumatique et en fit disparaitre les traces.

Retournée auprés du malheureux, elle raconta qu’elle venait de la chambre d’Agathe, qu’Agathe dormait et que le pneumatique trainait sur la commode : une enveloppe jaune d’ow s’échappait une feuille de papier de cuisine. Elle avait reconnu cette enveloppe

a cause d’une liasse d’enveloppes pareilles sur la table de Paul. a

— Elle ne t’en avait pas ouvert la bouche?

— Non. Je voudrais méme qu’elle n’apprenne jamais que je l’ai vu. Et surtout il ne faut rien lui demander. Elle répondrait qu’elle ne se doute pas de ce que nous voulons dire.

Paul ne s’était pas représenté quel dénouement apporterait la lettre. Son désir l’incli- Nait vers des perspectives de réussite. Il ne s'attendait pas a ce gouffre, a ce trou. Ses larmes coulaient sur sa figure droite. Elisabeth consolait, détaillait une scéne ow la petite lui aurait confié l’amour qu'elle portait 4 Gérard, l'amour de Gérard, leurs projets de mariage.

— Crest étrange, insistait-elle, que Gérard ne t’en ait pas parlé. Moi je l’intimide, je 'hypnotise. Toi, c’est autre chose. Il a supposé que tu te moquerais d’eux.

Paul se taisait, buvait l’amertume de cette inconcevable révélation. Elisabeth développait sa thése. Paul était fou! Agathe était une

petite fille simple et Gérard un brave garcon. Ils étaient faits l’un pour J’autre. L’oncle de Gérard devenait vieux. Gérard serait riche, © libre, épouserait Agathe et fonderait une famille bourgeoise. Leur chance ne présentait aucun obstacle. Il serait atroce, criminel, ovi criminel, de se mettre en travers, de susciter un drame, de troubler Agathe, de désespérer Gérard, d’empoisonner leur avenir. Paul ne le pouvait pas. II agissait sous l’influence d’un caprice. I] réfléchirait, comprendrait qu’un caprice ne se levait pas contre un amour partagé.

Une heure elle parla, parla, plaida la cause juste. Elle s’exaltait, se prenait a Ja plaidoirie. Elle sanglotait. Paul baissait la téte, admettait, s'abandonnait entre ses mains. I! promit de se taire et de montrer bonne figure au jeune couple lorsqu’il lui apprendrait la nouvelle. Le silence d’Agathe au sujet du pneumatique prouvait sa décision d’oublier, de traiter la lettre en caprice, de ne pas garder 1ancune. Mais, aprés cette lettre, il pourrait subsister une géne que Gerard constaterait

avec surprise. Les fiancailles arrangeraient les choses, distrairaient le couple, ensuite un voyage de noces balayerait cette géne définitivement.

Elisabeth sécha les larmes de Paul, l’embrassa, le borda et quitta l’enceinte. I fallait poursuivre sa tache. L’instinct savait en elle que les meurtriers frappent coup sur coup, ne peuvent pas reprendre haleine. Araignée nocturne, elle continuait sa course, trainant son fil, étoilant son piége de tous les cotés de la nuit, lourde, légére, infatigable.

Elle trouva Gérard chez elle. Il se morfondait :

— Eh bien? s’écria-t-il.

Elisabeth le rabroua.

— Tu ne perdras donc jamais cette habitude de crier. Tu ne peux pas parler sans crier. Eh bien, Paul est malade. I] est trop béte pour s’en apercevoir tout seul. I] n’y a qu’a regarder ses yeux, sa langue. Il a de la fi¢vre. Le médecin décidera si c’est une grippe ou une rechute. Moi je lui ordonne de garder

le lit et de ne pas te voir. Tu coucheras dans sa chambre...

— Non, je file.

— Reste. J’ai a te parler.

Elisabeth avait une voix grave. Elle le fit asseoir, marcha de long en large et lui demanda ce qu'il comptait faire vis-a-vis d’Agathe.

— Faire pourquoi? demanda-t-il.

— Comment pourquoi? et, d’une voix séche, impérieuse, elle lui demanda s’il se payait sa téte et s'il ne savait pas qu’Agathe laimait, espérait une demande en mariage, ne s’expliquait pas son silence.

Gérard ouvrait des yeux stupides. Les bras lui tombaient :

— Agathe... balbutiait-i]... Agathe...

— Oui, Agathe! lanca Elisabeth avec fougue.

Il était trop aveugle, a la fin. Ses promenades avec Agathe auraient dd l’éclairer. Et peu a peu elle transformait la confiance de la jeune fille en amour, datait, prouvait, ébranlait Gérard d’une foule de preuves. Elle ajouta qu’Agathe souffrait, s'imaginait qu'il

aimait Elisabeth, ce qui serait comique et ce que de toute facon sa fortune, a elle Elisabeth, rendrait insoluble.

Gérard souhaita disparaitre dans une trappe. La vulgarité de ce reproche était si peu du style d’Elisabeth, inconsciente des problemes pécuniaires, qu’il en ressentait un trouble atroce. Elle profita de ce trouble pourl’achever et, frappant de grands coups sur sa téte, le somma de ne plus la regarder d’un ceil languide, d’épouser Agathe et de ne jamais divulguer son rdle de pacificatrice.

L’aveuglement de Gérard J’obligeait seul a jouer ce role et elle ne supporterait pas pour un empire qu’Agathe put croire qu'elle lui devait son bonheur.

— Allons, termina-t-elle, voila du bon travail. Couche-toi, je vais chez Agathe lui annoncer la nouvelle. Tu l’aimes. La folie des grandeurs te grisait. Réveille-toi. Félicitetoi. Embrasse-moi et avoue que tu es l’homme le plus heureux du monde.

Gérard, éberlué, entrainé, avoua ce que commandait la jeune femme. Elle l’enferma

et, continuant sa toile, monta chez Agathe.

De toutes les victimes d’un meuttre, il arrive qu'une jeune fille offre le plus de résistance.

