SOUDE
Après avoir montré Timportance de la potasse au point de vue de la nutrition végétale, nous devons nous occuper de l'alcali qui s'en rapproche le plus, de la soude. La potasse et la soude ont en effet des caractères chimiques extrêmement voisins, et quelques physiologistes ont pensé que la soude pouvait se substituer à la potasse dans les végétaux et y jouer le même rôle. C'est probablement sous l'influence de ces idées que la plupart des auteurs avaient, jusqu'à ces dernières années, l'habitude de réunir dans leurs analyses la potasse et la soude sous le nom général d'alcalis ; beaucoup de ces analyses perdent, de ce chef, une partie de leur intérêt pratique.
Il est bien démontré aujourd'hui que cette substitution n'a pas lieu. Seule la potasse mérite le nom d'alcali végétal.
Dans les végétaux, la soude est tout à fait indépendante de la potasse; elle n'y existe qu'en très minime proportion, alors que dans la nature elle est abondamment répandue. Cette abondance même nous montre à priori que son rôle comme engrais ne» saurait être que secondaire. Jetons un coup d'oeil rapide sur sa dissémination à la surface du globe.
Diffusion de la soude dans la nature. — La soude se trouve dans les roches primitives à l'état de silicate.
En moyenne, le granit orthose fournit en se décomposant 2 à 6 pour loo de soude; le granit oligoclase en fournit 8 à lo pour loo.
Les diorites contiennent jusqu'à 3 pour loo de soude; les roches volcaniques jusqu'à 6 pour lOo.
Par la décomposition des silicates, cette soude devient
soluble et, n'étant pas retenue par le pouvoir absorbant du sol, elle circule avec les eaux; celles-ci en entraînent toujours des quantités appréciables, quelle que soit Porigine géologique des terrains traversés.
Cette soude se réunit dans la mer, qui est le grand collecteur du chlorure de sodium; les eaux marines le contiennent à la dose d'environ 25 grammes par litre.
L'atmosphère renferme du chlorure de sodium à l'état de poussières, provenant surtout de l'entraînement mécanique des eaux salées par les vents. Au voisinage des mers, cette quantité est beaucoup plus considérable; Isidore Pierre a trouvé à Caen que les pluies apportent dans une année, pour la surface d'un hectare, 5y kilog. de chlorure de sodium.
Soude dans les terres arables. — Nous devons donc nous attendre à trouver de la soude dans les terres arables. Il en est bien ainsi; il est rare, en effet, qu'on y dose moins de 1/2 millième de cet élément.
M. de Gasparin, dans 1 1 analyses de terres d'origines très diverses, a trouvé :
Maxinmm. Mininiunii Moyeiiue.
Soude pour 1600 de terre 6.23 0.16 1.4O
et M. Joulie :
Soude par hectare, pour 20 cent. kil. kil. kil.
d'épaisseur 8.800 35o 3.3oo
La soude se trouve dans le sol presque entièrement à 1 état de chlorure, et on pense généralement que le dosage du chlore suffit pour déterminer indirectement la proportion de la soude. Cela n'est pas absolument exact; si la soude est presque toujours combinée au chlore, elle
peut aussi exister en combinaison avec d'autres acides, principalement les acides sulfurique, silicique et carbonique.
La présence constante de la soude dans la terre s'explique par la constitution même des roches, par l'apport continuel que font les eaux pluviales et aussi les fumures, soit naturelles, soit chimiques. Le fumier de ferme contient des proportions élevées de sels de soude, et donne à peu près intégralement au sol tous ceux qui étaient contenus dans les litières, dans les fourrages ou dans les boissons. Les engrais chimiques, tels que les sels potassiques, le nitrate de soude, les cendres, les engrais marins, etc., contiennent souvent des proportions élevées de soude.
Étant donné que les récoltes enlèvent très peu de soude, .C*est plutôt l'accumulation que la disparition de cet élément qu'on aurait à constater, si la terre possédait un pouvoir absorbant. Mais la soude n'est pas retenue comme la potasse; elle filtre à travers le sol sans s'y arrêter, pour ainsi dire. Aussi la trouve-t-on plus abondamment que la potasse dans les eaux de drainage qui, d'après Way, en renferment 12 à 45 milligr. par litre.
