‹ Les engraisChapitre 6 sur 69 · I- II. III. IV · texte numérisé non relu

I- II. III. IV

Sans engrais 35. 800 56.5oo 35. 800 47.000 8.800

Engrais sans potasse. 65. 280 59.000 42.700 50.400 11.600

— avec — . 8o,35o 73.400 49.600 67.000 i3.5oo

LES ENGRxMS. 4?

Nous n'avons envisagé la question qu'au point de vue pratique de l'application des engrais potassiques. Nous devons ajouter ici qu'on a discuté souvent pour savoir quel rôle jouait la potasse dans la formation du sucre et de la fécule; certains savants admettent son rôle prépondérant, d'autres nient son efficacité et croient, au contraire, que sa présence est plutôt nuisible qu'utile. Ces divergences tiennent à ce que la question est mal jx)sée.

La betterave est incapable, comme tout autre végétal, du reste, de prospérer sans le concours de la potasse. C'est là un principe qui est surabondamment démontré par les expériences physiologiques, et si, comme M. Petermann, on fait végéter une betterave dans un sol artificiel privé de potasse, on observe que la formation du sucre est nulle, et qu'elle croît avec la quantité de potasse ajoutée. Au point de vue théorique, la question nous semble hors de contestation.

Les inconvénients des sels potassiques au point de vue pratique de la production du sucre, ne sont pas à mettre en doute. On a fréquemment observé leur effet fâcheux sur la production du sucre dans les betteraves et de la fécule dans les pommes de terre. Nous empruntons à M. Petermann l'exemple suivant :

RichesM; Mici'liiirlnc de Ia bcttArarc.

Sans engrais 11 «47 11. 68 14.53

Avec superphosphate et nitrate.. 12.59 12.41 i5.oo — et 75 kil.

de potasse 11 .69 1 1 .8^ 14.03

Avec superphosphate et i5okil.

de potasse io.5i 11 «47

On sait d'ailleurs que ces sels sont mélassigènes, c'est-à-dire qu'ils entravent la cristallisation du sucre; et comme la betterave se montre très avide de potasse, on doit être réservé dans l'application des fumures potassiques et particulièrement du chlorure.

On peut, dans une certaine mesure, atténuer la mauvaise influence des engrais potassiques en les appliquant avant l'hiver ou à la récolte précédente ; leur emploi immédiat n'est pas avantageux, dans la plupart des cas, pour les plantes à racines et à tubercules.

Le topinambour se rapproche tellement de la pomme de terre, qu'on lui applique les mêmes considérations. Il absorbe beaucoup de potasse, et nous le voyons prospérer surtout dans les sols granitiques. Si on veut introduire sa culture, ou celle des pommes de terre, dans les sols siliceux ou calcaires, il est indispensable d'avoir recours aux engrais potassiques; sous leur influence, on peut obtenir, dans les coteaux calcaires du terrain crétacé, une culture rémunératrice qui est impossible dans les conditions naturelles.

Tabac. — Parmi les cultures industrielles, l'une surtout mérite de fixer notre attention ; c'est celle du tabac, qui enlève au sol de grandes quantités de potasse. Une des qualités requises pour le tabac à fumer, c'est de brûler facilement; or il résulte des recherches de M. Schlœsing, que la combustibilité est en relation très directe avec la présence du carbonate de potasse dans les cendres; en comparant, par l'analyse, les tabacs combustibles et incombustibles, M. Schlœsing a reconnu que les cendres des premiers contiennent beaucoup de carbonate de potasse, tandis que celles des autres en contiennent très peu. Sans que Ton puisse en déduire que le degré de combustibilité dépend exclusivement du taux de ce sel et se mesure rigousement d'après ce taux, il est du moins

certain que la présence de la potasse, combinée dans le végétal aux acides organiques, a une grande influence sur la combustibilité.

