de chlore, potasse, magnésie Mémoire
Prix de la tonne. ... 60 fr. 55
Or, comme le phospho-nitre était vendu 155 francs la tonne, alors que son prix réel est de 00 francs, il en résulte qu’il était grevé, comme je l’ai dit, d’un bénéfice illicite de 150 p. 100. — Drogue honteuse dont on dit dans l’enquête, sans que vous ayez pu le démentir, qu’elle constituait « une des sophistications les plus coupables qui se soient
JAMAIS PRODUITES DANS LE COMMERCE DES ENGRAIS (2). Et pOUP
couronner l’œuvre, abusant du crédit que vous donnait auprès du monde agriçole votre position de directeur du Journal d’ Agriculture pratique , vous n’avez pas craint de recommander l’emploi de ce produit acquis au prix de 1 55 francs la tonne !
Nierez-vous encore? Faut-il citer votre circulaire? Ces (*)
(*) Enquête sur les engrais, tome Ier, page 112.
I2) Enquête sur les engrais, tome Ier, page 115.
LA TRILOGIE AGRICOLE
citations sont malsaines. Ceux qui voudront la lire la trouveront clans le tome Ier de Y Enquête sur les engrais, page 109. Ils y trouveront la preuve que le phospho-nitre a été pour M. Cochery l’occasion d’une perte de 15,000 francs, et c’est après la déconfiture de cette triste affaire que M. Barrai est devenu l’adversaire des engrais chimiques (1).
Toute la trilogie agricole est dans ces faits. Trois mots la résument donc : un titre ridicule, un essai de doctrine sans valeur, et dans le domaine des appréciations personnelles un oubli absolu des plus vulgaires convenances.
Mais abandonnons ce domaine de pauvretés et revenons à la conférence de la Sorbonne.
Depuis cinq ans je m’efforce de faire créer l’escompte à quinze mois en faveur du commerce des engrais ; cette mesure étant à mes yeux la conséquence obligée de notre nouveau régime économique. Vous déclarez cette pensée détestable ; voici pourtant ce que vous-même avez écrit : « Au lieu de se redouter les uns les autres, les fabricants d’engrais devraient chercher à créer une association de crédit où ils pourraient réunir des capitaux qui leur permettraient d’attendre que les agriculteurs eussent fait leurs récoltes pour payer les engrais confiés à la terre. »
La mesure est donc bonne. Seulement vous la croyez réalisable par l’initiative de l'industrie privée, et moi je ne la crois possible qu’avec l’attache et le concours de l’État.
En quoi cette différence dans les deux modes de réalisation peut-elle justifier l’irritation que vous cause la conférence de la Sorbonne ?
Ainsi la mesure vient-elle de moi, — elle est mauvaise !
Sa réalisation a-t-elle lieu sans ma participation, — elle est excellente !
Passant à la partie doctrinale, vous dites :
« Mais tous ces calculs sont erronés; ainsi 1,000 kilogr.
0) Enquête sur les engrais, t. I, page 3. Prix des phospho-nitres : N° 1, 19 fr. 50 les 100 kilogr. — 2, 15 fr. 50.
de fumier contiennent en moyenne 6 kilogr. d’azote- (voir YÉconomie rurale de M. Boussingault, tome II, page 87, et tous les autres auteurs). Par conséquent 20,000 kilogr. de fumier en contiendraient 120 kilogr. et non pas 85 kilogr. »
Je vous renvoie vous-même à la citation que vous invoquez, bien sûr qu’avec un peu plus d’attention, vous reconnaîtrez l’erreur que vous avez commise.
11 est bien vrai que l’ensemble des fumiers dont M. Boussingault rapporte l’analyse, conduit à la moyenne de 6 kilogr. pour 1,000 ; mais le fumier de Bechelbronn, pris comme type dans la discussion des assolements , n’en contient que4k,l, ce qui multiplié par 20,000 produit 82 kilogr.
Pour vous convaincre enfin que M. Boussingault n’a pas employé la moyenne générale, mais le chiffre que vous me reprochez d’avoir cité, reportez-vous à la page 187 du même volume , là vous trouverez résumée, dans un tableau spécial, la balance du système triennal, et vous y verrez figurer l’azote de l’engrais pour 82k,8. Dans le même tableau, vous verrez encore que la dose afférente à la rotation de trois années n’est pas de 30,000 kilogr., comme vous l’affirmez, mais de 20,000 kilogr., comme je l’ai avancé.
