‹ Les engrais chimiques (volume 2)Chapitre 14 sur 100 · LE PUY-DE-DOME · texte numérisé non relu

LE PUY-DE-DOME

Hectolitres.

Heclolitres.

Hectoülres.

Hectolitres.

Engrais chimique.. 35

Fumier 13

Sans aucun engrais. »

Ainsi voilà quatre résultats obtenus sur quatre points différents de la France, toujours sur des terres détestables dont les rendements se confondent tant leur expression est rapprochée.

Les résultats qu’on a obtenus sur la pomme de terre ne sont pas moins significatifs.

Chez M. le marquis d’Havrincourt, l’engrais complet a produit 16,000 kilogrammes de tubercules par hectare.

Et avec 33,000 kilogrammes de fumier, on n’en a obtenu que 8,000 seulement.

Moi-même, j’ai dépassé, à Yincennes, des rendements de 25 à 30 000 kilogrammes.

Vous savez, messieurs, que la pratique est unanime pour attester qu’avec les fumiers il y a un avantage réel à varier les cultures. On obtient ainsi des rendements meilleurs qu’en cultivant toujours la même plante. Avec les engrais chimiques, l’alternance des cultures offre-t-elle les mêmes avantages? Nous pouvons répondre sans hésiter : oui.

Dans ces nouvelles conditions, les engrais chimiques con-

servent leur supériorité.

Le froment succédant aux pois a produit. . . 46 hect.

Après la betterave 35 —

Après froment 33 —

Les engrais chimiques, à l’intensité près, agissent de tout point comme le fumier, et étant influencés par les mêmes causes, il en résulte une preuve nouvelle que, malgré leur dissemblance, les engrais chimiques et le fumier doivent leurs effets à la même cause, et qu’il y a entre eux une entière communauté de nature.

Nous arrivons à un ordre de considérations plus important, s’il est possible, que les précédents.

La source du profit en agriculture dépend surtout de l’abondance des fumures, et malheureusement lorsqu’on produit soi-même son fumier, on n’est pas maître de fumer comme on veut.

La quantité de fumier dont on dispose dans une exploitation rurale résulte de son organisation, du nombre des animaux qu’on y élève ou qu’on y entretient, par conséquent de la surface affectée à la prairie, et finalement du capital roulant que l’on possède.

Pour changer l’assiette d’une culture il faut beaucoup de temps, de discernement et de prudence, car tout se tient dans un domaine où l’on fait marcher de front la production des céréales et du fumier.

Avec l’engrais chimique, au contraire, la culture acquiert une liberté d’action à peu près absolue, on règle à volonté la dose de ses engrais. L’initiative n’a de limite que dans le capital dont on dispose.

Au moyen des engrais chimiques on peut, en quelque sorte, de la veille au lendemain, faire passer une culture précaire au régime le plus intensif et, par conséquent, obtenir au lieu d’un profit médiocre un bénéfice élevé.

Vous l’avez compris, messieurs, c’est là le nœud de toute la question agricole dans l’avenir, j’y insiste donc en reprenant les choses à leur origine.

Je dis qu’en agricullure, le profit tient surtout à la dose des engrais qu’on donne à la terre. Avec peu d’engrais, la récolte est faible et le profit nul, si tant est que l’opération ne se solde pas en perte. Avec des fumures abondantes les rendements sont élevés et le profit sûr, car l’excédant de dépense n’est que la moitié ou le tiers du prix de l’excédant de récolte.

Pour rendre cette vérité plus sensible, il me suffira de vous rappeler que l’exploitation du sol entraîne deux natures de dépenses :

Dépenses fixes, qui sont toujours les memes, que l’on cultive bien ou que l’on cultive mal, tels sont l’impôt, la rente que le fermier paye à son propriétaire, les frais de semences, etc.

Viennent ensuite les frais variables, qui comprennent le transport, le battage des récoltes et enfin la fumure.

Or, je prétends que l’agriculture qui fume peu est toujours en perte, tandis que celle qui fume beaucoup est toujours en bénéfice. Comment en serait-il autrement? L’engrais est la matière première de la récolte.

