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I.IO

Minimum. Maximoin. Moyonne.

Terres de Wattines (Nord) 0.76

Limon des plateaux (Oise) o.65

— (Seine-et-Marne). 0.40

— ( Seineet-Oise ) . . . o.5o Terre crayeuse de Champagne 3. 12 •

M. Joulie, dans l'analyse de i25 échantillons de terres de prairies, constate que la proportion de magnésie est :

Au-dessus de 3 p. 1000 pour 77 échantillons.

Entre i et 3 — 36 —

Au-dessous de i — 12 —

« Les terres de prairie sont, dit-il, généralement riches en magnésie, comme du reste la plupart des terres cultivées. » M. Joulie déclare que dans ses très nombreuses analyses de terres, il n'avait observé que tout à fait exceptionnellement le manque de magnésie.

M. Petermann, dans 17 analyses de sols de la Belgique, trouve des quantités comprises entre 0,02 et 5 pour 1000 :

8 terres ont de i à 5 pour 1000.

5 — de 0.5 à I —

4 terres ne contiennent que des traces.

Certaines terres sont constituées presque exclusivement par les produits de la décomposition sur place des roches magnésiennes ; aussi les appelle- t-on terres magnésiennes. Elles contiennent la magnésie sous forme de silicate, comme les arènes dérivées des talcs, des serpentines, des micas, des amphiboles; elles sont maigres, sèches, généralement compactes, et dénuées de fertilité.

L'infertilité de ces terres ne lient point à la présence

de la magnésie; celle-ci, sous la formede silicate, n'exerce pas d'influence fâcheuse sur la végétation. Si les terres magnésiennes sont stériles, cela tient à Tabsence, par le fait même de leur origine géologique, des principaux éléments de la fertilité; l'apport des engrais naturels et des engrais chimiques peut les transformer en bonnes terres de culture, lorsqu'elles se trouvent dans des conditions physiques convenables.

Lorsque les terres contiennent la magnésie sous forme de carbonate, comme celles qui dérivent des dolomies, elles sont généralement moins mauvaises et peuvent aussi s'améliorer davantage sous l'influence des engrais. Ainsi voyons-nous, dans les couches dolomitiquesdu Muschelkalk, des terres renfermant lo pour loo de carbonate de magnésie, devenir d'un excellent rapport, lorsqu'on leur donne les fumures nécessaires.

Rôle de la magnésie dans le sol. — Si le silicate de magnésie reste dans le sol à un état inerte, le rôle de la magnésie à l'état de carbonate paraît être analogue, à celui du calcaire, au point de vue des effets sur les éléments du sol. L'action physique du carbonate de magnésie sur les éléments argileux conduit également à une coagulation et par suite à un ameublissement. De même, les matières organiques des terres ccides se trouvent saturées par lui et forment des humâtes de magnésie; l'alcalinité reparait dans le sol et les phénomènes de la nitrification s'y reproduisent. Tous ces effets sont ceux que nous avons longuement développés en parlant du calcaire et, si le carbonate de magnésie était aussi abondant que ce dernier, on pourrait le lui substituer sans inconvénient. Mais la magnésie carbonatée est plus rare dans la nature et il n'y a point lieu de s'adresser à elle comme succédanée de la chaux ; celle que nous trouvons dans les amendements calcaires se

comporte comme le carbonate de chaux lui-même.

Le carbonate de magnésie, qui se trouve généralement dans les terres, influe donc sur les réactions chimiques et sur la constitution du sol comme le calcaire lui-même; mais, en raison de sa proportion beaucoup moindre, on ne doit lui attribuer à ce point de vue qu'un rôle tout à fait secondaire. C'est surtout comme aliment des plantes que nous devons le considérer au même titre que Pacide phosphorique et que la potasse, et c'est comme engrais proprement dît que nous étudierons l'emploi des sels magnésiens.

Élimination par les eaux. — Disons d'abord quelques mots de son élimination par les eaux de drainage. Le carbonate de magnésie se dissout à la faveur de Tacide carbonique libre, qui forme un bicarbonate; il peut être également solubilisé, de la même manière que la chaux, par les engrais salins et s'éliminer ainsi sous forme de sulfate, de chlorure, etc.

M. Way a trouvé dans i litre d'eau de drainage de 3 à 35 milligr. de magnésie, c'est-à-dire une quantité 5 à 10 fois moindre que celle de la chaux; mais, étant donné que la magnésie est beaucoup moins abondante que cette dernière, on conçoit facilement que son entraînement soit vite produit. Comme c'est surtout à Tétât de bicarbonate que la magnésie est enlevée, cet épuisement est d'autant plus rapide que l'atmosphère du sol contient plus d'acide carbonique.

