‹ Les enfants trouves drame en trois actesChapitre 4 sur 29 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

. CONTRAN, .MARIE.

«iOSTBAN, à part. Elle pleurait.

MARIE, l’apercevant. Ah! (etoici, Contrao... ,

CONTRAN. Oui, mademoiselle , ou ma- * dame, je ne sais comment je dois vous appeler à cette heure... Le maréchal m'a, lors de son départ, ordonné de vous appeler madame; vous me l'avez depuis défendu bien doucement ; mais il sera bientôt de retour, et...

MARIE, l'interrompant. Jusque-lli, Contran. .. toi le témoin de mon enfance, nommemoi toujours Marie. .

kite lui tCDd U msin. I

CONTRAN, lut prenant a^eclueutemenl la main.* Bien volontiers; mais alors, Marie, diles-moi pourquoi tout à l'heure vous pieu- . ’ riez. ..

MARIE. Aies larmes étaient bien innocentes ; j’étais li la fenêtre quand j'ai vu sortir de l’église de Clichy les orphelins recueillis * par notre*bon pasteur. Et tu dois bien comprendre que je ne puis les voir sans pleurer, . toi qui sais que j’ai eu le même père, et que ■ je devais avoir le même sort.

•CONTRAN. Oui, Alarie... je comprends ces larmes lli ; moi-même, vieux soldat qui ai/ u tant de ces pauvres créatures moctes et dé- ' laissées sur le pavé des villes désolées |iar la guerre, je ne peux entrevoir les enfants que notre curé nourrit sans éprouver une émo- i tion... (.niant prés de la table à droite.) j Mais voyez, Marie... Tous les papiers publics qui depuis Ivier ont été eiivoyi^ ici il la mai- | son 'du maréchal , tous |iarlent de lui en racontant la prise de la Rochelle. Il est vraimeut le héros de cette victoire. L’on dit que . le roi lui .a dfl son salut, et qu’il a décidé le succès des assiégeants. . . ( Feuilletant le» papiers.} Aussi les uns faisant l'historique de sa vie militaire, disent comment de simple volontaire il est devenu maréchal par sa bravoure. . . ' d'autres parlent de son caractère soldate.sque, loyal... [Remarquant la morne préorrupaiton de Marie. part.) Elle ne m’écoule pas. ,

VIARIE. sortant de sa rérerie. Je voulais le prier, (ioiitraii , de charger au plus tôt le desservant de notre église de dire dès aujourd'hui des messes pour remercier Bien de la victoire des assiégeants. Le maréchal se plaindrait i son retour si nous n'avions devancé ses ordres...

CONTRAN. Vous avez raison, Marie ; je n’y songeais pas... et je veux me hâter de réparer un impardonnable oubli... (l'est que j’ai la tète perdue.

Il va pour sorlir, et rencontre üii Page qui vieiii par l'allee de droite avec une lettre à la main: il la remet i Contran en dci.i^atil .Marie, et ae I élire a*ipr^» avoir dit quelque:» mots a làutiir.Tn.

MARIE, à elle-même. Le voilà donc arrivé ce jour que je devais tant bénir.... (jii’élesvous donc devenues , joies du cieur sans inquiétude et sans terreur?

CONTRAN, redescendant la scène avec la lettre que le Page lui a remise'. Voici un message qui vous est apporté du lÆuvrc...

Alais... ce n'estpas l'écriture du maréchal... oh! non, le maréchal ne peut être encore à Paris...

MARIE, toujours rêveuse.. Bonne, (iontran.

CONTRAN, lui donnant la lettre. Le page qui me l’a remis*' pour vous m'a dit que le porteur de cette lettre était resté près d'ici pour se mettre à vos ordres s'il vous plaît de le cli.irgcV d’une répo^... Attendrai-Je i|iie vous ayez In?.. . '

MARIE. Non, Contran; s'il faut répondre, j'appellerai...

CONTRAN. Je vais au presbytère.

. MARIE. Oui, va.

Contran sort par la i^auclie.

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sci:nk IV.

MARIE, pui» FABIUS.

MARIE, venant s’asseoir près de la table adroite. Quel (>cut-élre ce mtrssage?... (Elle décaehetle la lettre.) Mais... rien n’est écrit sur ce papier. (Ici Fabius entre lentement par la droite et s’avance inquiet, sans être vu de Marie, jusqu’au milieu de la scène.) Non, rieu:.. qu’est-ce que D'Ia veut dire?

(Se leiant.) Oli!... je veiiy rappeler Cou-.

• Iran... (Apercevant Fabius.) Fabius;

Elle »’a|>pu((! c)ianr*>lantn sur sa i:tia F.\ni9S, Pour la |)reinièro lois . madanii*.

j'ai osé inetlro le pied dans la demeure du maréchal Saint- André... pardimnez-moi. Marie... il fallait qu'à tout prix j'arrivasse près de vous... parçe que tlails deux jtiurs le maréchal Saint- André sera de retour, et je vtiiis aime. .. et vous m’avez domié le drtiit de penser que vous m’aimiez. ( Mouvement de .Marie.) Oui. .Marie, regardez votre iiiaiii (Marie cherche à cacher ses nuiins ) Bopiiis le jour où- j'ai jeté un rri de iiialédicliou en vous voyant au doigt raiinoau de liant ailles du m.'.récbal, votis iie l'avez pitis imrlé. Moi, je vous aime, Marie, plus que rhoiiiieiir, qui est ma religion. .. Ùii amour roiiinie le iniril, qui dévore, éléveet trausporte. . . c'est un sentiment plus qu'humain. C'est nue * Marie, Contran.