Agathe chancelait sous les coups et ne cédait pas. Enfin, terrassée de fatigue, apres une lutte éperdue ou: Elisabeth lui expliquait que Paul était incapable d’amour, qu’il ne Vaimait pas parce qu'il n’aimait personne, qu'il se détruisait lui-méme et que ce monstre d’égoisme causerait la perte d’une femme crédule; que, par ailleurs, Gérard était une ame d’élite, honnéte, éprise, capable d’assurer un avenir, la jeune fille resserra |’étreinte qui Vaccrochait a son réve. Elisabeth la regardait pendre hors des draps, les méches collées, le visage a la renverse, une main contre sa blessure, l’autre tombée par terre comme un caillou.

Elle la releva, la poudra, lui jura que Paul ne se doutait pas de ses aveux et qu'il suffisait qu’Agathe lui annonce gaiement son mariage avec Gérard pour que jamais il ne s’en doute.

— Merci... merci... tu es bonne... hoquetait la malheureuse.

— Ne me remercie pas, dors, dit Elisabeth; et elle quitta la chambre.

Elle s’arréta une seconde. Elle se sentait calme, inhumaine, déchargée d’un fardeau.

Elle allait arriver en bas des marches, lorsque son cceur recommenga de battre. Elle entendait quelque chose. Et comme elle soulevait le pied, elle vit Paul qui approchait.

Sa longue robe blanche éclairait l’ombre.

Tout de suite Elisabeth reconnut qu’il marchait en proie a une des petites crises de somnambulisme fréquentes rue Montmartre et que déterminait toujours un désagrément.

Elle s’appuyait a la rampe, gardant le pied suspendu, n’osant bouger d’une ligne, de peur que Paul se réveillat, ne l’interrogeat au sujet d’Agathe. Mais il ne la voyait pas. Son regard ne se posait pas plus sur cette femme volante que sur quelque lampadaire; il regardait l’escalier. Elisabeth redoutait le tumulte de son coeur, le bOcheron qui cognait et devait s'entendre.

Aprés une courte halte, Pau! rebroussa chemin. Elle posa son pied engourdi, l’écouta

LES ENFANTS TERRIBLES 171 qui s’éloignait vers le calme. Ensuite, elle regagna sa chambre.

La chambre voisine se taisait. Gérard dormait-il? Elle resta debout devant la toilette. La glace lintriguait. Elle baissa les yeux et lava ses mains effrayantes.

L’ONCLE se sentant fort malade, les fiancailles et le mariage se précipiterent dans une bonne humeur factice, chacun jouant un réle et rivalisant de générosité. Un silence mortel pesait en marge des cérémonies intimes ot Paul, Gérard, Agathe, trop joyeux, accablaient Elisabeth. Elle avait beau penser que sa poigne industrieuse les sauvait d’un sinistre, que grace a elle, Agathe ne serait plus victime du désordre de Paul, ni Paul de JV infériorité d’Agathe; elle avait beau se répéter : Gérard et Agathe sont du méme niveau, ils se cherchaient a travers nous, dans un an ils auront un enfant, ils béniront les circonstances; elle avait beau oublier les démarches de la nuit farouche comme au sortir d’un sommeil pathologique, beau les prendre pour la mise en ceuvre d’une sagesse protectrice, elle n’en sentait pas moins du trouble en face des malheu-

reux et ume crainte de les laisser tous les trois ensemble.

De chacun elle était sire. Leur délicatesse la garantissait contre une confrontation des faits qu’ils risqueraient de prendre mal et d’attribuer a la malveillance. Quelle malveillance? Malveillance pourquoi? Malveillance pour quel motif? Elisabeth se rassurait en s’interrogeant et en ne trouvant aucune réponse.

Elle aimait ces malheureux-la. C’est par intérét, par passion qu’elle en avait fait ses victimes. Elle les survolait, les aidait, les sortait malgré eux d’un embarras dont l’avenir leur feurnirait la preuve. Cette dure besogne avait couté cher a son coeur. II le fallait. I] le fallait.

— Ii Je fallait, ressassait Elisabeth, comme d’une dangereuse intervention chirurgicale.

Son couteau devenait un scalpel. Il avait fallu se décider la nuit méme, endormir et opérer.

Elle se complimentait des suites. Mais un rire d’Agathe la précipitant du réve, elle retombait a table, entendait ce rire faux, voyait la mauvaise mine de Paul, la grimace aimable de Gérard et retournait a ses doutes, chassait

des épouvantes, des détails implacables, les fantOmes de la fameuse nuit.

Le voyage de noces laissa le frére et la sceur en téte a téte. Paul dépérissait. Elisabeth partageait l’enceinte, le veillait, le soignait nuit et jour. Le médecin ne comprenait pas cette rechute d’un mal dont il ne connaissait pas les symptomes. La chambre en paravents le consternait; il aurait voulu remettre Paul dans une piece confortable. Paul s’y opposa.

Il vivait enveloppé de linges informes. L’andrinople rabattait la lumiére sur une Elisabeth assise, les joues dans les mains, les yeux fixes, ravagée de sombre sollicitude. L’étoffe rouge colorait la face du malade, illusionnait Elisabeth comme le reflet des pompes avait illusionné Gérard, rassurait cette nature qui ne se nourrissait plus que de mensonges.

La mort de l’oncle rappela Gérard et Agathe. Ils s’installérent rue Laffitte, malgré Yinstance d’Elisabeth, qui leur cédait un étage. Elle en augura que le couple s’enten-

dait, réussissait un bonheur médiocre (le seul dont il était digne) et craignait dorénavant Vatmosphére indisciplinée de l’hétel. Paul redoutait qu’ils acceptassent. Il respira lorsque Elisabeth lui apprit leur décision :

—- Ils trouvent que notre genre risque de gacher leur existence. Gérard ne me l’a pas envoyé dire. I] craint notre exemple pour Agathe. Je t’affirme que je n’invente rien. II est devenu son oncle. Je l’écoutais, stupéfaite. Je me demandais s’il jouait une. piéce, s’il se rendait compte de son ridicule.

