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III. — PRATIQUE DU CHAULAGE

A présent que nous connaissons la manière dont la chaux se comporte dans le sol, nous devons étudier les meilleures conditions de son application, c'est-à-dire la manière de l'incorporer à la terre, le moment le plus opportun pour cette opération, les quantités à répandre, et enfin les effets qu'elle produit sur les différents sols et sur les différentes récoltes.

Différents modes d'épandage de la chaux.

— Le but qu'on doit chercher à atteindre, c'est de mettre la poussière de chaux en contact avec la terre d'une façon aussi intime et uniforme que possible. Pour cela plusieurs procédés sont en usage.

Le premier consiste à laisser la chaux se déliter préalablement à l'air libre sous des hangars; elle absorbe de l'humidité et se réduit en une poussière fine. Lorsque toute la masse est à l'état pulvérulent, au bout de 2 ou 3 mois, on la charge sur des tombereaux, on la transporte aux champs, on la dépose en petits tas et on la répand à la pelle. Ce procédé, suivi dans l'Ariège, par exemple, offre bien des inconvénients. La chaux, par cette longue exposition à l'air, se carbonate et agit alors avec moins d'efficacité.

Voici, d'après Vœlcker, l'analyse d'une chaux éteinte par ce procédé :

Eau 0.8 %

Carbonate de chaux 1 5. i —

Hydrate de chaux 83.4 —

Le chargement, le déchargement et Tépandage sont extrêmement pénibles pour les ouvriers, à cause des poussières irritantes produites par cette manipulation, qui devient tout à fait impossible pour peu que le vent souffle. Les pluies qui peuvent survenir amènent la matière à l'état pâteux et rendent alors sa répartition beaucoup moins uniforme.

Quelquefois, au lieu de laisser la chaux s^éteindre spontanément au contact de Tair, ce qui est toujours très long, on pratique le délitement par immersion, c'est-à-dire en mettant la chaux dans des paniers à claire-voie, qu'on plonge dans l'eau pendant une ou deux minutes et qu'on retire ensuite; la chaux a absorbé ainsi l'eau nécessaire pour pouvoir s'éteindre; on la charge immédiatement sur les tombereaux, où elle se délite alors rapidement. Quand elle a pris la forme pulvérulente, ce qui ne tarde guère, on la répand sur le sol à l'aide d'une pelle. Ce procédé, préférable au précédent, n'est cependant pas soustrait à la plupart des inconvénients que nous avons déjà signalés.

11 est plus avantageux de suivre, comme on le fait du reste dans la plupart des départements où se pratique le chaulage, la méthode qui consiste à déposer directement sur la terre les morceaux de chaux vive, et d'en former des petits tas dont le volume varie de 20 à 5o litres ; on les espace, à la manière des tas de fumier, soit de 7 mètres environ en tous sens. On évite ainsi le chargement et le déchargement que nécessitent les procédés précédents, et l'extinction de la chaux sur place ofiFre, enoutre, l'avantage assez généralement constaté de détruire bon nombre d'insectes.

Ces petits tas, appelés binots, sont recouverts de terre; ils ne tardent pas alors à se déliter; les tissures qui se produisent sont soigneusement bouchées par de la terre.

234 LHS ENGRAIS.

L'extinction se fait graduellement; au bout d'une vingtaine de jours, elle est complète, et la chaux est à l'état pulvérulent ; on la mélange à la pelle avec la terre qui la recouvrait et on la répand sur le sol. Ce mélange a pour but de rendre Tépandage plus uniforme. Il est préférable d'effectuer ce recoupage avant le refroidissement complet du tas; si à ce moment il restait encore des morceaux non délités, ce qui arrive quelquefois pour des chaux de qualité inférieure, il faudrait réunir ces morceaux et les recouvrir encore d'un peu de terre pour en achever le délitement et les répandre ensuite, au bout de 8 à lo jours.

Cette manière de déposer la chaux vive en petits tas, à la manière du fumier, nous paraît recommandable à tous égards; c'est elle qui nécessite le moins de travail et qui permet la distribution la plus uniforme.

Dans certains départements, comme l'Ain et une partie de la Haute- Vienne, on forme des tas volumineux et on les recouvre de terre. Il n'y a pas avantage à faire des tas trop gros; le procédé que nous venons de décrire est préférable à ce dernier.

Quelquefois enfin , au lieu de laisser la chaux s'éteindre par tas, on l'introduit dans les composts ou dans les tombes ; nous avons longuement parlé de son emploi dans ces conditions (t. I, page 56 1). Cette pratique est exclusivement adoptée dans les départements de la Sarthe, de la Mayenne et de Maine-et-Loire; elle consiste à mettre les morceaux de chaux vive en contact avec de la terre et des matériaux organiques, en les recouvrant complètement et en bouchant les crevasses qui se forment. L'extinction se fait lentement; on peut attendre, pour l'épandage, le moment opportun, sans craindre de voir la qualité de ce mélange diminuer par un plus long séjour. On fait alterner le fumier de ferme,

les balayures, les curures de fossés, les gazons, etc., avec la chaux et la terre. On se rapproche alors des véritables composts, tels que nous lesjavons décrits (t. I, page 553). En absorbant Thumidité, la chaux s*échaufiFe, foisonne et augmente de volume, produisant ainsi un ameublissement de la masse. Au bout de i5 jours ou 3 semaines, on recoupe le tas, on Tamoncelle de nouveau en le recouvrant de terre et on le laisse pendant plusieurs mois en Tarrosant quelquefois pour le maintenir humide. L'épandage se fait à la pelle, et la répartition de la chaux ainsi diluée peut être rendue très uniforme.

