SCÈNE Vlll
FABIUS, LE MARÉCH.\L.
LE AlARÊcnAL, à Fabius. Donc!... monsieur, Marie n’est pas morte.
FABIUS. Elle est morte |xmr les hommes , si elle prononce ses vœux...
LE MARÉCHAL. Mais vous espérez que l’amour qu’elle a conçu pour vous l’arrêtera pensive et mondaine sur le chemin du couvent?...
FABIUS. Comme vous cs|iércz, vous , que la reconnaissance, le plus sacré des devoirs, la ramènera biculôt sous le toit du maréclial.
LE MARÉCHAL. Nous nous devinions tous Icsdcui... et nous avons même franchi.se...
F.vBlus. Même amour et même espérance !
LE MABÉCHAL. 11 nous faut ..
FABIUS. Le duel...
LE MARÉCHAL. Vous l’avez dit.
FABIUS. Quand voulez-vous combattre?
LE MARÉCHAL. A l’instailt.
FABIUS. Quelle armcprendrons-nou.s?
LE MARÉciUL. Je VOUS OU doimc le choix.
FABIUS. Jlcrci, maréchal.
LE MARÉCHAL. Et qUC ré.SOlVCZ-TOUS ?
FABIUS. .Maréclial! quand deux liom-
mes que la haine ou la vengeance anime vont sebaluc... qu.ind chacun d’eux a rtîçii de l'aulre la flétrissure on l’outrage, il leur faut, pour apaiser leur double colère , l’épée qui les met face h face, et la lutte prolongek' qui
menace, blesse et lue Mais quand deux
hommes n’ont entre eux que le malheur de la destinée... et...
LE MARÉctiAL, ^interrompant. Que chacun d’eux ne vent que la mort de l’autre. ..
Que font-ilsî
FABIUS. Ils ne chargent qu’un pistolet sur deux, ils choisissent au hasard, et quand ils tirent ensemble, celui qui reste debout a pu tourner la tète, et ne voit pas tomber la victime dont la mort est bien sûre. ..
le maréchal, après avoir pris au faiscwn deux pistolet.* qu’il pose «ur une table, avec une boite contenant des munitions. Voici des pistolets, monsieur... faites vousutéme, et n'm chargez qu’un seul.
FABIUS *. Nous allons donc combattre ici< sans témoins...
LE MARÉCHAL. Des témoins nous empêcheraient de nous battre.
FABIUS. Mais...
i.E MARÉCHAL. Quc Craignez -VOUS.. .. Si votre père vous a délaissé, le métier des armes ne vous a-t-il pas fait homme d’honneur ?...
FABIUS. Mais la justice punit comme meurtrier le vainqueur dans un pareil combat 1
LE MARÉCHAL, prenant le blanc-seing signé du roi. Voici un parchemin an has duquel sont les signatures dp roi Louis XIII et du cardinal-ministre.... Celui qui restera de nous deux en sera le maître , et pourra y écrire lui-même sa grâce, qui précédera l’accusation. Qu’avez-vous à dire ?
FABIUS**, allant vers la table. Je vais apprêter les armes.
LE MARÉCH.AL. O Marie! mou amour jxiur toi m’est bien fatal... Il m’aura donné la mort ou bien une triste victoire. Si je sors vainqueur de ce combat, calmeras-tu la blessure cachée de mon âme? ignoreras-tu
Mais non, arrêtez; qu’allions-nous faire? insensés, nous nous |>crdiuus tous deux...
FABIUS. Et comment ?
LE MARÉCHAL. Et ne voyez-vous pas que ce parchemin t|ui ferait grâce.... attesterait publiquement (jue l'un de nous aurait tué l'autre?... Et comment pourriez-vous, jeune homme , vous approcher de Marie , si elle
vous savait meurtrier du maréchal ou
comment pourrais-je la rappeler à moi , moi qu’elle saurait avoir tué celui qu’elle aime?...
FARIUS. Vous avez raison Mais que
faire?... quel moyen...
LE MARÉCHAL. Il 00 CSt UIl.
FABIUS. Lequel?
LE MARÉCHAL. Savez-vous Ic duol des deux amis de Bourgogne.... Oh! non, vous êtes trop jeune...
FABIUS. Que fut-il donc?
LE MARÉCHAL. Dcux aiiiis d’enfaticc
deux frères d’armes, se baissèrent tous deux un jour pour ramasser le liouquet d’une jeune fille.... chacun l’aimait d’un amour invincible, et comprit que l’un des deux devait monrir, et ces deux hommes qui voulaient que la mort du l’un ne fût jias un obstacle an bonheur de l’autre , jouèrent aux dés en jurant que celui qui perdrait n’aurait plus que trois jours, le premier pour aller se confesser et recevoir l’absolution des fautes de sa vie, le second pour embrasser ses amis comme on le fait la veille d'un voyage , et le troisième
* Le Mardclial, Fabiui.
