II. — Dosage des éléments utiles
1** Azote.
« à) Azote nitrique.
« On transforme Tacide nitrique enbioxyde d'azote au moyen de Tébullition avec du protochlorure de fer, et on compare le volume du bioxyde d'azote obtenu au volume que donne une quantité connue de nitrate pur.
a b) Azote ammoniacal.
« On distille en présence d'un alcali la matière additionnée d'eau, en se servant d'un appareil à serpentin ascendant.
a L'ammoniaque est recueillie dans l'acide titré.
tt c) Azote organique.
tt On le détermine par le chauffage de la matière avec la chaux sodée, qui le transforme en ammoniaque qu'on reçoit dans une liqueur titrée. Les nitrates qui peuvent se trouver dans l'engrais sont préalablement enlevés.
a On dose encore l'azote organique en traitant la matière par l'acide sulfurique additionné d'un peu de mercure; l'azote, amené ainsi à l'état de sulfate d'ammoniaque, est dosé comme il est dit au paragraphe qui précède; il y a lieu aussi d'exclure l'azote nitrique.
LES ENGRAIS. 5i3
2^ Acide phosphorique,
a a) Acide phosphorique total.
<c On dissout Tengrais ou amendement dans Tacide chlorhydrique, et on maintient en dissolution l'oxyde de fer et Talumine ainsi que la chaux par du citrate d'ammoniaque. On précipite l'acide phosphorique à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien, qu'on calcine pour le transformer en pyrophosphate, et on pèse.
« Si la chaux est en trop forte proportion, on Télimine au préalable par l'oxalate d'ammoniaque.
« t) Acide phosphorique en combinaison soluble dans l'eau.
a On traite la matière par l'eau distillée en évitant un contact prolongé; on filtre et, dans la solution filtrée, on précipite l'acide phosphorique et on dose celui-ci comme il est dit dans le paragraphe précédent (a).
« c) Acide phosphorique en combinaison soluble dans le citrate d'ammoniaque.
« On traite la matière à froid par le citrate d'ammoniaque alcalin, en laissant le contact se prolonger pendant douze heures, et on précipite dans la solution l'acide phosphorique à Fétat de phosphate ammoniacomagnésien.
« Pour les trois dosages a, b et c, au lieu de précipiter directement Tacide phosphorique à Tétat de phosphate ammoniaco-magnésien, on peut, au préalable, le précipiter par le nitromolybdate d'ammoniaque en dissolution nitrique. Le précipité obtenu est dissous dans l'ammoniaque, et on détermine l'acide phosphorique en le transformant, comme dans les cas précédents, en
phosphate ammoniaco-magnésien.
5i4 LES ENGRAIS.
« 3" Potasse en combinaison soluble dans Veau.
« a) Dosage à Tétat de perchlorate.
« La potasse est amenée à Tétat de perchlorate; celuici est lavé à Talcool, séché et pesé. <c b) Dosage par le platine réduit.
« La potasse est précipitée à l'état de chlorure double de platine et de potassium ; ce précipité, lavé à l'alcool, est traité par le formiate de soude, qui précipite le platine métallique, dont on prend le poids après lavage et calcination. De la quantité de platine on déduit le poids de la potasse.
a c) Dosage à Tétat de chlorure double de platine et de potassium.
a On amène les sels de potasse à Tétat de chloroplatinate qu'on pèse après lavage à Talcool et dessiccation.
« Le Ministre de l'agriculture règle, par une instruction, sur l'avis conforme du Comité consultatif des Stations agronomiques et des Laboratoires agricoles, les détails de chacun des procédés d'analyse mentionnés ci-dessus.
« Art. i3. — Le chimiste expert, dans son rapport, indique les tolérances d'écart qui lui paraissent admissibles, en tenant compte :
ce i<» Du degré d'homogénéité dont l'engrais est susceptible;
« 2" Des changements qu'il a pu subir suivant sa nature entre la livraison et l'analyse;
c( 3° Et enfin du degré de précision des procédés d'analyse suivis.
« Il conclut en donnant son avis sur les circonstances qui ont pu, indépendamment de la volonté du vendeur, modifier la composition de l'engrais.
tt Art. 14. — Le rapport du chimiste expert est déposé
LES ENGRAIS. 5i5
au greffe du tribunal qui a procédé à la désignation de Texpert. Avis du dépôt est donné par Texpert aux parties intéressées, au moyen d'une lettre recommandée.
tt Si le vendeur conteste l'analyse, il doit faire sa déclation dans un délai de huit jours à partir du jourdu dépôt, le jour de la notification non compris. Dans ce cas, le troisième exemplaire de Téchantillon est soumis à une contre-expertise par un chimiste expert choisi sur la liste dressée par le Ministre et désigné par le président du tribunal de l'arrondissement où il a été procédé à la prise d'échantillon.
« Art. i5. — Le chimiste expert qui est chargé de la contre-expertise, fait, dans les huit jours à partir de celui oîi Téc^iantillon lui a été remis, l'analyse de l'engrais ou de l'amendement et rédige son rapport dans les formes indiquées à l'article i3 ci-dessus.
« Art. i6. — Le rapport du chimiste expert chargé de la contre-expertise est déposé au greffe du tribunal civil où il a été procédé à la prise d'échantillon.
« Avis du dépôt est donné par l'expert aux parties intéressées, au moyen d'une lettre recommandée.
a Art. 17. — Les rapports des chimistes experts, ensemble les procès-verbaux de prise d'échantillon, sont transmis au procureur de la République pour y être donné telle suite que de droit.
« Art. 18. — Cette transmission a lieu, par les soins du chimiste expert, dans les huit jours qui suivent l'expiration du délai imparti par l'article 1 5 pour contester l'analyse, quand l'analyse n'a pas été contestée par le vendeur, et par ceux du chimiste chargé de la contre-expertise, au cas où il a été procédé à cette opération, dans les quarante -huit heures qui suivent la clôture du rapport.
5i8 LES ENGRAIS.
premier de la loi considère comme une tromperie ou une tentative de tromperie l'emploi pour désigner ou qualifier un engrais, d'un nom qui, d'après l'usage, est donné à d'autres substances fertilisantes.
<c Ainsi la vente ou la mise en vente, sous le nom de guano, d'un engrais fabriqué, alors même que cet engrais aurait la richesse du guano en éléments utiles, constitue une tromperie ou une tentative de tromperie sur la dénomination en même temps que sur la nature du produit. Les mots « ou qualifier » dont se sert le législateur ont pour but d'interdire formellement de faire entrer les noms d'engrais déjà connus comme guano, noir d'os, etc., dans la dénomination d'un engrais nouveau.
« Provenance. — Le règlement d'administration publique définit suffisamment ce qu'il faut désigner sous ce nom. C'est le lieu géographique d'où est tiré le produit s'il s'agit d'un engrais naturel comme le guano du Pérou, ou le nom de Tusine ou de la maison qui le fabrique ou le fait fabriquer s*il s'agit d'un produit industriel.
