‹ Les engraisChapitre 49 sur 69 · I. — ACHAT DES ENGRAIS · texte numérisé non relu

I. — ACHAT DES ENGRAIS

Nous avons précédemment condamné Tachât des engrais composés du commerce et posé comme une régie générale, dont il ne faut jamais se départir, que Ta • griculteur doit toujours s'adresser aux engrais simples, pour constituer ensuite, et comme il le juge convenable, les mélanges appropriés à son sol et à ses cultures. Les considérations que nous allons exposer, s'appliqueront donc uniquement à Tachât des matières premières : nitrates, sulfate d'ammoniaque, sels potassiques, engrais organiques, poudrettes, tourteaux, guanos, phosphates naturels, produits d'os, scories de déphosphoration, superphosphates, etc. C'est à se procurer dans les meilleures conditions de prix ces différents engrais, que Tagriculteur doit s'attacher.

Centres d'approvisionnement des engrais.

— Pour chacune de ces substances, il y a des lieux d'approvisionnement, que nous avons fait connaître autant que possible en étudiant chacune d'elles. Pour le nitrate de soude, par exemple, c'est à Dunkerque que se trouve le principal marché; les ports du Havre, de

Bordeaux et de Marseille, constituent des centres moins importants de ce commerce.

Les nitrates de potasse se rencontrent dans deux points principaux : à Marseille, pour les salpêtres originaires de rOrient; dans les villes du Nord, pour ceux qui proviennent de l'industrie sucrière. C'est aussi, d'un côté à Marseille, de l'autre dans le Nord, qu'on achète les tourteaux de graines oléagineuses.

Le sulfate d'ammoniaque se produit en abondance dans les grandes villes, où les usines ont assez d'importance pour en permettre l'extraction économique. Ce sont également les cités populeuses qui fournissent les poudrettes et les engrais organiques de môme nature. On trouvera les produits d'os et les phosphates précipités dans les régions où existent des fabriques de gélatine; les engrais de poissons, dans quelques ports de TAtlantique; les scories de déphosphoration, principalement dans les départements du Nord, de Meurthe-et- Moselle, de la Meuse et de Saône-et-Loire.

Les engrais potassiques sont presque exclusivement produits par les usines de Stassfurt, par les salins de la Méditerranée et par les sucreries du Nord de la France.

Quant aux phosphates naturels, dont le prix à pied d'oeuvre est tellement influencé par les frais de transport, nous avons en France l'avantage de posséder des gisements dans un grand nombre de régions. Le Nord, l'Est et rOuest sont alimentés par les gisements de la Meuse, des Ardennes, du Pas-de-Calais, de l'Oise, de la Somme, de la Marne^ des Vosges, de la Haute-Saône; le Centre, par les gisements du Cher, de l'Yonne, de la Côte-d'Or ; le Sud-Est, par les gisements de l'Ain, de l'Ardèche, de la Drôme et deVaucluse; le Midi par ceux du Gard; le Sud-Ouest par ceux du Quercy. Toutefois, ces diverses régions ne s'approvisionnent pas toujour

aux gisements les plus voisins; les considérations de qualité, de composition, de frais de transport, les portent souvent à s'apresser à d'autres centres de production.

Les lieux d'approvisionnement des superphosphates sont situés, tantôt près des gisements de phosphates naturels; tantôt près des fabriques d'acide sulfurique, suivant qu'il est plus économique de faire voyager l'une ou l'autre matière. Dans tous les cas, cette fabrication est aujourd'hui assez répandue, pour que l'agriculteur ne soit jamais embarrassé de trouver non loin de lui d'importantes usines.

Suppression des intermédiaires. — Ce court exposé a pour but de montrer que, pour chaque matière fertilisante, il existe des centres d'approvisionnement. Nous ne pouvons, dans cette étude d'ensemble, envisager à ce point de vue chaque région en particulier; mais il sera très facile à l'agriculteur de se rendre compte des ressources de sa contrée, sous le rapport des usines ou des maisons d'importation qui, étant les plus rapprochées, peuvent lui fournir les diverses matières premières dont il a besoin, sans qu'il ait à supporter de trop grands frais de transport.

C'est aux maisons mêmes qui fabriquent ou à celles qui reçoivent les produits de première main, qu'il faut s'adresser, parce que, supprimant tout intermédiaire, on est assuré de trouver des conditions de prix et de pureté plus satisfaisantes. C'est là une règle constante, toutes les fois que les achats à faire ont quelque importance.