Les fleuves charient ces composés solubles, qui se réunissent dans la mer ; aussi les eaux marines sontelles très chargées de chlorure de magnésium et de sulfate de magnésie. Ces sels viennent se concentrer dans les eaux mères des marais salants ; quelquefois la concentration devient telle qu'on les trouve à l'état cristallisé, associés à d'autres sels qui les accompagnaient

dans leur solution; c'est le cas du gisement de Stassfurt. La magnésie, sous cette forme saline et soluble dans l'eau, s'est localisée en masses considérables.

Magnésie dans les récoltes. — La magnésie se rencontre dans tous les organes végétaux, ainsi que dans les tissus animaux et particulièrement dans les os; elle joue donc un rôle évident et nécessaire dans l'alimentation animale et dans Talimentation végétale.

Elle se répartit dans le végétal d'une façon assez uniforme, et on a cru remarquer une relation entre le taux d'acide phosphorique et celui de la magnésie. Tandis que la chaux se concentre presque exclusivement dans les parties feuillues, on trouve la magnésie dans le grain, en proportion souvent plus élevée que dans les pailles et les fanes ; son rôle ne paraît pas tout à fait identique avec celui de la chaux.

Nous donnons ci-dessous la contenance en magnésie des diverses récoltes, ainsi que l'exportation moyenne pour un hectare :

Céréales.

Mairn^ic p. 100. Maynéwlc

Grain. Paille, par hectare.

kil.

Blé 0.22 O.II b.j

Seigle 0.19 o.i3 7.8

Orge 0.18 O.II 6.0

Avoine 0.18 0.18 5. y

Maïs 0.18 0.26 12.4

Sarrasin 0.29 0.89 22.1

Légumineuses cultivées pour leurs graines,

kll.

Haricot 0.41 o.38 9.7

Pois 0.12 0.19 16.1

Féverole 0.20 o.3o 11. 3

Lentille 0.04 0.12 2.5

Plantes industrielles.

Gratn.

Colza

Pavot

Lin

Chanvre

Tabac (feuilles sèches)..

Pailla enlevée

par hectare.

kil.

Racines et tubercules.

lUclnea ou FenilloR tubercttlea. ou fanes.

Carotte o.o5 0.12

Navet o.ot 0.06

Rutabaga 0.02 o.io

Betterave fourragère 0.04 0.14

— à sucre 0.07 o.33

Pomme de terre 0.04 0.27

Topinambour 0.02 0.09

Plantes fourragères.

Foin de prairie 0.26

Seigle vert o.o5

Maïs vert 0-09

Choux fourrage o.o5

Trèfle en foin , 0-69

Luzerne o. 35

Sainfoin %>» o.3o

Vesccs o . 5o

Cultures arbustives.

IVin 0.02

Marc o. 10

Feuilles 0.28

^ Sarments. 0.08

kll.

kil.

kil.

IKmr

h«ctol.

do vin.

LES ENGRAIS. Si;

On voit que si les quantités de magnésie absorbées par les graines sont peu importantes et n'atteignent pas en moyenne 20 kilog. par an et par hectare, il n*en est pas de même des autres cultures, telles que celle des betteraves et surtout celle des plantes fourragères, qui en enlèvent jusqu'à 60 kilog., c'est-à-dire autant que d'acide phosphorique.

Si pour la production des céréales et des légumineuses à graines, il y a moins à s'inquiéter de la présence de la magnésie dans la terre, il n'en est pas ainsi des racines et des prairies naturelles ou artificielles, qui en exportent des quantités importantes.

Au point de vue de la production des récoltes, il n'est donc nullement indifférent que le sol contienne ou non de la magnésie.

Les documents pour étudier l'effet des sels magnésiens sur les récoltes manquent à peu près complètement; les expériences directes sur l'emploi de ces engrais sont peu nombreuses ou peu satisfaisantes. Il est à désirer que l'attention des agronomes se porte sur ce point peu connu de la chimie agricole.

Engrais magnésiens. — La magnésie est très répanduç dans la nature; nous avons à examiner les sources auxquelles l'agriculteur peut l'emprunter dans des conditions économiques.

Les cas oQ il convient d'avoir recours aux engrais magnésiens sont, il est vrai, assez rares, parce que la plupart des sols en renferment suffisamment, et que la restitution par les engrais naturels suffit, la plupart du temps, pour compenser les pertes et satisfaire aux besoins des récoltes.

Le fumier de ferme contient des quantités de magnésie qui, sans être élevées, ne sont pas négligeables (près de 2 pour 1,000); une fumure ordinaire de 10,000 kilog.

par an fournit au sol environ 20 kilogrammes de magnésie.