i jtfAGASIN THEATRAL.

puissance qui doit eulralner celle t)ui l'a fait naître et qui l'inspire, .. Oui, quand on aime comme j'aime# on doit dire: Nonsnous aimons... Et le maréchal reTient... Il arrive... entre deux pensées confondues... il vient, Marie, pour vous faire son épouse... il vient, on vous l'a dit, vous le savez. . . vous voyez l)ien que même au prix d’un ntensonge il fallait que moi, qui vous aime, j'entrasse ici pour vous demander, madame, ce que vous aviez résolu.

MARIE, aorc (Ucouragemmt. Rien, Fabius... rien.

r.ABtis, vivement. Vous n'avez donc pas décidé que vous seriez sa femme?...

MARIE, vivement. Je n’ai pas dit...

EARitJS , l'interrompant. Ecoutez-vuoi , , Marie, car cette heure solennelle sera passée ! bien vite, c*t sans retour. (Marie, aecnhUe, ' »e laifit tomlier atsigf, et cache sa tête dans ses mains. /Jenefus, moi, qu'un enfant aban^ donné, recueilli par des mendiants qui m'ont raroas.sé, parce que j’avais au cou le portrait de ma mère qui était entouré d'un cercle d’or; ils croyaient que bientôt ils pourraient | récliuner le (nix de leur feinte humanité; ; mais après quelques années de vaines recher- i cites, ils me perdirent au hasard, et j’étais en pioie aux horreurs de la faim, quand le prêtre Vincent de Paul (muiAiement de surprise de Marie) me prit en pitié , et ne pouvant me nourrir dans un temps de guerre, de ^ peste et de famine, il me déposa sur un bâtiment qtii promettait de nourrir pour leur j travail quelques enfants de mon âge... C'est ainsi que je devins marin... et pris le nom de Fabius, (|ui était relui de ce bâtiment sur lequel, le prêtre aidant, j’ai commencé i ma vie (Ici Marie l’ écoute avec inté-

rêt. ) Et n’ayant ni foyer ni famille, je me suis associé aux plus hardis voyages ; â seize ans j'avais fait deux fuis le tour du monde p pendant cinq ans j’ai servi comme olDcier dans la marine royale , puis enrinudans les ' garde de la reine-mère. Aujourd'hui que je |x)sséde une petite fortune acquise dans mes vovages , je vais repartir au loin,, dans des pays où les deux sont d'azur, où la nature est belle, où rien ne se dit de ce qui se passe id, où l’on ne sait rien des serments insensés de l’enfance, où l’avenir a son espoir, les cœurs aimants leur lilterté , et je viens vous I demander, Marie, si je doLs partir seul..

MARIE , d part. Seigneur, ayez pidé de moi. (Hauf.) Si je partais. Fabius.... mon ingratitude resterait ici Mur désoler mon .

bienfaiteur... (Avec résolution.] Je ne partirai pas...

FABIUS. Oui, .je le sais, ,Vlarie... vous avez nn devoir de reconnaissance â accomplir. Et puisque vous avez décidé que vous ne pard-

: riez pas. . . je Veux me résigner â la douleur â laquelle je me sentais condamné d’avance.

' Je n'insisterai pas, .Marie... Pour appeler !i moi je ne sais pas commander l’abandon des antres..... Vous n'aimez pas comnie j’aime; en me suivant vous auriez des regrets et de»

remords... Restez... moi, je pars...

MARIE, se levant. Maie pas de suite.

FABIUS. Je ne puis rentrer à Paris, où je vous ai tant aimée; je pars sans regaider en arrière... marchant seul au hasard... Que m’importe... la patrie pour moi, c'est partout où n’est pas la France... Mais je ne vous dis pas que le chagrin me tuera... ^on, je ne veux pas qu’un mot de pidé m'accompagne.

Je vous oublierai. . . je pourrai vivre... Sovez heureuse, madame... Adieu!

1! va pour sortir.

MARIE, fltîrc désespoir. Fabius î...

PABics. fermant tur tes pat. Vous pieurez... mais qfle dois-je faire , mon Dieu?... que faire?...

MARIE. Ne parlez pas encore... '

FABIUS. Mais demain le maréchal arrive.

• MARIE, avec terreur. Demain!... eh bien !

demain vous partirez.

FABIUS. Demain.... oui , j’atteSdrai, .Marie... j’attendrai... oh! ne tremblez pas...

je ne vois dans ce mot demain que le retard de ma condamnation. . . que le combat d’umâme irrésolue. . . et jé suis heureux parce cfne vqps me permettez encore un jour, non d'espérauce, mais de doute... (.}fonlani la seme pour sortir.) Et ce doute qui console, je veux l’emporter avec moi sans vous laiswr le temps de l’anéantir.. . (La retenant. ) Mais ne m’accompagnez pas... nous ne devons pas encore nous dire adieu... je retourne à Paris... restez, Marie... Ahl.tu ne m’as donc pas encore condamné, Seigneur. . .'

Il t’Crbippe p»t b droite.

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