Cette pratique a de grands avantages; non seulement la chaux est bien divisée, mais encore on a utilisé ses propriétés caustiques pour activer la décomposition des matières organiques et les rendre utilisables. Nous n'avons pas à insister ici sur ce dernier point, que nous avons développé en son lieu. Ici nous considérons le compost uniquement au point de vue de son apport en chaux.

Si le sol n'a pas besoin de matières organiques, comme c'est le cas des terrains acides, il est inutile de délayer la chaux dans une grande masse de matières inertes. Ce procédé est recommandable surtout lorsqu'on se propose d'apporter au sol à la fois l'élément calcaire et la matière organique.

Quel que soit le procédé adopté pour l'extinction de la chaux et le mélange avec plus ou moins de terre, il faut la répandre sur le sol au moyen de la pelle, d'une façon très uniforme; la trace blanche qu'elle laisse là où elle tombe permet du reste de surveiller et de vérifier les soins ou l'habileté que les ouvriers apportent à ce travail. On emploie quelquefois avec avantage, pour répandre la chaux en poudre, les semoirs à engrais.

Il faut, pour ce travail, choisir un temps sec, car il est

à craindre, par les temps humides et surtout pluvieux, que la chaux se pelotonne et forme des petites agglomérations qu'on doit éviter, parce qu'elles nuisent à Tuniformité de son action. Il est bon, surtout si Ton emploie la chaux sans mélange de terre, de faire suivre Tépandange d'un hersage, afin de mettre les poussières à Tabri des coups de vent.

Remarque pour les chaux hydrauliques. — Nous avons dans ce qui précède envisagé surtout les chaux grasses et les chaux maigres; si on opère avec de la chaux hydraulique, on se trouve dans des conditions plus défavorables. Nous savons en effet que celle-ci, mise au contact de Peau, fait prise; si la prise a lieu dans le sol, on obtient des grumeaux durs, et Ton ne réalise plus les bons effets d'une répartition uniforme et d'une diffusion régulière. Lorsque l'agriculteur en a le choix, il doit préférer de beaucoup la chaux grasse; mais s'il est obligé de recourir à la chaux hydraulique, il peut atténuer ses défauts en ne la répandant dans le sol qu'après extinction complète. Cette extinction se fera avant le transport au champ; comme le foisonnement est faible par lui-même, il faudra aider la pulvérisation par l'emploi de battes. La chaux hydraulique ne doit être employée aux usages agricoles que dans les cas tout à fait exceptionnels où on ne dispose pas d'autres éléments calcaires.

Emploi Bimultané de la chaux et des différents engrais. — On peut se demander s'il y a i ntérêt, pour économiser la main-d'œuvre, à mélanger à la chaux d'autres matières fertilisantes ou à les répandre sur le sol en même temps; pour certaines d'entre elles il n'y a aucun inconvénient à le faire, pour d'autres il faut bien s'en garder.

Engrais chimiques. — Les sels de potasse, le nitrate

de soude, sur lesquels la chaux n'a pas d^action directe, peuvent rester en contact avec elle sans inconvénient. Mais le sulfate d'ammoniaque et les autres engrais azotés, contenant de Tammoniaque ou pouvant en dégager facilement, tels que les guanos, donneraient lieu à des déperditions importantes, par suite du déplacement de l'ammoniaque à l'état volatil. Il y aurait là une perte qu'il faut éviter avec le plus grand soin.

Quant aux engrais phosphatés, il est également à conseiller de ne pas les introduire dans le sol en même temps que la chaux ; il faut, autant que possible, les employer assez longtemps avant le chaulagc.

Les phosphates naturels deviennent bien plus facilement assimilables dans un sol non chaulé où la matière organique peut exercer sur eux une action dissolvante rapide, qu'on ne constate plus, lorsque la matière organique se trouve saturée par de la chaux.

Les superphosphates , dont Tacide phosphorique se trouve en majeure partie à l'état soluble, n'auraient plus la propriété de se diffuser facilement dans le sol, s'ils rencontraient de la chaux qui les ramènerait à l'état de phosphate insoluble, avant qu'ils aient pu se disséminer dans la masse terreuse.