Les différents engrais apportent tous avec eux une quantité sensible de cet élément; les phosphates d'os en contiennent une proportion notable; dans le plâtre, la chaux et la marne, on en trouve de o,5 à 5 pour 100.

Les sels potassiques, surtout les chlorures, sont également accompagnés de sels de magnésie.

La restitution de la magnésie se fait donc par tous ces engrais; si, malgré ces apports, le besoin de magnésie était démontré, soit par l'analyse chimique du sol, soit par des expériences directes, on ne serait point embarrassé pour trouver cet élément sous les formes les plus

variées.

Carbonate de magnésie, — La source la plus importante c'est le carbonate de magnésie, qui est très abondant dans la nature. Les dolomies, formées par un carbonate double de chaux et de magnésie, sont pour certaines contrées la matière première toute désignée. On peut les appliquer après cuisson; en parlant du chaulage, nous avons signalé Temploi des chaux magnésiennes, dont l'activité paraît très grande, quoique leur foisonnement soit peu accentué. Ces chaux magnésiennes présentent une partie des défauts des chaux hydrauliques, c'est-à-dire qu'elles font prise avec la terre. Cest donc après un délitement préalable qu'on doit les répandre sur le sol.

On peut encore se servir directement de marnes ou de calcaires magnésiens, et opérer comme pour un marnage ordinaire.

Nous avons fait observer qu'en général les terres bien pourvues de calcaire sont riches en carbonate de magnésie, quoique Pinverse ne soit pas toujours vrai. On peut cependant admettre que les terres dans lesquelles

la chaux manque, sont ordinairement pauvres en magnésie assimilable. Le chaulage et le marnage ont souvent le double avantage d'apporter simultanément les éléments calcaire et magnésien.

L'emploi des calcaires magnésiens est le procédé le plus économique de donner au sol la magnésie; mais dans les cas oti on ne disposerait pas de ces produits naturels, on trouverait la magnésie abondamment et à bas prix sous différentes formes.

Magnésie, — M. Schlœsing a imaginé un procédé simple et économique pour extraire la magnésie de ses solutions. Il suffit de traiter l'eau mère des marais salants, ou même l'eau de mer ordinaire, par de la chaux; en opérant dans les conditions déterminées par Fauteur, on obtient un précipité de magnésie facile à laver et à sécher.

On produit encore, dans les salins du Midi et à Stassturt, de la magnésie, par la calcination du chlorure de magnésium.

Cette magnésie devrait s'employer comme la chaux et donnerait vraisemblablement des résultats analogues. Mais jusqu'ici elle a été réservée à des usages industriels et non à des usages agricoles.

Nous avons dit ailleurs quel parti on pourrait tirer de la magnésie pour extraire l'ammoniaque des liquides étendus, sous forme de phosphate ammoniaco-magnésien.

Sulfate de magnésie, — La magnésie à Tétat de sulfate est extrêmement répandue; on la rencontre très souvent combinée ou mélangée à différents sels; Da^is le procédé Balard, par exemple, la concentration pendant Tété donne naissance à un sel formé par un mélange de sulfate de magnésie et de chlorure de sodium et à un autre sel employé en agriculture sous le nom d'engrais

alcalin brut ; ce dernier en contient près de 20 pour 100 de son poids.

Dans les gisements de Stassfurt, la polyhalite et la grugite présentent la magnésie à Tétat de sulfate triple de chaux, de magnésie et de potasse :

Polybalitc. Gnifptc.

Sulfate de potasse 27 18.0

— de magnésie 20 i3.5

— de chaux 41 63.5

Eau 7 0.0

Le sulfate de potasse brut, très employé en agriculture, contient i5 à 20 pour 100 de sulfate de magnésie.

Le kaynite est également constitué par un sulfate double de potasse et de magnésie, contenant 16 à 18 pour 100 de sulfate de magnésie.

On trouve enfin le sulfate de magnésie à Tétat de sel concentré, que Tagriculture pourrait utiliser comme engrais magnésien. Ainsi Tobtient-on en grande masse pendant le traitement d'hiver des eaux mères des marais salants; il existe à Stassfurt, soit à l'état naturel (kiésérite), soit comme sous-produit de la fabrication des sels potassiques. Le sel, renfermant 80 pour 100 de sulfate réel, se vend environ 4 francs les lookilog.

Le sulfate de magnésie ou sel de Glauber est blanc, d'une saveur très amère, très soluble dans Teau; il contient à Tétat pur : 33 pour 100 de magnésie et ^j d'acide sulfurique.

Examinons le cas de son emploi soit à l'état pur, soit en mélange avec les engrais potassiques. En contact avec le sol, il ne tarde pas à se décomposer et à former avec le carbonate de chaux de la terre, du sulfate de chaux et du carbonate de magnésie, c'est-à-dire deux

LES ENGRAIS. ?4i

sels qui peuvent l'un et Tautre servir à Talimentation du végétal.