De temps en temps le ménage déjeunait ou dinait a l’Etoile. Paul se levait, montait dans Ja salle 4 manger et la contrainte recommencait sous le regard de Mariette, un regard triste de Bretonne qui flaire le malheur.

Un matin, on allait se mettre a table.

— Devine qui j’ai rencontré?

Gérard interpellait gaiement Paul qui ébaucha une moue interrogative.

— Dargelos!

— Non

— Si, mon vieux, Dargelos!

Gérard traversait une rue. Dargelos avait manqué de l’écraser en pilotant une petite voiture. I] s’était arrété; il savait déja V’hér1tage et que Gérard dirigeait les usines de son oncle. I] voulait en visiter une. I] ne perdait pas le nord.

Paul demanda s'il était changé.

— Pareil, un peu plus pale... On jurerait un frére d’Agathe. Et il ne vous traitait plus de haut. Il était trés, tres aimable. I] faisait la navette entre |’Indochine et la France. Il représentait une marque de voiture. I avait mené Gérard dans sa chambre d’hotel et lui

avait demandé s’il fréquentait Boule de ncige... enfin, le type de la boule de neige... cétait Paul.

— Et alors?

— Je lui ai répondu que je te voyais. I m’a demandé : « Est-ce qu'il aime toujours le poison? »

— Le poison?

Agathe sursautait, ahurie.

— Bien sir, s’écria Paul, agressif. Le poison, cest merveilleux. En classe, je révais d’avoir du poison (il ett été plus exact de dire ; Dargelos révait de poisons et je copiais Dargelos).

Agathe demanda pour quoi faire.

— Pour rien, répondit Paul, pour en avoir, pour avoir du poison. C’est merveilleux! J’aimerais avoir du poison comme j’aimerais avoir un basilic, une mandragore, comme j’ai un revolver. C’est 1a, on sait que cest la, on le regarde. C’est du poison. C’est merveilleux!

Elisabeth approuva. Elle approuva contre Agathe et par esprit de chambre. Elle aimait

beaucoup le poison. Rue Montmartre, elle fabriquait de faux poisons, cachetait des fioles, collait des étiquettes macabres, inventait des noms ténébreux.

— Quelle horreur! Gérard, ils sont fous!

Vous finirez en cour d’assises.

Cette révolte bourgeoise d’Agathe ravissait Elisabeth, illustrait l’attitude qu’elle prétait au jeune ménage, annulant l’indélicatesse de lavoir imaginée. Elle cligna de l’ceil vers Paul.

— Dargelos, continua Gérard, m’a sorti des poisons de la Chine, de 1’Inde, des Antilles, du Mexique, des poisons de fléches, des poisons de tortures, des poisons de vengeance, des poisons de sacrifices. I] riait. « Raconte a Boule de neige que je n’ai pas changé depuis le bahut. Je voulais collectionner des poisons, je les collectionne. Tiens, porte-lui ce joujou. »

Gérard tira de sa poche un petit paquet enveloppé dans du papier journal. Paul et sa sceur crevaient d’impatience. Agathe restait a Vautre bout de la piece.

Ils ouvrirent le journal. I] contenait, revétue d’un de ces papiers de Chine, qui se déchirent comme louate, une boule sombre de la grosseur du poing. Une entaille montrait une plaie brillante, rougeatre. Le reste était terreux, d’une maniére de truffe, répandant tant6t un aréme de motte fraiche, tantot une odeur puissante d’oignon et d’essence de geranium.

Tous se taisaient. Cette boule imposait le silence. Elle fascinait et répugnait a la maniére d’un noeud de serpents qu’on croit formé d’un seul reptile et ot l’on découvre plusieurs tétes. I] émanait d’elle un prestige de mort.

— C'est une drogue, dit Paul. Il se drogue Il ne donnerait pas du poison.

Il avangait-la main.

— N’y touche pas! (Gérard l’arréta.) Poison ou drogue, Dargelos te l’offre, mais te recommande surtout de ne pas y toucher. Du reste, tu es trop inconscient; je ne te laisserais cette saleté pour rien au monde.

Paul se facha. Il adoptait le theme d’Elisa-

beth. Gérard se couvrait de ridicule, se croyait son oncle, etc...

— Inconscient? ricanait Elisabeth. Ae allez voir!

Elle empoigna la boule avec le journal et ~ se mit a poursuivre son frére autour de la table. Elle criait :

— Mange, mange.

Agathe se sauvait, Paul bondissait, se cachait la figure.

— Voyez quelle inconscience! quel héroisme! raillait Elisabeth haletante.

Paul rispota :

— Idiote, mange toi-méme.

— Merci. Je mourrais. Tu serais trop heureux. Je vais mettre notre poison dans le trésor.

— L’odeur est envahissante, dit Gérard.

Cachez-le dans une boite de fer.

Elisabeth — enveloppa la boule, 1l’enfonca dans une vieille boite de biscuits secs et disparut. Arrivée a la commode du trésor sur laquelle trainaient le revolver, le buste aux moustaches, les livres, elle l’ouvrit et placa la

boite sur Dargelos. Elle la placa soigneusement, lentement, la langue un peu tirée, avec les poses d’une femme qui envotte, qui enfonce une épingle dans une figurine de cire.

Paul se revoyait en classe, singeant Dargelos, ne parlant que de sauvages, de fléches empoisonnées, projetant pour I’éblouir un massacre par un systéme de poison sur la gomme des timbres-poste, flattant un monstre, ne réfléchissant pas une minute que le poison tuait. Dargelos haussait les épaules, se détournait, le traitait de fille incapable.

Dargelos n’avait pas oublié cet esclave qui buvait ses paroles et maintenant il couronnait ses railleries.

