PREMIÈRE PARTIE
ENGRAIS POTASSIQUES.
Si nous désignons par le nom d'engrais les matières fertilisantes qui sont indispensables à la production végétale et qu'on ne trouve pas ordinairement dans le sol en quantité suffisante pour les cultures, nous devons classer la potasse immédiatement après Tazote et Tacide phosphorique. Ces trois éléments, dont la nature semble avoir été avare, sont regardés à juste titre comme les principes essentiels des engrais.
Le rôle de la potasse offre cependant quelques différences, au point de vue de sa circulation au sein des êtres organisés ; tandis que Tanimal concentre dans ses tissus des proportions très élevées d'azote et d'acide phosphorique, empruntés aux végétaux qui le nourrissent, la potasse ne s'y fixe qu'en très minime quantité et ne fait, pour ainsi dire, que traverseras organes, se retrouvant presque en entier dans les produits d'excrétion. Au point de vue de la nutrition animale, la po- T. m. I
tasse est donc un élément d'ordre secondaire. Mais il n'en est pas ainsi au point de vue de la nutrition des végétaux ; pour ceux-ci la présence de la potasse est un véritable besoin, et leur développement est impossible en Tabsence de cet élément, qui entre dans leur constitution en proportion notablement supérieure, pour beaucoup d'entre eux, au taux d'acide phosphorique et d'azote, à tel point que leurs cendres sont une source importante de sels potassiques. Il est du reste* bien démontré que cette potasse n'est pas là comme un corps accidentel, mais que, faisant partie de la constitution de la plante, elle est indispensable à son développement.
D'autre part, le sol n'est pas abondamment fourni de potasse, et dans certaines terres cet élément fait presque entièrement défaut. Pour augmenter sa fertilité, il faut donc avoir recours aux engrais potassiques; de nombreuses expériences directes, entreprises dans les laboratoires et en plein champ, ont démontré l'efficacité de ce principe, dont l'étude doit nous préoccuper au même titre que celle des engrais azotés et phosphatés.
C'est dans le sol presque exclusivement que nous trouvons l'origine de la potasse contenue dans les végétaux. Certains terrains, ceux qui sont d'origine granitique et volcanique, par exemple, contiennent cet élément en proportion assez élevée pour pouvoir se suffire sans le secours des engrais potassiques; mais, par contre, de vastes étendues de terres, particulièrement les étages calcaires, qui occupent une très grande surface de notre territoire, sont moins bien partagés et exigent un apport de potasse pour fournir aux exigences d'abondantes récoltes. Nous devons donc connaître les sources auxquelles nous pouvons emprunter cet élément, pour le donner aux sols qui en ont besoin.
Sources d'engrais potassiques. — Les eaux naturelles et les eaux d'irrigation apportent au sol de très petites quantités de potasse, et Ton ne peut compter sur leur concours que si on les fait intervenir en masses considérables et si Torigine géologique des terrains qu'elles traversent a permis leur enrichissement. Les fumiers naturels, et en particulier les déjections liquides des herbivores, rendent au sol une forte partie de la potasse qui lui avait été enlevée; les résidus du corps des animaux en contiennent seulement de faibles proportions et ne constituent pas, à proprement parler, des engrais potassiques.
C'est au règne minéral qu'il faut s'adresser pour Tenrichissement des terres pauvres en potasse; cet élément y est abondamment répandu. Jetons un coup d'œil sur sa répartition, sur sa circulation et sur sa localisation. La potasse existe en grande quantité dans les roches éruptives : granits, gneiss, roches volcaniques; mais, malgré leur richesse, ces roches ne peuvent donner lieu à une extraction économique. Très résistantes par leur nature même, elles offrent peu de prise aux agents chimiques qu'on a cherché à employer pour en dégager la potasse. Ces roches doivent donc être considérées comme ne pouvant pas, à l'heure actuelle, servir à l'extraction de la potasse nécessaire à nos cultures. Mais les eaux qui lavent les débris de ces roches dissolvent incessamment de la potasse et ia mettent à la disposition des racines des plantes, tandis que l'excédent se déverse ensuite dans les rivières et de là dans la mer. Nous assistons ainsi à un déplacement constant de r.alcali, qui, enlevé aux continents, par petites quantités, mais sans discontinuité, se concentre dans la mer, collecteur naturel des sels potassiques.
Voilà, en quelques mots, les causes de la diffusion de
la potasse à la surface du globe. Une fois dégagée de la combinaison silicatée qu'elle affecte dans les roches, elle devient soluble dans les eaux; elle n'a donc pas la même tendance à se localiser que l'acide phbsphorique qui affecte des formes insolubles. Cest de Teau de mer qu'elle s'extrait par une concentration et une séparation d'avec les sels de soude et de magnésie. Les eaux mères des marais salants en contiennent de grandes quantités et sont traitées au point de vue de son extraction. Dans des cas très rares, la nature a fait la même opération que, dans des proportions plus modestes, on voit s'effectuer dans les marais salants; il existe des gisements où les sels de potasse, après s'être déposés en masses cristallines par suite de la concentration d'eaux marines, ont été soustraits ultérieurement à l'action dissolvante des eaux. Mais les gîtes naturels forment des cas tout à fait exceptionnels, et à l'heure qu'il est, on ne connaît guère que ceux de Stassfurt d'où on retire, au profit de l'agriculture, de grandes quantités de potasse.
Le végétal peut, de son côté, être considéré comme un collecteur de potasse ; pour concentrer cette potasse diffusée dans les tissus végétaux, il suffit de soumettre ceux-ci à la calcination. Les cendres végétales sont riches en alcali et constituent un engrais puissant dont l'emploi est depuis longtemps connu.
Le plus souvent ce ne sont pas les cendres en nature qu'on emploie, mais les résidils des différentes industries travaillant les matières végétales. La fabrication du sucre, de l'alcool, de la fécule, laisse comme déchets des solutions riches en sels potassiques, qu'on peut extraire par des traitements appropriés.
Les plantes marines fournissent également des cendres où la potasse est abondante; tantôt on les emploie
directement, souvent aussi on en extrait les sels potassiques à l'état concentré.
Enfin certaines matières animales, telles que les suints, accumulent de la potasse que les traitements industriels de la laine permettent de recueillir.
En résumé, une partie de la potasse dégagée des roches se rend, dans la mer, d*où on peut l'extraire pour la remettre en circulation; une autre partie s'accumule dans le végétal, d'où on peut encore Textraire par des traitements ayant pour but de la concentrer. L'agriculteur trouve, en outre, des produits naturels dans les gisements que nous avons signalés.
Nous étudierons la manière d'extraire et d'utiliser la potasse contenue dans les divers produits que nous venons d'énumérer.