Il arrive parfois que la vente de certaines matières ne s'opère pas par les usines mêmes, mais par des grandes maisons qui ont le monopole de la vente ; c'est ce qui se passe, par exemple, pour les sulfates d'ammoniaque; c'est alors aux représentants directs des fabriques qu'il convient de s'adresser.

Avant de passer un marché, Tagriculteur qui achète directement ses engrais, doit établir une sorte de concurrence entre les différents fournisseurs et mettre pour ainsi dire sa commande en adjudication.

Ainsi Tacheteur d'engrais en gros, devra toujours s'adresser aux grandes maisons; quant au petit cultivateur, qui, lui, ne peut songer à faire venir des chargements complets, les syndicats agricoles lui offrent, comme nous le verrons, le même avantage; c'est ainsi que disparaîtront peu à peu toute cette série d'intermédiaires qui, en prélevant des bénéfices exagérés et en faisant subir aux produits des adultérations, sont arrivés dans beaucoup de régions à détourner l'agriculteur de l'emploi des engrais commerciaux.

Ce serait sortir de notre sujet, que de développer ici cette idée, qui commence à pénétrer dans la masse agricole, que dans la plupart des transactions, le cultivateur trouve ses bénéfices absorbés par les intermédiaires. Nous nous bornons à constater qu'il peut très facilement supprimer ceux-ci, en ce qui concerne les engrais.

Nous devons appeler l'attention des agriculteurs sur un fait qui se produit dans certaines régions : les marchands d'engrais établissent entre eux un syndicat, de manière à maintenir les cours au taux qui leur convient et s'interdisent entre eux toute concurrence de prix. La création des syndicats d'acheteurs rend aujourd'hui plus difficiles ces opérations. Si cependant une tentative générale de monopole se produisait parmi les marchands, l'agriculteur ne serait point pour cela à leur merci, parce que l'étranger, grâce aux facilités de transport, ne tarderait pas à alimenter notre marché. Nous pourrions citer de nombreux exemples d'agriculteurs qui n'ont pas hésité, devant les prétentions de leurs fournisseurs, à faire venir d'Angleterre le nitrate de

soude et les scories de déphosphoration; de Belgique, le superphosphate. L'établissement des syndicats agricoles faciliterait ces opérations, s'il en était besoin.

Moment des achats. — Il y a dans le commerce des matières fertilisantes des variations de cours, souvent très importantes ; les journaux agricoles et certaines feuilles spéciales tiennent au courant de ces fluctuations. Il est difficile de les prévoir à Tavance et d'en déterminer les causes; la loi de TofiFre et de la demande ne suffit pas toujours pour les expliquer. Nous avons vu, par exemple, le prix des nitrates s'abaisser à 2 1 francs les 1 00 kilog., et monter à 26 fr.70, dans la même année ; le sulfate d'ammoniaque varier, toujours dans le cours d'une même année, de 34 à 26 fr. 5o. La même observation a pu être faite pour les superphosphates, dont le prix, à une certaine époque, s'est abaissé à o fr. 42 le kilog. d'acide phosphorique soluble. Les variations dépendent souvent de l'importance des stocks en magasin, d'opérations commerciales plus ou moins heureuses, de l'importance des exploitations ou des arrivages, de l'état plus ou moins prospère de l'agriculture et de l'industrie, de la concurrence ou de l'entente des fabricants, etc. Quelle qu'en soit la cause, c'est à l'agriculteur intelligent à savoir en profiter, en achetant aux cours les plus bas.

Actuellement, il y a des habitudes invétérées pour l'achat des engrais chimioues: on observe très nettement deux saisons, où la vente est particulièrement active ; elles correspondent aux semailles de printemps et à celles d'automne. Il est d'usage de ne s'approvisionner jamais à l'avance et d'attendre, pour acheter les engrais, le moment même où l'on doit s'en servir; dans ces conditions, le commerce peut montrer des prétentions plus grandes, et le moment de s'en défendre est mal choisi pour l'a-

gricultçur. Nous ne saurions trop conseiller de contracter les achats à l'avance, en profitant des périodes de baisse qui se produisent assez fréquemment. Souvent ces achats se font en stipulant des délais de livraison, de telle sorte qu'on peut s'approvisionner à mesure des besoins, sans s'encombrer.