Il y a cependant des cas où la soude s'accumule dans le sol au point de le rendre impropre à toute culture. C'est le cas des terrains salés, qui occupent de vastes étendues sur les bords de la mer. Isidore Pierre admet que, s'il y a dans un sol exposé à la sécheresse plus de I pour 1 000 de sel marin, la végétation est entravée, mais que cette proportion peut aller jusqu'à 2 pour 1000 dans les sols humides. C'est afin de maintenir cette humidité que dans la Camargue, où il pleut rarement, on a l'habitude, après la semaille, de recouvrir le sol de roseaux. Pour rendre propres à la culture les terres trop salées, il faut 6n opérer le désalage, au moyen de l'eau douce;
nous n'avons pas à nous occuper ici de cette question.
Après avoir étudié la répartition de la soude dans la terre, nous devons déterminer sa proportion dans les récoltes.
Soude dans les récoltes, — On croyait autrefois que la soude était aussi abondante que la potasse dans les végétaux, et soit à cause de l'ignorance sur ce point, soit à cause de l'imperfection des méthodes analytiques, on ne prenait pas soin de distinguer ces deux éléments. Mais des recherches plus récentes, dues surtout à M. Péligot, montrent qu'il n*en est pas ainsi; la proportion de soude est généralement minime et pour ainsi dire insignifiante; accidentellement elle devient sensible. Pour la plupart de nos récoltes, la soude ne paraît donc jouer qu'un rôle tout à fait secondaire, peut-être même nul, et l'absence de cet élément dans le sol ne serait pas pour celui-ci une cause d'infertilité, puisqu'on peut trouver des végétaux très bien développés, dans lesquels la soude existe à l'état de traces. Lorsqu'elle se trouve dans les plantes en quantité notable, cela n'est point une preuve qu'elle ait été indispensable, car elle a pu y pénétrer en quelque sorte comme un corps étranger, avec les liquides nourriciers du sol ou par un dépôt sur les parties aériennes.
Nous citerons les conclusions de M. Péligot : « Mes essais conduisent à admettre que la plupart des plantes cultivées sont exemptes de soude; telles sont notamment celles dont les noms suivent : le froment (grain et paille séparés); l'avoine (id.); la pomme de terre (tubercules et tiges); les bois de chêne et de charme; les feuilles de tabac, de mûrier, de pivoine, de mais; les haricots; le panais (feuilles et racines). Les plantes ont été prises au hasard dans des terrains dans lesquels d'autres végétaux
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voisins ont donné des cendres contenant plus ou moins de soude. »
Des expériences directes ont montré que Ton pouvait obtenir le développement parfait des plantes en l'absence complète de soude.
Si nous consultons les tables de WolfF, nous y trouvons que la proportion de soude est en général lo fois à 20 fois moindre que celle de la potasse, tout au moins pour le plus grand nombre des plantes cultivées. Cette proportion peut donc être considérée comme très minime, même si nous regardons les déductions de M. Péligot comme trop absolues.
Soude pour lOOU.
Fourrages secs de i .0 à 2.0
Racines et tubercules — o.5 à i.5
Graines — o.3 à o.5
Pailles — 0.5 à i .0
On voit que l'exportation de soude est insignifiante, sauf pourtant pour les racines, qui en contiennent quelquefois des proportions assez sensibles; mais il n'est pas démontré qu'elles en aient eu réellement besoin pour leur développement.
Il ne faut pas, en effet, conclure de la présence d'un élément dans les cendres végétales, que cet élément soit indispensable à sa vie; la pénétration du sel peut s'effectuer par un phénomène purement physique ou mécanique. Nous citerons à ce sujet une expérience de M. Schlœsing : Un plant de tabac est déraciné; le chevelu est divisé en deux paquets, Tun plonge dans une solution contenant du chlorure de sodium, l'autre dans de l'eau pure; on constate au bout d'un certain temps l'apparition de la soude dans cette dernière. Le chlorure de sodium a donc pu pénétrer dans le végétal et en est ressorti ; c'està-dire que la plante l'a absorbé parce qu'elle n'a pu faire
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autrement, mais elle ne Ta pas fixé et conservé parce qu'il lui était inutile. Ainsi s'explique la présence du sel marin dans quelques plantes cultivées.
