III. — COMPARAISON ENTRE LE CHAULAGE
ET LE MARNAGE.
Le chaulage et le marnage tendent vers le même but, c'est-à-dire vers une modification physique de la terre et vers la mise en circulation des matériaux inertes qu'elle renferme; mais l'effet de ces deux pratiques n'est pas absolument identique; surtout pendant les premiers temps, on peut constater des différences assez importantes dans les résultats qu'elles donnent. Nous devons signaler ces différences et les avantages de l'un et l'autre procédé, quoique généralement l'agriculteur n'ait pas le choix et que l'obligation d'employer ou la chaux ou la marne lui soit imposée par la proximité des gisements, les frais de transport étant un facteur très important dans le prix de revient des traitements.
Comparaison au point de vue des effets sur le sol- — Une différence essentielle entre le chaulage et le marnage tient au degré de finesse des particules incorporées au sol. La chaux vive, par son déiitement, se divise en poussière extrêmement fine; que celle-ci soit incorporée à l'état de chaux caustique ou seulement après sa carbonatation, elle se trouve sous la forme la plus favorable à la dissémination dans le sol et aux réactions chimiques qu'elle doit accomplir.
Les marnes, les calcaires marins, les craies, ne sont pas toujours susceptibles de se présenter à un état d'aussi grande division. Les marnes restent quelquefois, même après leur déiitement, à l'état de petits fragments plus ou moins gros, dont la dispersion au sein de la terre ne saurait être aussi complète; les calcaires marins se présentent généralement sous l'aspect de sables plus ou moins gros
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siers. Ces produits ne sont donc pas aussi impalpables que la chaux vive.
Il y a là une action qu'on peut rapprocher de celle que nous avons signalée dans l'étude des engrais phosphatés, et sous ce rapport la chaux peut se comparer, dans une certaine mesure, aux superphosphates et aux phosphates précipités, alors que les marnes seraient plutôt analogues aux phosphates naturels; les premiers d'une activité plus grande et dç moindre durée, les seconds agissant lentement et pendant une plus longue période.
Si nous considérons l'action comparée de la chaux et de la marne sur les éléments du sol qu'il s'agit de rendre assimilables, tels que l'azote des résidus végétaux, la potasse des silicates, nous constatons dans la chaux appliquée à l'état caustique un effet plus rapide et plus énergique. La chaux, avant sa transformation en carbonate, opère une sorte de désagrégation des résidus végétaux réfractaires, qui prédispose ceux-ci à subir dans la suite, avec une plus grande facilité, les phénomènes de nitrification, et rend assimilable l'azote qu'ils renfermaient. De plus, la chaux caustique attaque manifestement les silicates et surtout les silicates hydratés; en se combinant à la silice, elle met de la potasse en liberté. Il y a donc là une action énergique due à ce que la chaux constitue une base puissante. Mais au bout de peu de temps, cette chaux se transforme en carbonate au contact de Tacide carbonique de l'air et du sol ; alors elle n'agit plus avec énergie et se borne à favoriser la nitrification.
Quand on pratique le marnage, c'est du carbonate de chaux que l'on donne; les effets caustiques que nous avons signalés avec la chaux ne se produisent pas avec la marne; il n'y a plus cette désagrégation des tissus végétaux et cette formation d'ammoniaque qui l'accom-
pagne. La fonction chimique de la marne se borne à activer la nitrification.
On peut donc dire que la chaux a une action beaucoup plus rapide et qu'elle met en circulation en un temps plus court les principes fertilisants du sol; mais cette rapidité môme est une cause de moindre durée, et les effets du chaulage, s'ils se font sentir plus vite, se font sentir moins longtemps; aussi constate-t-on que l'influence du chaulage est apparente dès la première récolte, tandis que celle du marnage n'est véritablement appréciable que la seconde année.
C'est donc le chaulage qu'on doit préférer lorsqu'on veut mettre rapidement en circulation toute la force productive contenue dans le sol.
Terres fortes, — Dans les terres fortes, auxquelles on cherche à donner Tameublissement par l'apport d'amendements calcaires, susceptibles de coaguler l'argHe, l'effet est obtenu indifféremment par la chaux et par la marne, mais d'une manière qui n'est pas tout à fait identique. La chaux, donnée toujours en quantité relativement restreinte, se borne à apporter l'élément calcaire, qui agit sur l'argile et en détruit la compacité; cet effet est extrêmement rapide, le simple contact de la chaux avec les particules terreuses suffit pour le produire; mais lorsque les terressont exclusivement argileuses, cettecoagulation, en l'absence d'éléments étrangers pouvant diviser la masse, ne suffit pas pour produire l'ameublissement.