La présence de la boule exalta beaucoup le frere et la sccur. La chambre s’enrichissait d’une force occulte. Elle devenait une bombe vivante de la révolte des équipages, une de ces jeunes Russes dont les poitrines étaient une étoile de foudre et d’amour.

En outre, Paul se félicitait d’afficher |’insolite auquel Gérard (d’aprés Elisabeth) pré-

tendait soustraire Agathe, et de braver Agathe.

Elisabeth se félicitait, elle, de voir le Paul de jadis accueillant linsolite, le péril, et conservant le sens du trésor.

Cette boule lui symbolisait le contrepoids d’une atmosphére mesquine, lui faisait espérer une chute progressive du régne d’Agathe.

Mais un fétiche ne suffisait point 4 guérir Paul. Il s’étiolait, maigrissait, perdait l’appétit, trainait une langueur insipide.

Le dimanche, l’hotel avait conservé l’habitude anglo-saxonne de donner congé a toute la maison. Mariette préparait les thermos, les sandwiches et sortait avec sa compagne. Le chauffeur, qui les aidait pour les nettoyages, enlevait une des automobiles et chargeait la clientele de rencontre.

Ce dimanche-la il neigeait. Sur l’ordre du médecin, Elisabeth, rideaux tirés, se reposait dans sa chambre. Il était cing heures et Paul somnolait depuis midi. I] avait supplié sa soeur de le laisser seul, de remonter chez elle, d’obéir au médecin. Elisabeth dormait et faisait ce réve : Paul était mort. Elle traversait une forét pareille 4 la galerie, car, entre les arbres, l’éclairage tombait de hautes vitres séparées par de l’ombre. Elle voyait le billard, des chaises, des tables meublant une clairiére,

et elle pensait : « Il faut que j’atteigne le morne ». Dans ce réve, le morne devenait le nom du billard. Elle marchait, voletait, ne parvenait pas a l’atteindre. Elle se couchait de fatigue, s’endormait. Soudain Paul la réveil- Jait.

— Paul, s’écriait-elle, oh! Paul, tu n’es donc pas mort?

Et Paul répondait :

— Si, je suis mort, mais tu viens de mourir; c’est pourquoi tu peux me voir et nous vivrons toujours ensemble.

Ils repartaient. Aprés une longue marche, ils atteignirent le morne.

— Ecoute, dit Paul (il posait le doigt sur le marqueur automatique), Ecoute la sonnette d’adieux. Le marqueur marquait a toute vitesse, emplissait la clairiére d’un crépitement de télégraphe...

Elisabeth se retrouva inondée de transpiration, hagarde, assise sur son lit. Une sonnette carillonnait. Elle pensa que I’hétel était sans domestiques. Sous l’influence du cauchemar, elle descendit les étages. Une rafale blanche

jeta dans le vestibule Agathe échevelée, criant :

— Et Paul?

Elisabeth se retrouvait, se décollait du réve.

— Quoi, Paul? dit-elle. Qu’est-ce que tu as? Il voulait rester seul. Je suppose qu’il dort comme d’habitude.

— Vite, vite, haletait la visiteuse, courons, il m’a écrit qu‘il s’empoisonnait, que j’arriverais trop tard, qu'il t’éloignerait de sa chambre.

Mariette avait déposé la lettre chez Gérard a quatre heures.

Agathe bousculait Elisabeth pétrifiée, se demandant si elle dormait encore, ci c’était la suite de son réve. Enfin, les deux jeunes femmes coururent.

Les arbres blancs, les rafales continuaient dans la galerie le sommeil d’Elisabeth et 1abas le billard restait le morne, un vestige de tremblement de terre que la réalité ne parvenait pas a sortir du cauchemar.

-— Paul, Paul! Réponds-nous! Paull!

L’enceinte luisante se taisait. I] en sortait

une pestilence. A peine entré, on découvrait le désastre. Un arome funébre, cet aréme noir, rougeatre de truffe, d’oignon, de géranium que reconnaissaient les jeunes femmes, emiplissait la chambre et gagnait la galerie. Paul gisait, portant le méme peignoir éponge que sa soeur, les prunelles dilatées, la téte méconnaissable. L’éclairage neigeux qui venait par le haut, respirant selon les rafales, bougeait les places d’ombre sur un masque livide ot: le nez et les pommettes accrochaient seuls la lumieére.

Sur la chaise, le reste de la boule de poison, une carafe, la photographie de Dargelos, voisinaient, péle-meéle.

Les mises en scene d’un vrai drame ne ressemblent en rien de ce qu’on imagine. Leur simplicité, leur grandeur, leurs détails bizarres nous confondent. Les jeunes femmes furent d’abord interdites. I] fallait admettre, accepter ‘impossible, identifier un Paul inconnu.

Agathe se précipita, s’agenouilla, constata qu'il respirait. Elle entrevit un espoir.

— Lise, suppliait-elle, ne reste pas immo-

bile, rhabille-toi, il est possible que cette chose atroce soit une drogue, une drogue inoffensive. Cherche les thermos, cours appeler le médecin.

— Le médecin est a la chasse... balbutia la malheureuse; c’est dimanche, il n’y a personne... personne.

— Cherche le thermos, vite! vite! I] respire, il est glacé. I] faut une boule, il faut qu'il boive du café bouillant!

Elisabeth s’étonnait de la présence d’esprit d’Agathe. Comment pouvait-elle toucher Paul, parler, se démener? Comment savait-elle qu'il fallait une boule? Comment opposaitelle des forces raisonnables a cette fatalité de neige et. de mort?

Brusquement elle se secoua. Les bouteilles thermos étaient dans sa chambre.

— Couvre-le! langa-t-elle de l’autre cété de l’enceinte.

Paul respirait. Aprés quatre heures de phénoménes qui lui firent se demander si ce poison était une drogue et si cette drogue a une dose massive suffirait 4 le tuer, il dépassait les

stades angoissants. Ses membres n’existaient plus. Il flottait, retrouvait presque son vieux bien-étre. Mais une sécheresse interne, une complete absence de salive lui boisaient la gorge, la langue, provoquaient sur les endroits de la peau restés sensibles une impression de mat insupportable. Il avait essayé de boire.

