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IL — RAPPORTS DE LA CHAUX AVEC LES RECOLTES

Formes de la chaux dans le végétal. •-- La

chaux existe dans toutes les parties végétales et se retrouve dans les cendres; mais ce n'est f>as sous la forme qu'elle affecte dans le sol qu'elle s'est emmagasinée dans les plantes; elle s'y trouve en combinaison avec les acides végétaux, tels que les acides oxalique, tartrique, malique, pectique, etc., ou avec les substances neutres, telles que les gommes. Elle paraît jouer un rôle physiologique important, en saturant les substances qu'elle immobilise en quelque sorte à un état passif. En combinaison avec les corps pectiques, elle entre pour une proportion importante dans la constitution des tissus; le pectate de chaux concourt avec la cellulose à la production des cellules. La chaux doit donc être considérée comme un élément constitutif des végétaux, indispensable à la production des récoltes. Cependant sa proportion ne paraît pas être invariable, et les plantes peuvent vivre et se développer dans des terres extrêmement pauvres en calcaire; elle sont alors elles-mêmes moins chargées de chaux que si elles avaient vécu dans un sol plus riche; de Saussure a montré, par exemple, que des rhododendrons poussés dans des terres jurassiques contiennent trois fois plus de chaux que ces mêmes plantes venues sur des sols granitiques. Mais la chaux doit toujours être présente dans le sol, et le développement

végétal ne saurait exister, sans qu'il y en eût une petite quantité; dans des sols granitiques où l'analyse peut à peine déceler les faibles traces de chaux, la plante en trouve encore pour ses besoins et la concentre dans ses tissus.

Quelquefois aussi la chaux existe dans les végétaux d'une manière accidentelle, sans paraître y jouer un rôle utile, surtout dans les plantes venues sur des sols riches en calcaire. Sans envisager ici les cas extrêmes, examinons les principales récoltes, provenant de sols de composition moyenne, au point de vue de leur richesse en chaux, afin de déterminer l'appauvrissement qu'elles produisent par leur exportation.

Teneur en chaux des plantes cultivées. — Nous passerons en revue les principales d'entre elles, en rapportant la quantité de chaux à 100 de produit récolté :

Céréales

Onin. PaUIc.

Blé 0.06 0.26

Seigle o.o5 o.36

Orge o.o5 o.33

Avoine o.io o.36

Maïs o.o3 o.5o

Sarrasin o.io 1.91

La chaux s'est concentrée principalement dans la tige et dans les feuilles; les grains n'en contiennent que de très petites quantités.

Légumineuses cultivées pour leurs graines.

Omin. Pailla

Haricot 0.20 1.8G

Pois 0.12 1.86

Fèverole o.i5 i.35

Lentille o.io. 2.00

Ici encore nous voyons que les fanes renferment la plus grande partie de la chaux; elles sont mêmes beaucoup plus riches que les pailles de céréales.

Plantes industrielles.

Grain. Faille.

Colza 0.52 i.oi

Pavot 1.85 i.5o

Lin 0.27 0.83

Tabac: pour 100 de feuilles sèches.. 7.52

Les graines de ces diverses plantes sont plus riches en chaux que celles des précédentes, parce que leur testa est formé en grande partie de pectate de chaux.

Plantes cultivées pour leurs racines et leurs tubercules.

Racines Feailles

ou tnbercalcs» oa fanée.

Carotte 0.09 0.86

Navet o.oîi 0.45

Rutabaga 0.09 0.84

Betterave fourragère 0.04 0.17

— à sucre o.o5 o.36

Pomme de terre 0.02 o.5o

Topinambour o.o3 0.91

Ici encore nous voyons la chaux beaucoup plus abondante dans les parties feuillues.

Plantes fourragères.