Conservation des engrais. — Quand on garde les engrais en magasin, il y a des précautions à prendre, dont nous avons déjà parlé en traitant de chaque engrais. Il en est qui ne subissent aucune altération, tels sont les phosphates; d'autres, plus ou moins hygroscopiques, suintent à travers les toiles, tels sont les nitrates, les sels potassiques; d'autres enfin peuvent, sous l'influence de l'humidité, entrer en fermentation et subir des pertes d'azote, tels sont les guanos, les poudres d'os et les engrais organiques en général.

Les engrais doivent toujours être conservés en lieux très secs, par exemple dans un grenier bien clos. Ceux qui ont des tendances à suinter seront déposés sur de la paille, qui sera ensuite mise sur le tas de fumier. Pour éviter la perte des sacs, on vide leur contenu dans des grandes caisses ou dans des barriques sans valeur.

Les phosphates et les superphosphates, lorsqu'ils sont secs, comme ils doivent l'être, peuvent sans inconvénient être mis en tas.

Quant aux engrais qui sont sujets à fermenter et à dégager de l'ammoniaque, comme les engrais animaux, on les entassera dans des barriques qu'on fermera en{ les couvrant avec un fond de bois ou encore avec une couche de terre ou de plâtre.

Nous rappelons ici que la conservation et la manutention des engrais est d'autant plus facile que la matière est plus sèche, et nous recommandons aux acheteurs de prendre toutes garanties sur ce point. La fermen-

lation et la déperdition subséquente de matière fertilisante est, en effet, due en partie à Thumidité; il en est de même de la prise en masse des superphosphates.

L'agglomération des engrais plus ou moins humides, ou susceptibles d'absorber de l'humidité, comme les sels en général, rend nécessaire avant Tépandage, une maind'œuvre destinée à diviser les blocs. Si Ton veut éviter cet inconvénient, on peut, au moment d'emmagasiner les engrais, les mélanger avec des matières pulvérulentes inertes, telles que de la terre sèche, ou du plâtre, ou mieux encore de la tourbe pulvérisée, qui absorbent l'humidité.

Avec quelques précautions et quelques soins, il est donc permis de faire les approvisionnements à l'avance; l'intérêt du capital dormant sera, dans bien des cas, largement compensé par l'économie de l'achat.

Ce qui, très souvent, empêche l'agriculteur de faire des achats en gros, c'est le manque de capitaux; les agronomes qui engagent l'agriculteur à entrer dans la voie de la culture intensive négligent trop ce point de la question. Il appartient à l'économie rurale d'enseigner que le capital d'exploitation est la base de la culture perfectionnée et d'encourager les entreprises de crédit agricole.

Production et consommation des engrais. — Nous empruntons à un intéressant rapport de M. Grandeau, les renseignements suivants relatifs à la production et à la consommation des engrais chimiques :

« Le facteur prédominant des récoltes est, à coup sûr, toutes choses égales d'ailleurs, l'engrais que reçoit le sol. A quel degré, dans l'état actuel de l'agriculture française, a lieu la restitution, par la fumure naturelle, des matériaux enlevés annuellement parles récoltes? Quelles sont les ressources principales auxquelles peut

s'adresser le cultivateur pour effectuer cette restitution et pour accroître la fécondité de ses champs ? Tels sont les deux points fondamentaux à examiner, avant d'aborder les questions relatives au régime douanier, en ce qui regarde les engrais.

« Trois substances constituent, à elles seules, presque tous les engrais du commerce; ce sont : le phosphate de chaux, Tazote à divers états et les sels de potasse, les autres matériaux nécessaires au développement des plantes étant, presque sans exception, fournis gratuitement à ces dernières par l'atmosphère et par le sol. L'expérience a montré que Tacide phosphorique et l'azote ont, pour le cultivateur français, une importance beaucoup plus grande que la potasse, cette base se rencontrant en quantité insuffisante dans nos terres, seulement dans des cas assez restreints (craie, sables purs ou tourbe).

a La première chose à constater, est le prélèvement annuel des récoltes en acide) phosphorique, en azote et en potasse.

« Si complexe que puisse paraître la solution de la question ainsi posée, il est possible d y trouver une réponse dans la comparaison de quelques chiffres.

