DÉBIT
Première année. Betteraves.
Frais de toute nature 490 fr.
Deuxième année. Froment.
Frais de toute nature 410
Engrais pour deux ans 450
Total des dépenses . . 1,550 fr.
Différence, 1,006 fr. 50 c.
Mille six francs cinquante centimes pour payer deux cenl treize francs quatre-vingt-cinq centimes d’engrais supplémentaire, desliné, je le répète, à compenser la perte résultant de l’exportation de la pulpe et de la paille.
Vous remarquerez que j’ai admis dans tout ce qui précède que la totalité de l’azote venait du soi et qu’il fallait le lui rendre kilogramme pour kilogramme. Or, c’est là une supposition purement gratuite, que j’ai faite volontairement pour donner à ma démonstration plus de force et la mettre à l’abri de toute contestation.
Je sais que les rendements obtenus depuis deux ans peuvent à bon droit être considérés comme des rendements rnaxima. J’admels
la possibilité de les voir baisser sensiblement dans les années défavorables à l’engrais chimique. Mais quelle marge cependant, et comment admettre que les bénéfices que j’accuse puissent se changer en perte ?
Vous trouverez peut-être étrange, mon cher monsieur, que j’entre dans ces détails. Si j’ai cru devoir éclairer la question de cette manière, c’est que j’y suis intéressé doublement : d’abord parce que je me sens contraint de dire bien haut et sans hésitation ce que je pense et ce qui est, à mes yeux, la vérité, et puis parce que nous, cultivateurs et quelque peu fermiers, nous ne pouvons noos laisser accuser gratuitement d’épuiser les forces productives d’un sol confié à nos soins. Notre responsabilité, notre avenir même, sont engagés dans la question ; nous ne laisserons jamais passer sans protestation l’insinuation que nous cultivons sans discernement. Pour moi, fidèle aux prescriptions de M. Ville, je continuerai à appliquer ses enseignements, ayant toujours présente à l’esprit, comme il le recommande en termes si précis, cette inflexible loi de restitution qui nous est imposée et dont il a si bien défini le caractère et la signification. En agissant ainsi, j’ai la certitude d’accroître la fertilité des terres qui forment l’ensemble de mon exploitation, tout en développant les ressources du présent.
A. Cavauier.
Messieurs,
Dans la pratique on considère une fumure de 40,000 kil. de fumier par hectare, tous les deux ans, comme une bonne fumure. Notre but principal étant aujourd’hui de comparer le fumier aux engrais chimiques, demandons-nous d’abord ce que 40,000 kilogr. de fumier contiennent des quatre termes qui composent notre engrais complet.
La réponse se trouve dans le tableau suivant :
Azote 165 kil. (*)
Acide phosphorique 75
Potasse 150
Chaux 321
S’il est vrai, comme l’expérience le démontre, que le fumier doive toute son efficacité à ces quatre produits, vous voyez que sa partie active se réduit à moins d’un quarantième de la masse totale.
Dans le fumier en effet l’humidité figure pour 80 p. 100, ce qui réduit, pour 40,000 kilogr. la partie solide à 8,000
(4) Moyenne du fumier de Bechelbronn et de la ferme de Vincennes.
kilogr., dans lesquels les matières hydrocarbonées, dont l’utilité est plus que problématique, entrent pour 6 à 7,000 kilogrammes.
Vous ne serez donc pas surpris, si j’ajoute qu’avec 2,510 kilogr. de produits chimiques on peut composer un engrais d’une richesse équivalente à 40,000 kil. de fumier. En voici au surplus la preuve :
Phosphate acide de chaux 600
Nitrate de potasse 5i0
Sulfate d’ammoniaque. 560
Sulfate de chaux 850
Total 2510
Il est évident que, sous le rapport de la facilité de l’emploi, de l’épandage, de l’économie des transports, etc., l’avantage est aux engrais chimiques. Mais ce n’est là qu’un point de vue secondaire, leur véritable supériorité tient à d’autres causes et se justifie par d’autres considérations.