Ray-grass en vert 0.16

Herbe de prairie en vert o. 27

— en foin o-77

Maïs en vert 0.12

Seigle en vert 0.12

Choux : feuilles o.25

— tiges o.i5

Trèfle rouge en foin 1.92

Luzerne. — 2 . 88

Sainfoin. — 1.46

Vcsces . — I .q"^

De ces chiffres, il ressort nettement que les légumineuses contiennent beaucoup plus de chaux que les autres plantes fourragères; aussi sont-elles, comme nous le verrons, presque exclusivement propres aux terrains calcaires.

Cultures arbustives.

Vigne: vin 0.02

— marc o . 5o

— feuilles 2.40

— sarments o.52

Pommiers : pommes o. 14

— feuilles 0.67

— bois 0.95

Les feuilles sont le plus riches en chaux et le fruit n'en contient que de faibles proportions; le vin en particulier n'en renferme que des traces et la chaux qui existait dans le raisin se retrouve en majeure partie dans le marc. Calculons, d'après les données précédentes, les quantités de chaux qui sont enlevées à un hectare de sol par des récoltes moyennes, en comprenant l'ensemble de la plante telle qu'elle est récoltée, c'est-à-dire en réunissant la paille et le grain, les feuilles et les racines, etc.

Plantes céréales.

kll.

Blé 7.8

Orge 10.0

Seigle 13.7

Avoine 8.8

Maïs 15.4

Sarrasin 39.7

Légumineuses (graines).

kll.

Haricot 24.8

Pois 66.9

Fèverole ^7-7

Lentille 35.2

Plantes industrielles.

kil.

Colza 97-0

Œillette 67 . 2

Lin 3o.3

Chanvre 1 52 .0

Tabac 1 1 2 . 8

Racines et tubercules,

kil.

Carotte t 1 3 . o

Navet 87. 5

Rutabaga 208 . 5

Betterave fourragère 5o . o

— à sucre 58.2

Pomme de terre 24.6

Topinambour 5o. 5

Plantes fourragères.

kil.

Foin de prairie 46 . 2

Seigle vert 24 . o

Maïs fourrage 72.0

Choux 1 23 . o

Trèfle rouge i53.6

Luzerne 288 . o

Sainfoin 65.7

Vesces 77 . 2

Cultures arbustives.

kil.

Vigne 92 . 25

Pommier i g . o i

Production forestière.

kil.

Chône 36 . 09

Hôtre en futaies 96 . 34

Épicéa 70.01

Pin > 28.09

On peut dire qu'en général, pour la production des céréales, la plante n'exige qu'une quantité de chaux environ moitié moindre de celle de l'acide phosphorique et ne dépassant pas sensiblement le i/3 de la potasse. L'appauvrissement en chaux, du fait de la culture des céréales, peut donc être regardé comme insignifiant, et il n'y a pas à s'occuper d'une restitution de cette base. L'apport d'engrais phosphatés suffira à lui seul pour compenser, et au delà, ce qu'enlèvent ces cultures.

Les légumineuses cultivées pour les graines prennent des quantités de chaux un peu plus importantes. Cette chaux n'est pas contenue dans les grains, mais dans les fanes qui restent, soit sur le sol lui-même, soit dans l'exploitation et retournent à la terre. On peut donc dire qu'elles n'appauvrissent pas le sol de ce chef. Les quantités de chaux nécessaires au développement de ces plantes n'expliquent pas pourquoi il leur faut des sols calcaires; cela tient plutôt à la nature physique du terrain qu*à la proportion de chaux qui y est contenue.

Les plantes industrielles prennent des quantités de chaux variables, généralement presque doubles de la quantité diacide phosphorique. Mais cette chaux est principalement contenue dans la partie qui n'est pas exportée; les graines oléagineuses, la filasse n'en contiennent pas beaucoup; il n'en est pas ainsi pour le tabac, dont les feuilles renferment des doses élevées de chaux.