Fumier de ferme. — Nous avons déjà parlé du contact de la chaux avec les résidus organiques et particulièrement avec les fumiers. Lorsqu'on fait des composts ou des tombes, on introduit en même temps ces diverses substances en mélange avec de la terre. On a pour but de hâter la décomposition des débris organiques et de constituer un terreau bien consommé, riche en nitrates et dont l'effet sur la végétation est très rapide. Dans cette pratique, la grande masse de terre qui entoure et qui recouvre le mélange de chaux et de fumier empêche la déperdition de l'ammoniaque, en l'absorbant et en la nitrifiant rapi-

dément. S'il n'y avait pas cette masse terreuse, l'ammoniaque se dégagerait dans Tatmosphère et serait ainsi perdue pour la culture. Ce dernier fait se produit, lorsqu'on mélange directement la chaux vive ou éteinte avec les fumiers; Tammoniaque contenue dans ces derniers est déplacée et se dégage dansTair; aussi ne conseillons-nous jamais de mêler la chaux avec les fumiers avant Tépandage; c*est une pratique que. la logique doit faire abandonner. Il en est de même de l'application de la chaux sur des sols qui sont recouverts de fumier; là encore l'ammoniaque, qui est le principal agent fertilisant des fumiers, est dégagée en pure pêne; il est vrai que l'application de la chaux peut hâter la décomposition des fumiers qui ne sont pas suffisamment consommés. Il y a là un effet utile qu'on aurait tort de méconnaître ; cependant, comme il est toujours accompagné de la perte d'un principe fertilisant de premier ordre, il est plus prudent de renoncer absolument à cette pratique, à moins de procéder à un labourage immédiat, auquel cas la terre, douée d'un pouvoir absorbant énergique pour l'ammoniaque, retiendrait celle qui, se dégagerait.

Plus souvent encore la chaux est répandue d'abord sur le sol, et le fumier est répandu ensuite par-dessus; dans ce cas les pertes d'ammoniaque sont moins à craindre, car la chaux a eu le temps de se carbonater et agit alors avec moins d'énergie; cependant il est toujours prudent de procéder à l'enfouissement du fumier dans le plus court délai possible.

Engrais verts, — L'application des engrais verts est particulièrement avantageuse pour les terres fortes, qu'ils ameublissent. Comme ces mêmes terres manquent le plus souvent de calcaire, on peut répandre la chaux sur la coupe d'engrais verts et enterrer les deux en même temps. Le mieux est de saupoudrer l'engrais lors-

qu'il est coupé et de procéder au labour peu de temps après. L'effet constaté sur le fumier, c'est-à-dire le dégagement d'ammoniaque, n'est point à redouter avec les engrais verts; aussi peut-on recommander cette pratique sans restriction : par l'action de la chaux, la décomposition des matières végétales se trouve activée, et un mélange plus intime est produit ao sein de la terre. Pour les terres légères auxquelles la chaux fait défaut, on procède de la même manière ; mais là ce n'est pas Tameublissement qui se produit, c'est au contraire un effet inverse dû à fia formation d'humate de chaux, qui enlève à ces sols leur trop grande perméabilité.

Dans ces divers cas, la chaux exerce plutôt son action sur le fumier ou les matières végétales qui y sont mélangées et n'agit pas aussi énergiquement sur les éléments du sol lui-même. On applique, il est vrai, les fumures et les engrais verts seulement à des sols qui par eux-mêmes donneraient peu de résultats sous l'influence de la chaux ; dans les sols de vieille forcé, suffisamment pourvus d'éléments fertilisants qu'il suffit de mobiliser par un chaulage, on n'a point besoin d'avoir recours à l'apport de fumier ou d'engrais verts.

Époque de l'épandage. — Le chaulage doit se pratiquer de préférence en automne; mais il faut avoir soin de ne pas le faire coïncider avec Tépoque des semailles. La chaux a en effet une causticité qui agirait défavorablement sur la jeune plante; il faut donc lui laisser le temps de se carbonater pour devenir inoffensive; i5 Jours après l'épandage surlesol,on doit considérer que la causticité n'est plus à craindre, surtout si la chaux a séjourné au préalable un certain temps en tas.

On peut encore choisir la fin de l'hiver pour les cultures de printemps; cette époque est plus favorable dans

le cas où on a fait passer la chaux par les tombes ou les composts, car s'étant chargée de nitrate, elle apporte de Tazote soluble qui pourrait être enlevé par les pluies d'hiver. Lorsque le compost a fourni un terreau bien consommé et que toute causticité a disparu par suite de la formation d'humate et de carbonate, il n'y a pas d'inconvénient à l'employer même en couverture. En général on peut dire qu'il y a intérêt à appliquer la chaux quelque temps à l'avance ; son action n'est pas immédiate ; la décomposition de la matière organique et des sili- . cates, la carbonatation au contact de l'atmosphère du sol, et la nitrification qui en est la conséquence, se font successivement et exigent un certain délai. La plante ne saurait donc profiter du chaulage à partir du moment de l'application. Plus la chaux est à un état consommé par les traitements préliminaires dont nous avons parlé, plus son utilisation est rapide.

Il convient d'examiner ici s'il y a lieu d'incorporer la chaux à la terre lorsqu'elle se trouve encore à l'état caustique, ou d'attendre qu'elle soit carbonatée. Nous croyons qu'il y a intérêt à employer le premier mode, lorsqu'il s'agit d'un chaulage proprement dit; en efifet, à l'état caustique la chaux agit sur les matières organiques du sol qu'elle désagrège et sur les silicates dont elle peut dégager les éléments fertilisants et particulièrement la potasse; elle modifie donc le sol en augmentant les proportions de matières fertilisantes assimilables. Mais lorsqu'on la donne'avec les composts, elle ne joue plus vis-à-vis du sol qu'un rôle secondaire. Les composts sont de véritables terreaux dans lesquels la matière organique et l'azote ont alors le plus d'importance. Dans ce cas aussi, la chaux, étant préalablement amenée à l'état d'humate et de carbonate, ne peut plus avoir d'effet énergique sur les particules terreuses.

