I.E MARÉCHAL , entrant et se décourranl
Saint, asile où mon bonheur repose., salut!... ( A Contran. ) Ainsi , Contran, lu allais â ma rencontre?...
CONTRAN. Après être resté trois mois à songer chaque jour qu’une balle pouvait vous ranger dans la légion des absents, quand j’ai su que sain et sauf vous deviez être il quelques lieues de nous. .. je n’ai pu rester tranquille !
LE MARÉCHAL. Embrasse -moi donc encore... Oh! oui, mon brave, les dangers étaient grands, les combats étaient beaux I... Si ta avais été des nôtres les jours de bataille , tu aurais retrouvé le bon temps : l’on se battait
* Contran, le Maréchal.
corps i corp, oflicicrs cl soldais pflc-niêlc, cl si lu avais t'ié de la fôte le jour de la victoire, tu aurais été bien ber du loii vie! ami ; tu l'aurais vu embrassé par sou roi, qu'il avait su qaranlir !... Proclamé vainqueur par le cardinal ministre, qui, découragé, songeait ï la retraite, quand mes cavaliers, suivant leur chef à pied, sont venus remplacer les fantassins qui faiblissaient, et chasser les assiégés jusque dans les maisons écartées de leur ville!. . ( Prenaiil un porclicmiii iju’il déplie. ) Tu m'auraisvu, Contran, recevoir de leurs mains ce blanc-seing signé de son ministre et du roi, sur lequel il m’est permis d’écrire, selon ma volonté, telle ordonnance, tel arrêt qu'il me plaira, et tu aurais entendu les applaiidis.senieiits de l'anuée... quand le cardinal a déclaré (|ue, |K)ur le choix de sa récompense, le roi se liait à sa justice, à l'Iionneitr du maréclial Saint-André; puis tu m’aurais vu pensif au milieu du cortège, n'entendant plus ni les acclamations ni les fanfares et ne son-
geant qu'au village de Cliclij', od vous m’attendiez, amis!... lu m’aurais vu inquiet, imjiatienl, m’échapper mistérieusement et peu soucieux lies honneurs que nous prépare la grande ville, prendre seul un autre chemin, que j'ai suivi le coeur plein d’amour et de jeunes espérances... ( Mourement de Gon- (ran. ) Kl puis enfin lu m'aurais vu rêveur comme un jeune homme jusqu’au moment où tu m’as rencunlrc sur le chemin de ma demeure, où je suis heureux d’arriver incognito, sans hruil !... Oh ! je ne veux pas que Marie soit prévenue de mon retour!... Non, je veux écouler ses rêves, et dire en lui donnant ce parchemin à son premier réveil ; Parle, enfant, que veux-tu ?.. celui qui donne est de retour; veux-tu que la couronne de mariée soit celle d’une duchesse?...
GO.NTRA.N,d pari, ne poueant plus se contenir. Par la mort Dieu !...
LF. .marLciial, remarifuant son geste. Tu t'étonnes, ami... Pardonne- moi donc tout cela.. Mon amour pour Marie... vois-tu, c’est presque de la démence!... Oh! je le sais, |K)ur être nu jeune fou , il me manque la jeunesse... mais j’ai bien toute la folie de l’amour... elceilefolie, (jonlran... c’est lavie... c’est le Ixmheur...
GO.NTHA.x, <i part. O’est le malheur ..
LE MAiiÉi'.iiAi- Kl je veux m’y abandonner en insensé. .. .le veux annoncer notre mariage à tous nos seigneurs, et leur dire : J’épouse une femme plus jeune et plus belle que toutes les vôtres... combler de mes générosités les soldais iorirmes, lesenfantstrouvés, je veux...
GONTiiAN, l'interronipanl. Mais, (|uand voulez-vous que ce mariage... s’accomplisse 7
LE MAlifxilAL. Demain sans retard.. . Oh !
je n’ai rien dit pendant que l'on se battait...
mais la paix est signée, et j’ai hâte de me vanter de l'amour de .Marie!...
Ici la nuit comuienro et progrc&so juiqu’A la On de ractc,
GOATRAS, arec fermeté. Allons... l’heure est venue...
LE MARtCHAL, l'obserrant. Mais qu’as-tu donc ?...
GOXTRAN. En perdant la tête... vous me la ferez perdre aussi !...
LE MARÉiiHAL. Moll amour t’épouvante...
GONTRAN. Oui, maréclial!...
LEMAiiFcnAL, lourianf. Otrurde pierre.., viens... je veux entrevoir Marie !.. .
CONTRAN. Un seul mot, maréchal.
LE MARÉCHAL. Que veux-tu ?...
CONTRAN. Anus faire une question !...
LE MAHÉGllAI,. I.aqiieile ?.. .
CONTRAN, l u jour!...
LE xiARÉCHAL. Ail ! oui , U était une fois un roi et une reine...
CONTRAN. Je ne serai pas long, maréchal.