Dans le fumier, l’azote n’est pas immédiatement assimilable. Il l’est au contraire dans les engrais chimiques. Dans le fumier ce corps est cà l’état de déjections animales, de litières en partie putréfiées, lesquelles n’agissent favorablement sur végétation qu’après avoir subi une décomposition qui en change complètement l’état : l’azote, par exemple, ne devient assimilable qu’après s’être transformé en ammoniaque ou en nitrate. Or cette décomposition préalable a pour principal résultat la perte de 50 à 40 p. 100 de l’azote primitif du fumier qui se dégage dans l’air à l’état d’azote élémentaire. Dans les engrais chimiques, je le répète, l’azole est assimilable immédiatement et en totalité, et son action est par cela meme plus sûre.
Voici pour la pratique un autre avantage plus important encore.
Dans les formules d’engrais que je vous ai présentées dimanche dernier, vous avez certainement remarqué que
la nature des agents variait suivant la nature des plantes. L’affectation que j’ai faite de chacun d’eux à certaines catégories de plantes n’a pas été de ma part un acte arbitraire ou l’expression d’une fantaisie: c'est la conséquence d’un fait considérable, dont il fautabsolument que je vous entretienne en détail, et dont l’application est tout en faveur des engrais chimiques.
S’il est vrai qu’un mélange de phosphate de chaux, de potasse, de chaux et d’une matière azotée suffit à tous les besoins des plantes, et soit pour l’agriculture l'équivalent du fumier, il est vrai aussi que chacun de ces quatre termes remplit à l’égard des trois autres une fonction tour à tour subordonnée ou prédominante suivant la nature des végétaux que l’on cultive.
A l’égard du froment, du colza, de la betterave, du tabac, la matière azotée est l’élément dont la fonction prédomine; pour la luzerne, les pois, les haricots, les féverolles, la matière azotée n’a plus qu’une importance secondaire, et la prééminence dont nous venons de parler passe à la potasse.
Elle appartient au phosphate de chaux pour les turneps et les rutabagas.
11 y a donc, pour chaque nature de plantes, un élément dont l’influence l’emporte sur les trois autres, et que pour ce motif nous appellerons la dominante de cette plante.
Comme première application de ces notions, supposons la rotation suivante :
Betterave*
Blé.
Trèfle.
Avoine.
Avec le fumier, il n’y a pas de division possible, on peut en varier la dose, mais non la composition. On ne peut procéder que de deux manières. Mettre tout le fumier dès la première année ou le répartir en plusieurs fois. Dans le premier cas, on obtient il est vrai un bon rendement de betteraves ;
mais c’est au préjudice des cultures suivantes. Divise-t-on l’engrais, le rendement de betteraves est forcément réduit, et comme cette culture est très-coûteuse par la multiplicité des façons qu’elle exige, elle met nécessairement le producteur en perte.
Avec les engrais chimiques les choses se passent tout autrement. On donne à chaque plante l’élément qui a le plus d’influence sur la récolte, ce qui a le double avantage de réduire la dépense tout en portant le rendement à la limite la plus élevée. Comme preuve des avantages que présente dans la pratique cette manière de procéder, je vous citerai l’exemple de deux cultures de pommes de terre et de froment instituées parallèlement, l’une avec l’engrais complet et l’autre avec le même engrais, divisé de la manière suivante : première année, engrais minéral seulement; seconde année, matière azotée. Or, voici le résultat de ces deux cultures.
Premier cas. — lv terre reçoit de l’engrais complet pour deux ans.
RENDEMENT A L’HECTARE. PRIX
re année. Pommes de terre 25,450 kil 636 fr.
r , | l'aille 5, ‘220 208
2 ID- Froment j Grains 2,510 = 51 hect. . 020
Total des produits. . . . 1464 fr.
Deuxième cas. — la terre est fumée la première année avec l’engrais