Les divers modes d'emploi n'ont donc pas tout à fait la même destination.

Enfouissement de la chaux. — Sauf le cas des prairies naturelles, ce n'est jamais en couverture qu'on emploie la chaux. Aussitôt .après Tépandage, on donne un coup de herse, puis on procède au labourage de la terre. Quoiqu'il n'y ait pas d'inconvénient sérieux à laisser la chaux quelque temps sur la terre, il est préférable cependant de procéder à l'enfouissement aussitôt que possible. Si on la laissait étalée à la surface, elle se carbonnaterait avant l'introduction dans le sol, et son action caustique se trouverait limitée à un temps très court après son incorporation. Pour ces raisons, il convient de l'enfouir aussitôt que possible par un labour.

Il n'y a pas avantage à exagérer la profondeur de ce .labour; il vaut mieux concentrer l'action énergique du chaulage dans les couches supérieures, toujours plus •chargées des matières organiques dont on veut provoquer la décomposition. De plus, nous savons que la chaux, en se transformant lentement en bicarbonate, a des tendances à s'enfoncer dans le sous-sol. Pour ces deux motifs nous conseillons de procéder à l'enfouissement par un labour moyen de 1 5 centimètres.

Quantités de chaux employées. — Les habitudes locales sont très différentes; tantôt on donne une dose considérable de chaux, pour une période de 10 à 1 2 ans, tantôt des quantités relativement faibles, répétées tous les 3 ou 4 ans. En général, plus les doses sont élevées, plus l'efifet est sensible.

Nous ne sommes pas ici en présence d'un engrais

proprement dit, dont il suffit de donner à la terre de

quoi fournir aux besoins des récoltes. Nous avons vu

que la chaux joue un rôle important, à côté de celui T. m. 16

qu'elle possède comme substance fertilisante proprement dite. Aussi n'est-ce pas par centaines de kilog. à l'hectare qu'il faut l'employer, comme les engrais chimiques, mais bien par milliers de kilog. pour que son action soit réellement efficace.

Citons quelques chififres pour montrer les quantités employées dans les principales régions où les chaulages sont pratiqués.

En Angleterre, on met :

200 à 3oo hectolitres de chaux dans les terres fortes. i5o à 200 — dans les sols légers.

L'hectolitre pesant en moyenne y5 kilog. on se trouve donc là en présence de quantités de chaux comprises entre 12,000 et 25, 000 kilog. Dans les sols tourbeux on a même quelquefois considérablement dépassé ces chiffres.

Ces chaulages doivent suffire pour une longue période d'années, et c'est en somme une avance considérable destinée à une amélioration foncière.

Il est à remarquer que les agriculteurs anglais sont plus généreux vis-à-vis de leurs terres; ils ne comptent pas lorsqu'il s'agit d'améliorations foncières. Généralement riches, ils sont moins parcimonieux d'engrais et d'amendements.

A côté de ces doses, qui nous semblent exagérées et de nature à imposer d'un coup un sacrifice trop lourd à l'agriculteur, nous citerons d'autres chiffres donnés par M. Ronna :

Quiaz Dorée

iwr da

h«etai«. ohAOlAgti.

hectol. années.

Roxbourg ( Ecosse) 1 80 19

AyrKayle — 35 5

Sterling — 46 6

Durham-Sud (Angleterre). 81 13

Worcester — , 63 6 à 8

ChJiax par année.

heotol.

La durée d'action du chaulage est d'autant plus longue que les quantités de chaux introduites à Torigine sont plus considérables; en rapportant ces chiffres à l'année, on constate qu'ils ne s'éloignent pas beaucoup dans les différents cas.

Dans les localités où le bon marché du combustible, comme dans le pays de Galles, permet d'obtenir la chaux à bas prix, on a une tendance à augmenter beaucoup ces doses.

En Allemagne, où le chaulage est pratiqué sur une grande échelle, la quantité moyenne est de 1,000 à 2,000 kilog. par hectare, soit de i3 à 25 hectolitres, qu'on renouvelle à intervalles variés.

En Belgique comme en Angleterre, on exagère souvent le chaulage; on emploie la chaux à raison de 4,000 à 7,000 kilog., soit 5o à 90 hectolitres, pour une période plus ou moins longue.

En France, on constate suivant les régions de très grandes différences dans les doses de chaux employées ; voici des documents récents recueillis à ce sujet par M. Courtin :

La dose de chaux varie extrêmement, sauf pour les terrains granitiques dans lesquels on donne presque partout de 3 à 6 mètres cubes par hectare pour une période de 8 à 10 ans. Les doses, dans les autres terrains, diffè-

rent davantage à cause de la grande diversité de composition des terres. On pourrait diviser celles-ci en trois grandes catégories : dans la première, qui comprend peu de départements, le Nord et la Haute-Garonne principalement, on emploie de i5 à 40 mètres cubes pour une période variant de 12 à 3o ans. Dans la seconde, comprenant les départements de la Nièvre , du Cher, du Pas-de-Calais , du Tarn , de la Haute-Saône, du Calvados , la chaux est employée à la dose de 10 à 12 mètres cubes pour une période de 8 à 12 ans. La troisième enfin, dans laquelle se trouvent le Loir-et-Cher, la Creuse, TAriège, PAin, ne reçoit qu'une quantité de chaux plus faible , variant de 2,5 à 6 mètres cubes pour une période de dix ans.