Son geste déraillait, cherchait la carafe ailleurs que sur la chaise, et bientdt ses jambes, ses bras se paralysant, il ne bougea plus.

Chaque fois qu’il fermait les yeux, il retrouvait le méme spectacle : une téte géante de bélier a chevelure grise de femme, des soldats morts, les yeux crevés, qui tournaient lentement et de plus en plus vite, raides, au port d’armes, autour de branches d’arbres ou, par une courroie, leurs pieds étaient maintenus.

Son cceur communiquait ses bonds aux ressorts du lit et en tiraient une musique. Ses bras devenaient les branches des arbres; leur écorce se couvrait de grosses veines, les soldats tournaient autour de ces branches et le spectacle recommengait.

Une faiblesse de syncope ressuscitait l’an-

cienne neige, la voiture, le jeu, lorsque Gérard le ramena rue Montmartre. Agathe sanglotait :

— Paul! Paul! regarde-moi, parle-moi...

Un gout acre lui tapissait la bouche.

— Boire... prononga-t-il.

Ses levres collaient, claquaient.

— Attends un peu... Elisabeth rapporte les thermos. Elle chauffe une bouillotte.

Il recommenga :

— Boire...

Il voulait de l’eau. Agathe lui mouilla les lévres. Elle le suppliait de parler, d’expliquer sa folie et la lettre qu’elle sortait de son sac et la lui montrait.

— C’est ta faute, Agathe...

— Ma faute?

Aors Paul s’expliqua, détachant les syllabes, chuchotant, déballant toute la vérité. Agathe Yinterrompait, s’exclamait, se justifiait. Le piége ouvert étalait ses tortueuses machines. Le moribond et la jeune femme le touchaient, le retournaient, déboitaient un a un les rouages du mécanisme infernal. Une Elisa-

beth criminelle surgissait de leur dialogue, Elisabeth de la nuit des visites, la fourbe, l’opiniatre Elisabeth.

Ils venaient de comprendre son ceuvre et Agathe s’écriait :

— Il faut vivre!

- Et Paul gémissait :

— llest trop tard! lorsque Elisabeth, talonnée par la crainte de les laisser longtemps seuls, revint avec la boule et le thermos. Un silence fabuleux céda la place a Jl odeur noire. Elisabeth, tournant le dos, ne soupconnait pas la découverte, remuait des boites, des fioles, cherchait un verre, le remplissait de café. Elle s’approcha de ses dupes.

Leurs regards la saisirent. Une volonté féroce redressait le buste de Paul. Agathe le soutenait. Leurs figures jointes flamboyaient de haine :

-— Paul, ne bois pas!

Ce cri d’Agathe arréta le geste d’Elisabeth.

— Tu es folle, murmura-t-elle, on dirait que je veux l’empoisonner.

— Tu en serais capable.

Une mort s’ajoutait 4 la mort. Elisabeth chancela.

Elle essaya de répondre.

— Monstre! Sale monstre!

Cette phrase terrible venant de Paul s’aggravait de ce qu’Elisabeth ne pensait point qu'il ett la force de parler et justifiait ses craintes d’un téte-a-téte.

— Sale monstre! Sale monstre!

Paul continuait, ralait, la fusillait d’un regard bleu, d’un feu bleu ininterrompu, entre la fente des paupiéres. Des crampes, des tics torturaient sa belle bouche et la sécheresse qui tarissait la source des larmes communiquait au regard ces éclairs fébriles, une phosphorescence de loup.

La neige fouettait les vitrages. Elisabeth recula :

— Eh bien, oui, dit-elle, c’est vrai. J’étais jalouse. Je ne voulais pas te perdre. Je déteste Agathe. Je ne permettais pas qu’elle t’enléve de Ja maison.

L’aveu la grandissait, la drapait, lui arra-

chait son costume de ruses. Les boucles rejetées en arriére par la tourmente dénudaient le petit front féroce et le faisaient vaste, architectural au-dessus des yeux liquides. Seule contre tous avec la chambre, elle bravait Agathe, elle bravait Gérard, elle bravait Paul, elle bravait le monde entier.

Elle saisit le revolver sur la commode.

Agathe hurlait :

— Elle va tirer! Elle va me tuer! et se cramponnait a Paul qui divaguait.

Elisabeth ne songeait guére a tirer sur cette femme élégante. Elle avait empoigné le revolver d’un geste instinctif pour achever son attitude d’espionne acculée dans un coin et décidée 4 vendre chérement sa peau.

En face d’une crise nerveuse, d’une agonie, elle perdait le bénéfice de sa bravade. La grandeur ne servait a rien.

Alors Agathe effarée voyait cette chose soudaine : une démente qui se disloque, s’approche de la glace, grimacant, s’arrachant les cheveux, louchant, tirant la langue. Car, n’en pouvant plus d’une halte qui ne correspondait

pas 4 sa tension interne, Elisabeth exprimait sa folie en une pantomime grotesque, essayait de rendre la vie impossible par un excés de ridicule, de reculer les bornes du vivable, d’arriver 4 la minute ou le drame 1’expulserait, ne la supporterait plus.

— Elle devient folle! au secours! continuait de hurler Agathe.

Ce mot de folle détourna Elisabeth de la glace, dompta son paroxysme. Elle se calma.

Elle serrait l’arme et le vide entre ses mains tremblantes. Elle se dressait, la téte basse.

Elle savait que la chambre glissait vers sa fin sur une pente vertigineuse, mais cette fin trainait et il faudrait la vivre. La tension ne se relachait pas, et elle comptait, elle calculait, multipliait, divisait, se rappelait des dates, des numéros d’immeubles, les additionnait ensemble, se trompait, recommencait.