De ce qui précède, nous pouvons conclure que la soude n'est nullement indispensable à la vie végétale et ne doit pas être considérée comme substance fertilisante; que, même en fût-il ainsi, le sol contient toujours assez de cet élément pour suffire aux besoins problématiques et en tous cas très limités de nos récoltes.
On s'est demandé si la soude pouvait suppléer à Tabsence de la potasse; plusieurs auteurs soutiennent cette théorie, notamment en ce qui concerne la betterave. Ils se basent sur ce fait que cette dernière a la propriété d'absorber cet alcali et que les fumures au nitrate de soude, par exemple, ont pour résultat d'augmenter la teneur des cendres en soude. Il ne s'ensuit pas, comme nous venons de le dire, que cette absorption corresponde à un réel besoin de la plante. Des expériences directes ont, du reste, été entreprises à ce sujet, notamment par MM. Nobbe, Schraeder et Erdmann sur le sarrasin, par M. Pagnoul sur Toeillette, par M. Petermann sur le lin, etc. ; de cet ensemble d'études il ressort que la soude n'est pas susceptible de se substituer à la potasse dans la nutrition végétale et par conséquent dans les formules d'engrais.
Emploi du sel marin. — Ces considérations devraient nous dispenser de poursuivre l'exposé relatif à l'utilisation des sels de soude; nous croyons cependant nécessaire de parler de l'emploi du sel marin, qui est très répandu dans certains pays et gui a fait l'objet de nombreux essais.
Il se pourrait, en effet, que le sel marin, s'il n'agit pas en tant qu'engrais sodique, ait indirectement une action spéciale sur le végétal ou sur le sol.
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Action sur le sol, — Le sel marin n'est pas retenu par le sol, qui ne possède à son égard aucun pouvoir absorbant. Pendant son court séjour dans la terre, il donne naissance à certaines réactions; la plus importante consiste dans un échange d'acide avec le carbonate de chaux; on obtient alors du chlorure de calcium et du carbonate de soude, par une réaction analogue à celle que nous avons étudiée en parlant du chlorure de potassium. Il est possible que ce carbonate exerce une action décomposante sur les silicates et qu'il mette en liberté quelques principes fertilisants. On a discuté également pour savoir si le sel marin en nature était capable de dissoudre le phosphate ou la potasse des silicates; des expériences contradictoires montrent que si cette action existaitelle serait extrêmement limitée. On lui attribue encore la faculté de maintenir le sol plus humide, pardes propriétés hygroscopiques, surtout dues au chlorure de magnésium qu'il renferme à Tétat d'impuretés et au chlorure de calcium qu'il forme par sa double décomposition.
Expériences culturales. — En France, ce n'est pas un usage commun d'introduire le sel marin dans les formules d'engrais; mais en Angleterre, depuis de longues années, on donne constamment des fumures de sel à la terre. Nous devons rechercher si un avantage certain a été obtenu par cette pratique.
Voelcker a réuni de nombreuses données sur cette question. Quoique les résultats soient tantôt dans un sens et tantôt dans un autre, ce qui montre déjà que l'action du sel sur la végétation n'est pas frappante, nous pouvons établir que généralement l'effet sur les céréales est sensiblement nul, qu'il l'est également pour les tubercules; que, pour les prairies naturelles et artificielles, il y a quelquefois un résultat marqué, sansqu'ilsoit
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possible de déterminer dans quelles conditions il se produit de préférence; qu'enfin Teffet ne paraît manifeste que pour les racines et particulièrement pour les mangolds, cultivés sur une grande échelle en Angleterre.