« Nature. — Par nature, il faut entendre l'ensemble des propriétés qui caractérisent la marchandise et la différencient de toute autre. Il y a tentative de tromperie sur la nature d'un engrais quand l'indication fournie soit dans le contrat, soit dans le double de commission, soit dans la facture, s'applique à une marchandise différente de celle qui est vendue ou mise en vente. Ainsi la désignation du cuir torréfié sous le nom de sang desséché ; de la poudre de corozo sous le nom de poudre d'os ; de la tourbe torréfiée ou coke de Boghead sous le nom de noir; de schistes pulvérisés sous le nom de phosphates; de terre rougeâtre sous le nom de guano; constituent une tromperie sur la nature de l'engrais.
LES ENGRAIS. Sig
parce que ces diverses matières ne possèdent pas Tensemble des propriétés des engrais sous le nom desquels elles sont vendues ou mises en vente, bien qu'elles en aient plus ou moins l'aspect extérieur.
* Composition, — Les chimistes distinguent deux sortes de compositions : la composition qualitative qui est rénumération des composants essentiels dont une substance est formée, et la composition quantitative qui indique pour chaque composant la proportion pour laquelle il entre dans l'ensemble
« Le dosage des éléments utiles qui n'est autre que la composition quantitative dans ce qu'elle a d'essentiel en matière d'engrais, étant spécialement visé dans l'article i'**" de la loi, il ne peut être question pour la tromperie sur la composition que de la composition qualitative. On reconnaîtra donc l'existence de cette tromperie lorsque le marchand d'engrais annoncera comme entrant dans la composition de l'engrais mis en vente ou vendu des substances qui ne s'y trouvent pas.
« Dosage des éléments utiles, — En ce qui concerne le dosage des éléments utiles qui fait l'objet de l 'article 2 du règlement d'administration publique, il y aura tromperie ou tentative de tromperie lorsque l'analyse de l'engrais vendu ou mis en vente révélera pour un ou plusieurs des éléments énumérés à l'article 4 de la loi (azote, acide phosphorique et potasse) , un dosage (quantité contenue dans 100 kilogrammes d'engrais à l'état normal) inférieur à celui qui aura été annoncé conformément aux prescriptions de l'article 3 de la loi.
« Toutefois, la tentative de tromperie ou la tromperie ne pourra être admise que si l'écart entre le dosage garanti et le dosage trouvé dépasse les écarts d'homogénéité admissibles pour ces sortes de marchandises et
b2o LES ENGRAIS.
les limites d'erreur inhérentes aux méthodes d'analyse suivies.
« Vous remarquerez que l'article 2 du règlement d'administration publique mentionne, parmi les éléments fertilisants, l'acide phosphorique en combinaison insoluble; il doit être bien entendu que cette mention s'applique à l'acide phosphorique insoluble dans Veau ou dans le citrate d'ammoniaque, mais soluble dans les acides minéraux. L'acide phosphorique soluble seulement dans les acides est assimilable par les végétaux et est utilisé par l'agriculture; il a donc une valeur propre; aussi, pour prévenir toute confusion, les marchands d'engrais pourront employer la mention suivante : acide phosphorique en combinaison insoluble dans l'eau et le citrate d'ammoniaque, mais soluble dans les acides.
« Aux termes de l'article 4 du décret, tous officiers de police judiciaire, tous agents de la force publique ont qualité pour constater les infractions aux dispositions de la loi et à celles du présent règlement d'administration publique ; s'il y a doute ou seulement contestation sur l'exactitude des indications fournies par le vendeur, il peut être procédé, soit d'office , soit à la demande des parties intéressées, à la prise d'échantillon et à l'experpertise de la marchandise suspecte.
a II y a un grand intérêt à distinguer si la prise d'échantillon a lieu dans les conditions prévues par l'article 5 du règlement, c'est-à-dire à la demande des parties intéressées ou de Tune d'elles seulement, ou dans les conditions prévues par l'article 6, c'est-à-dire d'once.
« Dans le premier cas, en effet, l'opération devra toujours être faite contradictoirement au lieu de la livraison; dans le second, elle pourra s'effectuer non seulement au lieu de la livraison; mais encore dans les magasins ou
LES ENGRAIS. 52i
entrepôts, ou dans les gares ou ports de départ ou d'arrivée.
« Il en résulte que l'Administration se trouve investie d'un droit dont elle pourra user sans mise en demeure préalable, mais seulement lorsqu'elle aura de sérieux motifs pour le faire. Il ne faut pas perdre de vue que l'abus de ce droit deviendrait une source de vexations pour les commerçants honnêtes, en même temps qu'il apporterait les plus fâcheuses entraves à la liberté des transactions. L'Administration ne devra donc se servir de l'arme que le législateur a mise entre ses mains qu'avec la plus grande circonspection et lorsqu'elle y sera autorisée par de graves indices ou de fortes présomptions. Dans tous les cas, la prise d'échantillon d'office devra être faite en présence du vendeur ou de son représentant.
a Que la prise d'échantillon ait lieu d'office ou sur la requête de l'acheteur ou de son représentant, c'est le maire ou le commissaire de police qui devra procéder à cette opération. Toutefois, dans la pratique, l'Administration ne saurait trop recommander à ces officiers de police judiciaire de se faire assister, autant que possible, par le chimiste expert ou par le professeur d'agriculture du département ou de l'un des départements limitrophes, de telle façon que la prise d'échantillon s'effectue dans les conditions les plus régulières et d'après les procédés les plus sûrs, afin que l'échantillon soit la reproduction exacte de la marchandise.
<t Toutes les fois que la prise d'échantillon aura lieu d'un commun accord, l'Administration n'aura pas à intervenir et les parties pourront convenir du choix de l'expert et s'adresser à tel chimiste qu'elles s'entendront pour désigner.
a Mais dans le cas de désaccord entre l'acheteur et le
Ministre et désigné par le président du tribunal de Parrondissement où il a été procédé à la prise d'échantillon.
« Les articles 1 5 et i6 fixent les règles dje la contre-expertise et les articles 17 et 18 s'occupent de la mise en mouvement de l'action publique en prescrivant la transmission au procureur de la République des procès-verbaux de prise d'échantillon ainsi que des rapports des chimistes chargés de l'expertise et de la contre-expertise.
« Les instructions du Comité des Stations agronomiques sur la prise d'échantillon et l'analyse des engrais complètent l'article 12 du décret du 10 mai 1889, en indiquant d'une façon très précise la manière de procéder suivant la nature des engrais ou des amendements; elles permettent aux maires ou à leurs adjoints, ainsi qu'aux commissaires de police qui ne seraient pas familiarisés avec ce genre d'opérations et qui ne pourraient se faire assister d'un chimiste ou d'un professeur d'agriculture, d'effectuer les prélèvements d'échantillons dans des conditions régulières et conformes aux données scientifiques.
a D'autre part, elles constituent un guide certain pour tous les chimistes experts et assurent l'unité et la précision des procédés d'analyse qui sont indispensables pour maintenir l'autorité et l'efficacité des prescriptions du législateur.