Tout a coup elle se souvint que le morne de son réve sortait de Paul et Virginie ou « morne » signifiait colline. Elle se demanda si le livre se passait a l’ile de France. Les noms des iles remplacérent les chiffres. Ie de

France; ile Maurice; ile Saint-Louis. Elle récitait, embrouillait, mélangeait, obtenant un vide, un délire.

Son calme étonna Paul. I] ouvrit les yeux.

Elle le regarda, rencontra des yeux qui s’éloignaient, qui s’enfongaient, ol une curiosité mystérieuse remplacait la haine. Elisabeth, au contact de cette expression, eut un pressentiment de triomphe. L’instinct fraternel la soulevait. Sans quitter du regard ce regard nouveau, elle continua son travail inerte. Elle calculait, calculait, récitait, et au fur et a mesure qu'elle augmentait le vide, elle devina que Paul s’hypnotisait, reconnaissait le jeu, revenait 4 la chambre légére.

Sa fi¢vre la rendait lucide. Elle découvrait les arcanes. Elle dirigeait les ombres. Ce qu'elle avait créé jusqu’alors sans le comprendre, travaillant 4 la mode des abeilles, aussi inconsciente de son mécanisme qu’un sujet de la Salpétriére, elle le concevait, le provoquait, comme un paralytique se léve sous le coup d’un événement exceptionnel.

Paul la suivait, Paul venait; c’était l’évi-

dence. Sa certitude formait la base de son inconcevable travail cérébral. Elle continuait, continuait, continuait, charmant Paul par ses exercices. Déja, elle en était stre, il ne sentait plus Agathe s’accrocher a son cou, il n’entendait plus ses plaintes. Comment le frére et la sceur eussent-ils fait pour ]’entendre? Ses cris retentissent au-dessous de la gamme dont ils composent leur champ de mort. J/s montent, montent cote a céte. Elisabeth emporte sa proie. Sur les hauts patins des acteurs grecs, ils quittent l’enfer des Atrides. Déja l’intelligence du tribunal divin ne suffirait pas; ils ne peuvent compter que sur son génie.

Encore quelques secondes de courage et ils aboutiront ow les chairs se dissolvent, ot: les ames s’épousent, ou l’inceste ne réde plus.

Agathe hurlait dans un autre lieu, a une autre époque. Elisabeth et Paul s’en souciaient moins que des nobles secousses qui remuaient les vitres. L’éclairage dur de la lampe remplacait le crépuscule, sauf du coté d’Elisabeth qui recevait la pourpre du lambeau rouge et s’y maintenait protégée, fabri-

quant le vide, halant Paul vers une ombre d’ott elle observait en pleine lumicre.

Le moribond s’exténuait. I] se tendait du coté d’Elisabeth, du cété de la neige, du jeu, de la chambre de leur enfance. Un fil de la Vierge le reliait 4 la vie, attachait une pensée diffuse 4 son corps de pierre. Il distinguait mal sa sceur, une longue personne criant son ‘nom. Car Elisabeth, comme une amoureuse retarde son plaisir pour attendre celui de l’autre, le doigt sur la détente, attendait le spasme mortel de son frére, lui criait de la rejoindre, l’appelait par son nom, guettant la minute splendide ot ils s’appartiendraient dans la mort.

Paul, épuisé, laissa rouler sa téte. Elisabeth crut que c’était la fin, appuya le canon du revolver contre sa tempe et tira. Sa chute entraina un des paravents qui s’abattif sous elle, avec un tintamarre effroyable, découvrant la lueur pale des vitres de neige, ouvrant dans l’enceinte une blessure intime de ville bombardée, faisant de la chambre secrete un théatre ouvert aux spectateurs.

Ces spectateurs, Paul les distinguait derriére les vitres.

Tandis qu’Agathe, morte d’épouvante, se taisait et regardait saigner le cadavre d’Elisabeth, il distinguait dehors, s’écrasant parmi les rigoles de givre et de glace fondue, les nez, les joues, les mains rouges de la bataille des boules de neige. I] reconnaissait les figures, les pélerines, les cache-cols de laine. I] cherchait Dargelos. Lui seul il ne l’apercevait pas. I] ne voyait que son geste, son geste immense.

— Paul! Paul! Au secours!

Agathe grelotte, se penche.

Mais que veut-elle? Que prétend-elle? Les yeux de Paul s’éteignent. Le fil se casse et il ne reste de la chambre envolée que l’odeur infecte et qu’une petite dame sur un refuge; qui rapetisse, qui s’éloigne, qui disparait.

Saint-Cloud, mars 1929.

IMPRIME EN FRANCE PAR BRODARD ET TAUPIN 7, bd RomainRolland - Montrouge - Usine de La Fléche. LE LIVRE DE POCHE - 22, avenue Pierre 1‘ de Serbie - Paris. ISBN : 2 - 253 - 01025 - 1

kutagawa.

* Rashémon et-autres contes, 2561/6.

indersen.

* Contes, 2864/4.

sristophane

*Comédies (Les Ojseaux - Lysis- ‘ trata - Les Thesmophories - Les Gre- nouilles - L’Assemblée des Fem-

mes - Plutus), 2018/7.

valzac (H. de).

*1a duchesse de Langeais suivi de

La Fille aux Yeux d’or, 356/3.

if La Rabouilleuse, 543/6.

* Une Ténébreuse Affaire, 611/1.

*Les Chouans, 705/1.

& Le Pére Goriot, 757/2.

** I//usions perdues, 862/0.

** 1a Cousine Bette, 952/9.

* Le Cousin Pons, 989/1. 1

*Le Colonel Chabert suivi ‘dé Ferra-

gus chef des Dévorants, 1 4140/0.

* Eugénie Grandet, 1414/9.

** /e Lys dans la Vallée, 1461/0.

*Le Curé de village, 1563/3.

* César Birotteau, 1605/2.

*1La Peau de Chagrin, 1701/9.

*le Médecin de campagne suivi de ‘La Confession, 1997/3.

* Modeste Mignon, 2238/1.