Mais ce sont là des questions trop graves pour s’en tenir à de simples énoncés. Analysons les faits, décomposons les comptes du produit et de la dépense pour fixer définitivement nos idées sur ce point.

Afin de donner plus de généralité à nos conclusions, je

prendrai comme point de départ le rendement de 14 hectolitres, qui est le rendement moyen en France. D’après M. Mathieu de Dombasle, le minimum de la dépense pour un tel rendement est de 294 francs par hectare, que le prix de la paille réduit à 244 francs, ainsi qu’il résulte de ce décompte.

Frais fixes.

(Loyer

Frais généraux

Travaux de culture. . . .

Semences

Frais variables.

Fumure . .

Récolte, battage, etc. . . .

45 fr.\

186 fr.

Dépense totale. . . 294 D’où il faut déduire pour la paille. . . 50

Reste. , . 244 fr.

pour 14 hectolitres, ce qui fait ressortir le prix de l’hectolitre à 17 fr. 42 centimes.

Supposez que sans rien changer au régime de la ferme de Roville, sans réduire le nombre des animaux, sans modifier le rapport existant entre les diverses cultures, ni le mode d’exploitation, on eût brusquement augmenté, par un apport d'engrais chimique, la dépense de la fumure de 100 francs par hectare, ce qui l’aurait portée de 74 à 174 fr., tous les autres frais restant les mêmes. Quelle eût été la conséquence? Le rendement aurait passé de 14 hectolitres à 31 ! — Je dis 31, je pourrais dire 35 ou 40, mais j’aime mieux prendre un minimum, et de 17 francs le prix de revient de l’hectolitre de blé serait descendu à 10 fr. 05 centimes.

Reprenons en effet nos chiffres :

Frais fixes. . . Comme précédemment. ... 186 fr.

Frais variables. Dont fumure 174 fr) ^ ,

Récolte et battage. . 60 (

Dépense totale. . . 420

D’où il faut déduire pour la paille. . . 95

Reste. . . 525 fr*

pour 51 hectolitres, ce qui fait bien ressortir le prix coûtant de l’hectolitre à 1 0 fr . 05 centimes au lieu de 17 francs, prix auquel il revenait lorsqu’on n’employait que du fumier et que la dépense, au lieu de 174 francs, n’était que de 74.

Je vous ai dit que la supériorité de la culture intensive tenait à cette circonstance que le surcroît des frais résultant d’une fumure plus forte, était toujours inférieur à la valeur de l’excédant de la récolte.

Dans le premier cas, en effet, où le rendement était de 14 hectolitres et le prix de revient de 17 francs, si on fixe le prix de vente à 20 francs, la récolte représente une valeur de 280 fr.

Et le bénéfice par hectare est de 36

Dans le second cas, moyennant un surcroît de dépense de 100 fr. que l’excédant de paille réduit à 83 fr., la récolte

vaut 620 fr.

et le bénéfice monte à 295

au lieu de 36 fr.

Une autre conséquence résulte de ces données trop peu connues, c’est qu’il vaut mieux cultiver peu et bien fumer, qu’éparpiller ses efforts et ses ressources sur des surfaces étendues que l’on fume avec parcimonie.

Supposons en effetun agriculteur disposantde 50,000 fr., s’il procède comme on le faisait à l’institut de Roville, où l’on dépensait 500 fr. par hectare, il pourra cultiver 100 hectares. Quel sera le résultat?

Paille à 50 francs par hectare 5,000 fr

Grain. — 14 hectolitres par hectare, soit 1,400 hectolitres à 20 francs P un 28,000

Total 53,000 fr.

Trente-trois mille francs de produit contre trente mille francs de dépense. Bénéfice trois mille francs.

Avec le même capital, si on applique le système des fortes fumures, on ne pourrait cultiver que 72 hectares, au

lieu de 100, mais ces 72 hectares produiraient 51,336 fr. au lieu de 33,000.

En effet :

Paille à 95 francs par hectare 6,696 fr.

2,232 hectolitres de graines, à raison de 31 hectolitres

par hectare, vendus à 20 francs l’un 44,640

Total. . . , . 51,336 fr.

Ce qui porte le bénéfice de 3,000 fr. à 21,000 fr.