« Quant à la liste des experts chimistes, elle sera revisée tous les ans, dans le courant de janvier, afin d'être modifiée ou complétée suivant les circonstances.
a Bien que le règlement ne contienne aucune disposition relative au payement des frais d'expertise, il doit être entendu que TEtat supporte les frais des analyses faites à la demande des autorités compétentes, si les
résultats de la vérification ne sont pas défavorables au vendeur et que les frais des analyses faites à la requête des particuliers sont payés d'après les conventions des parties, et, en cas de silence à ce sujet, parcelle qui, à la suite de la vérification, est reconnue en faute, c'est-àdire par le vendeur si ses indications sont fausses, par Tacheteur s'il a sollicité à tort une analyse.
« En terminant, je crois devoir vous rappeler que l'article 471, paragraphe i5, du Code pénal demeure applicable à toutes les contraventions auxquelles pourra donner lieu la violation desdites prescriptions.
« Je vous serai obligé, Monsieur le préfet, de donner la plus large publicité à la loi, au décret portant règlement d'administration publique, à la liste des experts et à la présente circulaire. Ces documents, indépendamment de leur insertion dans le Recueil des actes administratifs de votre département, figureront utilement dans le Bulletin des communes et dans les principaux organes départementaux. Il est essentiel, en effet, que les agriculteurs connaissent les mesures qui ont été prises par le Gouvernement de la République pour les protéger contre un genre de fraude dont ils n'ont souffert que trop longtemps et qui n'a pas peu contribué à retarder les progrès de la culture.
a Je compte enfin, Monsieur le préfet, sur votre vigilance et sur votre fermeté pour faire produire à Pœuvrc du législateur tous ses effets en exerçant une surveillance des plus attentives sur le commerce des engrais, et en usant de toutes les facilités que vous donne la nouvelle législation pour faire constater par qui de droit toutes les infractions aux prescriptions de la loi et du règlement d'administration publique, et vérifier la nature de toutes marchandises qui paraîtraient sus-
en couverture, se conformant d'une façon complète aux règles que nous avons exposées pour l'emploi des engrais.
Façons culturales, — Pendant la végétation, on applique au sol les mêmes façons culturales que dans la grande culture. Mais il convient de dire que les n^toyages et sarclages devront être fréquents ; un eflfet très manifeste dçs engrais chimiques, c'est de faire pousser en abondance les mauvaises herbes, qui, lorsqu'elles viennent à dominer, étouffent les récoltes et en compromettent la bonne venue. Beaucoup d'expériences sont faussées par cette cause d'erreur, qu'il faut chercher à éviter.
Pour opérer les sarclages en temps opportun, ce n'est donc pas sur l'état de propreté de l'ensemble du champ que l'agriculteur pourra se fixer; il devra procéder à l'examen fréquent des carrés d'essais, et éviter leur envahissement par les plantes parasites.
Examen pendant la végétation. — Le plus souvent, lorsqu'un engrais a produit de l'effet,, cela se voit à la simple inspection, par l'augmentation de la production végétale, par la vigueur et l'aspect des plantes; même avant l'époque de la récolte, l'action de l'engrais- est frappante ; elle s'accentue davantage à la maturité. L'examen au point de vue de la maturité, est particulièrement intéressant; certains engrais exercent une action qui peut avoir son importance. Il est donc utile pour l'agriculteur de suivre les progrès de la végétation, et, pendant son cours, de comparer les carrés en expérience à l'ensemble de ses cultures.
Cependant ces apparences sont quelquefois trompeuses, et il peut arriver, par exemple pour le blé, que la proportion de grains soit notablement plus élevée, sans qu'on puisse s'en apercevoir nettement à la simple inspection; ou inversement, que le développement de la
paille soit considérable, sans que la récolte de grains soit augmentée. 11 est donc toujours prudent de recourir à un moyen d'appréciation plus certain ; à cet effet, on emploie la pesée, en l'appliquant sinon à la récolte entière, tout au moins au produit qui en représente la principale valeur, c'est-à-dire les grains, les racines ou les tubercules, les fruits; quelquefois aussi il est utile et intéressant de tenir compte de la paille. Quant aux fourrages, il est préférable de les peser à l'état de foin, parce que dans le fourrage frais la proportion d'eau peut varier et induire en erreur sur la quantité réelle de matière alimentaire.
Récolte, — Pour procéder à la récolte, on commence par dégager les carrés, c'est-à-dire par enlever la végétation qui les entoure , sur une largeur de i à 2 mètres ; de cette façon , on n'a point à craindre que des produits venant de l'extérieur se mélangent avec ceux qu'on doit peser. Il va de soi, puisque Ton veut opérer sur une surface déterminée, que ce travail se fera avec soin, en se guidant sur le fil de fer qui limite exactement la parcelle en expérience. On enlève alors la récolte par les procédés usuels, et on pèse les produits qu'on a recueillis séparément sur chaque carré.
Dans le cas où l'on ne disposerait pas d'une balance, on pourrait se contenter de mesurer au volume pour les grains, les tubercules, les racines, les fruits; quant à la paille et aux fourrages, on compterait le nombre des bottes, qu'on aurait faites aussi égales que possible.
Mais tous ces résultats n'ont de valeur qu'autant qu'ils sont comparés à ceux que fournit la terre n'ayant pas reçu les mêmes fumures; il faut donc choisir dans le champ, aune distance des carrés d'expérience suffisante pour que les engrais de ces derniers n'aient pas pu y pénétrer, des carrés de même dimension , destinés à
représenter la production normale, sans application des fumures qu'on expérimente. Ces carrés témoins seront pris dans des parties du champ ayant rigoureusement la même constitution que les carrés en expérience. Il est prudent de les multiplier et de calculer la moyenne des résultats, qui servira de terme de comparaison.
Discussion des résultats. — Une fois les résultats numériques obtenus , il faut en tirer des conclusions pratiques. C*est par la comparaison des quantités de récoltes des parcelles, et par l'interprétation des différences attribuables à Tun ou à l'autre des engrais, qu'on arrive à déterminer la matière fertilisante qu'il convient de donner au sol. Fixons nos idées par des exemples, en prenant la culture du blé.
Exemple n** i. — Les résultats obtenus ont été les Suivants :
PoiiU (la grain, kil.
Carré sans engrais 1 5
Carré avec nitrate seul 18
— phosphate seul 21
— potasse seule 16
— nitrate, phosphate et potasse 3o
nitrate et phosphate 29
nitrate et potasse 19
— phosphate et potasse 22
A première vue, nous voyons que la potasse n'a pas produit un résultat appréciable et qu'il n'y a pas lieu de la donner au sol; l'acide phosphorique ainsi que le nitrate, pris isolément, ont donné des résultats incomplets; mais l'association de ces deux éléments a provoqué un surcroît de rendement très important.
Nous pouvons en conclure que, pour obtenir une
récolte abondante, il faut donner simultanément et Pacide phosphorique et Tazote, le premier manquant plus encore que le second; ces deux engrais devront donc être associés pour la culture du blé dans le cas actuel. Quant à la potasse, quoique son introduction ait déterminé un certain eftet, nous pouvons la rejeter, l'augmention qui lui est attribuable étant loin d'être suffisante pour donner des résultats rémunérateurs.