Le sulfate de magnésie, ou les engrais qui en contiennent, doivent être toujours enfouis avant les semailles, jamais employés en couverture ou en même temps que les semences. Quoique par lui-môme et par le produit de sa réaction, ce sel ne présente pas grand danger pour le végétal, il est cependant prudent d'éviter le contact direct avec des organes jeunes.

Dans le cas où le sulfate de magnésie donne des résultats avantageux, on peut se demander si le surcroît de rendement obtenu est attribuable à la magnésie ou à Tacide sulfurique. Pour lever ce doute, il faut faire un essai comparativement avec un autre engrais sulfaté, tel que le plâtre, dont l'emploi, beaucoup plus économique, devrait être préféré, s'il donnait les mêmes résultats.

Chlorure de magnésium. — Le chlorure de magnésium se rencontre presque toujours dans les engrais potassiques, en même temps que le sulfate de magnésie; ainsi les sels d'été des marais salants contiennent 20 pour 100 de sulfate de magnésie et environ i5 de chlorure de magnésium; le kaynite contient i5 à 20 pour 1 00 de sulfate de magnésie et 1 3 de chlorure de ma gnésium. En quantité plus ou moins grande, le chlorure de magnésium accompagne presque toujours les sels potassiques livrés à Tagriculture.

A l'état de sel pur, extrait, soit de la carnallite, soit des autres sels de Stassfurt, le chlorure de magnésium n'offre pour l'agriculteur aucun intérêt. Il est très hygroscopique; exposé à Tair humide, il ne tarde pas à tomber en déliquescence; c'est à sa présence dans les nitrates et les engrais potassiques qu'est due en grande partie l'hygroscopicité de ces sels et leur difficile conservation; son

transport, son emmagasinage et sa manipulation sont très difficiles. Cette considération seule suffirait à faire rejeter son emploi comme engrais chimique. Si nous nous occupons de ce sel, c'est que nous le rencontrons fréquemment dans les engrais potassiques et que nous devons, par suite, signaler son influence sur le sol et sur les récoltes.

En contact direct avec les parties aériennes, le chlorure de magnésium exerce une action fâcheuse, une sorte de grillage. Cela n'est pas douteux; aussi l'emploi en couverture des sels riches en chlorure de magnésium ne doit-il jamais être effectué sur de jeunes plantes; quand on les jette sur les prairies, il faut les diluer avec de la terre et les répandre dans une saison encore pluvieuse. Nous savons en outre que dans le sol le chlorure de magnésium se transforme en chlorure de calcium et en carbonate de magnésie; une graine ou une jeune racine mise en contact avec une solution quelque peu concentrée, soit de chlorure de magnésium, soit de chlorure de calcium, ne germera que difficilement. Nous ne conseillons dans aucun cas de rapprocher la graine et l'engrais. Tout danger disparaît, si on a soin d'employer, longtemps avant la semaille, Tengrais chargé de chlorure de magnésium; dans ce cas la transformation en carbonate de magnésie a eu tout le temps de s'effectuer; les chlorures nuisibles ont été dilués dans la masse de terre ou même enlevés par les eaux pluviales et aucun accident n'est à craindre; on peut même espérer une action favorable par suite de l'apport de magnésie.

L'emploi des engrais riches en chlorure de magnésium exige donc certaines précautions; depuis quelques années, on a soin de leur faire subir un grillage léger, qui décompose le chlorure de magnésium et, chassant l'acide chlorhydrique, laisse la magnésie libre.

La question de la nocuité des sels magnésiens intéresse peu le cultivateur français, qui utilise surtout les engrais potassiques concentrés et relativement purs ; elle intéresse davantage les agriculteurs allemands, qui se servent des engrais bruts plus ou moins chargés de sels magnésiens. Aussi, en Allemagne, cette question a-t-elle fait Tobjet d'études nombreuses; elles semblent montrer que Tinfluence de ces sels n'est pas aussi fâcheuse que nous l'avons admis. Mais il s'agit là probablement de terres légères, qui sont facilement lavées par les eaux.

En règle générale, il est prudent d'employer les sels magnésiens solubles ou les engrais qui en contiennent de grandes quantités, à un moment éloigné de la végétation, afin qu'ils aient le temps de subir les transformations qui les rendent inofifensifs. Sous cette réserve, nous croyons que, dans beaucoup de cas, l'apport d'engrais magnésiens a son utilité, et nous attirons l'attention des agriculteurs sur cette substance fertilisante trop* négligée jusqu'à présent.

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