CULTURE
HECTARE
TOTAL. HECTARE
TOTAL
Pommes de terre.
20,000 kil.
140,000 kil.
900 fr
6,300 fr.
Betteraves ....
Froment (grains).
50 hect.
600 hect. 585
Id. (paille) .
4,500 kil.
90,000 kil.
Trèfle
Avoine (grains) .
45 hect.
450 hect.
Id. (paille). .
25,000 kil.
51 ,545 fr.
Produits bruts par le régime mixte du fumier et des engrais chimiques. . 51,545 fr.
Produits bruts avec le fumier seulement 20,460
Différence en faveur du 2e système. . 10,885
10,885 fr. d’excédant de produit contre un excédant de dépense de 5,300 fr. ; le profit est de 100 pour J 00. Le fonds de roulement était à l’origine de 35,000 fr. il aura suffi de le porter à 40,300 fr. pour tripler le bénéfice.
Je n’ai pas besoin d’ajouter que dans les deux cas les prix de vente sont les mêmes ; j’ai admis sans changement ceux que M. Boussingault a pris pour base de ses évaluations.
Ce résultat est-il un maximum? Bien loin de là, j’ai fixé les rendements à 20 pour 100 au moins au-dessous de la réalité. Voici en effet ceux obtenus depuis trois ans par M. Lavaux à la ferme de Choisy-le-Temple (Oise) :
1865. Blé
î866. Colza. . . .
1867. Blé de mars.
1867. Betteraves . .
RENDEMENTS A L’iIECTARE.
40 hect
60,000 kii.
Le surcroît de bénéfice réalisé sur les 50 hectares qui forment la culture de Bechelbronn n’est pas le seul avantage qu’on puisse retirer des engrais chimiques.
Sur les 110 hectares dont le domaine se compose, pour produire le fumier on doit en affecter 60 à des prairies dont le rendement moyen ne dépasse guère 4 à 5,000 kilogrammes de foin par hectare.
Au moyen d’une fumure appropriée on pourrait porter aisément ce rendement à 8,000 kilogrammes, ce qui rendrait disponibles, sans aucune diminution de produits, 15 ou 20 hectares qu’on pourrait affecter à des cultures industrielles.
Vous savez que le résultat serait plus sûrement atteint, en remplaçant les prairies par des luzernières.
L’emploi des engrais chimiques, dans le cas qui nous occupe, se traduit donc par deux résultats également avantageux : accroître le rendement de toutes les cultures ; réduire la" surface affectée à la production du bétail, sans diminuer le nombre des animaux ou élever ce nombre, si on aime mieux, de 50 pour 100 au moins.
Lorsque l’agriculture n’avait aucune notion positive sur les véritables agents de la fertilité, qu’elle devait faire marcher en quelque sorte de front la production du fumier et celle des céréales et tirer tous les engrais de son propre fonds, elle ne pouvait faire à la prairie une part inférieure à la moitié de la surface totale, sans épuiser le sol et se condamnera une ruine à peu près inévitable.
Dans l’économie de ce régime, la prairie avait pour destination principale de puiser dans l’air l’azote que les céréales doivent trouver dans le sol, et les animaux n’étant qu’un moyen de préparer le fumier, on confondait dans un tout homogène le loin de la prairie et les pailles des céréales qu’on né pouvait pas vendre.
Avec les engrais chimiques, le problème agricole- se simplifie et devient susceptible d’une solution plus indépendante. Il ne peut plus être question de règle absolue. La
maxime : Faites de la prairie et du bétail pour avoir des céréales, perd le caractère d’axiome qu’on lui avait donné; j’ajouterai qu’aujoard’hui cet axiome serait un non-sens agricole et une hérésie économique, attendu qu’avec du fumier seulement les rendements sont toujours faibles et ({lie le blé revient à 18 fr. l’hectolitre au moins ; prix auquel il n’est pas rémunérateur. Je dis donc que cet axiome a perdu son caractère de nécessité imposée à la culture.
Et je répète ce que vous savez d’ailleurs, que du moment que les véritables agents de la fertilité nous sont connus, on n’est tenu à faire du fumier que si on y trouve son profit, et que dans le cas contraire la solution est toute prêle : employer des engrais chimiques. 11 n’y a plus là une question de culture, mais simplement une question de dépense et de prix de revient.