La marne ameublit plus sûrement les terres très argileuses, mais elle procède de deux manières : d'abord en opérant la coagulation des éléments argileux, non pas immédiatement comme le fait la chaux, mais plus lentement, à mesure que le carbonate de chaux se transforme en bicarbonate au contact de l'acide carbonique du sol ; ensuite par l'apport des éléments étrangers et surtout sa-
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bleux qui y sont mélangés. La marne, employée toujours à haute dose, introduit dans le sol" des quantités importantes de matières étrangères, dont Tefîet, au pointde vue de Tameublissement, est quelquefois plus considérable que celui du carbonate de chaux lui-même. Comme, au bout d'un certain nombre d'années, le carbonate de chaux est graduellement éliminé, qu'il provienne d'un chaulage ou d*un marnage, son action finit par s'épuiser; dans le cas du chaulage, il ne restera rien dans le sol; dans le cas du marnage, les éléments sableux seront définitivement acquis. La terre se trouve donc être en réalité plus profondément modifiée dans sa constitution par la marne que par la chaux.
Ce fait a ses avantages et ses inconvénients. Supposons qu'il s'agisse d'une terre forte et que la marne introduite soit sableuse, le sable qui restera acquis aura produit un ameublissement permanent; si au contraire la marne était argileuse, la terre, après la disparition du calcaire, sera plus forte encore qu'elle ne Tétait avant le marnage. Il faut donc soigneusement choisir les marnes, de manière à apporter l'élément qui peut modifier le sol le plus avantageusement.
Terres légères, — Pour les terres légères, la chaux se borne à mettre en circulation les éléments fertilisants immobilisés; elle ne modifie pas, dans une proportion appréciable, l'état physique de pareils sols, aussi son effet n'est-il que transitoire. Mais la marne laissera les éléments qui lui étaient mélangés; quand ceux-ci seront constitués par de l'argile, les terres légères s'en trouveront améliorées ; si au contraire ils étaient constitués par des sables, la perméabilité déjà trop grande de la terre pourrait en être encore augmentée; aussi convient-il de choisir pour les terres légères des marnes argileuses. Nous voyons, comme exemple de ce fait, les défauts des
arènes granitiques de la côte de Bretagne, formant des terres extrêmement légères, s'accentuer souvent sous l'influence de rapport répété de sables marins, dont les éléments siliceux s'accumulent dans la terre, alors que le carbonate de chaux en disparaît.
Terres riches en matières organiques, — Pour cette catégorie de sols et particulièrement pour les sols tourbeux, il y a tout intérêt à employer la chaux de préférence à la marne; la première a une action infiniment plus marquée, elle sature presque instantanément Tacidité et active la décomposition des matières organiques et leur transformation en humus. Un marnage et, en général, l'apport de chaux carbonatée, ne saurait produire un effet aussi énergique; la saturation serait plus lente et le sol ne serait pas transformé, pour ainsi dire du jour au lendemain, comme il l'est avec la chaux. Dans de pareilles terres, le chaulage a donc des avantages marqués sur le marnage, et lorsque les conditions économiques s'y prêtent, c'est à lui qu'il faut toujours avoir recours.
Comparaison au point de vue de l'épuisesement du sol. — La chaux, par son action énergique, a une tendance à appauvrir le sol plus que ne le fait la marne; elle active la décomposition de la matière organique et provoque une abondante production de nitrates, dontTexcès est enlevé parles eaux pluviales; le sol se trouve donc plus rapidement appauvri en azote. Le marnage a des effets plus lents; de moindres quantités de nitrate sont mises en circulation à la fois. D'ailleurs, la chaux appliquée toujours à dose plus faible, ne saurait apporter avec elle que des quantités insignifiantes d'azote, de phosphate et de potasse, tandis que la marne, donnée en quantité notablement supérieure, peut fournir un appoint appréciable de ces divers éléments et en-
richir le sol d'autant. Cela est surtout vrai, lorsque le marnage se fait par des produits dans lesquels Tazote et l'acide phosphorique se trouvent en proportion sensible; tel est le cas des tangues.