Il esta regretter qu'on ait l'habitude de prendre comme unité de mesure l'hectolitre ou le mètre cube; nous avons vu précédemment combien cette donnée est variable et incertaine. Les raisonnements et les comparaisons auraient plus de valeur, si dans cette discussion on prenait pour base le poids réel; nous admettons que le poids moyen de l'hectolitre est de y 5 kilogrammes.

Doses rationnelles de chaux à employer.

— Après avoir cité les diverses pratiques du chaulage, nous devons examiner quelles sont les conditions les plus rationnelles de cette opération. Nous voyons que tantôt on emploie de très grandes quantités de chaux, réparties sur une longue période, tantôt des quantités moindres plus fréquemment renouvelées. A laquelle de ces deux pratiques faut-il donner la préférence?

Quand on emploie des quantités très considérables, on fait une grande avance de capital. Supposons,par exemple, que la chaux coûte i fr.5o Thectolitre au four et revienne à 3 fr. 5o l'hectolitre, après son transport à pied d'œuvre et son incorporation à la terre ; nous voyons qu'un

chaulagede 100 hectolitres entraîne une dépense de 35o francs par hectare. Cette première considération doit déjà nous faire hésiter devant Temploi de doses excessives. Voyons maintenant si les résultats culturaux sont de nature à compenser ce sacrifice. Si nous donnons au début d'une longue période une quantité de chaux considérable, nous constatons, en efifet, la première année et quelquefois pendant les 2 ou 3 années suivantes, une action énergique de la chaux, qui exalte en quelque sorte la fertilité de la terre. Mais cette action diminue graduellement d'intensité, et on se trouve avoir atteint rapidement une limite à partir de laquelle les résultats culturaux sont moins avantageux. A quoi tient cette rapide décroissance de la fertilité du sol? C'est surtout à Teffet que produit une dose considérable de chaux sur la constitution physique de la terre et sur les réactions chimiques dont celle-ci est le siège. Un fort chaulage ayant rendu le sol beaucoup plus perméable, celui-ci est plus facilement lavé par les eaux pluviales. La réserve de matières organiques s'est plus rapidement épuisée, car la combustion et la nitrification sont exagérées par Teffet direct de la chaux et par Tameublissement qu'elle a produit. On arrive donc à épuiser plus vite le sol; les cultures des premières années ont profité de cette exagération de phénomènes qui rendent les principes fertilisants assimilables. Mais cet effet n'a pu durer longtemps ; la terre, surtout vers les dernières années de la période, se trouve dans un état d'épuisement qui nécessite de grands frais de reconstitution par des fumiers ou des engrais chimiques; de nouveaux chaulages à hautes doses appliqués à ce sol appauvri ne produiraient plus les mêmes efifets que ceux du début.

Dans les cas ordinaires, nous croyons devoir décon-

seiller Temploi de quantités considérables de chaux destinées à une longue période.

On sait d'ailleurs que la chaux se déplace à Tétat de bicarbonate soluble et qu'elle a une tendance à gagner les parties inférieures du sol. Même si le chaulage a été abondant, il peut donc arriver au bout d'une période assez longue que la chaux ait disparu de la partie supérieure du sol, de celle précisément où elle doit accomplir les fonctions les plus importantes ; tandis que par un chaulage moins abondant mais répété, on maintient constamment de la chaux dans la terre végétale proprement dite.

Il y adonctout intérêt, tant au point de vue des avances à faire qu'au point de vue des eflfets sur le sol, à employer des quantités de chaux moindres et à en renouveler l'application plus souvent. Si, par exemple, on donne des chaulages à dose peu élevée et répétée tous les 3 ans, on n'épuise pas d'un coup la terre, parce qu'on n'a pas mobilisé à la fois tous ses éléments de fertilité; Teffet 'sur la première récolte est peut-être moindre qu'avec les chaulages très abondants, mais il se reproduit à chaque nouvelle application. Dans ces conditions le chaulage peut être payé dès la première année, et le bénéfice de l'opération est constitué par les résultats des années suivantes; tandis que les frais d'un fort chaulage ne sauraient, dans les conditions les plus avantageuses, être couverts aussi rapidement.

II y a cependant des cas où les chaulages à doses massives peuvent être utilement employés ; tel est celui des terres tourbeuses ou acides qui, impropres à la culture dans leur état naturel, ont besoin d'être complètement modifiées pour être mises en valeur. En leur apportant d'un coup une forte quantité de chaux, on sature leur acidité et on les transforme immédiatement en terres

arables; on improvise pour ainsi dire la fertilité dans un sol qui était auparavant stérile et on augmente considérablement, du fait de cette pratique, la valeur foncière du terrain.