Un jour, un fermier avait la main, le bras pris par la roue d'un moulin... cl tout .son corps allait être mutilé... quand son serviteur lui coupa le bras d’un coup de hache, jamassa son maître év aiioui par la blessure , et le veilla jus(|u’à ce qu'il fut rétablit... Que pensezvous de ce serviteur?...
LE MARÉCHAL. Qu'il avait le courage de riiéroîsme. . .
CONTRAN. Et cependant , revenant il lui , le fermier lui a dit qu'il aurait mieux fait de le laisser mourir.
LE MARÉCHAL. Oïl dit toujours cxla dans les angoisses de la douleur... Mais où veuxtu en venir ?
CONTRAN. Maréchal, la roue du moulin va TOUS briser, et je liens la hache.
LE xiARÉCHAL , courageusement. Frappe sans peur. ..
CONTRAN. Maréchal vous ne pouvez
épouser Marie.... car elle eu aime un autre.
LE MAHÉCHAI.. Mou Dieu !...
U chancetie ci tourbe sur une chaise A gauche.
CONTRAN. Vous m’avez ordonné de la conduire aux réunions de la reine , je l’ai fait, et lï son jeune ctenr a trouvé un jeune cœur... elle aime avec [lassion.
LF MARÉCHAL. Oontran !
CONTRAN. Peut-être par reconnaissance elle sera votre épou.se, mais mourante, résignée.. . Oh! Marie ne veut pas mentir, une lettre qu'elle vous adre.ssail au Louvre vous dit sans doute ses douleurs... mais je ne veux pas, moi, maréchal, que vous acceptiez un sacrifice qui vous donnerait le ridicule ; je me souviens de ce (|u'il y a vingt ans le ridicule vous a coûté...
LL MARÊCIIAL. Et jc ilc siiis p.Ts inort au
MAGASIN Xnf.ATRAL.
combat!... (.Çc Ifwnf.) Tu savais cela, toi, Contran , et tu ne m’as |ias tué (|uaud tu m’asvii revenir!... qurl (!st celui qu'elle aime?
CONTRAN. On l'appelle Fabius.
LE .MAHÉCHAr.. l.e marin Fabius. . . enfant trouvé comme elle. Slais c’est donc pour le mallieur des autres qn'on les prend pitié!... Riche ou pauvre , je veux l’élever.... jusqu’à moi, je veux un adversaire.
H marclift aiec agUatiuD.
* CONTR.AS. Vous ne pouvez vous battre avec lui. .. tout duel a ses lin.sards.
LE MARÉctiAL. Qu’im|)orte ?
CONTRAN. Ft s'il vous tuait ?
LE MARfcCllAL. Tant micux!.. (Après eicotr rè/7ècAij..Si jcnieurs... libres tous deux. Mais il n’en serap.isainsi. Malheur ou destinée qui me condamne, « tu ne me courberas passons » ta main de for sans que j'aie la vcof'eancc. » L’homme a pour répondre à tes malédictions, O sa fierté qui délie, et sa colère qui tue. »
[ ivee iranspiirl.) Non! si je dois mourir, Àlarie ne pourra vivre pour un autre, et cette femme que lu m’arraches, destin !... je veux te la prenilre aussi, moi... je la ferai morte en te défiant, et quand j’irai provo<iuer ce Fabius, je [lourrai te braver dans ma rage.... Marie!... oit cst-eHc ?.... Ma tète s’égare.... je tleviens fou... fou.
CONTRAN , d pari. Nous sommes au fort
de sa colère si je |M)uvais l’arracher d'ici
maintcnanL.. (.lu Maréchal.) Songez-bien, maréchal, que vous ne poniTiez frapper Marie sans que la jii.stice des hommes. ..
LE MARÉCHAL. justice des hommes, je la tiens smis mes pieds... (Prenant le blanc eeinij liant sa ceinture.) Kt sais-tu ce que je veux écrire sur re blanc seing que je deslinaisan caprice de Marie? J’v veux écrire ces mots ; « Nous faisons grâce au maréchal » Saint-André, meurtrier d’une femme qui » le trahissait. » Et sans retard...
Il Vil poar écrire sur Li table à droite.
CONTRAN, l' arrêtant. Attendez! Marie volts a adressé une lettre au l.ouvre. Oemain
cette lettre vous rcvicndr.i Si je m'étais
tnimpé... moi.
LE MARÉCHAL. Cottc lettre , Contran, je veux aller la chercher à l’instant.'
CONTRAN. .l'allais vous le conseiller, maréclial : dans une telle inquiéliidc.on ne petit .Ulendrc... et je veux vous suivre...
LE MARÉCHAL, réjlécliissant. Oui.... je dois voir celte lettre.
' Le MarécUai, Contran.
* VINCENT, sortant du pavillon et apercevant le Maréchal.) Du monde!... le maréchal de retour...
LE MARÉCHAL. Vicns, Gontraii, et si cette lettre rite condamne sans espoir, j’en mourrai, Marie... mais je ne moiinai pas seul... Partons, Contran.
Ils sortent rapidement par la droite.