Comparaison au point de vue de l'effet sur les récoltes. — Ce que nous venons de dire au sujet de l'action comparée des chaulages et des marnages sur le sol, nous dispense d'étudier Faction produite sur les récoltes. Nous n'avons jamais envisagé les effets sur la terre qu'au point de vue de la production végétale, et toute amélioration ou modification dont le sol est l'objet se traduit immédiatement sur les plantes qui y vivent. Ce n'est pas le sol qui nous intéresse directement, ce sont les récoltes qu'il est susceptible de fournir, et lorsque nous parlons d'une amélioration de la terre, nous voulons dire uniquement qu'elle devient apte à favoriser davantage la production végétale. Quand nous avons montré que la chaux agit plus rapidement sur la terre que la marne, nous avons implici-tement admis qu'elle agit plus rapidement sur les récoltes. Aussi voyonsnous celles-ci profiter du chaulage dès la première année d'application, alors que l'action du marnage ne re fait sentir que plus tard.
Les mêmes effets sur les diverses espèces végétales se produisent d'ailleurs avec la chaux et les marnes : la culture des légumineuses devient possible; les oseilles, les joncs, les carex, les mousses, etc., disparaissent aussi bien sous l'action de la marne que sous celle de la chaux ; mais là encore l'effet de cette dernière est beaucoup plus rapide. Sous l'influence de ces deux opérations, on voit plus ou moins vite s'améliorer la qualité des prairies et la culture des céréales.
Comparaison au point de vue économique. — La chaux , c'est-à-dire la base libre débarrassée par la
cuisson de l'acide carbonique qui y était combiné, est un produit artificiel; les marnes et les autres calcaires sont employés à Tétat naturel, sans préparation d'aucune sorte et encore mélangés aux produits qui les accompagnent dans les gisements.
La chaux, ayant subi la cuisson, est grevée de ce chef de frais de fabrication; son prix, même en ne considérant que Tunité de chaux, est donc forcément plus élevé que celui du produit naturel; il convient d'envisager les cas dans lesquels la chaux, malgré son prix élevé, doit être préférée. Sans parler ici de son efficacité plus grande, due à son état caustique et à l'extrême divisibilité de ses particules, nous devons étudier les conditions économiques dans lesquelles son application doit être préférée à celle des autres amendements calcaires.
Ce sont surtout des causes locales, telles que la proximité des gisements, qui doivent guider dans ce choix. En effet, les amendements calcaires ne peuvent pas être comparés à des engrais concentrés, susceptibles de subir des frais de transport élevés ; ici le prix d'achat de l'amendement est relativement peu important et les frais de transport déterminent principalement sa valeur à pied d'oeuvre ; il faut donc faire le calcul du prix de revient en tenant largement compte de ces derniers. Mais souvent aussi on n'a pas le choix, il faut s'adresser à l'amendement calcaire qu'on a à sa disposition. La chaux cuite et les autres amendements n'ont pas la même origine ; la première ne représente pas seulement le produit de la cuisson d'un calcaire quelconque, mais bien celui de pierres d'espèces déterminées, seules susceptibles de donner la chaux dans les conditions voulues. En effet, la marne, les terres crayeuses, les sables, les engrais marins se prêtent mal à la cuisson; ces divers produits nécessiteraient des frais de fabrication beaucoup trop
grands et la plupart d'entre eux ne donneraient que des chaux de mauvaise qualité. On ne peut donc pas toujours fabriquer de la chaux, même en ayant des calcaires; elle ne se fait utilement qu'avec la pierre à chaux. Les régions où cette pierre fait défaut sont donc obligées de se servir d'amendements calcaires donnés sous forme de carbonate, et ce doit être une règle générale pour les agriculteurs , d'employer les produits qu'ils ont à proximité. Cest ainsi qu'en Bretagne, par exemple, la substitution de la chaux vive aux calcaires marins n'est pas économique; dans la Brie, dans la Beauce, en général dans les terrains tertiaires où la craie constitue le soussol, il y a encore intérêt à avoir recours au marnage.
Mais lorsque l'agriculteur n'a pas de gisement dans le voisinage immédiat de ses cultures, il doit bien étudier les conditions de l'apport de l'un et de l'autre amendement; si les frais de transport sont un peu élevés, il a avantage à s'adresser à celui de ces produits qui, sous le moindre poids, lui donne le maximum de résultat. A ce point de vue, la chaux cuite a une supériorité marquée sur les autres amendements calcaires; par la cuisson elle a perdu l'acide carbonique qui y était combiné, ainsi que l'eau qui l'imprégnait auparavant. On peut estimer qu'elle a été réduite du tiers de son poids et se trouve par suite à un état plus concentré. Les frais de transport affectent donc moins la chaux que les marnes et ses congénères. D'un autre côté , on sait que pour obtenir le même résultat il faut des quantités beaucoup moindres de chaux; ce produit est donc tout indiqué, lorsque l'amendement calcaire doit être cherché à une certaine distance.