Mais il ressort assez nettement des observations faites en Allemagne que le sel diminue la richesse en sucre des betteraves et en fécule des pommes de terre ; et toutes les observations développées à ce sujet à propos du chlorure de potassium , s'appliquent plus encore au chlorure de sodium.
Des expériences nombreuses ont été faites également en France; Isidore Pierre, qui a étudié cette question avec un grand soin, au moment où elle agitait vivement les esprits, a été conduit à la conclusion suivante : « Les bons effets du sel sur les récoltes, admis par les uns, contestés par les autres, ne sont pas encore établis d'une manière suffisamment incontestable pour que l'on puisse recommander l'emploi du sel sur les terres autrement qu'à titre de simple expérience. » Les essais faits depuis ce jour nous permettent de penser que le sel marin ne peut avoir d'action utile sur les récoltes que dans des cas exceptionnels, particulièrement lorsqu'il s'agit de la production des racines fourra* gères.
Si les bons effets du sel comme engrais sont très problématiques, les mauvais efifets qu'il produit dans certaines conditions ne sont pas douteux. Le sel employé à haute dose, particulièrement dans les sols froids et imperméables et dans les années sèches, ou même à faible dose à une époque très rapprochée des semis, peut être très préjudiciable à la.levée, qui se trouve retardée; souvent même les germes, mis au contact d'une solution concentrée de chlorures de sodium ou de calcium, pourront être tués. Si on applique le sel longtemps à
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Tavance, avant l'hiver, par exemple, pareil danger n'est pas à redouter. Mais alors, sachant que le sel passe à travers le sol comme à travers un filtre, on se demande quel degré d'utilité peut avoir son application.
Ajoutons enfin que le sel, jeté en couverture sur de jeunes plantes, ne manquera pas de produire des brûlures et des flétrissures. Ces effets nuisibles ne se manifestent pas seulement avec le sel employé à l'état pur, mais avec tous les produits qui en contiennent,- tels sont les sels de Stassfurt, les salins du Midi, les salins de betteraves, les goémons, les calcaires marins, etc. Aussi, quand on le peut, et c'est le cas pour les deux derniers, prend-on soin de les laisser s'égoutter sur le sol et se débarrasser, par les eaux pluviales, de la plus grande quantité du sel marin.
Pour les engrais riches en chlorure de sodium , il est prudent de faire l'épandage longtemps avant les semailles, afin que les pluies aient le temps d'entraîner et de diluer les principes nuisibles.
Le sel marin paraît jouer dans la vie animale un rôle bien autrement important que dans la vie végétale; c'est surtout dans le sang et dans le lait qu'on en trouve des quantités importantes. Le chlore qu'il renferme joue un rôle très utile dans la digestion. Aussi a-t-on reconnu depuis longtemps les avantages de l'introduction du sel marin dans la ration des animaux de la ferme. Cette pratique contribue au bien-être des animaux; de plus, elle introduit dans le fumier le sel marin qui est ensuite apporté à la terre. C'est de cette seule manière que nous conseillerons de l'employer; on est sûr d'en tirer au moins un résultat utile pour l'alimentation animale.
Composition du sel marin, — Le chlorure de sodium
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employé pour les usages agricoles est le sel marin brui contenant ordinairement :
Chlorure de sodium 90.00 à 98.00 %
— de calcium 0,00 à o.o3 —
— de magnésium 0.20 a 2.40 —
Sulfate de soude o.o5 à i.5o —
— dépotasse 0.00 à 0.41 —
de chaux o.ioà 2.00 —
Matières insolubles 0.00 à o.3o —
Eau 2.00 à 6.3o —
Pour éviter les droits fiscaux, on autorise Tagriculture à se servir des sels dénaturés, par les tourteaux, les pulpes et les marcs, lorsqu'ils sont destinés à l'alimentation du bétail, et lorsqu'ils sont destinés à la fumure des terres, par le peroxyde de fer, la mélasse, la suie, le goudron, le guano, la poudrette, le sulfate de fer, le plâtre. Les divers modes de dénaturation du sel sont d'ailleurs fixés par un décret spécial.
