SCÈNE III
Les MÊME.S, FABIUS.
LE MARÉCHAL. Qui vient l!i ?
EARIL’S, d juin. Le maréchal !
LE MARÊCILAL. Qui éteS-VOUS î
FARlUS. On ui’ap|)elle Fabius.
I.E .MARÉCHAL, fuiêont un mi.uirmciit. À part. Celui ([u’elle aimait!., {(lontran le retient. Après une réflexion.) Ft que voulczvoiis?...
FAniLS,*’flr«fiçanf, l'air éijaré. .le ne sais plus... tant de choses se sont passées depuis quelipies heures que ma raison me fuit ...
laissez-moi rappeler mes souvenirs. . . Ah ! oui, c’est cela... Marie m’a écrit : « Quand vous » lirez celle lettre, j’aurai ce.ssédc vivre... • Bientôt , sans m’être aïK'içu que j’avais fait la roule, j’éuis au village de Clichy, voulant interroger tout le monde et n’osant m’adresser Il iicrsonne , pour savoir si celle lettre était mensonge ou réalité... Alors, la tête en feu, le cœur brisé... - versant des pleurs ou de regret ou de rage l’œil inquiet , j’é-
piais , je cherchais si je pourrais apercevoir l’ombre d’une femme ou d'un linceul. Quand j’entendis vos pages se dire entre eux qu’ici l'on pleurait la jeune fille trépassée , la vérité se révélant ainsi tout à coup, doute, idée de vengeance , es|)érance men.songèrc , ont disparu ; je n’ai plus trouvé de force même pour un cri de douleur... un désespoir muet
m’a guidé j'ai traversé le vestibule de U
maison.... j’ai monté les degrés.... un vague instinct m'a dit : C’est ici qu’est morte Marie.... c’est ici qu’on la pleure.... et je suis entré...
LE .MARÉCHAL. Et quc vcncz-vous douc chercher ici?...
FARllis. La vie... si l’on peut vivre” encore... la mort , si l’on me lue ! fie que je viens chercher.... c’est le sanctuaire oii l'on prie... c'est la place de mes deux genoux sur la pierre de sa tombe...
I.E MARÉCHAL. Lt VOUS ne saliez donc pas que moi j'aimais Marie?... d’amour...
FARIL'S. Je le savais, maréchal; maison ne |K‘ut être jaloux de la douleur... et la rivalité .s’éteint devant la mort... (jiii l’aimait bien, ne [veut avoir aujourd’hui ni l’énergie de la haine, ni 1e courage de la défen.se... la veille, peut-être, les épées devaient se croiser ; mais le jour de la mort les larmes doivent s’unir. Fnfin, monsieur, avant d’entrer ici, j’ai jeté moné|«'e.... di'inain, plus lard, si vous le voulez , je .saurai la ramasser , et nous aurons , s’il le faut , le re|M;ntir et le
combat Mais qu’à celle heure il me soit
permis de la pleurer dans l’asile d'où sa jeune âme a dû partir... voilà ce que je viens vous demander en suppliant, et ce que, s’il le faut, monsieur.... ( s’aijenouillant ) je vous demande à genoux. . .
LE MARÉCHAL cache sa tète dans SCI mains.
Après un moment de .silence. Votre audacicu.se présence, monsii'ur, vient de détruire en mon âme un soupçon criminel, et je vous en rends grâce... (.1 part.) Elle ne m’a (tas trahi.. .
CONTRAN. Je le savais bien, maréchal.
LE MARÉCHAL, ù Fahius. Uoimtic vous l’avez dit, la rivalité doit s’éteindre devant la mort... > 011 , ce n’est |ioinl aujourd’hui le jour de la lutte ou des reproches; c’est l'heure soli’iinelle où les vivants doivent prier pour les morts... Soyez donc le bienvenu, vous, jeune homme, qui pleurez...
Fabuii (te relève.
FARllS. .Mergi !. .. merci à vous qui savez plaindre et souffrir. ..
Ici, VioCent entre par le fond.