Exemple n" 2. — Prenons un autre exemple, dans lequel nous tiendrons compte non seulement du grain, mais encore de la paille. L'examen en cours de végétation nous avait fait penser que le nitrate de soude avait produit des effets extrêmement favorables; à la récolte, on a obtenu les quantités suivantes :
roid» du grain, kil.
Carré sans engrais l'i.o
Carré avec nitrate seul 1 5.o
— phosphate seul 27.0
— potasse seule 14.0
— nitrate, phosphate et
potasse 29.0
— nitrate et phosphate... 28.5
— — potasse 16.0
— phosphate et potasse.. 27.5
La comparaison de ces chiffres nous montre encore que la potasse, employée seule ou en mélange avec les autres engrais, n'a pas produit un résultat appréciable et que, par suite, son application au blé s'est montrée inefficace dans le terrain dont il s'agit. Le nitrate, donne isolément ou en même temps que la potasse, n'a produit d'effet que sur la paille, la proportion de grains n'en a pas été augmentée sensiblement; ce surcroît de
Poids do la pallie
klL
bHo LKS ENGRAIS.
rendement d'un produit de si faible valeur est insuffisant pour payer les frais de cette fumure azotée. Quant à Tacide phosphorique, son action est manifeste, alors même qu'il est employé isolément; lorsqu'on lui associe des nitrates ou de la potasse ou les deux à la fois, Taugmentation de grains n'est pas sensiblement plus élevée que lorsqu'il est employé seul.
Dans une pareille terre et pour la culture du blé, il est donc inutile de donner de la potasse, inutile aussi de donner des fumures azotées, puisque le sol en fournit assez pour une production intensive; mais il est indispensable de donner de Tacide phosphorique, dont Tactionest si manifeste, même lorsqu'il est employé seul.
L'exemple de cette terre est pris sur une défriche de prairie, riche en matières organiques.
Exemple n® 3. — Prenons encore la terre qui nous a servi dans l'exemple n" i, mais au lieu de l'étudier au point de vue de la culture du blé, étudions-la au point de vue de la culture de la luzerne. Ici l'opération se simplifie, parce que nous savons qu'il est inutile de donner à cette légumineuse des fumures azotées; nous nous trouvons donc seulement en présence de l'acide phosphorique et de la potasse. Voici les résultats que nous avons obtenus en réunissant toutes les coupes :
T'oin.
kil.
Carré sans engrais 40
Carre avec phosphate seul 46
— potasse seule 51^
— phosphate et potasse 6b
Nous voyons ici que Tacide phosphorique seul a déjà produit un résultat avantageux, que la potasse seule en a produit un encore plus considérable, mais que l'asso-
LES ENGRAIS. 58i
cîationde ces deux engrais a augmenté considérablement la récolte ; les deux étaient donc nécessaires simultanément, la potasse plus encore que l'acide phosphorique. Cet exemple nous montre que cette terre, qui contenait assez de potasse pour la culture intensive du blé. en était insuffisamment pourvue, lorsqu'il s'est agi de produire de fortes quantités de luzerne.
11 ne suffit donc pas d'essayer sur une seule culture l'application des différents engrais, pour pouvoir dire d'une façon générale que le sol a besoin de telle ou telle fumure; il faut tenir compte des exigences spéciales des diverses récoltes.
Mais il n'est point utile d'essayer par ce procédé toutes les plantes qu'on cultive sur le domaine, il y en a qui peuvent servir de type pour toute une série; par exemple, les résultats obtenus pour le blé pourront s'appliquer aux autres céréales; ceux qu'aura donnés la luzerne serviront pour les autres légumineuses; c'est-à-dire qu'il suffit d'étudier l'une des plantes de chacune des catégories qui ont des exigences analogues sous le rapport de la fumure.
Durée des expériences. — Comme on aura choisi pour taire ces essais les matières fertilisantes sous le plus haut degré d'assimilation, c'est dès la première année et sur la récolte même à laquelle on les applique qu'on en constate les effets. Cependant, pour les plantes qui occupent le terrain pendant plusieurs années, comme les prairies artificielles et naturelles, la vigne, etc., il est bon de suivre la végétation pendant deux ou trois saisons; car assez souvent les bons effets ne se manifestent qu'après la première année.
Pour les plantes annuelles, lorsque le résultat de l'application des engrais a été nul ou incertain, il faut toujours se demander si les conditions atmosphériques n'en
auraient pas entravé l'action. Souvent, pendant les années sèches, on constate rinefficacité des engrais; des pluies persistantes peuvent aussi produire des effets analogues, en enlevant les nitrates. En cas d'insuccès, il est donc prudent d'instituer de nouveaux essais Tannée suivante, pour lever les doutes sur ce point.
Résultais économiques des fumures, — La simple constatation des résultats bruts n'est pas suffisante pour se rendre un compte exact de l'opération; il est rare, en effet, même dans un sol qui contient en quantité suffisante les principes fertilisants, qu'une addition d'engrais ne produise pas quelques résultats; mais alors ces derniers ne sont pas assez importants pour couvrir les frais de la fumure supplémentaire. Si, par exemple, l'augmentation pour le blé n'est que de deux ou trois hectolitres par hectare, il est rarement avantageux de donner des engrais chimiques, car le prix de ces derniers dépasserait la valeur des deux ou trois hectolitres supplémentaires qui leur sont attribuables , et l'opération se traduirait par une perte. Il faut donc, lorsqu'on veut s'adresser aux engrais chimiques, que ceux-ci donnent des résultats assez accentués pour qu'il en résulte un bénéfice.
Dans les exemples que nous avons donnés ci-dessus, l'avantage d'employer certains engrais chimiques a été manifeste, et le surcroît de récoltes obtenu a payé et au delà les frais de la fumure. Il y a donc eu un intérêt pécuniaire à employer ces engrais. En effet, envisageons l'exemple n** i, en comparant la parcelle témoin produisant 1 5 kilog. de grains à la parcelle ayant reçu 4 kilog. de nitrate et 2 kilog. de phosphate précipité, et qui a produit 29 kilog. de grains. En admettant que les 100 kilog. de grains ont une valeur de 25 francs, et en rapportant les résultats à l'hectare, nous voyons que :
La parcelle sans engrais a produit pour 475 fr. de grains.
— fumée en a produit pour :... 725 —
En retranchant de ce dernier chiffre, la valeur
de l'engrais i5o —
Nous constatons que le bénéfice atiribuable à
remploi des engrais a été de 1 00 francs.
Quoiqu'on ne puisse pas généraliser les résultats obtenus en petit, on est cependant certain, dans le cas actuel, que Tapplication des engrais conduira à un bénéfice, et on peut sans hésitation les employer sur une grande échelle.