Il est impossible de fixer d'une manière générale les quantités de chaux qu'il convient d'introduire dans le sol ; elles varient à l'infini suivant la nature des terres, suivant la qualité de la chaux, suivant la fréquence des chaulages et suivant le prix de revient de ce traitement.

Variations des doses suivant les qualités de la chaux. — Nous savons qu'il y a des chaux de diverses natures : les plus pures, celles qui contiennent la plus forte proportion de chaux réelle, sont les chaux grasses qui, à poids égal, introduisent dans le sol des plus grandes quantités de chaux; elles ont en outre l'avantage de se déliter d'une façon plus complète et de se réduire intégralement en une poussière extrêmement fine, dont la division augmente l'effet. Ce sont ces bonnes qualités de chaux que nous avons envisagées en parlant des quantités à introduire dans la terre ; mais souvent les chaux qu'on a à sa disposition sont de qualité inférieure, plus chargées de matières étrangères, apportant avec elles à poids égal moins de chaux réelle, se délitant moins complètement et offrant des parties pierreuses qui re fusent de se réduire en poussière. Pour que de pareilles chaux produisent une action égale à celle d'une bonne chaux grasse , il faut en mettre une plus forte dose Cette infériorité tient à la nature de la pierre à chaux ou à une cuisson insuffisante, qui laisse des morceaux de carbonate de chaux, non susceptibles de se diviser et de jouer un rôle utile.

Les chaux. contenant de trop grandes proportions de silice, d'alumine, d'oxyde de fer, donnent naissance aux chaux maigres, qui se délitent plus lentement, foi-

sonnent moins et ne se réduisent pas en poudre impalpable comme les chaux grasses. Lorsque la proportion des éléments étrangers est assez élevée, elles forment même des chaux hydrauliques qui font prise avec Peau, en donnant un véritable ciment. Cesdernières sont d'un emploi moins avantageux; il faut des précautions spéciales, que nous avons déjà signalées, pour les incorporer au sol. Pour obtenir un résultat aussi manifeste qu'avec les chaux grasses, on doit en employer des poids plus considérables.

Les chaux magnésiennes foisonnent moins et plus lentement que les chaux grasses; elles ont cependant la réputation d'être très actives, et on peut se contenter d'en mettre en même quantité que ces dernières, la magnésie paraissant ajouter son action' à celle de la chaux.

Variations des doses suivant les sols. — Les diverses terres n'exigent pas les mêmes doses de chaux.

Les terres légères sont celles qui en demandent le moins, et c'est à elles qu'on doit appliquer les plus faibles chaulages. Les terres fortes en exigent davantage, et d'autant plus qu'elles sont plus argileuses. Enfin les terres riches en matières organiques en demandent des proportions variables avec cette richesse même;ce sont les sols tourbeux, où la matière organique est extrêmement abondante, qui ont besoin des plus fortes quantités.

Pour les terres légères, telles que les sables granitiques ou les grés, on se bornera à employer lo à 12 hectolitres à l'hectare, en renouvelant l'opération tous les 3 ans. Quand la matière organique est abondante, comme dans les défriches de landes ou de bois, il convient de doubler cette dose.

Pour les terres de consistance moyenne, il est nécessaire de chauler plus fortement que pour les terres légères; on peut aller jusqu'à i5 hectolitres tous les 3 ans.

«^ Tr^j}f '

Lorsque les terres sont très fortes, les effets ne sont marquants que si la dose s'élève jusqu'à 20 hectolitres.

Dans les terres tourbeuses, il n'y a pas d'inconvénient à employer 25 à 3o hectolitres, car il y a à saturer de grandes quantités de terreau acide, et la terre n'acquiert les propriétés des sols arables que si cette saturation est complète.

Quel que soit le sol sur lequel on opère, la dose doit être d'autant plus élevée que les labours sont plus profonds et que, par suite, l'action de la chaux doit s'étendre à une plus grande masse de terre.

Effets sur les récoltes. — La végétation naturelle est sensiblement modifiée par l'apport de la chaux; les terres auxquelles manque cet élément sont couvertes d'espèces végétales d'une faible valeur alimentaire ; les joncs, les carex, les laiches, souvent les mousses, prédominent dans les parties humides; les bruyères, les genêts, les ajoncs dans les parties sèches.

L'application de la chaux fait disparaître rapidement ces mauvaises espèces; de bonnes graminées et des légumineuses viennent prendre leur place, et les fourrages des prairies naturelles acquièrent une qualité bien supérieure. Dans les prés chaulés, les herbes deviennent plus drues et plus fines; la qualité et la quantité en augmentent; le trèfle blanc s'y développe abondamment ainsi que le ray-grass, qui ne peut prospérer sans chaulage. En résumé, la chaux détruit les herbes grossières et donne des herbes plus délicates et plus nutritives.

Dans certaines parties de la Bretagne, oh produit sur les parties chaulées des bœufs pesant 700 kilog. à 44 mois, tandis que dans les parties non chaulées il faut 6 et 7 ans pour obtenir le même résultat.