Remarquez-le, messieurs, il ne s’agit pas là d’innovations hasardées ou de procédés révolutionnaires, mais d’améliorations certaines et dont la pratique commence à recueillir les fruits.

Je soutiens qu’on peut faire du blé à 10 ou 12 fr. l’hectolitre, et je le prouve. Si c’est là une révolution, c’est du moins une révolution dont personne ne peut contester les bienfaits, et qui s’accomplira quoi qu’on fasse, parce que la vérité finit toujours par triompher des résistances et du parti pris de la routine.

Après avoir mis dans tout son jour le résultat le plus immédiat que l’on peut atteindre avec l’emploi des engrais chimiques, justifions par des faits l’exactitude de ces indications.

Je prendrai pour premier exemple une culture continue de froment.

Dans une période de quatre ans on a obtenu par hectare comme rendement moyen 4,905 kilogrammes de paille et 31 hectolitres de grain. J'insisterai sur ce résultat parce qu’il me mettra à même de vous signaler quelques dangers, contre lesquels je dois vous prémunir par rapport aux matières azotées.

Lorsque, sur la foi demes études de laboratoire, je commençai mes expériences de culture en pleine terre, ici même à Vincennes, n’ayant pour me diriger que des vues théoriques que je voulais soumettre au contrôle des faits, je me

demandai d’abord quelle serait la durée d’une bonne fumure au moyen des engrais chimiques.

La fumure employée fut la suivante:

A I.’lIECTAKE.

Phospha'e de cliaux 400 kil.

Potasse 155

Chaux 500

Sel ammoniac 050

Ce qui représente 170 kilogrammes d'azote.

La terre m’avait été livrée trop tard pour être semée en blé d’automne, je semais du blé de mars.

La végétation fut très-belle, le blé poussa même avec tant de vigueur qu’il versa et que la récolte en fut compromise. Cependant, tout compte fait, le rendement accusa 51 hectolitres de grain et 4,250 kilogrammes de paille.

La deuxième année, le même accident se renouvela par suite d’une végétation encore plus luxuriante. La verse ayant même eu lieu plus tôt, le rendement fut plus affecté, il descendit à 24 hectolitres de grain et à 5,930 kilogrammes de paille.

La troisième année, au blé de mars on substitua le blé d’automne et les choses se passèrent tout autrement. Cette fois encore, la végétation fut splendide, mais le blé ne versa pas. Aussi le rendement s’éleva-t-il à 48 hectolitres de grain et 6,941 kilogrammes de paille.

Enfin, la quatrième année on obtint 24 hectolitres de grain et 4,500 kilogrammes de paille.

L’ensemble de ces quatre récoltes représenté par :

Grain

Paille

donne bien une moyenne de :

Grain

Paille

Quelles conclusions faut-il

127 hectolitres.

19,261 kilogrammes.

51 hectolitres.

4,905 kilogrammes.

rer de cette expérience? 11 y

en a deux. La première c’est qu’il ne faut pas employer, pour le froment, l’azote en une seule fois à la dose de 170 kilogrammes à l’hectare, parce que alors les accidents sont presque inévitables. Si on échappe à la verse, il est rare d’échapper à la rouille, et si on évite Lun et l’autre, la paille prend tant de développement que le rendement du grain se trouve encore compromis.

Règle générale, il vaut mieux répartir la matière azotée sur les quatre années, alors on peut en élever beaucoup la dose totale sans inconvénient, ce qui a pour résultat d’accroître les rendements sans qu’on ait à craindre les accidents dont nous venons de parler.

Je vous proposerai donc les formules suivantes, que je considère quant à présent comme les meilleures.

A L’ilECTARE.

KIL

PRIX

DÉPENSES

' Phosphate de chaux. . . .

G4 fr.'|

lre ANNÉE. 1

[ 205 fr.

BLÉ. j

1 Sullate d’ammoniaque. . .

^ Sulfate de chaux

2e ANNÉE. 1 BLÉ. 1

Sulfate d’ammoniaque. . .

f Phosphate de chaux. . . .

5e ANNÉE. J

BLÉ

j Sulfate d’ammoniaque. . .

y Sulfate de chaux

4 e ANNÉE.

BLÉ

J Sulfate d’ammoniaque. . .

Dépense

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