La nécessité imposée à l’agriculteur, ce n’est pas de faire du fumier, mais de fumer plus abondamment que par le passé, à quelque agent que l’on ait recours, au fumier, aux engrais chimiques, employés séparément ou simullanément; mais dans tous les cas deux règles sont à observer. Vous les connaissez, mais comme elles résument le dernier mot de la science agricole, je me crois obligé de vous les rappeler :
1° Rendre à la terre plus de phosphate, plus de potasse et de chaux que les récoltes ne lui en font perdre.
2° Lui rendre en outre 50 p. 100 de l’azote qu’elles contiennent.
Vous voyez maintenant en quoi les nouveaux procédés diffèrent des anciens.
Dans le passé vous étiez sous l’empire d’une loi qui vous dominait, vous étiez forcé de faire à la prairie et aux animaux une part destinée à maintenir l’équilibre entre la sortie et l’entrée des agents de fertilité..
Dans le passé, la matière azotée avait la prairie pour unique origine; la potasse, les phosphates et la chaux pi ove^
liaient de la prairie, des litières, ou d’amendements laits à tâtons et sans règle précise.
Dans le passé, où la prairie était Tunique source du fumier, les rendements étaient nécessairement précaires, parce que dans ce cas les ressources en engrais sont toujours insuffisantes. Ainsi on ne dépassait pas pour le froment 18 à 20 hectolitres à l’hectare; pour les pommes de terre 10 à 12,000 kilogr. pour les betteraves 50,000 kilogr. Or,dansces conditions l’agriculture est devenue impossible.
Aujourd’hui il n’y a plus qu’une seule chose qui nous domine, et encore? La nécessité d’entretenir des bêles de trait pour préparer le sol et exécuter les transports. En dehors de cette nécessité nous possédons une liberté d’action sans limite ; nous ne ferons de la viande et du fumier que, si tout compte fait, nous y trouvons notre avantage.
Etlorsque nous prendrons ce dernier parti, nouspourrons, sur une surface relativement restreinte, produire plus de viande qu’autrefois, parce que nous pouvons élever le rendement des prairies comme celui des autres cultures.
Nous sommes soumis, cela va sans dire, à la nécessité de rendre au sol plus que nous ne lui avons pris ; mais l’observation de cette loi ne nous impose plus l’obligation de produire du fumier au delà de ce qui est conforme à nos intérêts. Nous pouvons y satisfaire à l’aide d’engrais étrangers, dont la nature et la quantité n’ont plus rien d’indéterminé et peuvent être réglés avec une certitude complète.
Pour quiconque réfléchit, pour quiconque cherche à comprendre les problèmes qui agitent notre temps, il n’est pas bien difficile d’apercevoir la solidarité qui existe entre les grands intérêts de notre pays et la question que nous cherchons à résoudre en ce moment. A une époque où les voies de communication n’avaient pas le développement qu’elles ont acquis, les marchés intérieurs offraient aux produits agricoles des débouchés assurés et faciles, mais aujourd’hui, avec la liberté du commerce et la facilité des moyens de transport, les agriculteurs sont appelés à lutter
sur 110s propres marchés avec le monde entier. Pour que la lutte soit possible et fructueuse, il faut absolument que les rendements de toutes les cultures soient poussés à leur limite la plus élevée. Par les procédés anciens ce résultat est impossible, à moins de changer l'économie de notre régime agricole, ce qui ne peut s’improviser et ce qui exigerait d’ailleurs un capital tellement formidable qu’il n’v faut pas songer.
Avec les engrais chimiques, la question est tout autre. Elle se réduit à cette simple proposition. Ajouter pour 100 francs d’engrais par hectare, aux ressources de fumier dont on dispose, dépenser 150 à 200 francs si on n’a pas de fumier, et le résultat se traduit par un excédant immédiat de récolte dont la valeur représente deux fois l’excédant de dépense qu’il a occasionnée. 11 n’y a pas de doute et d’objection à élever contre cette proposition. C’est un fait.
Puissent donc les méthodes que le champ de Vincennes a eu pour destination de faire connaître, recevoir une application de plus en plus générale; j appelle sur leurs effets le contrôle le plus sévère de la pratique, et j’ajoute que sii es progrès qui naîtront de ces tentatives devaient, en dépassant le point où je suis parvenu, faire presque oublier mes propres efforts, je m’en consolerais sans trop de tristesse, soutenu par la persuasion où je suis, que notre pays doit en retirer un surcroît incalculable de richesse et de prospérité.