« Le travail si précieux et si bien ordonné, que nous devons à M. E. Tisserand sur la statistique agricole de la France, servira de point de départ à l'établissement de ces chiffres.

« La surface cultivée de la France comprend, dans ses grandes lignes, une étendue de 24,262,500 hectares ainsi répartis (vignes, pâturages et forêts non compris) :

Hecurc*.

Céréales * 14.772.000

Pommes de terre et betteraves fourragères. i .750.000

Prairies naturelles et artificielles 7.304.000

Plantes industrielles 436 . 5oo

Totaf 24.2o2.boo

a Si on aprplique aux produits d'une bonne année moyenne, les résultats fournis par Tanalyse chimique de chacune des récoltes, et qu'on totalise les poids d'acide phosphorîque, d'azote et de potasse qu'elles renferment, on trouve que les quantités des trois principes fertilisants par excellence s'élèvent respectivement, et par an, aux chiffres approximatifs suivants :

Tonncfl mûtrlqueH.

Azote 600.000

Acidtt phosphorique 3oo.ooo

Potasse 755.000

« En divisant chacun de ces nombres par celui des hectares en culture, le prélèvement en chacun de ces principes, représenterait une moyenne, par hectare et par an, de :

Azote 23.5

Acide phosphorique 12.7

Potasse 3 1 . 1

« Telle est, en grande moyenne, la quantité de principes fertilisants emportés chaque année par une récolte, sur un hectare.

« De quelles ressources dispose la culture française pour opérer cette restitution sans recourir aux engrais chimiques?

a II est aisé de rétablir.

€ L'enquête, magistralement résumée par M. E. Tisserand, a montré que la production totale du fumier de ferme s'élève annuellement en France, à 84 millions de tonnes métriques.

« En appliquant à ce poids la composition moyenne du fumier frais, on trouve que les 84 millions de tonnes renferment, en nombres ronds :

Ton min.

Azote 327. ôoo

Acide phosphorique i5i. 200

Potasse 378.000

« En supposant, ce qui malheureusement est loin d'être, qu'aucune quantité de fumier ne reste inutilisée, et en admettant que la totalité de cet engrais retourne aux 24 millions d'hectares considérés, ce qui n'est point davantage exact (les vignes et les cultures maraîchères n'étant point comprises dans notre évaluation), il est facile de mesurer approximativement le déficit minimum subi annuellement par le sol français en azote, acide phosphorique et potasse.

Tonn««.

pourTazote, à 272.400

, pour Tacide phospho- Ce d.Sficit s'élève < ^j^^^ ^ 1 48 . 800

( pour la potasse à. ... 377.000

« Soit, par hectare moyen, un déficit :

kU.

En azote, de 11. 23

En acide phosphorique, de 6. 1 3

En potasse, de i5.56

a La quantité de fumier, produite annuellement en France, est donc absolument insuffisante pour restituer

aux sols en culture les principe^ enlevés par les récoltes, et cette insuffisance est d'environ 5o pour 100. Pour la combler, le cultivateur doit s'adresser aux engrais chimiques, dont remploi seul lui permet de maintenir la fertilité de ses terres et, a fortiori, de Taugmenter.

<t A quelles quantités d'engrais chimiques correspondent les tonnages d'azote, d'acide phosphorique et de potasse exportés chaque année de nos exploitations rurales parles récoltes? Les voici :

« A:[ote. Les 272,400 tonnes manquantes représentent 1,740,000 tonnes de nitrate de soude ou i, 362, 000 tonnes de sulfate d'ammoniaque.

«t Acide phosphorique. Les 148,800 tonnes manquantes représentent 1,240,000 tonnes de superphosphate à 1 2 pour 100 ou 676,000 tonnes de phosphate minéral à 22 pour 100 (48 pour 100 de phosphate pur).

« Potasse. Les 377,000 tonnes correspondent à 754,000 tonnes de chlorure à 5o pour 100, ou à 2,217,000 tonnes de kalnite (sulfate double de potasse et de magnésie à 17 pour 100 de potasse).

« Tels sont les chiffres énormes d'engrais chimiques ou d'engrais minéraux naturels nécessaires pour combler le vide laissé par l'insuffisance du fumier de ferme dans l'entretien de nos terres.

a Où le cultivateur peut-il se les procurer ?