Mais souvent les différences, tout en ressortant clairement des pesées, ne sont pas assez accentuées pour qu'on puisse affirmer que l'emploi des engrais sera réellement rémunérateur. En supposant que dans cette même expérience, au lieu d'avoir obtenu 29 kilog. de grains, nous n'en ayons obtenu que 25 kilog., nous constaterions que les frais occasionnes pour l'achat des engrais ont simplement été couverts par le surcroît de récolte. Dans ces conditions, nous devons répéter l'expérience, mais en la faisant sur une plus grande échelle et en employant des doses d'engrais moins élevées que celles que nous avions mises dans les parcelles d'un are. Nous emploierons, par exemple, sur une surface d'un hectare, i5o kilog. de nitrate et autant de phosphate précipité; n'ayant plus alors par hectare qu'une dépense d'environ 75 francs, soit moitié moindre que dans le cas précédent, il est possible que le surcroît de récolte donne un bénéfice.
L'agriculteur devra toujours se placer au point de vue économique, pour se rendre compte de l'opportunité de l'apport des engrais supplémentaires. Et, à ce point de vue, nous recommandons dans tous les cas de
584 l-KS ENGRAIS.
vérifier par des expériences en grand les résultats obtenus par les expériences en petit.
Lorsque l'utilité d'un ou de plusieurs principes ressort d'une manière plus ou moins nette des essais précédents, on doit chercher en grande culture quelle est la condition de son emploi qui permet de réaliser les plus grands bénéfices.
L'expérience n'est point compliquée, elle consiste à taire varier la quantité et, par suite, la dépense d'engrais. Souvent les doses relativement élevées, qu'on emploie à dessein dans le champ d'essais, pour obtenir des résultats plus manifestes, ne sont pas économiques; il faudra donc s'assurer, avant de les rejeter complètement, si en les diminuant, on ne rendra pas leur emploi avantageux. Inversement, il conviendra d'examiner si des quantités élevées d'engrais ne sont pas capables de fournir des résultats plus rémunérateurs que des doses restreintes. Ces expériences, d'ordre économique, doivent toujours compléter les données fournies par les champs d'essais.
Expériences au point de vue de la comparaison des engrais entre eux. — Dans tout ce que nous avons dit précédemment, nous n'avons envisagé que les engrais se présentant sous l'état le plus assimilable, car nous nous occupions surtout de rechercher si tel ou tel élément peut agir favorablement sur les récoltes. L'agriculteur doit encore se placer à d'autres points de vue, surtout au point de vue de la moindre dépense.
Nous ne nous sommes pas jusqu'à présent préoccupés de fournir les matières fertilisantes au prix le plus bas, ni de les utiliser au maximum, tant pour la culture à laquelle ils sont donnés, que pour les cultures suivantes. Une fois l'avantage de l'introduction d'un
principe fertilisant bien démontré, il faut savoir sous quelle forme il y a le plus d'intérêt à l'appliquer; car suivant la nature du sol, il conviendra de s'adresser à Tun ou à l'autre des engrais commerciaux.
Nous savons, par exemple, que dans les terres légères, l'azote nitrique est enlevé beaucoup plus rapidement que l'azote ammoniacal ou l'azote organique et que, par conséquent, il y aura plus d'avantage à s'adresser à ces deux derniers pour utiliser plus complètement la fumure donnée. Nous savons aussi que dans des sols riches en matières organiques, on peut obtenir avec les phosphates naturels, dans lesquels le kilog. d'acide phosphorique se paye o fr. 20, des résultats aussi bons et souvent meilleurs qu'avec les superphosphates, dans lesquels l'acide phosphorique se paye trois ou quatre fois plus cher. Nous savons encore que, dans certaines terres où la matière organique est peu abondante , il vaut mieux employer, au contraire, les superphosphates, malgré leur prix plus élevé, que les phosphates naturels, dont l'effet serait presque nul. L'agriculteur se trouve donc souvent en présence d'un doute sur l'opportunité d'appliquer tel ou tel engrais azoté, tel ou tel engrais phosphaté, et, malgré les indications générales qu'il peut tirer de la connaissance de la nature de son sol, il peut être amené à résoudre par l'expérience la question ainsi posée.
Dans ce cas, il faut opérer autrement que lorsqu'il s'agit simplement de rechercher l'utilité d'un principe fertilisant. Ce n'est plus une question de principe qu'on chercheà résoudre, mais une question d'intérêt, et comme les résultats qu'on obtiendra doivent être des résultats pratiques, on ne se contentera plus d'opérer sur de petites parcelles. 11 faut soumettre à l'expérience de plus grandes étendues de terrain, ce qui d'ailleurs n'a pas
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CepcnJ.'jnt. on peut aussi remettre des fumures, soit toii^t Icn ans, soit tous les deux ans, si la nature des ré- <.olîc» le demande: dans ce cas, il faut faire entrer en lî^nc Je compte l'état du sol à la iin de l'observation. Supposons*, par exemple, qu'il s'agisse de comparer l'effet de l'azote nitrique à celui du sang desséché sur un assolement triennal, comprenant une plante sarclée, du blé, et enhn de l'avoine et que nous ayons donné au début 40 kilog. da/.otc, sous Tune f)u Tautre forme, et au blé ho kilr^g. Le nitrate étant essentiellement soluble ne laissera pas d'azote dans le sol à la fin de la rotation: tandis que Tazotc organique en aura laissé, dont Teffet se fera sentir sur les récoltes suivantes. A côté du résultat cuitural s'appuyant sur les pesées, il faut donc
tenir compte de Tétat dans lequel on a laissé la terre et apprécier dans une certaine mesure la valeur de la fumure qui sera restée ainsi disponible pour la suite. Ces considérations s'appliquent d^ailleurs essentiellement aux engrais azotés, dont les uns sont susceptibles d'être partiellement enlevés par les pluies, dont les autres, au contraire, restent pour ainsi dire acquis au sol.
Pour les phosphates et les sels potassiques, nous n'avons pas à entrer dans les mêmes considérations; là, tout l'élément utile reste fixé dans la terre et on n'a point à tenir compte, ultérieurement à la période d'observation, d'une sorte d'amélioration foncière, différente suivant les matières premières employées.
Quantité d'engrais à employer. — Pour que les comparaisons entre les différents engrais aient quelque valeur, il est indispensable d'employer ceux-ci en quantité nettement déterminée. Commençons par dire qu'il faut se maintenir dans les limites moyennes, que nous avons indiquées dans le cours de cet ouvrage, pour les diverses substances fertilisantes, se plaçant ainsi dans les conditions de fumures normales; mais il faut, en outre, opérer de telle sorte que les comparaisons aient une portée pratique réelle.
On peut adopter à cet effet deux procédés : le premier consiste à employer les matières fertilisantes qu'il s'agit de comparer, en quantité telle, qu'une môme surface du champ d'essais reçoive une n.ême quantité de l'élément réellement utile : c'est-à-dire d'azote, s'il s'agit de comparer les nitrates, les sels ammoniacaux et les engrais organiques; d'acide phosphorique dans les cas des phosphates naturels , des superphosphates , des scories de déphosphoration ; de potasse, pour les différents sels du commerce. Les quantités d'engrais à appliquer seront donc inversement proportionnelles à
leur richesse en éléments fertilisants. Ainsi devra-t-on employer deux fois plus de sang desséché à io,5 pour loo d'azote, que de sulfate d'ammoniaque à 21 p. 100 d'azote, etc. Cette manière de procéder est plus scientifique et les déductions qu'on peut en tirer sont d'un ordre plus abstrait.