Les plantes cultivées pour leurs racines et leurs tubercules exigent autant et même plus de chaux que d'acide phosphorique, mais beaucoup moins que de potasse. Cette chaux existe principalement dans les feuilles; ici encore il n'y a pas d'exportation notable, même alors que les racines et les tubercules sont employés hors du domaine, puisque les feuilles ou les

fanes restent sur le sol, ou bien servent comme litière ou comme nourriture.

Les plantes fourragères proprement dites contiennent plus de chaux que d'acide phosphorique, et ce sont particulièrement les légumineuses qui enlèvent à la terre de notables quantités de cette base; elles en contiennent généralement autant et quelquefois plus que de potasse. Aussi les légumineuses sont-elles des plantes essentielle-" ment propres aux sols calcaires.

La vigne absorbe des quantités appréciables de chaux, principalement par ses feuilles; mais comme celles-ci tombent sur le sol et qu'elles s'incorporent de nouveau à la terre, il n'y a pas là une exportation sensible hors du domaine.

Nous voyons donc que la chaux est surtout concentrée dans les parties végétales, fourrages, pailles, fanes, qui sont employées dans la ferme et restituées au sol avec les fumiers; il n'y a donc pas de cause d'appauvrissement appréciable en chaux, les parties exportées n'en contenant que de faibles quantités. En outre, par la forme fixe et insoluble qu'elle affecte dans les fumiers, elle n'est pas sujette aux mêmes déperditions que l'azote ou la potasse, dont une partie seulement est rendue au sol.

Au point de vue de sa répartition dans les organes végétaux, elle suit la potasse; comme cette dernière, elle existe en majeure partie dans les organes foliacés et dans les racines. Ces deux éléments s'accompagnent et se retrouvent ensemble dans le fumier; ils diffèrent en cela de l'acide phosphorique qui existe principalement dans les graines et qui est enlevé du domaine.

Si nous envisageons d'une manière générale l'absorption de la chaux par les différentes cultures, nous voyons que cette base n'est pas enlevée en quantité supérieure

LES ENGRAIS. 2o3

à celle de l'acide phosphorique, ni surtout de la potasse. Il suffit, pour qu'un sol fournisse aux besoins des cultures, qu'il contienne des quantités de chaux voisines de celles de l'acide phosphorique et de la potasse, c'est-à-dire aux environs de i à 2 millièmes. Or la chaux est un élément beaucoup rhoins rare que ces deux éléments, et dans les sols qui ne sont pas placés dans des conditions tout à fait exceptionnelles, elle existe toujours en quantité suffisante pour fournir aux besoins des récoltes les plus intensives.

Quoique la chaux soit indispensable à la production des récoltes, on voit que celles-ci n'ont pas de grandes exigences sous ce rapport et qu'elles n'en enlèvent jamais au sol que des quantités relativement faibles. Au point de vue de la nutrition végétale, c'est-à-dire à titre d'engrais proprement dit, la chaux n'a donc qu'une importance secondaire, parce que la plupart des sols en contiennent suffisamment pour satisfaire aux besoins directs des plantes; mais c'est comme amendement destiné à améliorer la terre qu'elle a un effet indirect sur la récolte ; c'est donc à la terre même que s'appliquent les chaulages et les marnages, et non pas à la plante. Sous ce rappon, l'emploi des amendements calcaires se rapproche des façons culturales, destinées à améliorer le sol au point de vue de son ameublissement et de ses réactions chimiques; il correspond en outre à une véritable fumure, puisqu'il met en circulation des principes fertilisants immobilisés dans le sol. Il faut donc s'attendre à voir toutes les récoltes heureusement influencées par le chaulage ou le marnage et, dans les effets que produisent ces opérations, il est difficile de discerner la part qui revient à la chaux elle-même.

Dans certains cas pourtant, le calcaire agit directement sur la plante par l'apport même de la chaux :

lelest le cas des plantes calcicoles, trèfles, luzernes, sainfoins, etc., qui peuvent prospérer à la faveur d'un fort amendement calcaire dans les sols où auparavant leur culture était impossible.

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