‹ Les engraisChapitre 40 sur 69 · UI · texte numérisé non relu

UI

kiU

kil.

kiL

Acide sulfurîque...

Chaux

Potasse

On voit dans la récolte plâtrée, le taux de la chaux et surtout celui de la potasse augmenter; celui de l'acicle sulfurique semblerait indépendant du plâtrage.

Légumineuses cultivées pour leurs graines. — L'action du plâtre est encore très marquée sur cette catc-

gorie de. plantes; mais elle se fait sentir plus sur les tiges et les feuilles que sur le grain proprement dit, dont la proportion n'est pas considérablement augmentée. Le plâtre retarde la maturation par l'exubérance de la végétation qu'il provoque; la plante reste plus longtemps en fleurs et la maturité, trop avancée pour une partie des graines, est trop tardive pour l'autre partie. On Taccuse aussi d'empêcher les graine^ de se ramollir suffisamment par la cuisson; on sait, en effet, que le plâtre forme avec la légumine^ matière azotée des graines de légumineuses, un composé insoluble. Lorsque ce composé se produit à rintérieur des grains, que le plâtre soit apporté par Teau ou qu'il existe primitivement dans les grains, ceux-ci ne peuvent pas se ramollir et ne sont pour ainsi dire pas comestibles. Mais il est facile de corriger cet effet par l'addition, avant la cuisson, d'une très petite quantité de carbonate de soude, qui décompose le plâtre et le transforme en carbonate de chaux. Il n'y a donc pas à s'inquiéter beaucoup de l'action du plâtre au point de vue de la cuisson, puisqu'il est toujours facile de l'annihiler. Cependant il n'est pas à con« seiller de plâtrer des légumineuses cultivées pour leurs graines, puisque ce sont les parties inutiles de la plante qui en profitent et qu'il en résulte des inconvénients, pour la partie utilisée de la récolte.

Prairies naturelles, — Les graminées et la plupart des autres plantes des prairies naturelles ne sont pas influencées par le plâtrage; seules les légumineuses prennent un plus grand développement. En plâtrant, on renforce donc la proportion de ces espèces et on augmente ainsi la qualité du fourrage. Le plâtrage doit être réservé aux prairies naturelles dans lesquelles les légumineuses peuvent prospérer, ce qui est surtout le cas pour les prairies sèches et les sols calcaires; dans les prairies

humides, d'où les légumineuses sont absentes, le plâtrage ne produit aucun effet.

Crucifères, — Les diverses crucifères cultivées pour leurs graines oa pour leurs feuilles se montrent souvent sensibles à Faction du plâtre. Ce sont des plantes à soufre, c'est-à-dire dans lesquelles cet élément entre en proportion assez élevée; on sait, en effet, qu'il existe dans presque toutes les crucifères, des essences sulfurées. L*usage du plâtre, pour ces cultures, ne semble cependant pas s'être beaucoup développé.

Quelques autres cultures, telles que le tabac, le lin, le chanvre, le sarrasin, paraissent quelquefois profiter du plâtrage.

Céréales et racines. — Il est généralement admis que les. céréales se montrent indifférentes à l'apport du plâtre, ainsi que les plantes à racines, qui pourtant contiennent des proponions d'acide sulfurique plus élevées que les autres récoltes.

Nous pensons cependant, qu'il y a lieu de ne pas généraliser ces conclusions; d'après ce que nous avons dit suri'absence de Tacide sulfurique dans certains terrains et particulièrement dans les terrains calcaires, nous ne serions pas surpris de voir le plâtre produire de bons effets indifféremment sur toutes les récoltes et se comporter comme un véritable engrais, apportant à la plante Télément nécessaire qu'elle ne trouve pas dans la terre.

De même que dans un sol pauvre, le plâtre peut donner de bons résultats sur toutes les récoltes, de même dans un sol naturellement riche , ou ayant subi des plâtrages fréquents, on constate son inutilité, même pour les légumineuses. Les cas où le plâtre reste sans action sur les plantes ne sont pas rares ; c'est ainsi que dans des sols siliceux de Joinville-lc-Pont, abondam-

ment fumés, nous n'avons obtenu aucun effet de son application à diverses légumineuses.

Pratique du plâtrage. — L'expérience directe ayant établi Futilité du plâtre dans certains cas, nous devons étudier les meilleures conditions de son emploi.

Époques de Vépandage. — L'époque la plus propice pour l'application du plâtre, est le commencement du printemps, d'avril à mai, au moment oti les jeunes feuilles commencent à pousser. On le met alors en couverture , en saupoudrant la récolte d'une façon aussi uniforme que possible. On choisit de préférence un temps humide et calme , quand les feuilles sont mouillées par le brouillard ou par la rosée.

Beaucoup d'agriculteurs s'imaginent que l'action du plâtre sur les feuilles, est directe, et qu'il y a, par ce contact, soit une absorption du plâtre, soit une irritation de la surface des feuilles qui augmente leur vitalité et leur fonctionnement. Il n'en est pas ainsi; le plâtre arrive au sol et se comporte comme les autres engrais. Si l'on choisit de préférence les temps humides, c'est que, dans ces conditions, le plâtre n'est pas entraîné par le vent ; mais on peut le semer aussi bien par les temps secs, pourvu qu'il survienne des pluies après son application, car ce n'est que sous l'influence de l'humidité du sol qu'il agit efficacement sur la végétation.

