‹ Les engrais chimiques (volume 2)Chapitre 5 sur 100 · RACINES. PAILLE. GRAINES · texte numérisé non relu

RACINES. PAILLE. GRAINES

Acide phosphorique. ... 1.70 2.26 46.00

Magnésie 1.97 5.92 15.77

Potasse 2.87 15.18 52.59

Chaux. . 0.88 5.00 1.19

Ces différences que nous constatons ici dans le froment, oh les retrouve dans tous les végétaux sans exception.

Ainsi, vous le voyez, la répartition de minéraux n’est pas laissée au hasard, elle est au contraire soumise à un ordre déterminé. Tous participent indistinctement à la formation des végétaux ; mais chacun se concentre de préférence dans un organe ou dans un système d’organes déterminé. Il nous reste à trouver la raison de cette inégale répartition.

Dans l’économie des êtres vivants, toutes les fonctions, si variées qu’on les suppose, tendent vers le même but : assurer la reproduction de l'espèce, c’est-à-dire sa perma-

nence à travers le temps. Elles sont ordonnées en vue de cet important résultat. Mais pour que cette condition soit remplie, il faut que l’embryon, contenu dans la graine, trouve, réunis dans sa sphère d’activité, les minéraux indispensables à l’exercice des premiers actes de la vie végétale.

Voilà pourquoi la graine est si abondamment pourvue d’acide phosphorique, de potasse et de magnésie. C’est une sorte de réserve destinée à la première évolution de l’embryon.

Si vous étudiez, avec un peu d'attention, le tableau qui précède, vous ne pouvez manquer d’être frappé du contraste qui existe entre la potasse et l’acide phosphorique.

L’acide phosphorique est en proportion à peu près uniforme dans tous les organes, la graine exceptée. Il n’en est pas de mèmepour la potasse. La concentration de l’acide phosphorique dans les graines se fait brusquement, la proportion de la potasse augmente, au contraire, par degré et vous remarquerez que, plus les organes se rapprochent de la graine et plus cette proportion devient considérable.

Pourquoi ce passage soudain d’un côté et cette progression de l’autre?

Une observation fort ancienne de Théodore de Saussure, nous fournit à cet égard une explication aussi simple que satisfaisante.

Les phosphates de chaux et de magnésie sont, comme chacun sait, insolubles dans l’eau, mais il existe un phosphate double de potasse et de chaux et un phosphate double de potasse et de magnésie, qui sont l’un et l’autre solubles.

La potasse, ou pour parler plus exactement, les phosphates alcalins, sont ainsi les véhicules qui assurent le transport des phosphates terreux dans la végétation; il importe donc que plus on se rapproche de la graine et plus la proportion des sels de potasse soit élevée, afin de rendre la dernière étape des phosphates terreux plus facile à franchir.

Parlons maintenant rie la distribution des éléments orçaniques.

Ici un premier fait nous frappe. Ces éléments, au nombre de quatre seulement, représentent les 95 centièmes au moins de la substance des végétaux. Toutefois, et pour le dire en passant, de ce que les minéraux n’y figurent que pour un faible appoint, il faudrait bien se garder de conclure que leur rôle est moins important que celui des éléments organiques. En leur absence la végétation est impossible; elle reste languissante et précaire dans les sols qui n’en sont pas suffisamment pourvus. Celte réserve faite, revenons aux éléments organiques. Sous le rapport de leur distribution dans l’économie végétale, ils offrent encore un contraste avec ce que nous venons de dire pour les éléments minéraux. Trois d’entre eux, le carbone, l’hydrogène et l’oxygène, y figurent en proportions à peu près invariables. Tous les végétaux et tous les organes sans distinction en contiennent les mêmes quantités. Arbres, arbustes, simples plantes, racines, tiges, écorces, branches, feuilles, fruits et graines, accusent un rapport invariable entre le carbone, l’hydrogène et l’oxygène.

