‹ Les enfants trouves drame en trois actesChapitre 26 sur 29 · VINCENT, LE MARÉCHAL · texte numérisé non relu

VINCENT, LE MARÉCHAL

VINCENT. Je VOUS vois, maréchal, vêtu de la cuirasse comme le jour que vous vous mites en camjiagne.

LE MARÉCHAL. C’cst quc je vals cn guerre... et jc viens, mon père, vous prier d’écouter les aveux d'un coupable... car celui qui part ignore s’il reviendra.

* Le Martebal, Vincent.

MAGASIN THP.ATKAL.

VINCENT. Vous devcî {trc encore utile h la France, et Dieu, qui jusqu'à ce jour vous a veillt', ne vous altandoimera pas.

i.E MAnÉciiAi.. Il faut tout prévoir, mon père : je pourrais succomber cette fuis, et je vciiit partir purilié.

VINCENT. l’arlci sans contrainte... entre deuv lioiiuncs de notre âge , un semblable aveu n'est cpie la ronlidencc que l'ami repentant fait à l'ami séière. .\sseyea-\ous , maréclial, et dites-moi quelles sont vos fautes . en ce inonde?

ViQcetii i'aksifd »ur tiii «iégeà gaucht. Le 3!aré- | clia) rcAtc debout prés du lien.

LE MARÉCHAL, ,1’en ai commis deux bien grandes dans ma vie, mon père... la seconde, erreur de mes derniers jours... vous la savez... mais la première, crime de ma jeunesse .. je vais vous la diri'. .. Lorsqu'il y a vingt-cinq ans environ je commandais dansles Flandres seulement une compagnie de cinquante fantassins... nous venions, aidés des soldats suisses au service des Nassau... de nous emparer d'une ville, l’armi les prisonniers qui tombèrent entre mes mains était une fille "du peuple, jeune, belle... dont je devins follement épris ; elle était ma captive, je la ramenai en France, ma (latrie, et la fis mon é|>ouse. Peu de temps après, le roi Henri rie Navarre me nomma capitaine de ses hallebardiers; lier de la beauté démon épouse, je la conduisis un jour à la cour...

et comme j’entrais dans une des salles, j’entendis de jeunes courtisans rire en prononçant son nom... alors... je voulus d’eux réparation et je les appelai en duel... Pardon, mou père, mais enirc nous autres gens de guerre, le duel |K)ur réparer l’alïronl, c’est plus qu’un devoir, c’est presque une religion.

VINCENT. Ileligion criminelle, que Dieu condamne, et bien fan.ssc pour les hommes qui l’ont faite, [iuis<|u’elle permet souvent que

l’oircnseur tue l'offensé Mais Dieu aidant,

le temps la détruira... Gontinuez , mon (ils.

LE MARÉCHAI- Pour m’expliquer la cause du rire qu’avait excité la présence de ma femme... on médit qu'elle avait été, dans sa jeunes.se, dé.sbonorée, perdue... alors, mou père, malgré tout le bonheur (pi’elle m’avait donné... malgré son dévouement pour moi...

je la maltraitai bien cruellement malgré

ses supplications, scs serments et ses cris, je fus sans pitié |)our elle. Fn vain elle implora pour l'enfant qu’elle devait mettre au jour, je fus inflexible, mon |)ère, et je la chassai honteusement... Peu de jours après j’apjiris que la malheureuse à l’agonie venait de mettre un fils au monde. .. et ce pauvre enfant avait d’a-

* Le HarCcbat, Vinoenl,

vancc hérité de ma colère , car je lui refusai la maison de son père.

VINCENT, se Itcunt. Que dit-il?

LE MAiifxiIAL. Oui, mou père; aveuglé par un désesimir insensé , je rejetai sur lui ma cruaulé... en vain on rexjiosa sur mon chemin. .. je fermai lesyeux eu pa.ssaïU... (.’était horrible... an'renx... cb bien, mon fière, à |K‘ine cette malheureuse femme étaitelle morte, (jne j’appris (pi’elle avait été ca-. lomniée... elle était innorcmcî...

VT.NCENT, ù part et réfléchissant. Mon .

Dieu!...

Il passe tlevant le Maréchal el relit myalèrieuvenieat la lettre de Eahiua*.

LE stARÉCHAL. Oh ! j’avais été, mon pire, la proie d’une folie pas.sagère, cai' siléit <|ue j’appris que l’enfant avait di.sparu, que sa mère dormait dans un cimelière, le repentir déchirant prit naissance dans mon co>ur. .. niais il était trop lard. Pourlant, mon Dieu, j'ai voulu réparer mon crime quelqnes années après.

Je vous ai supplié de me donner un enfant, et j’ai reçu de vos mains Marie que vous m'avez donnée, (.'.onliant, je voulais alors faire pour elle tout ce que j'aurais du faire pour mon fils... Fh bien, alors je fus rou|)ablc encore... Qtiiand elle devint si belle, j’ai voulu tpic sa beauté, tpie son sourire, que .sa belle Ime n’appartinssent qu'à moi... quand elle devint si belle, je n'ai plus eu la force d’en- Irevoir une séparation à venir... j’ai oublié son Ivonhenr pour ne songer qu’au mien...

et pauvre colomlie mise sous ma garde, je lui ai jeté les ipielques grains de blé qui pouvaient la faire vivre... mais j'ai voulu l’ein|vèchcr de voler dans les airs et de faire brilUr ses ailes aux rayons du soleil... Enfin, après lui avoir donné l’existence, mou père, j’ai voulu lui ravir sa liberté... aujourd'hui Dieu m’en punit, et je .sais me ré'signer au châtiment, mais la punition dans ce monde n’est ps le |vardon dans l’autre... voilà pourquoi, mon Itère, en vous faisant l’aveu de mes fautes... [s'agenonillnnt) je viens, tout indigne que je suis, vous demander si mon repentir iri-b.is peut me faire espi'rer le pardon devant Dieu.

VINCENT. Et si Dieu vous commandait un grand sacrifice ?

LE MAiiÉr.iiAL. Si l’homme petit l’accomplir, je l’accomplirai, mon père.

VINCENT. L’homme doit trouver double force ipiand Dieu lui montre le pardon.

LE MAISÉCHAL. J’aurai la force.

VINCENT. Ft la patience?

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