M.Schlœsing a étudié en outre, dans des essais de culture, rinfluence des dififérents sels potassiques sur le tabac ; tandis que le tabac venu en Tabsence d'engrais potassique donne des cigares presque incombustibles, celui qui a reçu des fumures potassiques donne des cigares combustibles.

Potasse O/q. Nicotine O/q.

Sans engrais 1.04 8.27

Avec sulfate de potasse. . 2.66 8.o5

Avec chlorure de potassium 1.74 7.95

Avec nitrate de potasse . . 2 . 1 3 7 . 65

Avec carbonate de potasse 1.65 à 2. 5o 8.27 à 8.78

Comba«tibilité.

presque nulle, très grande.

faible, très grande.

grande.

Les sols sans potasse donnent donc des tabacs incombustibles; les engrais potassiques ont pour effet immédiat d'augmenter la combustibilité ; il faut en excepter le chlorure de potassium qui, pour le tabac comme pour la betterave, joue un rôle nuisible dont nous parlerons en faisant la comparaison des différents sels potassiques.

Le tabac prend sous Tinfluence de l'engrais potassique une finesse et une souplesse plus grandes ; ces qualités extérieures augmentent évidemment sa valeur; mais c'est plutôt le poids que la finesse qu'on paye aux agriculteurs; pour encourager l'emploi des sels potassiques, il serait à désirer de voir l'Administration donner une sorte de prime aux cultivateurs qui en font usage.

i. — Il résulte des expériences de M. Nobbe que la

potasse augmente notablement le rendement de cettt culture en fibres et influe heureusement sur la qualité de ces dernières. Lehmann obtient les résultats suivants :

Sans engrais loo

Avec potasse i23

— + acide phosphorique i25

— -f azote 127

— 4- azote et acide phosphorique. 142

En Belgique et en Allemagne, on applique avec succès les engrais potassiques aux cultures de lin.

Prairies artificielles. — C'est surtout sur les plantes fourragères de la famille des légumineuses que s'exercent d'une façon nette et incontestable les bons effets des sels potassiques. Il y a sur ce point une concordance heureuse dans les résultats de différents expérimentateurs.

Nous citerons en première ligne les expériences si dignes de foi de MM. Lawes et Gilbert.

Voici des chiffres se rapportant à la culture du trèfle

Prodait à l'hocUre (3 conpos ) h l'eut TL-rt, à l'état de foin.

kil. Idl.

Sans engrais 35.377 9-431

Superphosphate 38.371 9 . 966

Sulfate de potasse 45. 1 5 1 12. 249

Superphosphate et sulfate de potasse. 42.658 1 1.258

L'influence des sels potassiques est évidente. Dans le tableau suivant, emprunté à M. Ronna, se trouvent résumées les moyennes d'augmentation de pro-

duits par hectare, dues aux engrais types employés à Rothamsted pour les différentes cultures.

Blé. Orge. Turneps. Fère». Trèfle,

kil. kil. kil. kil. kll.

Potasse » » » i.obi.4 1. 139.9

Superphosphate.... 504.4 271.2 19.332 nulle. 126.6

Potasse et superphosphate 108.7 ^ 1 3.558 566. o i. 771.0

Sels ammoniacaux

et superphosph**. . 2.814.5 3.169.8 22.063 196.1 nulle.

Potasse, sels ammoniacaux et superphosphate 3.3 1 3.3 » 25.637 9^2.7 1.2 17. 3

On voit d'une façon très nette combien est considérable l'action de la potasse sur les légumineuses et particulièrement sur les légumineuses fourragères, à feuillage abondant; aussi l'engrais potassique est-il considéré comme éminemment favorable à leur production, dans des sols épuisés par des cultures antérieures.

L'épuisement des terres à trèfle est quelquefois même attribuable au manque de potasse dans le sous-sol.