La seconde manière, celle à laquelle nous conseillons au praticien de recourir, consiste à employer les engrais à comparer, non pas à égalité de matière fertilisante, mais à égalité de prix. Ce que doit rechercher surtout l'agriculteur, c'est le résultat économique de ses opérations, et, à ce titre, la dépense pour la fumure supplémentaire est un facteur aussi important que l'excédent de recette qui en est résulté. Le prix des différents engrais, rendus à pied d'œuvre, étant déterminé aussi exactement que possible, on les emploiera donc en proportions telles qu'il en résulte la même dépense pour une même surface de terre. Si, par exemple, on veut comparer le sang desséché au sulfate d'ammoniaque, et qu'on ait mis de ce dernier 200 kilog. à 35 fr. les 100 kilog. représentant une dépense de 70 fr., il faudrait également employer pour 70 francs de sang desséché, soit 35o kilog., si le prix est de 20 fr. les 100 kilog.
Pour les phosphates, dans lesquels le prix de l'acide phosphorique est très différent, on est ainsi amené à donner quelquefois en quantités considérables l'engrais qui se trouve être au prix le plus bas. Prenons comme exemple un phosphate naturel, à 18 pour 100 d'acide phosphorique, le kilog. de ce dernier valant ofr. 20; et un superphosphate à i 5 pour 100 d'acide phosphorique soluble, dont le kilog. sera coté à o fr. 70: on a dans le premier cas, dans 100 kilog. d'engrais, 18 kilog. d'acide phosphorique pour 3 fr. 60, dans
le deuxième cas, 1 5 kilog. d'acide phosphorique pour lo fr. 5o. Si nous avons introduit dans le sol 200 kilog. de superphosphate, contenant 3o kilog. d'acide phosphorique, nous aurons pour la même dépense pu introduire 583 kilog. de phosphate naturel, contenant io5 kilog. d'acide phosphorique. Cet exemple montre Tutilité de ces essais. Si, en effet, dans le sol dont il s'agit, Tacide phosphorique du phosphate naturel avait donné les mêmes résultats que celui des superphosphates, on pourrait en diminuer la quantité et on réduirait ainsi la dépense.
Pour que les différences constatées entre les résultats que donnent les diverses formes de Tengrais soient plus frappantes, il convient de choisir de préférence, pour chaque type d^engrais, les plantes qui répondent le mieux à leur application : c'est-à-dire, pour les engrais azotés et phosphatés, les céréales et particulièrement le blé; pour les engrais potassiques, les légumineuses et principalement la luzerne.
Essai des amendements. — Nous venons d'envisager les engrais proprement dits : azotés, phosphatés, potassiques. Nous devons nous occuper aussi des amendements, parmi lesquels la chaux, la marne, le plâtre, tiennent le principal rang. A proprement parler, nous n'avons pas à insister beaucoup sur le mode d'opérer; les règles générales que nous avons données pour les engrais doivent également nous servir de guide pour les amendements. C'est surtout sur les parcelles prises en pleine culture qu'il faut faire ces essais, quitte ensuite à les appliquer à de plus grandes surfaces, si on veut avoir une confirmation plus complète, ou si on veut opérer des comparaisons.
Chaulage et marnage. — Beaucoup de terres, même de celles qui contiennent des proportions sensibles de
.Sgo LES ENGRAIS.
calcaire, sont sensibles à l'application de la chaux ou de la marne; l'analyse chimique seule est souvent impuissante à nous dire si une terre est suffisamment calcaire. Ce n'est que dans le cas où la proportion de cet élément est très élevée, c'est-à-dire où elle est au moins de 8 à lo pour loo, qu'on est certain que l'apport de ces amendements ne produira plus d'effets. Au-dessous de cette limite , il est toujours à conseiller d'essayer, sur quelques parcelles, soit de la chaux, soit de la marne, suivant les facilités de l'approvisionnement de Tune ou de l'autre matière. Ces applications devront d'ailleurs se faire dans les proportions et dans les conditions que nous avons indiquées en parlant du chaulage et du marnage; si l'on veut faire une comparaison entre ces deux amendements, il faut la faire à égalité de dépense. Mais on ne doit pas oublier que la chaux et surtout la marne ne produisent pas tous leurs effets dès la première année, et ne l'épuisent qu'au bout d'une assez longue période; il convient donc de suivre ces essais et de ne se prononcer qu'après la comparaison des résultats de plusieurs cultures successives. Cependant, si le sol manque réellement de calcaire, les effets de son application se manifesteront très vite et on ne gardera aucun doute sur l'utilité de son emploi.
Il est plus convenable de pratiquer ces essais en sols non fumés, le chaulage et le marnage étant surtout destinés à mettre en circulation les richesses accumulées du sol ; on verra ainsi, d'une façon plus nette , Tinfluence directe de l'élément calcaire sur la fertilité. On peut cependant aussi opérer en sol moyennement fumé, l'action de la chaux s'exerçant alors et sur le sol et sur le fumier.
Ce n'est pas seulement la plus-value de la récolte qu'il faut envisager, mais aussi l'amélioration foncière
de la terre; les chaulages et les mar nages agissent en modifiant la nature du sol qu'ils rendent plus meuble, plus facile à travailler, plus perméable, quand il s'agit de terres fortes, plus consistant, au contraire, lorsqu'il s'agit de terres légères.
Nous insistons sur la nécessité de ces essais ; beaucoup de terres, qui produisent des récoltes satisfaisantes, gagneraient cependant à l'apport d'amendements calcaires , dont on ne soupçonne souvent pas l'utilité.
Plâtrage, — Quant au plâtre, qui s'applique surtout aux légumineuses, on n'a qu'à le répandre en couverture à l'automne ou au printemps, comme nous l'avons dit; si effectivement il produit des résultats, ceux-ci sont accentués dès la première coupe. Mais comme fréquemment le plâtre agit plutôt d'une façon apparente que réelle sur la production de la matière alimentaire, en donnant des récoltes plus gorgées d'eau, on fera bien de comparer entre elles non pas les récoltes fraîches, mais les récoltes fanées, les parties plâtrées se réduisant souvent plus que les autres par la dessication. C'est encore un essai qu'il ne faut pas négliger; le plâtrage s'est perpétué dans certaines régions, sans qu'on se soit jamais assuré si son utilité est toujours réelle.
On opérerait de la même manière pour essayer l'action d'autres substances, telles que les sels magnésiens, le sulfate de fer, et les autres produits dont on voudrait connaître l'effet sur la production des récoltes.
§ II. — Champs d'expériences.