Dans les terres fortes et les argiles humides, la cul-

25o LES ENGRAIS.

ture des pommes de terre est impossible sans le concours du chaulage qui augmente non seulement les rendements, mais aussi la qualité.

Les légumineuses, cultivées soit pour leurs graines, (pois, haricots, fèves, vesces), soit comme fourrages, (trèfle, sainfoin, luzerne), donnent par la seule influence du chaulage appliqué aux sols qui manquent de calcaire, des résultats étonnants.

Les turneps sont, d'après Voelcker, considérablement améliorés comme qualité.

Dans les terres granitiques de la Haute-Vienne, là où on ne récoltait que du seigle et du sarrasin avant le chaulage, on obtient, après l'application de la chaux, des rendements de i8 hectolitres de froment; le trèfle, le ray-grass, la pomme de terre, le topinambour, permettent de nourrir et d'élever de nombreux bestiaux.

Dans les parties non calcaires du département de Loir-et-Cher, on récoltait i5 hectolitres de seigle, suivi de 10 hectolitres de sarrasin, et ensuite d'une jachère; le chaulage a permis de supprimer la jachère et d'obtenir, àjla place, du trèfle; en même temps, le seigle et le sarrasin ont pu être remplacés par le froment et par l'avoine.

Dans la Creuse, le chaulage fait augmenter les rendements d'environ Sopour loo; dans l'AutunoiSjilapermis de tripler la production des fourrages. Aux environs de Béthune, les rendements des céréales ont été augmentés de i/5 à 1/4.

Conséquences économiques du chaulage. — Nous avons constaté l'heureux effet du chaulage sur les récoltes. Nous devons maintenant nous inquiéter de ce que devient la terre sous l'influence de cette pratique, en considérant non seulement les récoltes auxquelles on l'applique, mais encore les récoltes de l'avenir.

LES ENGRAIS. 2bi

Épuisement du sol. — A première vue, en constatant Taugmentation de la fertilité du sol qui se traduit par des récoltes plus abondantes, et par conséquent par l'absorption de plus grandes quantités de principes fertilisants, on peut admettre que le chaulage est une pratique épuisante, puisqu'il n'apporte qu'un seul élément, la chaux, et qu'il provoque l'exportation d'autres éléments, Tazote, l'acide phosphorique et la potasse. Si les principes ainsi enlevés au sol sous l'influence du chaulage ne sont pas restitués par des fumures suffisantes, on marche donc vers un épuisement qui est d'autant plus rapide que la terre a été moins riche et que les effets du chaulage sur la production des récoltes ont été plus accentués. Cet épuisement qui n'est dû, en somme, qu'à une utilisation plus prompte des éléments fertilisants, doit-il être regardé comme funeste? ou doit-on se féliciter de tirer parti en un temps très court de la richesse primitive du sol?

Déperditions d'a:[ote. — Si le chaulage n'avait d'autre effet que de mettre de plus grandes quantités de principes assimilables à la disposition des plantes, la déperdition due à la production des récoltes n'aurait que des avantages. Mais il est une autre cause de déperdition, considérable aussi, et qui s'ajoute à la première sans avoir de compensation. Nous avons vu que par le chaulage les phénomènes de combustion du sol et particulièrement la nitrification s'exagèrent, que l'humus disparaît rapidement, et que les nitrates formés aux dépens de la matière organique se perdent en abondance dans les eaux de drainage.

Il y a donc deux causes d'appauvrissement de la terre sous l'influence du chaulage : la première qui se traduit par des conséquences utiles dues à une production de récoltes plus abondantes ; la seconde qui constitue une

perte sèche due à la disparition de l'humus et de l'azote qu'il renfermait. Les chaulages efifectués sans restitution suffisante conduisent donc à un appauvrissement de la terre. C'est un fait pratique bien connu, qui s'exprime par un vieux dicton : « La chaux enrichit le père et ruine les enfants » ; et contre lequel les propriétaires se mettent souvent en garde, en introduisant dans le bail une clause qui interdit au fermier de chauler pendant les dernières années de sa jouissance.

Conditions rationnelles du chaulage. — Doiton pour cela renoncer au chaulage et considérer une terre chaulée comme allant fatalement à la ruine? On aurait tort de le faire ; il est plus judicieux de tirer du chaulage le parti le plus avantageux, sans l'exagérer et sans lui laisser produire tous ses effets nuisibles.

I® En premier lieu, il faut examiner si la terre doit être chaulée. Des terres appauvries et déjà épuisées peuvent voir momentanément leur fertilité renaître sous l'influence du chaulage, qui met en circulation leurs dernières réserves; mais ce n'est là qu'un effet de courte durée, et en peu de temps la stérilité reparaît plus com > plète qu'auparavant. Il ne faut donc pas faire de chaulages sur des sols déjà très affaiblis ; on doit les réserver pour ceux dans lesquels existe une accumulation de matières fertilisantes, pour les terres de vieille force, et .surtout pour celles où les matières fertilisantes ne sont pas directement assimilables, comme c'est le cas des terres riches en résidus végétaux.