« Pour Iazote, la source la plus abondante et la plus économique est incontestablement le nitrate de soude, dont l'extraction annuelle ne suffirait pas, à beaucoup près, aux besoins de la seule agriculture française, si celle-ci lui demandait de couvrir son déficit en azote. Le Chili et le Pérou sont les seuls pays producteurs de nitrate, sur une échelle considérable.

<c L'extraction annuelle du nitrate de soude monte à 800,000 tonnes métriques environ.

Le sulfate d'ammoniaque, dont la production inné est tout à fait insuffisante, nous vient principamt d'Angleterre (crud ammoniac, ammoniac sul-

On peut évaluer la production totale, en Europe, lulfatc d'ammoniaque, aux chiffres suivants :

Angleterre.

Belgique. 5

Allemagne i5.

Autres pays d'Europe i5.

Total 187.

Les SELS DE POTASSE (notamment le chlorure et la ite) nous sont fournis par l'Allemagne, l'industrie çaise ne pouvant pas suffire à la consommation de iels, si restreinte encore qu'elle soit. D'après le relevé oflîciel du syndicat des ventes de sfurt, l'exploitation des sels de potasse de ces mines élevée, en 1889, aux chiffres suivants :

Chlorure de p

SulfaiG de potasse 6.131

— et de magnésie 9.886

Sels divers de potasse pour engrais i.i'JS

Kiésérîte en roches. 31.834

La France a reçu de Stassfurt, en 1889, 10,700 les de chlorure de potassium. L'agriculture allede seule a consommé, dans la même année, 200,000 les de kaïnite.

Restent les phosphates. De nombreux et importants menis de phosphates naturelsexistent dans beaucoup

de régions de la France. Malheureusement^ grâce à Tignorance et à Tinsouciance d'un trop grand nombre de cultivateurs, une proportion énorme (75 pour 100 des phosphates riches extraits dans la Somme, par exemple) des phosphates extraits du sol français, est achetée par l'étranger et nous revient, en partie, sous forme de superphosphate.

« Les scories de déphosphoration de la fonte, engrais phosphaté de premier ordre, représentent une production annuelle, pourTEurope, de 700,000 tonnes environ, dont les neuf dixièmes sont produits en Allemagne, Autriche, Luxembourg et Angleterre.

« La production des scories phosphatées s'est élevée, pour l'Allemagne seule, en 1889, à 430,000 tonnes.

€ En 1889, l'Europe a produit 2,274,552 tonnes d'acier basique (procédé Thomas-Gilchrist) . La propprtion des scories phosphatées correspondant à l'acier produit, est presque rigoureusement égale à 3o pour 100 du poids du métal. La quantité de scories produites, en 1889, a donc dépassé 750,000 tonnes.

« Voici, d'ailleurs, par pays, la répartition de la production de l'acier Gilchrist pour l'année 1889, avec l'indication des quantités correspondantes de scories phosphatées :

EN TONNES METRIQUES.

Ader. Soorios.

Allemagne y

Luxembourg ( 1.48 1.643 493.527

Autriche ;

Angleterre 493.919 164.636

France 222.393 74.130

Belgique et autres pays 76.599 25.533

Totaux 2.274.552 757.826.

45o LES ENGRAIS.

« L'Allemagne et TAngieterre ont, à elles seules, consommé pour la fumure des terres, près des deux tiers des scories phosphatées produites en 1889 >'.

Quant à la fabrication des superphosphates, elle est évaluée de la manière suivante par M. A. Girard, dans un rapport adressé au conseil des Douanes :

« La fabrication française des produits chimiques d'une part, d'une autre la fabrication anglaise, et surtout la fabrication belge concourent toutes trois à Tapprovisionnement du marché français en superphosphates.

« En 1887 et 1888, l'importation de ces produits et des analogues (phospho- guanos, etc.) s'était élevée à 87,636 et Sj^666 tonnes; en 1889, elle a atteint le chiffre de 127,781 tonnes...

« ... En fin de compte, 90,000 tonnes de pyrites sont restées disponibles pour la production de Tacide sulfurique destiné à la transformation des phosphates natu- . rels en superphosphates.

« Or, en moyenne, on compte qu'une tonne de pyrites, rendant un peu plus d'une tonne d'acide sulfurique à 66 degrés Baume, fournit, en réagissant sur les phosphates naturels, quatre tonnes de superphosphate au moins.