Sels de pêcherie, — On emploie encore en assez grande abondance, sur certaines parties du littoral, les sels de pêcherie appelés encore caqures ou saumures. Les harengs, aussitôt après la pèche, sont déposés dans des fûts et fortement salés; transportés au port, ils sont nettoyés avec soin; les écailles, les ouïes et les intestins sont rejetés, et c'est ce mélange de sel et de débris organiques qui constitue un engrais assez estimé. La composition est du reste sujette à de grandes variations :
I^ proportion d'eau varie de 6.0 à 20.0 %
— de chlorure de sodium. — 25. o — 80.0 —
— d'azote — o.5 — i.S —
— • d'acide phosphorique. — i.5 — 4.0 —
Cet engrais est avant tout un engrais organique com-
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parable à du fumier; ce serait une grave erreur que d'attribuer au sel marin les bons effets qu'on en obtient; il faut, au contraire, se mettre en garde contre l'excès du chlorure, en l'appliquant avant l'hiver.
Chlore. — Jusqu'à présent, nous avons envisagé le sel marin comme fournissant de la soude; nous devons encore le considérer comme une source de chlore. On sait que les chlorures existent dans tous les végétaux en quantité assez notable; le sel marin peut donc agir à un double point de vue; mais si, de même que la soude, le chlore est très diffusé dans le règne végétal et si, encore comme la soude, il Joue un rôle important au point de vue de la nutrition animale, il semble également qu'il ne soit pas un des éléments constitutifs des végétaux, c'est-à-dire que sa présence ne soit pas indispensable à la production des récoltes. On a pu, en effet, faire vivre des plantes dans des milieux artificiels ne renfermant point de chlorure.
La circulation du chlore à la surface de la terre et dans les êtres vivants, végétaux et'animaux, est étroitement liée à celle de la soude; ces deux éléments se trouvant presque toujours associés dans la nature, nous ne nous étendrons pas plus longtemps sur ce corps, qui nous semble assez répandu pour suffire aux besoins que les plantes pourraient en avoir.
Brome, Iode, Fluor. — On a signalé également dans les plantes des traces d'iode et de brome, nous n'avons pas, au point de vue de l'augmentation de la fertilité du sol, à nous occuper de ces corps rares.
Mais nous croyons devoir dire quelques mots du fluor. Ce métalloïde existe en quantité sensible dans les tissus animaux, particulièrement dans les os et les dents; les plantes doivent donc en contenir, puisque c'est à elles seules que les animaux peuvent l'emprunter, et on doit
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admettre la présence constante de petites quantités de fluor dans les produits de nos récoltes. Cet élément se trouve, d'ailleurs, à un grand état de diffusion dans la nature, ainsi que l'ont montré les recherches de M. Nicklès. Mais la grande difficulté de le doser a, jusqu'à présent, empêché de suivre sa circulation dans le sol et dans les êtres vivants.
Quelques observateurs ont cru remarquer que le fluorum de calcium, substance qui existe à Tétat de gisements et en assez grande abondance, exerce une action favorable sur la végétation. Mais actuellement, nous ne croyons pas que de quelques expériences imparfaites on puisse conclure à une véritable utilité des engrais fluorés. Si cette utilité était démontrée, on trouverait dans la fluorine ou spath fluor, dans la cryolithe, fluorure double d'aluminium et de sodium, le fluor nécessaire.
Des essais dans cette voie méritent d'être tentés, mais ils ont besoin d'être conduits avec méthode, et il nous semble que ce n'est pas avec les florures naturels, très résistants aux agents dissolvants du sol , qu'ils devraient être faits, mais avec des fluorures solublesplus facilement assimilés par les plantes.
Rubidium. — Le rubidium est un métal, extrêmement rare, de la famille du potassium et du sodium, dont M. Grandeau a signalé la présence dans les salins de betteraves ; on ne sait pas si les faibles traces de ce corps sont inutiles ou nécessaires à la végétation, toujours est-il qu'il est impossible de comprendre parmi les engrais des substances qu'on n'a jamais possédées qu'en petites quantités dans les laboratoires.