Il est d'usage de faire figurer, dans toutes les formules d'engrais pour prairies artificielles, les sels potassiques. Il convient cependant de faire observer que dans les sols déjà riches en potasse, cette addition est inutile, tout aussi bien pour les légumineuses que pour les autres cultures ; c'est ainsi que Vœlcker, opérant sur des terres argileuses, riches en potasse, n'a pu obtenir sur le trèfle aucun résultat avantageux. Il ne faut donc pas tomber dans l'exagération et donner sans discernement la potasse aux légumineuses, sans tenir compte du sol.

Mais dans les sols où cet élément fait défaut, les ré-

sultats qu'on obtient sont surprenants; nous devons ici parler d'un système de culture qui a eu un très grand retentissement en Allemagne : c'est le système dit de Schultz-Lupitz.

Il existe dans ce pays de très vastes étendues de sols sableux, très légers, tombant en poussière lorsque l'humidité devient insuffisante; ces sols sont comparables aux grès, ou mieux encore aux sables de la Sologne et aux landes de Gascogne.

L'enrichissement de pareils sols par les procédés artificiels, c'est-à-dire par l'apport d'engrais complémentaires, serait ruineux, parce que tous les éléments y font défaut; plus particulièrement l'azote et la potasse. Or M. Schultz, dans sa propriété de Lupitz, observant l'action que les sels potassiques produisaient sur les légumineuses, et se basant, d'autre part, sur cette particularité si bien démontrée qu'ont ces mêmes légumineuses de laisser après leur culture la terre enrichie en azote, imagina un système de culture offrant beaucoup d'analogie avec le système dit de la sidération; mais tandis que ce dernier a la réputation de s'appliquer à tous les sols et à tous les cas , le premier ne vise que certaines catégories de terres et particulièrement les terres sablonneuses. L'engrais potassique provoque la végétation abondante des légumineuses fourragères; et, puisqu'il est aujourd'hui acquis que ces plantes fixent l'azote , on peut dire avec M. Schultz que dans les sols sablonneux, la potasse stimule la puissance d'absorption des légumineuses pour l'azote, et permet d'enrichir les terres plus économiquement que ne pourrait le faire tout autre système de culture.

Parmi les végétaux de la famille des légumineuses qui réussissent le mieux à Lupitz, se placent en première ligne les lupins, en seconde ligne l'anthyllis vulnéraire ou trèfle

jaune des sables, puis viennent le trèfle blanc . les pois, les serradelles, les vesces et les lentilles.

Le système de Schultz-Lupitz consiste, en résumé, à fournir aux légumineuses les engrais minéraux, et particulièrement la potasse, et à leur refuser l'azote pour les forcer à absorber celui qui est mis gratuitement à leur disposition dans le sol ou dans l'atmosphère. On considère ces plantes comme des collecteurs d'azote; les céréales et les racines sont, au contraire, des plantes destructives, et elles doivent vivre aux dépens des premières. M. Schultz a cultivé pendant une période ininterrompue de 1 5 années du lupin, « la plante d'or des sols sablonneux» ; après cette période, l'analyse du sol et du sous-sol , exécutée comparativement avec celle d'une parcelle livrée au pâturage, montrait un enrichissement de i85o kilog. d'azote, soit de 1 20 kilog. par année. Si on ajoute à ce gain du sol le gain fait par l'exploitation sous forme de graines et de paille de lupin, on arrive à des résultats vraiment surprenants et bien dignes de fixer l'attention.

Le système de Schuliz-Lupitz doit s'appliquer également avec grand succès aux terres calcaires; on peut en effet, dans ces terrains, obtenir, à l'aide des engrais potassiques seuls, des cultures de légumineuses satisfaisantes sainfoin et trèfle) et enrichir lentement, mais économiquement, le sol en azote et en matières organiques.

Nous voyons par ce qui précède tout le parti qu'on peut tirer des sels potassiques, pour la production des légumineuses, dans les sols sablonneux ou calcaires manquant de potasse.