Souvent, on répand le plâtre en automne, soit en l'enfouissant au moment des labours qui précèdent les semailles, soit en le semant en couverture après la levée. Le plâtrage d'automne, qui s'applique surtout au trèfle incarnat, donne aux plantes une plus grande précocité; la coupe du printemps peut se trouver avancée de 1 5 Jours. Cet avantage €st souvent détruit par Tefifet des gelées tardives, qui ont une action d'autant plus nuisible que les plantes sont plus précoces.

LES ENGRAIS. 3y3

Les insuccès des plâtrages du printemps sont attribuablesaux sécheresses qui surviennent; lorsque Tannée est chaude et humide, leur efficacité est augmentée; par les années sèches, elle est presque nulle. Les insuccès des plâtrages d'automne sont dus surtout aux pluies hivernales qui , lorsqu'elles sont très abondantes, enlèvent le plâtre avant qu'il ait pu remplir ses fonctions. Dans Tincertitude où Ton se trouve des conditions climatériques qui. surviendront, il faut donc abandonner au hasard l'époque du plâtrage; ou mieux, semer la moitié du plâtre en automne et l'autre moitié au printemps, afin d'avoir plus de chance de succès.

On doit également savoir que non seulement dans les prairies naturelles, mais aussi dans les prairies artificielles, le plâtre n'a souvent aucune efficacité, lorsqu'on le donne à une terre trop humide.

Quand on sème le plâtre sur une légumineuse associée à une céréale, la première peut prendre un développement très grand et empêcher ia réussite de la seconde, qui se trouve étouffée; il vaut mieux, dans ce cas, ne faire le plâtrage qu'après la coupe de la céréale, et on peut obtenir alors, si les pluies surviennent en temps propice, une bonne récolte au mois d'octobre.

Ce n'est pas toujours à la première coupe qu'on donne le plâtre, soit par crainte d'un développement trop précoce, soit par crainte d'avoir un fourrage un peu grossier ; on préfère alors l'appliquer seulement à la deuxième.

• Dans les terres où les prairies artificielles sont vigoureuses naturellement, le plâtrage, appliqué dès la première année, nuit à la qualité du fourrage, et pousse trop à la végétation; il vaut mieux dans ce cas ne l'appliquer qu'à la seconde et même à la troisième année.

Au contraire, s'il s'agit de sols, où les trèfles, les sain "

foins et les luzernes réussissent médiocrement, il est important de plâtrer la première année, afin de donner à la plante, dès sa naissance, une plus grande vigueur, et d'assurer le tallement et la prise de possession du sol.

Doses à employer» — Les quantités de plâtre à employer ne peuvent pas être fixées d'une façon absolue ; on regarde comme un plâtrage moyen l'application d'environ 400 kilog. à l'hectare. Il ne nous semble pas utile de dépasser ce chiffre, et les doses plus élevées qu'on donne quelquefois ne produisent pas des résultats supérieurs. Comme le plâtre s'élimine du sol assez rapidement, on n'a pas avantage à lui en confier d'un coup une forte dose. Un plâtrage de 200 kilog. est très faible, un plâtrage de 600 kilog. est, au contraire, élevé; c'est entre ces deux limites qu'il convient de se tenir, suivant la nature de la terre, qui peut recevoir d'autant plus de plâtre qu'elle est elle-même plus riche en principes fertilisants divers.

Durée d'action, — Le plâtre étant enlevé par l'eau qui traverse le sol, son action est limitée à une faible durée. C'est sur la récolte même à laquelle il est fourni, qu'il produit la plus grande partie de ses effets; la récolte suivante n'en profite que faiblement et celle de la troisième année né semble plus s'en ressentir. Aussi est-il nécessaire d'en renouveler la dose au bout de la seconde ou de la troisième année, pour les légumineuses qui occupent le terrain pendant plusieurs années consécutives, comme les luzernes. Quant aux légumineuses qui entrent ordinairement dans l'assolement, comme les trèfles, les vesces, les sainfoins , il convient de n'appliquer le plâtrage qu'au moment oîi leur tour revient.

Lorsque le sol est naturellement pauvre en principes fertilisants, ou lorsqu'il est épuisé, les plâtrages doivent être plus espacés; ils ne produiraient aucun effet s'ils

LKS ENGRAIS. 373

revenaient trop fréquemment, sans être accompagnés de fumures. Dans les sols oix Tabus du plâtre avait permis Tassimilation plus grande des éléments fertilisants, on observe souvent par la suite des insuccès; aussi, dans certaines régions où autrefois le plâtrage donnait des résultats, constate-t-on aujourd'hui son inefficacité.

En résumé, quoique les bons effets du plâtrage aient été reconnus d'une façon générale pour certaines cultures, la théorie de son application laisse encore à désirer, et les règles d'emploi ne peuvent pas être basées sut' des raisonnements aussi rigoureux que ceux qui s'appliquent aux engrais et amendements précédemment étudiés.

Page 1