‹ Les engrais chimiques (volume 2)Chapitre 27 sur 100 · CRÉDIT · texte numérisé non relu

CRÉDIT

Laine et moutons 25,000 fr.

275 tonnes de fumier représentant un solde . 5,000

Total de la recette. . . . 28,000 fr.

Ce qui fait ressortir le prix du fumier à 10 fr. 90 la tonne, mettons 11 francs.

Remarquez, messieurs, qu’il ne s’agit pas ici d’un compte général sur lequel chaque détail de l’exploitation a pu réagir; non, c’est, je le répète, un compte spécial dont le résultat est indépendant de toute opération étrangère, un engraissement de moutons avec de la pulpe de betterave qui revient moins cher que le fourrage. Eh bien, dans ces conditions le fumier coûte encore 11 francs les 1000 kilogr.

Et M. Cavallier fait observer que si au lieu d’avoir employé comme litière des pailles de colza et des joncs pêchés dans les étangs de la Somme, il s’élait servi de paille de froment, le fumier lui serait revenu à 15 fr. 85.

Le troisième compte que je prendrai pour exemple, se rapporte à la ferme de Bechelbronn en Alsace; j’en emprunte les éléments à l'Économie rurale de M. Boussingault.

D’après ce compte, le fumier ne reviendrait qu’à 5 fr. 20

la tonne, ce qui semble justifier l’opinion que le fumier est le moins cher des engrais et ne coûte presque rien.

Mais si on examine les choses de plus près, on voit surgir une objection qui change toute l’économie de ce compte, et qui de 5 fr. 20 porte le prix du fumier à 14 fr. 87.

Comment avec les mêmes éléments peut-on arriver à des conclusions si différentes?

L’explication est très-simple, et je dois y insister, parce qu’elle me fournira en même temps l’occasion et les moyens de prévenir une erreur dans laquelle les agriculteurs tombent trop souvent en matière de comptabilité.

Par une sorte de convention tacite, fondée sur l’opinion que la production du fumier est une de ces nécessités auxquelles on ne peut se soustraire, on compte la consommation des animaux au prix de revient et non au prix de vente. Mais n’est-il pas évident que cette manière de procéder est radicalement défectueuse?

Lorsqu’un agriculteur annexe une sucrerie ou une distillerie à sa ferme, compte-il les betteraves qu’il leur livre au prix de revient? Non, il les compte au même prix que celles qu’il achète au dehors. Lorsqu’il vend ses animaux, les livre-t-il au prix de revient? Non, il prend pour régulateur la mercuriale du marché.

Pour obtenir le prix vrai du fumier, il faut, de toute nécessité rentrer dans les usages de la division des comptes dont l’industrie tire de si grands avantages pour définir d’abord avec certitude l’origine de ses bénéfices et savoir où doivent porter de préférence les économies et le perfectionnement de l’outillage. Dans une ferme bien dirigée, il faut ouvrir, aux écuries, un compte à part, le créditer de tout ce qui est une source de valeur réelle, lait, beurre, animaux vendus, accroissement de poids acquis par les animaux conservés, travaux faits par les attelages; mais par contre il faut porter à son débit les dépenses de toute nature qui ont concouru à la réalisation des valeurs portées à son crédit. Dans ces dépenses il faut comprendre les frais

d’entretien des attelages, charretiers, bergers, etc., et enfin imputer à ce compte les denrées de consommation au prix dê vente, déduction faite d’une bonification de 10 à 15 p. 100, pour compenser les frais de transport que leur vente au marché aurait entraînés, et qu’on n’a point fait. Un compte établi sur ces données se balance toujours en perte, mais la perte a pour contre-valeur le fumier. La perte divisée par le nombre de tonnes de fumier produit, conduit au prix réel de 1,000 kilogrammes.

Or, si on transforme d’après ces données l’économie du compte rapporté par M. Boussingault, le prix du fumier n’est plus de 5 fr. 20 la tonne, comme il le suppose, mais de 14 fr. 87.

Comme il s’agit d’une question de la plus haute gravité, vous me permetlrez de vous présenter ce compte dans deux colonnes séparées : l’une portant le titre de prix arbitraire , et l’autre celui de prix réel .

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