' * Fabius , le HuOctud.
MAGASIN THÉÂTRAL
pour aller mourir en face de l'ennemi ; car alors, comme aujourd'hui, l'on guerroyait à la frontière !
FABILS. Ce fut un beau duel, maréchal! le vainqueur pouvait épouser la jeune fille qu'il aimait, et le vaincu du moins avait |)our tombe un champ de bataille.
LF. MARÉCHAL, fut monlranl det dis qui sont sur la labié, et s'asseyant. Voici des dés.
FABIUS, prenant sans hésiter place de l'autre côté de la table. .Si je perds, maréchal, je jure ici d'accomplir fidèlement mon devoir.
LE MARÉCHAL, tendant le bras. Si la chance m'est contcaire... je jure...
FABlls, l'interrompant. Ne jurez pas, maréchal ; trente années de bravoure vous servent de serment. .. . commencez. c'est une partie sans revanche?
LE MARÉCHAL. Sans revanclie. Les frères de Bourgogne ne jouèrent qu'un seul coup de dés. (Après avoir jeté les dés.) Huit... A vous.... (r'ahim jette tes dis avec émotion, et tous deuoc restent immobiles en tes regardant., Après un silence, te Maréchal se levant et s'éloignant de la table.) Uix... vous avez gagné. .. Dans trois jours je serai mort li la frontière.
FABIUS, allant à lui. Maréchal!...
LE MARÉCHAL. Qu'eSt-CCÎ
FABIUS. Mais... je...
LE IMARÉCHAI- lit si VOUS aviez |)erdn....
[Fabius baisse la tête et reste pensif.) Kh bien!...
Fabius, iolordit, s’inclioe et sort avec une grande douleur.
SCEiNE IX.
LE MARÉCHAL, puis VINCENT.
LE AIARÉCHAL, Seul. Condamné.... par la loi de l'honneur.. J'exécuterai fidèlement sa sentence.... et puis après ma mort.... Ohl
Marie! Fabius! enfants sauvés tous |
deux par le prêtre Vincent de Paul , ne l'a-
vez-vous donc été que pour mon malheur ?...
L'ingratitude de >farie m'avait pris ma joie dans ce monde... Et couronné par le hasard.
Fabius me prend ma vie... Mais ces enfants que le prêtre assiste ne sont donc que des créatures impures ou fatales que la Providence voulait oublier?...
VINCENT, entrant par le fond. Je me souviens, mouseigrienr, que vous m'avez promis. vous le vainqueur tout-puissant, de parler au roi de France pour mes pauvres enfants, et je vous les amène, car leur détresse est grande.
LE MARÉCHAL. Et c'est è moi que vous vous adressez... Vous me demandez protection |H)ur les frères de ceux qui m'ont abreuvé d'ingratitude et de mallienr...
VINCENT. C'est à l'heure des plus grandes soulTrances que l'on sait le mieux compatir.
(.Allant ouvrir une jtorle au fond.) Oubliez, mon liLs, le chagrin qui vous égare, et secourez les pauvres abandonni-s.
LE MARÉCHAL. Je ue veux pas les voir...
je ne veux pas les défendre. (A Vinrent.) j Qui sait si Dieu, qui les abandonnait, n'accu- { sera pas de présomption celui qui les impose au monde 7
VINCENT, arec grandeur. Les pauvres on les coupables les ont setils abandonnés, mon frère... Et Uien veut que les généreux de la terre réparent les erreurs des méchants.
Ici les eiifanis, arrive, Iniiemcnt, garnisMnt la eorie (lu fund.
I LE MARÉCHAL, oi'ec résolution. J'ai trop I souffert |xtr eux !.... Je ne veux plus qu’on I tu en parle.... je ne m’eu vengerai pas, mon 1 pèrt; , mais je leur refuse à jamais ma proj tectiou cl mes bienfaits. Ne me demandez 1 rien. *
I VINCENT, aux enfants. Vous avez perdu, j pauvres enfants, un de vos puissants protectours; mais Dieu, qui m’a rendu Marie, m’a I donné un nouveau courage , et votre pourvoyeur va se remettre en roule... Vous serez secourus, mes enfants; venez (les enfants l entourent; 1 incent d'une voix solennelle.) Et que Dieu, monseignenr, voDS garde du repentir.
Lies ENFANIS TROUVES.