2* Il ne faut pas exagérer la proportion de chaux, afin de ne pas mettre en jeu d'un seul coup de grandes masses de principes fertilisants, dont la végétation ne saurait tirer parti en totalité et dont le surplus disparaîtrait de la terre. En pratiquant des chaulages à dose moyenne, répétés tous les 3 ou 4 ans, on a l'avantage de

ne faire entrer en circulation que de moindres quantités de ces principes et de laisser à Tétat de stock ou de réserve utilisable pour les récoltes suivantes, ce qui n'est pas nécessaire à la récolte de l'année.

3** Il faut entretenir par des fumures appropriées la fertilité du sol, lorsque celle-ci tend à s'abaisser audessous d'un certain niveau. Les fumures ne sont point nécessaires au début du chaulage, surtout lorsque celui-ci s'applique à une terre riche, puisque la destination même du chaulage est de mettre en œuvre la fertilité acquise; mais quand les récoltes successives ont enlevé au sol cet excès de principes utiles, les engrais deviennent indispensables, si l'on veut empêcher la terre d'arriver à la stérilité. Ce sont les fumures organiques et particulièrement le fumier de ferme qui conviennent aux sols appauvris par la chaux ; ils restituent, outre les principes fertilisants proprement dits, l'humus dont le rôle est si important,

Abîis et insuccès du chaulage. . — Quand on fait marcher simultanément les fumures et les chaulages, on peut indéfiniment maintenir les terres en bonne production. Mais là où les chaulages ont été exagérés, et les cas à citer ne sont pas rares, on a été conduit à abandonner par un revirement complet cette pratique qui a tant d'utilité. En effet, dans ces conditions, les terres, après avoir donné quelques bonnes récoltes, sont devenues de mauvaise qualité, et dans certaines localités où le chaulage était le plus en faveur, on en est arrivé à craindre la chaux et à la regarder comme nuisible. L'abus a donc provoqué une réaction et a fait renoncer aux bons effets qu'on est en droit d'attendre d'un chaulage rationnel.

En outre, il peut arriver que par des applications répétées, la chaux se trouve en quantité suffisante dans le

sol; si alors on continue à apporter cet amendement, c'est en pure perte, puisque au delà d'une certaine limite, il n'a plus de résultats utiles.

Les insuccès du chaulage sont souvent dus à ce qu'on l'applique à un sol contenant déjà assez de chaux; aussi est-il nécessaire d'examiner à ce point de vue la terre qu'on veut amender. Ils sont dus aussi à ces chaulages exagérés dont nous avons parlé, surtout lorsque le sol n'est pas lui-même suffisamment riche en éléments fertilisants ou qu'on ne l'enrichit pas au moyen de fumures. D'autres insuccès tiennent enfin à la mauvaise qualité de la chaux, ou encore au peu de soins qu'on a apportés à sa conservation et à son épandage.

La chaux n'agit qu'en présence des autres principes fertilisants. — Mais la chaux ne produit tous ses effets que si le sol peut donner en quantité suffisante les divers éléments nécessaires aux récoltes; si l'un d'eux fait défaut, malgré l'abondance des autres, la production végétale est limitée. Il ne faut donc appliquer les chaulages qu'aux sols suffisamment riches en azote, en acide phosphorique , en potasse, ou aux sols auxquels on a ajouté celui de ces éléments qui faisait défaut. Le plus souvent les terres qui manquent de chaux ont également besoin d'acide phosphorique; un chaulage qui leur serait donné sans application de phosphate ne produirait que de médiocres résultats, tel est le cas des sols d'origine granitique. Il faut donc bien s'assurer si la terre à laquelle on veut donner un chaulage est suffisamment pourvue de phosphate, sinon, ce qui arrive fréquemment, il faut phosphater la terre. Le phosphatage doit précéder le chaulage, pour des raisons que nous avons développées (tome II, page 5o8). Le phosphate apporte d'ailleurs toujours avec lui une certaine quantité de chaux qui lui permet de produire des effets sur la végé*

tation , en attendant le chaulage qui doit suivre à court intervalle.

Quelquefois aussi la potasse manque en même temps que Tacidephosphorique; c'est le cas des terres de Sologne, des grès vosgiens, des terres sableuses et quelquefois des sols tourbeux. Il faut alors fournir cet élément soit sous la forme saline, soit sous celle de cendres , ou encore de fumier de ferme. Le besoin de potasse est moins général, parce que la plupart des terres auxquelles s'applique le chaulage sont d'origine granitique et contiennent de la potasse en suffisance. D'ailleurs la chaux, réagissant sur les silicates, met en liberté l'alcali qui s'y trouvait combiné et augmente le stock disponible; de sorte qu'en réalité, chauler, c'est rendre la terre plus riche en potasse assimilable.

L'azote est l'élément qui manque le moins souvent, puisque son accumulation se produit précisément dans les sols dépourvus de chaux; le chaulage s'applique surtout aux terres qui ont une réserve abondante de matières organiques, dont il rend assimilable l'azote immobilisé. La fumure azotée ne doit donc intervenir que pour compenser les pertes par exportation ou par lavage des terres. Cependant pour les argiles très tenaces, qui souvent manquent de matière organique, il est utile d'appliquer simultanément le fumier de ferme et la chaux, le premier apportant non seulement l'azote, mais encore l'humus, dont l'effet est si considérable sur l'ameublissement de pareils sols.

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