Nous avons envisagé, dans ce qui précède, les résultats que peut obtenir l'agriculteur par l'application
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des engrais dans son exploitation. Ses voisins pourront profiter des connaissances ainsi acquises, si la nature de leur sol et celle de leur sous- sol est identique avec celle du domaine sur lequel auront porté les expériences, et qui servira en quelque sorte de champ de démonstration.
Les agriculteurs intelligents qui se livrent à ces études rendent donc un véritable service aux cultivateurs du voisinage.
Groupement des terrains. — Mais les directeurs des Stations agronomiques doivent avoir un champ d'études plus vaste , qui embrasse toute la région sur laquelle s'étend leur action. Ils n'ont pas seulement à considérer tel ou tel domaine, ni même telle ou telle commune, mais l'ensemble des principales natures de sols, dans lesquelles la région se subdivise; ce sont donc des questions d'ordre plus général qu'ils auront à aborder, sans entrer dans les détails de l'application à chaque cas spécial. Pour eux, il s'agira, non de savoir quels sont les besoins de telle exploitation, mais quels sont ceux de la région entière. Il est bien rare que dans un département, et surtout dans une réunion de plusieurs départements, la nature du sol soit la même et que, par suite, les mêmes engrais conviennent à tous les points du territoire; là, il s'agira donc de diviser la région en plusieurs parties, comprenant chacune les sols ayant la même origine géologique, le même sous-sol, de telle sorte qu'on aura des séries de terrains présentant les mêmes propriétés, et qu'on pourra regarder comme constituant un lot horfiogène, que ces terrains forment une zone contiguë ou qu'ils soient disséminés au milieu de terrains de nature différente. Lorsque ce groupement a été opéré, en s'aidant des données géologiques et de l'analyse préalable des terres,
on choisit dans chaque groupe un ou plusieurs champs représentant autant que possible une moyenne de composition et on y établit les expériences.
Ce groupement nécessite des études préliminaires longues et délicates, qui ne doivent jamais être négligées, si l'on veut tirer de ces résultats des conclusions pratiques, pouvant être appliquées à toute la zone envisagée. Il vaut mieux n'avoir dans chacune de ces zones qu'un seul champ d'expérience, dans un terrain bien étudié et représentant la nature moyenne du sol, que de multiplier les essais dans des conditions moins bien définies. On doit donc attacher une grande importance à Tétude préliminaire du terrain sur lequel on opère.
Etablissement des carrés d'expériences. — Lorsque l'emplacement est déterminé suivant les indications données, il s'agit d'installer le champ d'expériences. Sa disposition variera avec l'étendue du terrain et avec la nature des essais qu'on veut y entreprendre; nous devons nous borner ici à exposer quelques règles générales, pour arriver aux résultats les plus concluants.
Influence des bords. — Tous ceux qui ont opéré sur des carrés de dimensions restreintes, séparés par des chemins ou des allées, ont dû être frappés de la perturbation qu'apporte l'influence des bords, qui se trouvent toujours dans des conditions plus favorables à la végétation. Même lorsqu'on opère dans un terrain presque stérile, on voit des parcelles n'ayant reçu aucune fumure présenter sur leurs bords une végétation relativement luxuriante, alors qu'au centre elle est extrêmement chétive. Cette influence des bords est de nature à troubler complètement les résultats d'une expérience,
et il importe au plus haut point de la faire disparaître. T. III. 38
On y arrive facilement en supprimant les allées et en laissant toutes les parcelles contiguës et formant un champ continu. Mais il y a un autre inconvénient qui s'établit de ce chef, parce que les parcelles ayant reçu des fumures différentes se touchent et que par suite les plantes voisines de la limite peuvent puiser leur nourriture dans deux parcelles à la fois. Il est facile de faire disparaître cette cause d'erreur, en retirant de l'expérience les bandes qui bordent les carrés. On pratique autour de chacun d'eux, avant de procéder à la récolte, des véritables allées qui les isolent et qui ont éliminé les produits poussés sur les terrains intermédiaires.
Pourfixer les idées, supposons que l'expérience doive rouler sur des parcelles de lo mètres de côté; on commencera par établir des carrés contigus de 1 2 mètres de côté, de telle sorte qu'autour de chaque parcelle en expérience, il y ait une bande de i mètre de largeur, et que ces parcelles soient en réalité séparées l'une de l'autre par une largeur de 2 mètres. Quant au j>ourtour de Tensemble de cette disposition , il sera également formé par une bande ayant 2 mètres de largeur. De cette façon, chacune des parcelles en expérience est séparée de la parcelle voisine et des bords extérieurs par une largeur de 2 mètres. L'emploi de fils de fer, tendus entre des piquets, facilitera beaucoup cette disposition ; les engrais ne seront répandus que dans des parcelles de 10 mètres, tandis que les semaines se feront d'une façon uniforme sur l'ensemble du champ. Cela revient absolument à établir des carrés séparés par des allées de 2 mètres et entourés d'une allée de 2 mètres, ayant reçu les mêmes façons et les mêmes semences que les carrés en expérience.
Quant aux façons aratoires et aux semailles, tout en
LES ENGRAIS. SqS
se rapprochant de ce qui se fait dans la pratique, on devra y apporter un plus grand soin et une plus grande régularité, pour rendre les conditions aussi égales que possible. Chaque expérimentateur aura d'ailleurs à déterminer lui-même le mode de procéder le plus favorable à la réussite de ses essais.
Pour éviter que les engrais répandus à la main aillent d'un carré sur Tautre^ ou dépassent les limites de la surface qu'ils doivent fumer, il est bon de se servir d'un écran, sorte de planchette posée sur la limite du carré, et empêchant la matière lancée à la main de franchir la ligne de séparation. Il ne faut pas opérer lorsque le vent souffle, afin d'éviter Tentraînement des poussières dans les parcelles voisines.
Il est recommandable d'avoir, pour chaque nature de fumure et pour les témoins, plusieurs carrés en expérience, afin de contrôler les résultats obtenus. Ceux-ci ne doivent pas présenter des écarts supérieurs k 5 %; si cette limite est dépassée, on doit rejeter l'expérience comme défectueuse.
Interprétation des résultats. — Lorsque les pesées des récoltes ont été effectuées avec tous les soins désirables, il s'agit d'interpréter les résultats et là on rencontre quelquefois des difficultés. Les végétations obtenues sur de petites surfaces, qui ont été ordinairement travaillées avec beaucoup plus de soin, ensemencées très régulièrement, sarclées fréquemment, sont généralement plus belles que celles qu'on obtiendrait en grande culture. Si on rapporte à l'hectare le résultat obtenu sur les petits carrés, on arrive presque toujours à des chiffres qui étonnent les praticiens et qu'on ne saurait retrouver, si on appliquait les mêmes fumures à de grandes surfaces. Il vaut donc mieux donner les chiffres qu'on a obtenus sur la parcelle envisagée et
Sgô LES ENGRAIS.
ne pas les rapporter à ce -qu'eût produit un hectare.