*Honorine suivi de Albert Savarus et de La Fausse Maitresse, 2339/7.

*Louis Lambert suivi de Les Proscrits et de J.-C. en Flandre, 2374/4.

* Ursule Mirouét, 2449/4.

‘Gobseck suivi de Maitre Cornélius et de Facino Cane, 2490/8.

‘* Mémoires de deux jeunes mariées, 2545/9.

* Une Fille d’Eve suivi de La Muse du département, 2571/5.

‘*Un début dans la vie suivi de Un Prince de la Bohéme et de Un Homme d‘affaires, 2617/6.

‘* les Employés, 2666/3.

‘* Le Chef-d’ceuvre inconnu suivi de P. Grassou, de Sarrasine, de Gambara et de Massimila Doni, 2803/2.

*1a Maison du Chat-qui-pelote suivi

Je La Vendetta, de La Bourse et

de Le Bal de Sceaux, 2851/1.

Le Livre de

Poche classique

** /‘Illustre Gaudissart suivi de 5 Ftudes, 2863/6.

** Physiologie du mariage, 3254/7.

** Etudes de femmes, 3210/9.

Barbey d’Aurevilly.

** Un Prétre marié, 2688/7.

** 1 ‘Ensorcelée, 2781/0.

Baudelaire.

** Les Fleurs du Mal, 677/2.

** Le Spleen de Paris, 1179/8.

** les Paradis artificiels, 1326/5.

** Ecrits sur ‘Art, t. 1, 3135/8;

**it, 223313 6/6)

** Vion coeur mis a nu, Fusées, Pensées éparses, 3402/2.

Bernardin de Saint-Pierre.

**** Pau! et Virginie, 4166/2.

Boccace.

**#** 1 e@ Décaméron, 3848/6.

Brantéme.

** /es Dames galantes, 2507/9.

Casanova.

** Mémoires, t. 1, 2228/2;

Chamfort. é

** Viaximes et Pensées, suivi de Caractéres et Anecdotes, 2782/8.

Chateaubriand.

**** Viémoires dOutre-Tombe, t. 1, 1327/3; ****+.2, 1353/9;

Chaucer.

**** Contes de Cantorbéry, 3898/1.

Constant (B.). ;

** Adolphe suivi de Le Cahier rouge et de Poémes, 360/5.

Corneille.

** Thé4tre (La Veuve - La Galerie du Palais - La Place Rayale - L’illusion - Le Menteur), 1412/3.

** Thédtre (Nicomeéde - Sertorius - Agésilas - Attila, roi des Huns - Tite et

Bérénice - Suréna, général des Parthes), 1603/7.

Descartes.

* Discours de la Méthode, 2593/9.

Dickens (Charles).

**** De Grandes Espérances, 420/7.

Diderot.

** Jacques le Fataliste, 403/3.

***/e neveu de Rameau suivi de 8 Contes et Dialogues, 1653/2.

** 1a Religieuse, 2077/3.

** Les Bijoux indiscrets, 3443/6.

Dostoievski.

** / ‘Eternel Mari, 353/0.

** le Joueur, 388/6.

**** 1 es Possédés, 695/4.

*** les Fréres Karamazov, t. 1, 825/7; MIMD OSO/ At ee AHOG tN eO4 Alot tet te 043/86:

** Crime et Chatiment, t. 1, 1289/5:

eee On Als “** Humiliés et Offensés, t. 1, 2476/7:

ete 2 DOS/T- **les Nuits blanches suivi de Le Sous-sol, 2628/3.

Du Bellay.

** Poésies, 2229/0.

Dumas (Alexandre).

**** les Trois Mousquetaires, 667/3.

** Joseph Balsamo, t. 1, 2132/6; Ret 2 2133/45 #8 to, 2149/0; **t. 4, 2150/8.

** le Collier de la Reine,

eetee 2OOlpls tao 2497/3.

** Ange Pitou, t. 1, 2608/5;

eet 2, 2609/8.

***le Comte de Monte-Cristo, t. 1, 1119/45 ***t..2, 1134/3; ***t. 3, 1155/8.

**** les Mohicans de Paris, 3728/0.

Euripide.

** Tragédies, t. 1, 2450/2;

Set 22 /55/4.

Flaubert.

*** Viadame Bovary, 713/5.

*** 1 “Education sentimentale, 1499/0.

* Trois Contes, 1958/5.

**la Tentation de saint Antoine, 3238/0.

Fromentin.

** Dominique, 1981/7.

Gobineau. ;

* Adélaide suivi de Mlle Irnois, 469/4.

** les Pléiades, 555/0.

Goethe.

**les Souffrances du Jeune Werther suivi des Lettres de Suisse, 412/4.

Gogol.

** Les Nouvelles ukrainiennes, 2656/4

**les Nouvelles pétersbourgeoises, 2872/7.

Hoffmann.

** Contes, 2435/3.

Homeére.

*** Odyssée, 602/0.

*** IIjade, 1063/4.

Hugo.

*** les Misérables, t. 1, 964/4;

eet 2 966/97 to 00/5. j

*** Les Chatiments, 1378/6. s|

*** /es Contemplations, 1444/6. |

*** Notre-Dame de Paris, 1698/7.

*Les Orientales, suivi de Les Feuilles | d‘automne, 1969/2. |

**la Légende des Siécles, t. i, 2329/8; ** t- 2) 2330/6!

** Odes et Ballades, 2595/4.

**les Chants du Crépuscule suivi de | Les Voix intérieures et de Les} Rayons et les Ombres, 2766/1. 1

** Bug-Jargal suivi de Le Dernier Jour d‘un Condamné, 2819/8.

Labiche. |

**Thédtre (La Cagnotte - Les Deux Timides - Célimare le bien-aimé), | 2841/2.

La .Bruyére.

*** les Caractéres, 1478/4.

Laclos (Choderlos de).

***les Liaisons dangereuses, 354/8. |

La Fayette (Mme de).

