LE MARÉCHAL, GONTRAN
GOSTHAN. Toutes mes nouvelles recherches ont été vaines aussi le jour n’a fait
que confirmer mes soupçons de cette nuit ,
et je me dis encore qu’il n’y a qnc le fleuve
qui puisse être ainsi discret et silencieux. ..
LE MAnÊcilAL, à part. Toujours le doute!...
r.ONTRA.v. Comme vous me l’avez ordonné, je suis allé pour appeler près de vous noire saint iraslcur, et le dessr’rvant, que j’ai rencontré sons le [xirtique de l’église, m’a dit qu’avant le jour notre père gtait parti pour a.ssister un mourant dans une ferme des environs, et nous devons attendre son retour...
LE MARÉCHAL. J’ai demandé le prêtre en cet instant terrible , comme on eberebe un rosaire an fort de la tem|H te... et maintenant je redoute sa présence, car lui <pii m’a donné Marie tout enfant , que dira-t-il en entrant dans ma maison en deuil ?... va-t-il consoler? va-t-il maudire?...
GONTRAN. Vincent de Paul n’a jamais maudit, maréchal ; il souffrira comme nous,
voilà tout (Avec explosion.) Oh! sang
Dieu !... je ne me consolerai jamais de vous avoir entraîné pour chercher cetie lettre, car à l’heure de notre départ pour Paris il était peut-être temps encore. ..
LE MARÉCHAL, l'interrompant. Oh !
ne nous accusons pas!... n’accusons que la destinée... ne rejetons pas sur nous la cause du grand malheur.... Non!.... je serais trop coupable , moi , qui aurais sauvé Mario si j’eusse étouffé ma passion pour elle quand je la sentis naître en mon cceur, .. et ce|)eodaut on ne peut empêcher (pie le jour brille, que le feu iirùle... et quand l’amour qui vient au r.(rur de l’Iiommc lui inontre en plein soleil les plus grandes joies de la terre, riiommc peut-il deviner le malheur qui se cache dans
l’ombre? Non, Goiilran seulement
quand l’écueil imprévu le brise, il s’effraye, il regarde en arrière... et quand il voit alors l’ange à terre, la jeune fille morte... il se dit
en s’arrachant les cheveux Et c’est moi
qui l’ai tuée !...
CONTRAN. Maréchal!...
LE MARÉCHAL , arec force. F.h ! ce n'est pas là, Gontran, le plus grand de mes maux; car si je {xnivais m’abaïulonner au désespoir, peut-être que je m’engourdirais dans la douleur; mais un soupçon mortel...
CONTRAN. Un soupçon?... et lequel?...
LE MARÉCHAL. .NOUS n’avons pu, Gontran, retrouver les restes de Marie... si elle vivait encore.... {Mouvement de Gontran.) Si
5IAGASIN THÉATRAI,.
apri:s m’avoir /fcrit celle lellre, elle avait pris la fuite avec celui qu’elle aime?...
GONTBAN. .Marie était belle et noble de cœur... elle est morte... ne l’outrageons pas, maréchal...
LK .MARÈuiAL. OL ! c'est que rbomme qui souiïrc est injuste et cruel , c’est qu'il perd toute croyance, cl se dit que souvent les plus belles (leurs ont des poisons , les plus beaux jours des orages , et quand un éclair de jalousie... lui traverse la tête...
r.o.STBAN. l n éclair dure si peu 1...
I.i: MARÉCHAL. Mais, plus rapide que l’éclair, ma peu.séc me dit que cela pourrait être. [Avec une fureur concentrée.) Si cela était . ..
La porte latérale de gauche s'ouvre. Fabius, pâte, défait, parait et reste sur le seuil de la porte.