Les champs d'expériences sur de petites surfaces, conduisent plutôt à résoudre des questions de doctrine que des questions économiques; ils ont un intérêt de premier ordre, mais il ne faut leur demander que ce qu'ils peuvent réellement donner^ Pour étudier les rendements qu'on obtiendrait en grande culture, il faut opérer sur de grandes surfaces, c'est-à-dire se placer entièrement dans les conditions de la pratique agricole. Les expérimentateurs qui veulent généraliser les résultats fournis par des petites parcelles oublient que, sur de grandes surfaces, on n'est pas maître au même degré des conditions qui doivent favoriser le développement végétal.
Les données économiques des champs d'expérience ont donc toujours besoin d'être confirmées par des essais entrepris dans les conditions de la grande culture.
Expériences scientifiques. — Au lieu de faire les essais en plein champ, comme nous venons de l'indiquer, on a souvent avantage à les faire dans des limites très restreintes, en plaçant les terres dans des pots ou dans des caisses, et en tâchant alors de réunir toutes les conditions favorables à la solution du problème qu'on s'est posé. On peut ainsi soustraire ses cultures à l'action des intempéries, aux ravages des animaux nuisibles et des maladies cryptogamiques, on peut les arroser de manière à activer la végétation, répéter et recommencer les essais pour obtenir des moyennes, déterminer plus rigoureusement les quantités d'engrais donnés, ainsi que le poids de récolte obtenu; l'homogénéité du sol sur lequel on opère peut être rendue parfaite, enfin la surveillance est plus facile et les frais sont beaucoup plus minimes.
Des résultats intéressants sont obtenus par ce procédé, pour étudier l'effet d'un engrais donné sur telle
OU telle plante, pour comparer différents engrais appartenant à une même catégorie, etc. Ce qu'on cherche là, ce ne sont pas des chiffres absolus, mais des chiffres comparatifs, et il faudrait se garder, bien plus encore que dans le cas des champs d'expérience, d'appliquer les. résultats à de grandeà surfaces. Ce qui est indispensable pour l'exactitude de ces comparaisons, c'est d'opérer dans des conditions de forme de vase, de quantité de terre, d'arrosage, d'exposition, de température, absolument identiques, sans autre différence que celle de l'introduction de la substance que l'on veut essayer.
§ III. — Champs de démonstrations.
Leur but. — Les champs de démonstrations ont été institués pour montrer aux agriculteurs, par des exemples entrant dans les conditions de la pratique agricole, les effets produits par l'application des divers engrais, par le choix des semences et le perfectionnement des procédés culturaux; ils constituent pour l'agriculteur, auquel les notions théoriques sont peu familières, et pour celui qui se défie des procédés dont jl n'a pas l'usage, des leçons de choses, qui doivent le porter à entrer dans la voie du progrès.
Le champ de démonstrations diffère en cela du champ d'expériences qu'il n'est pas destiné à élucider des questions encore obscures ; il ne doit servir qu'à montrer au public, sous une forme frappante, les faits définitivement acquis. C'est en somme la mise en évidence des résultats favorables fournis par les champs d'essais. A ce titre, ils ne doivent jamais présenter d'insuccès, puisqu'on ne doit y établir que des méthodes dont la réussite est certaine.
On sait combien il est difficile de faire entrer dans la pratique agricole et particulièrement chez le petit cultivateur, les perfectionnements qui peuvent résulter des conquêtes de la science; nulle démonstration n'aura sur lui autant d'action que celle qui frappe ses yeux, sous la forme d'une belle récolte. A proprement parler, les cultures bien conduites et dans lesquelles on applique les procédés les plus avantageux, constituent toutes des champs de démonstrations, et là où des propriétaires intelligents exploitent leur sol avec profit, le petit cultivateur sera constamment à même d'observer l'effet des méthodes plus perfectionnées.
Mais dans beaucoup de régions, les exploitations modèles font défaut et rien n'indique au paysan comment il pourrait obtenir de plus belles répoltes; c'est là qu'il est nécessaire d'instituer des champs de démonstration, destinés à apprendre les procédés auxquels on doit avoir recours, pour améliorer la production du sol. Ici nous n'avons à nous occuper que des engrais; il s'agit de montrer quels sont ceux qui, dans un sol déterminé, produisent les meilleurs résultats sur les différentes cultures.
Choix de remplacement. — Les résultats obtenus dans un de ces champs ne peuvent s'appliquer qu'aux terres de même nature; il faudrait donc se garder de généraliser. Dans le choix de l'emplacement, on doit s'attacher à représenter les surfaces les plus importantes de la région, sur laquelle on veut étendre son action. Il faut bien savoir à quelle nature de sol s'appliquent les résultats obtenus. S'il existe, comme c'est presque toujours le cas, des terres de nature différente, il faut établir un champ de démonstration spécial à chaque terre. Il y a donc lieu de disperser ces cultures modèles ; cependant, pour que le plus grand nombre des
agriculteurs soient à même de les visiter, il est à désirer qu'elles soient placées au voisinage du centre des affaires, par exemple autour des villes où se tiennent les marchés et autant que possible le long des routes, afin de frapper l'attention du cultivateur, généralement si indifférent; en un mot, il faut les disposer de telle sorte qu'il puisse les voir, sans pour ainsi dire se déranger. Il est, de plus, utile qu'une étiquette fasse connaître la nature et la quantité des engrais qui ont été employés. L'aspect des récoltes suffira généralement pour montrer l'effet qu'on en a obtenu ; mais il est bon qu'après la récolte, les indications sur les rendements, et les comparaisons entre les frais et les bénéfices, soient mis à la connaissance des agriculteurs par des communications imprimées ou orales.
Afin que ces résultats inspirent plus de confiance, il est nécessaire d'opérer sur des surfaces qui ne soient pas très restreintes. Puisque, en somme, l'opération du champ de démonstrations doit être bonne et conduire à des bénéfices, il n'y a aucun inconvénient à opérer sur plusieurs hectares. L'agriculteur sera d'autant plus frappé des résultats, qu'il aura pu les constater sur de plus grandes surfaces.
Comme c'est un modèle à suivre qu'on propose aux visiteurs et qu'on ne veut pas seulement leur donner une démonstration théorique de l'effet de tel ou tel principe fertilisant, il n'y a aucun intérêt à séparer l'un de l'autre les divers agents qui concourent à l'augmentation de la production végétale; ainsi doit-on chercher à réunir toutes les conditions favorables au succès des récoltes, tels que les engrais appropriés, les semences choisies, les façons culturales perfectionnées. Il s'agit, en effet, plutôt de montrer à l'agriculteur comment il doit faire pour réussir, que de lui expliquer à quoi tient la réussite.
6oo LES ENGRAIS.
Il appartient à renseignement agricole, qui pénètre de plus en plus dans les campagnes, de former des agriculteurs assez instruits pour comprendre le parti qu'on peut tirer de l'emploi judicieux des engrais. j
L'agriculture nationale peut compter sur un avenir d'autant plus prospère, qu'elle s'attachera davantage à utiliser les matières fertilisantes que la nature ou les résidus de l'industrie humaine mettent si abondamment à sa disposition.