Dans l'établissement du prix de revient, il faut tenir compte non seulement des frais d'achat et de transport par les chemins de fer, mais aussi des charrois et de
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la main-d'œuvre occasionnés par Tun et Tautre procédé, c'est-à-dire que le prix de revient doit s appliquer à la matière enfouie dans le sol. On doit en outre, pour compléter le calcul,, évaluer la durée du chaulage et du marnage, afin de faire la répartition des frais par année. Cest là un calcul assez compliqué, qui appartient à la comptabilité agricole ou à l'économie rurale ; nous renvoyons, pour cette question, aux ouvrages spéciaux.
Lorsque la considération de prix de revient disparaît , c'est-à-dire lorsque les deux traitements peuvent se faire au même prix, il ne faut plus faire intervenir que les considérations tirées de l'action du traitement sur la terre et appliquer alors les règles que nous avons exposées plus haut; suivant la nature et la richesse de la terre, on emploiera tantôt la chaux, tantôt la marne.
Dans le cas de doute sur l'opportunité du choix de l'un ou de l'autre produit, il est prudent de recourir à une expérience comparée, faite avec les diverses formes d'amendements calcaires qu'on a à sa disposition.
ENGRAIS MAGNÉSIENS.
La magnésie doit être comprise parmi les substances fertilisantes, au même titre que tous les éléments qui existent en proportion sensible dans les plantes et que le sol et l'atmosphère n'apportent pas toujours en quantité suffisante.
Nous savons que tous les organes végétaux renferment de la magnésie et, dans beaucoup de plantes, celle-ci est presque aussi abondante que la chaux. Nous savons aussi qu'elle n'est pas là comme un produit inerte et accidentel, mais qu'elle fait partie de la constitution du végétal, et qu'elle est indispensable à son développement. Quoiqu'il ne soit pas dans les habitudes de regarder la magnésie comme un engrais, nous croyons devoir y insister ici, parce que son rôle nous semble avoir été méconnu.
La magnésie se place naturellement après la chaux, qu'elle accompagne presque toujours dans la nature; elle parait Jouer un rôle identique avec celui de cette dernière et quelquefois même elle semble pouvoir la remplacer. C'est ainsi que, dans le sol, les carbonates de chaux et de magnésie provoquent les mêmes modifications physiques et les mêmes réactions chimiques. Dans les végétaux cependant, cette substitution n'a pas lieu; la magnésie se trouve là au même titre que les autres substances dites fertilisantes et son importance n'est pas moindre.
La magnésie dans les roches et dans les terres. — La magnésie est très abondamment répandue dans la nature; on la rencontre à l'état de silicate presque pur dans le pcridot, l'olivine, la serpentine, l'asbeste, lamagnésite, le talc; à l'état de silicate double
d'alumine et de magnésie dans le mica; à l'état de silicate double de chaux et de magnésie dans le pyroxène et Tamphibole.
La plupart des roches primitives et volcaniques contiennent des proportions plus ou moins élevées de cette base :
Les granits o . 5 à i %
Les gneiss o.5 —
Les schistes et micaschistes 2.5 —
Les porphyres i.oà 2 —
Les basaltes. 6.o à lo —
Les trachytes i.oà i —
Les laves 2.0 a 5 —
La magnésie combinée avec la silice fait donc partie intégrante de presque toutes les roches et par conséquent de presque tous les terrains.
Les silicates de magnésie se décomposent très difficilement au contact des agents atmosphériques ; pourtant ils tinissent par donner naissance à du carbonate de magnésie, par une réaction identique avec celle qui fournil le carbonate de chaux, aux dépens des silicates calcaires. Souvent on voit dans les roches primitives coexister les silicates do chaux et de magnésie pyroxène, amphibole' ; quand ce fait se produit, la décomposition lente de la roche donne naissance simultanément à des bicarbonates de chaux et de magnésie qui, dissous par les eaux, se déposent ensemble par le départ de l'acide carbonique. Aussi voit-on fréquemment la magnésie accompagner le calcaire, quelquefois seulement en petite quantité, quelquefois aussi en quantité considérable; dans ce dernier cas, elle forme des roches particulières, connues sous le nom dedolomies, dans lesquoîles le carbonate de chaux
est associé à de grandes quantités de carbonate de magnésie.
Les calcaires dolomitiques sont très répandus; ils constituent des couches puissantes dans le lias inférieur du sud et du sud-ouest de la France, dans les départements de la Dordogne, de la Corrèze, du Lot, de TAveyron, du Tarn et de l'Hérault. Les carbonates de chaux et de magnésie existent en général à équivalents égaux dans la dolomie ; mais souvent aussi ces proportions varient.
