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ENGRAIS CALCAIRES OU AMENDEMENTS

Importance de la chaux ; son rôle multiple. —

Si nous incinérons une partie quelconque d'un végétal, nous constatons par l'analyse que la chaux existe d'une façon constante dans ses cendres, et en quantité relativement élevée. Dans le règne animal, nous voyons se produire une véritable accumulation de chaux, particulièrement dans le tissu osseux.

La présence de cet élément est donc intimement liée à la vie végétale et animale.

L'absence de la chaux est une cause d'infertilité pour les terres, et là où elle manque il faut la donner comme engrais, au même titre que l'acide phosphorique, que l'azote ou la potasse, puisqu'elle est aussi nécessaire au développement végétal que ces derniers éléments.

Il est rare toutefois que le sol manque de chaux d'une façon absolue ; c'est exceptionnellement qu'il ne contient pas les petites quantités limitées aux besoins de la nutrition végétale. L'étude de la chaux, envisagée comme engrais proprement dit, est donc d'une importance secondaire, tant à cause de la grande diffusion de cet élément, que de l'abondance et du ba? prix des matériaux calcaires.

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Mais outre son rôle comme aliment direct des plantes, la chaux en a un autre d'une importance plus grande, qui consiste à donner à la terre des propriétés physiques spéciales et à favoriser des réactions chimiques qui influent sur la fertilité. Bien des sols, quoique assez riches en chaux pour pourvoir largement à l'alimentation des récoltes, resteraient presque stériles sans l'apport d'amendements calcaires. Ceux-ci agissent, tantôt mécaniquement, en modifiant les propriétés physiques du sol, en diminuant sa compacité, en augmentant sa perméabilité ; tantôt chimiquement, en fournissant la base nécessaire aux doubles réactions des différents sels, et en facilitant l'absorption des principes minéraux; tantôt physiologiquement, en permettant aux organismes microscopiques du sol d'accomplir leurs fonctions utiles.

Ce rôle multiple de la chaux est distinct de son rôle comme aliment, et à ce point de vue les engrais calcaires diffèrent essentiellement des autres engrais que nous avons étudiés et qui nous intéressaient seulement par leur apport de principes fertilisants. Aussi les a-t-on désignés sous la dénomination générale cT amendements^ et les a-t-on classés dans une catégorie spéciale, qui les différencie d'une façon très nette des engrais proprement dits.

Sources d'engrais calcaires. — La chaux est abondamment répandue sur la surface du globe. Ce n'est pas un élément rare comme l'acide phosphorique, qui n'existe qu'en quantités minimes dans le sol et qu'exceptionnellement à l'état de gisements; elle est moins rare aussi que la potasse, qui entre pourtant dans la constitution des roches primitives. Elle constitue une matière tellement vulgaire et répandue, que sa valeur vénale est le plus souvent presque nulle.

La chaux circule en dissolution dans les eaux ; les

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irrigations peuvent en introduire dans le sol des quantités importantes. Les fumiers naturels sont également riches en chaux ; mais leur apport au sol pourvoit seulement aux besoins immédiats des récoltes. Ces sources de chaux, utiles au point de vue de l'engrais, ne peuvent jouer le rôle d'amendement, et il faut toujours avoir recours au règne minéral.

Jetons un coup d'œil sur la répartition de la chaux, sur sa circulation et sur sa localisation.

C'est dans les roches éruptives que nous trouvons Torigine de la chaux. Là, elle se rencontre principalement à l'état de silicate, c'est-à-dire de combinaison insoluble et peu propre à jouer un rôle actif; elle est en quelque sorte immobilisée et ne nous intéresse pas directement au point de vue de l'utilisation agricole. Mais c'est, pour ainsi dire, son état primordial.

Sous l'action incessante des eaux et de l'acide carbonique, les roches silicatées dégagent peu à peu leurs éléments minéraux, dont quelques-uns s'éliminent à l'état soluble. Mais tandis que nous avons vu la potasse dissoute par les eaux, se diffuser sans avoir de tendance à se localiser, nous voyons la chaux prendre une forme insoluble par suite du départ de l'acide carbonique et se déposer en gisements considérables. Aussi rencontret-on le calcaire dans toutes les formations géologiques.

Encore de nos jours ces phénomènes se continuent ; au sein des mers actuelles se dépose, en permanence, le carbonate de chaux incessamment amené par l'eau des fleuves ; l'acide carbonique qui le maintenait en dissolulion se dégage dans l'atmosphère, retourne exercer sur les roches non décomposées son action désagrégeante et leur enlève de nouvelles quantités de chaux. Mais il semble que cette action ne puisse pas être indéfinie et qu'elle tende à s'amoindrir, puisque , à chaque nouvelle action T. m. (I

sur la roche, une partie de Tacide carbonique est immobilisée sous la forme de carbonate. L'intensité de ce phénomène a donc dû être beaucoup plus grande autrefois qu'elle ne Test actuellement.

Cet exposé nous fait mieux comprendre l'importance des dépôts calcaires anciennement formés.

Le carbonate de chaux offre les aspects les plus variés; on le rencontre à l'état de roches dures, de roches tendres ou de grains pulvérulents ; mélangé à Targile, il constitue les marnes; déposé au sein des mers, il donne naissance aux tangues, trez, etc. L'agriculteur trouve dans ces matériaux calcaires une source inépuisable d'engrais qu'il utilisera, soit directement pour le marnage, soit après calcination pour le chaulage.

£e n'est pas seulement à l'état de carbonate que nous rencontrons la chaux dans la nature; nous avons longuement étudié sa combinaison à l'état de phosphate, qui nous intéresse surtout au point de vue de l'acide phosphorique qu'elle renferme.

Il y a encore une autre forme naturelle de la chaux, le sulfate, vulgairement appelé plâtre. Constitué par la combinaison de l'acide sulfurique et de la chaux, le plâtre a été déposé par Tévaporation des eaux qui le tenaient en dissolution et se rencontre dans un grand nombre de formations géologiques.

Enfin, ajoutons que l'agriculture trouve encore en abondance la chaux dans les cendres végétales et dans les résidus de diverses industries.

On voit donc que si la chaux constitue un principe essentiel de la fertilité des terres arables, du moins la nature n'en a pas été avare et l'a mise abondamment et sous des formes très diverses à notre disposition.

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