** 1a Princesse de Cléves, 374/6.

La Fontaine.

** Fables, 1198/8.

Laforgue (Jules).

*** Poésies complétes, 2109/4.

Lamartine.

** Vléditations suivi de Méditations, 2537/6.

Lautréamont.

**les Chants de Maldoror, 1117/8.)

Machiavel.

**/e Prince, 879/4.

Marivaux.

** Thédtre, 2120/1. |

Nouvelles

Marx-Engels.

*Le Manifeste du Parti Communiste suivi de Critique du Programme de Gotha, 3462/6.

Meérimée. }

**Colomba et Autres Nouvelles, | 1217/6.

** Carmen et Autres Nouvelles, 1480/0.

** Chronique du Régne de Charles |X, 2630/9.

Montaigne.

e* Essais, t. 1, 1393/5; ***t. 2, 1395/0; ***t. 3, 1397/6.

**** Journal de voyage en /talie, | 3957/5.

/Montesquieu.

\** Lettres persanes, 1665/6.

Musset (Alfred de).

* Thédtre, 1431/3.

Nerval (Gérard de).

** Aurélia, suivi de Lettres <@ Jenny Colon, de La Pandora et de Les Chiméres, 690/5.

**/es Filles du feu suivi de Petits | Chateaux de Bohéme, 1226/7.

‘Nietzsche.

*** Ainsi parlait Zarathoustra, 987/5.

/Ovide.

°** 1 “Art d’aimer, 1005/5.

Pascal.

*** Pensées, 823/2.

Pétrone.

* Le Satiricon, 689/9.

Poe.

\** Histoires extraordinaires, 604/6.

-** Nouvelles Histoires extraordinaires,

'** Histoires grotesques et sérieuses, 2 tit B10:

Prévost (Abbé).

** Manon Lescaut, 460/3.

Rabelais. ie ** Pantagruel, 1240/8.

** Gargantua, 1589/8.

**/e Tiers Livre, 2017/9.

'*** / e@ Quart Livre, 2247/2.

-***/1e Cjnquiéme Livre et Cuvres diverses, 2489/0.

Racine.

'** Théétre (Bajazet - Mithridate - Iphigénie - Phédre - Esther - Athalie), 1157/4.

Retz (Cardinal de). — ** Viémoires, t. 1, 1585/6.

tad, 1987/2.

Rimbaud.

** Poésies, 498/3.

Rousseau.

*** | es Confessions, t. 1, 1098/0;

-** les Réveries du Promeneur soli-

taire, 1516/1.

Sade.

** Les Crimes de l'amour, 3413/9.

*** Justine ou les malheurs de Ja Ver tu, 3714/0.

** 1a Marquise de Gange, 3959/1.

Sand (George).

**/a@ Petite Fadette, 3550/8.

* 1a Mare au diable, 3551/6.

Shakespeare.

** Trois Comédies, 485/0.

**Roméo et Juliette suivi de Le Songe d'une nuit d’été, 1066/7.

** Hamlet-Othello-Macbeth, 1265/5.

**le Songe d'une nuit d’été suivi de Cymbeline et de La Tempéte, 3224/0.

Stendhal.

*** /e Rouge et le Noir, 357/1.

**** J ucien Leuwen, 562/6.

*** 1a Chartreuse de Parme, 851/3.

** Romans et Nouvelles, 2421/3.

Stevenson.

**/ ‘Ile au trésor, 756/4.

Suétone.

*** Vies des douze Césars, 718/4.

Tchékhov.

**/a Mouette suivi de La Cerisaie, 1090/7.

**/’Oncle Vania suivi de Les Trois Saeurs, 1448/7.

**Ce Fou de Platonov suivi de Le Sauvage, 2162/3.

**la Steppe suivi de Salle 6, de La Dame au petit chien et de L’Evégue, 2818/0.

*** /e Duel suivi de Lueurs, de Une Banale histoire et de La Fiancée, 3275/2.

Thucydide.

**/a Guerre du Péloponnése, t. 1, 1722/5; **t. 2, 1723/3.

Tolstoi.

*La Sonate 4 Kreutzer, 366/2.

*** Anna Karénine, t. 1, 636/8;

** Enfance et Adolescence, 727/5.

*** Guerre et Paix, t. 1, 1016/2;

** Nouvelles, 2187/0.

** Résurrection, t. 1, 2403/1;

** Récits, 2853/7.

** Jeunesse suivi de Souvenirs, 3155/6.

Tourgueniev.

** Premier Amour suivi de L’Auberge de Grand Chemin et de L’Antchar.

*** VYémoires d'un Chasseur, 2744/8.

** Faux printaniéres, 3504/5.

Vallés (Jules).

** 1 Enfant, 1038/6.

** le Bachelier, 1200/2.

** 1 ‘Insurgé, 1244/0.

Vauvenargues.

** Réflexions et Maximes, 3154/9.

Verlaine.

*Poeémes saturniens suivi de Fétes galantes, 747/3.

*la Bonne Chanson suivi de Romances sans paroles et de Sagesse, 1116/0.

*Jadis et Naguére suivi de Parallélement, 1154/1.

*** Vies Prisons et autres textes auto-— biographiques, 3503/7.

Vigny (Alfred de).

*** Cing-Mars, 2832/1.

Villon.

** Poésies completes, 1216/8.

Virgile.

*** 1 Enéide, 1497/4.

Voltaire.

*** Romans, Contes et Mélanges,

to 1057/4." “tae? sO 56/2) ** Tristan et Iseult, 1306/7.

\Burckhardt (Jacob).

jLa Civilisation de la Renaissance en Italie, t. 1, 2001/3; t. 2, 2002/1; Zt. -3, 2003/9.

\Cachin (Francoise).

{Gauguin, 2362/9.

\Clark (Kenneth).

‘Léonard de Vinci, 2094/8.

‘Le Nu, t. 1, 2453/6; t. 2, 2454/4.

‘Faure (Elie).

‘Histoire de l'Art:

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