Pour l’azote, il n’en est plus de même, il se révèle à son égard ce que nous avons constaté pour la potasse et l’acide phosphorique, les fruits et les graines en contiennent beaucoup plus que les autres organes. Nous pouvons ajouter qu’à son égard, comme pour l’acide phosphorique et la potasse, l’accumulation de l’azote dans la graine est déterminée par la nécessité de pourvoir aux premiers besoins de l’embryon, à l’époque de la germination.

Pendant cette première période de la vie végétale, la plante vit uniquement aux dépens des éléments réunis dans la graine, le rôle de l’azote n’est alors pas moins essentiel que celui de la potasse et de l’acide phosphorique.

Pour nous résumer, je dirai donc que les éléments organiques représentent les 95 centièmes du poids des végétaux. Dans ce total, le carbone figure pour 40 à 45 centièmes à

PliEMIER ENTRETIEN.

peu près, l’oxygène pour autant ; la proportion de l’hydrogène est plus faible, elle est comprise entre 5 et G p. 100. Celle de l’azote plus réduite encore n’est plus que 1 à 5p. 100.

Je vous avais promis de définir la composition des végétaux avec rigueur et netteté, il me semble que les données qui précèdent offrent ce double caractère.

Pénétrons plus avant dans notre sujet.

Il ne suffit pas de pouvoir dire de quoi les végétaux se composent, il faut savoir encore comment ils se forment et comment leurs éléments se combinent au sein des organes dont ils déterminent l’évolution et l’accroissement.

Ici, le procédé suivi diffère de tout point de celui qui est propre aux minéraux. Lorsqu’on abandonne au soleil une dissolution de sel marin, à mesure que le liquide s’évapore, il se dépose des cristaux que l’on ne peut d’abord distinguer qu’à la loupe, tant leurs dimensions sont exiguës; bientôt, cependant, leur forme isolée devient accessible à la vue, et nous pouvons suivre jour par jour leur accroissement, dont la régularité géométrique accuse un ordre primordial qui leur commande et dont ils ne peuvent s’écarter.

Ici l’accroissement se fait par le dépôt successif et continu de nouvelles couches cle sel, qui s’ajoutent en tout sens à la surface du premier cristal, sorte de centre attractif à l’égard des molécules de sucre et de sel diffusées dans le liquide.

Le travail de la végétation n’est pas aussi simple: les phases par lesquelles un végétal passe avant son plein développement, ont néanmoins un caractère de permanence et de fixité qui accuse aussi un plan dont l’économie et la constance excluent toute idée de hasard et d’arbitraire ; quoique très-différent de celui auquel la formation des minéraux est soumise, il dépend de lois non moins inflexibles et ne nous est pas moins bien connu dans son principe et dans ses détails.

Je vous ai dit que les végétaux doivent leur formation à

i i éléments différents ; j’ajoute que les uns avaient à l'origine la forme gazeuse et faisaient partie de l’air, tandis que les autres, liquides ou solides, proviennent du sol. Les premiers sont absorbés par les feuilles, les seconds par les racines, ainsi les végétaux se forment et se développent au moyen de principes multiples et très-divers, venus de milieux différents ; mais ces principes ne revêtent pas tout d’abord la forme de tissus et d’organes, ils passent par des états plus simples qui déjà n’appartiennent plus à la nature inorganique, sans avoir revêtu les caractères propres aux corps organisés.

La formation des végétaux est donc, en réalité, une opération à deux degrés.

Ces composés aux formes instables, par lesquels elle prélude en quelque sorte, se divisent en deux groupes. L’un comprenant les composés où il n’entre que du carbone, de l’hydrogène et de l’oxygène, l’autre ceux dans lesquels on trouve en plus de l’azote, du soufre et du phosphore.

Voici, au surplus, la liste de ces produits, auxquels je donnerai le nom de produits transitoires de l’activité végétale, pour rappeler à la fois, leur origine, leur caractère principal et leur véritable destination.

Page 1