« D'où, pour la fabrication nationale, un chiffre de 400,000 tonnes de superphosphates ou analogues.

« Si, à ces 400,000 tonnes, on ajoute les 127,000 tonnes d'importation, c'est au chiffre de 527,000 tonnes qu'on voit s'élever le poids des superphosphates qui, en 1889, se sont présentés sur le marché français.

« L'exportation, d'ailleurs, n'a pas sensiblement diminué l'importance de ce chiffre; c'est, en effet, à i5,ooo tonnes seulement que cette exportation paraît s'être élevée en 1889.

«c D*où résulte que la masse de superphosphates offerte à nos cultivateurs s'est élevée, pour la dernière campagne, à 5 12,000 tonnes environ ».

On voit, d'après ce qui précède, que la France ne produit pas, à beaucoup près, les quantités d'engrais chimiques nécessaires à sa consommation ; celle-ci est tout à fait hors de proportion avec ce qu'elle devrait être, et on ne saurait trop chercher à la développer.

Le rapport de M. Grandeau a été rédigé en vue de faire repousser par le Conseil supérieur de l'agriculture tous droits de douane sur les engrais chimiques. Jusqu'ici en effet, ces produits entraient en franchise et les documents que nous avons reproduits ne sont pas faits pour amener les législateurs à établir des droits élevés sur les matières fertilisantes, que notre agriculture est obligée de demander à l'étranger.

§ II. — Transport des engrais.

Les frais de transport ont une grande influence sur le prix de revient des engrais, surtout de ceux qui ne sont pas très concentrés; aussi devons-nous entrer dans quelques détails sur ce sujet et fournir au cultivateur les moyens d'apprécier les dépenses qui lui incomberont de ce chef.

Tarifs des Compagnies de chemins de fer pour le transport des grandes quantités. — Nous pensons qu'il sera utile de réunir ici les tarifs adoptés par les différentes Compagnies de chemins de fer, pour le transport des matières fertilisantes. A cause du rôle important que jouent les engrais commerciaux dans Taugmentation du rendement des récoltes, les Compagnies de chemins de fer ont établi des tarifs spéciaux et réduits ; l'excès de production que l'agriculture peut

obtenir par l'usage des matières fertilisantes doit d'ailleurs amener un trafic d'autant plus considérable que, par l'économie de leurs transports, les engrais pourront être employés plus généralement et plus abondamment.

Des efforts sont faits pour obtenir des réductions encore plus notables des tarifs. Il a même été question, dans ces derniers temps, de demander aux Compagnies le transport gratuit, ce qui permettrait à des régions entières de recourir aux engrais complémentaires et aurait certes une influence très grande sur la mise en valeur de terrains incultes. Il n'est point à douter que les Compagnies elles-mêmes trouveraient là un avantage, car, pour chaque quantité de matière fertilisante transportée gratuitement, elles auraient des quantités cinq fois, dix fois supérieures de produits récoltés, à charrier des lieux de production aux centres de consommation. Ce serait un prêt avantageux à la fois pour Tagriculture et pour les Compagnies elles-mêmes. Un exemple de ce système nous a été donné par la Compagnie de Paris à Lyon et à la Méditerranée, quand elle a transporté gratuitement le sulfure de carbone, destiné à maintenir la production vinicole.

Quoi qu'il en soit, voici quelles sont, à l'heure actuelle, les conditions auxquelles les différentes Compagnies transportent les engrais :

Tarifs des chemins de fer de V Ouest.

La Compagnie des chemins de fer de l'Ouest applique dans toutes les sections de son réseau, un tarif spécial (P. V. n** 22) qu'on peut subdiviser en trois paragraphes :

Le premier, Barème G, comprend les engrais suivants :

Chlorure de potassium brut,

(en fûts ou en sacs).

Déchets de boucherie.

— de cornes.

— de cuirs.

— d'os.

— de peaux.

Guano.

Nitrate de soude.

Os bruts.

Os concassas.

Sang desséché.

— liquide.

Sulfate d'ammoniaque.

Tourteaux.

Plâtre cuit (en sacs).

Ce barème est applicable à des chargements de 5, 000 kilog. pour le plâtre, ou seulement de 1,000 kilog. pour les autres engrais, lorsqu'ils sont remis en balles.

Le deuxième^ Barème H, comprend :

Engrais animalisés.

Résidus de boucherie.

Noir animal.