Prairies naturelles. — Après avoir montré l'action de la potasse sur les légumineuses cultivées à l'état isolé il nous est facile de prévoir que son application sur les prairies naturelles aura pour résultat de favoriser le dé-

3o LES ENGRAIS.

veloppement des légumineuses (luzernes, trèfles, lotiers, etc.) et par là même d'augmenter la qualité du foin. C'est bien ainsi en effet que les choses se passent, particulièrement dans les sols marécageux et riches en humus, où la potasse fait souvent défaut et où Ton voit presque immédiatement, sous l'influence de lengrais potassique, la flore se modifier d'une façon très heureuse, sans toutefois que le rendement en soit sensiblement affecté. L'application de la potasse doit être répétée. La première application modifie simplement la flore, en faisant pousser les légumineuses; les applications suivantes, sur un sol couvert de ces plantes, auront des effets bien plus marqués au point de vue du rendement.

C'est aux plantes fourragères qu'il convient de donner la potasse, de manière à enrichir par cet élément le fumier qui, appliqué ensuite aux plantes sarclées, leur apportera l'alcali sous la forme la plus avantageuse.

Vigne. — Une opinion répandue chez les praticiens et professée par des viticulteurs autorisés, est que de tous les engrais destinés aux vignobles, l'engrais potassique est le plus utile; cette généralisation est dangereuse. Dans toutes les formules d'engrais pour la vigne, nous voyons figurer la potasse, et cela quel que soit le sol; il convient de combattre une habitude qui repose sur une théorie erronée ou trop absolue.

Si, en faisant abstraction du sol, on considère uniquement la composition des produits de la vigne, on constate que l'absorption de potasse par cette culture est peu importante; les nombreuses analyses, effectuées dans des conditions différentes, sont venues confirmer l'idée émise depuis longtemps par Boussingault; contrairement à l'opinion reçue, ses recherches établissent que la culture de la vigne n'exige pas plus de potasse

LES ENGRAIS. 5i

que les autres cultures. Si de la quantité totale d'alcali absorbée par la vigne (26 kilog. pour une récolte de 5o hectolitres) on retranche encore les quantités de potasse qui, dans une culture bien entendue, font retour au soi par les feuilles, les sarments et les marcs, on constate que Tépuisement du sol en potasse est très faible (à peine 10 kilog.).

M, Joulie fait judicieusement observer que si le préjugé qui consiste à regarder la potasse comme la domi nante de la vigne s'est autant répandu , c'est que beaucoup de vignobles se trouvent en sols calcaires, pauvres en potasse, où l'on a eu l'occasion de constater les bons effets des sels potassiques.

Mais pour la vigne comme pour tout autre végétal, on doit tenir grand compte de la composition du sol; dans les vignobles du Beaujolais, d'une partie des côtes du Rhône (terrains primitifs) , de l'Anjou (terrains de transition) la potasse sera le plus souvent sans effet. M. Sabatier a, pendant six années consécutives, essayé vainement l'emploi des sels potassiques dans un des étages de la formation tertiaire, très répandu dans le département de l'Aude.

Cependant on est à peu près certain d'en obtenir des résultats rémunérateurs, si on les applique sur les vignobles crayeux de la Champagne, des Charentes, de la Dordogne, etc.; sur les terrains graveleux du Médoc, sur les terrains sableux des Landes ou des bords de la Méditerranée.

Si dans les sols de cette catégorie, on applique des insecticides à base de potasse, tels que les sulfocarbonates, on voit s'ajouter à Faction toxique l'action fertilisante, et ce double résultat amène une régénération rapide de la vigne.

Il convient aussi de faire observer que dans les expé-

ces d'engrais appliqués à la vigne, il est important endre la seconde année; les résultais de la première ;e sont souvent peu nets; et c'est seulement lorsque^ : l'influence des pluies, les phénomènes de diffusion fait pénétrer l'engrais dans les couches plus profonoccupées parles racines, qu'il est permis de seprocersurla valeur d'une fumure.

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