Laissant de côté les silicates, qui agissent très lentement et envisageant seulement la magnésie dégagée de sa combinaison avec les éléments de la roche, examinons sa diffusion dans les terres. La similitude des réactions chimiques des composés calcaires et des composés magnésiens nous fait prévoir que la magnésie doit être aussi diffusée que la chaux dans les diverses formations géologiques; mais elle est généralement beaucoup moins abondante et ne se présente à doses massives que dans des cas tout à fait particuliers. Il ne faudrait cependant pas croire que, parce que des causes analogues ont présidé à leur dissolution et à leur dépôt, les carbonates de chaux et de magnésie se trouvent toujours ensemble. Il n'est pas rare, en effet, de rencontrer des sols calcaires d'où la magnésie est presque totalement absente; cependant là où le carbonate de magnésie est abondant, on le trouve toujours associé au calcaire. Il est donc irrégulièrement disséminé, et beaucoup de sols n'en ont que des* quantités extrêmement minimes. Sa plus grande rareté est d'ailleurs une cause d'élimination plus rapide par les eaux pluviales; tandis que la chaux, se présentant en quantité plus notable, n'est complètement enlevée d'une terre qu'au bout d'une longue période, la magnésie, n'existant déjà qu'en très minime
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proportion, peut être totalement dissoute et entraînée au bout de peu de temps.
On doit donc s'attendre à rencontrer plus de sols dépourvus de magnésie que de sols dépourvus de calcaire. On ne trouve souvent dans la terre, comme magnésie utilisable, que celle qui se dégage graduellement de sa combinaison silicatée, sous l'influence des agents atmosphériques et qui seule présente de l'intérêt comme élément fertilisant des terres. En traitant le sol par un acide, on ne fait pas entrer en solution les silicates ; la magnésie carbonatée est seule attaquée ; dans les procédés d'analyse des terres, on ne compte comme magnésie disponible ou utilisable, que celle dissoute dans ces conditions.
Jusqu'à présent les agriculteurs n'ont pas attaché assez d'importance à la présence de la magnésie. Quelques expérimentateurs ont cependant appelé Tattention sur cette question; nous citerons les résultats qu'ils ont obtenus et les conclusions qu'ils en ont tirées.
M. P. de Gasparin a recherché la quantité de magnésie contenue dans les terres; il donne les chiffres suivants rapportés à looo.
Oiatix. Magnésie
Terre de V'auclusc (diluvium) 18. i3 4.44
— du Loiret (marne) 33o.oG 2.48
— de la Savoie (argile glaciaire) 214.20 5.14
— du Gers (bolbènes) 0.00 1.34
— du Calvados (diluvium) 7 -98 2.76
— du Gard (arène de mer) 154.12 4.23
— de l'Hérault (diluvium) 14.20 4.67
— de Suisse (moraine). 1 55.37 14.15
— de Roville (sol dolomitiquc) ... . 7G.I9 35. 10
— — ( vallée fertile) 53,f)7 21.17
— — (marne) 90. 78 3.41
CltAux. l£afrnéiil&
Terre de Vaucluse (alluvions) 125.94 5.57
— derArdèche( — ) *'>7-87 9-o6
— — (granitique) 0.00 i.yS
— de la Haute-Loire (gneiss) i.6r 13.41
— du Puy-de-Dôme (basaltique) ... 38.53 7.62
— de Lacryma-Christi (volcanique). 21.06 7.79
— de la Camargue (terrain salant). 175.00 2.81
— de Vaucluse (argile plastique) .. 1.05 i.55
M. P. de Gasparin tire de ses analyses la conclusion suivante : « Les exemples pris dans toutes les formations prouvent d'abord qu'il n'y a aucune relation entre le dosage de la chaux et celui de la magnésie... En mettant de côté les terres de Roville, qui sont parsemées de débris dolomitiques, les plus forts dosages se trouvent indifféremment dans les sols siliceux et dans les sols calcaires. Les plus faibles sont dans les bolbènes et les argiles plastiques du grès vert On peut affirmer que la magnésie
attaquable est répandue en quantité assez uniforme et suffisante dans tous les sols arables et que les agriculteurs n'ont pas à s'en préoccuper. Quant à l'influence de la magnésie sur la fertilité, évidemment, si elle sert dans une certaine mesure, son abondance ne nuit pas, car les sols les plus fertiles du tableau en sont largement pourvus. Je citerai, parmi ceux-ci, une terre de la vallée de Roville, une alluvion de TArdèche et une terre de la Limagne d'Auvergne, renommées pour leur fécondité. »
MM. Risler et Colomb-Pradel ont trouvé pour 1000 de terre fine :