Phosphate de chaux.

Poudrette.

Sulfate de chaux.

Su perphosphate .

Chaux.

Plâtre cru broyé (en sacs).

— en pierres.

Le troisième, Barème /, comprend :

Boues et gadoues.

Cendres.

Suie.

Coprolithes.

Scories de déphosphoration.

Déchets de poissons.

Terreau, terres, tourbes.

Engrais de mer, sables et tan

gués.

Feuilles.

Fumier.

Marcs d^olives et de raisins.

Marne.

Les barèmes H et I s'appliquent ^ des chargements complets d'au moins 5, 000 kilog. ou payant pour ce poids. Tous les prix précédents ne comprennent pas les frais accessoires.

Pour faciliter les évaluations des frais de transport,

nous extrayons des barèmes quelques chiffres indiquant le prix à payer pour i ,000 kilog. de gare en gare, noa compris les frais de chargement, de déchargement et de gare.

DIstAncoH kllom^'trtqncff.

Iterfemc 6.

Barème H.

Bartinc I.

fr.

fr.

i.oo

3oo

i3.oo

5oo

i5.oo

i5.oo

Pour les sables de mer, tangues, etc., expédiés dans un rayon de 100 kilomètres, au départ des gares du Légué, de Lannion et de Moidrey, un barème spécial est appliqué pour expéditions d'au moins 10,000 kilog. ou payant pour ce poids; et par train complet de 100,000 kilog. pour les provenances de Moidrey. Ce barème a pour base le prix de o fr. o3 par tonne et par kilomètre.

Tarifs des chemins de fer d'Orléans.

Dans le tarif spécial aux engrais (D. n** 22), le Barème I comprend :

Boues et vases.

Cendres.

Phosphates non pulvérisés.

Déchets de boucherie.

Ecume et résidus de sucreries.

Engrais de mer et de poissons.

Feuilles.

Fumiers.

Marne.

Poussière de laines.

Sablon calcaire et tangues.

Tourbes.

Terreaux et terres.

Un barème spécial, dit Barème d*autre part, comprend :

Déchets de cuir.

Déchets de peau.

Noir animal.

Eau ammoniacale.

Os concassés et en poudre.

Phosphates de chaux pulvérisés.

Poudrette.

Rapure de cornes.

Sang desséché (emballé).

Sang liquide (en fûts).

Scories de déphosphoration.

Suie.

Superphosphate de chaux.

Tourteaux.

Ce barème est établi sur les bases suivantes :

o fr. 045 par tonne et par kilomètre de o à 1 5o kilomètres. Taxe de la 6" série de i5i à 2i5 —

Taxe du barôme G au delà de 2 1 5 —

Pour les engrais ci-dessous :

Nitrate de soude, Sulfate d'ammoniaque.

Chlorure de potassium, Os bruts, Plâtre,

Guano, Sulfate de fer, Superphosphate (sans condition de tonnage).

on applique le Barème de la 6^ série du tarif général jusqu'à 21 5 kilomètres; au delà, on applique le Barème G, comme pour les précédents.

Dans tous ces tarifs, les prix s'appliquent à des chargements de 5,ooo kilog. au minimum par wagon, ou payant pour ce poids ; ils ne comprennent pas les frais accessoires qui sont fixés à o fr. 40 pour frais de gare, le chargement et le déchargement étant effectués par les soins et aux frais des expéditeurs et des destinataires.

Pour les chaux destinées à l'agriculture, transportées en vrac, en wagons découverts, ou wagons à houille non bâchés, par chargement de 8,000 kilog. au minimum par wagon, ou payant pour ce poids, la taxe ne pourra être supérieure à 3 fr. 40 par tonne, frais de gare compris, pour les parcours jusqu'à 100 kilom. sans interruption. Pour les parcours supérieurs à 100 kilom., effectués sans interruption, la taxe, frais de gare compris, sera calculée en ajoutant à celle de 3 fr. 40, ofr.o2 par kilomètre au delà de 100. Jusqu'à 60 kilom., on applique le Barème H.

Voici les différents barèmes donnant, pour des distances déterminées, les prix de transport d'une tonne, frais accessoires non compris :

Dtataaoet kilométriques.

Bartme G.

BarAme H.

Bftrême I.

BarAmedlt d'Mitropart.

Barème 6,

fr.

fr.

IIO

it

3oo

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