Plus loin, vous dites encore, à propos de la proportion d’acide phosphorique que j’attribue à 20,000 kilogr. de fumier : « Chiffre également faux. En effet, 1,000 kilogr. de fumier renferment 4k, 87 d’acicle phosphorique: par conséquent, dans 20,000 kilogr. de fumier il y a 96 kilogr. d’acide phosphorique au lieu de 59 kilogrammes.
Vous n’indiquez pas cette fois où vous avez pris le chiffre de 4\82; mais si vous voulez vous reporter à la page 116 du tome II de YEconomie rurale , vous trouverez, à la première ligne, que le fumier sec contient 10 pour 1,000 d’acide phosphorique; ce qui, à raison de 79,3 pour 100 d’eau que contient le fumier frais, réduit la proportion de cet acide à 2 pour 1,000 dans le fumier frais; soit donc encore 40 kilogr. d’acide phosphorique pour 20,000 kilogr. de fumier.
LA TRILOGIE AGRICOLE
Doutez-vous que ce chiffre soit bien celui qu’admet M. Boussingault dans ses calculs? Reportez-vous à la page 221, et vous acquerrez la preuve que pour 49,086 kilogrammes de fumier (ce chiffre est extrait du tableau de la page 184 du tome 11), que comporte cet assolement, la dose de l’acide phosphorique est de 98 kilogr., ce qui conduit à 59k,9 pour 20,000 kilogr. Je sais combien les erreurs de chiffres sont faciles à commettre. Celles dans lesquelles vous êtes tombé prouvent cependant que vous avez mis trop de précipitation dans vos recherches et que vous êtes entré dans celte discussion sans y être suffisamment préparé. De tout ceci quel enseignement faut-il tirer?
Un enseignement assez triste ; vous faites passer vos rancunes et vos prédilections avant les questions de principes et d’intérêt public. La situation de notre agriculture est pourtant bien grave. A la nécessité de lutter contre l’importation, est venu s’ajouter, cette année, le déficit résultant d’une récolte médiocre, ce qui aggrave la position déjà si éprouvée de la classe ouvrière.
En face de si grands intérêts et de tant de souffrances, le devoir de chacun est tout tracé ; il m’a paru que le mien était de faire connaître à l’agriculture les conditions qui règlent la production des végétaux, comme aussi les moyens les plus économiques pour obtenir les rendements maxima (pu sont les seuls rémunérateurs ; j’ai pensé, en outre, qu’il fallait, au moment où les Chambres sont assemblées, redoubler d’efforts pour obtenir, en faveur de l’industrie agricole, les bénéfices du crédit, et j’ai demandé spécialement l’escompte à quinze mois en faveur des achats d’engrais, parce que celte nature de crédit s’applique aux besoins les plus urgents de la culture et aux opérations les plus immédiatement r ém u nératr i ces .
le persiste à penser qu’en faisant ainsi, j’ai agi dans l’intérêt du bien public, et j’ajoute que les adhésions que j’ai reçues, de tous les points de la France, me confirment dans mon sentiment.
Et vous, comment êtes-vous jugé? Que pensent et disent les esprits impartiaux qui ont eu le courage de lire jusqu’au bout vos articles et la trilogie ? Le numéro de votre journal du 8 janvier m’en fournit un témoignage qui est à la fois ma justification et restera votre châtiment. Citons-le :
« J’ai vu avec peine votre discussion avec M. Ville, professeur de physiologie végétale, au sujet de ses expériences d’engrais chimiques. La discussion, dans son principe, m’a paru déplorable, parce qu’elle est sortie des bornes d’une discussion calme; je ne regrette pas moins votre persistance à combattre le système de l’emploi des engrais chimiques de M. Ville, qui, tout en tirant des conséquences extrêmes, n’a jamais dit qu’on devait proscrire les engrais d’étable, de sorte que votre discussion avec lui roule sur des suppositions et des définitions arbitraires, et elle vous place, ainsi que votre journal, dans une fausse position.
« Vous êtes évidemment, monsieur, trop éclairé, et vous avez trop d’expérience pour ne pas reconnaître le rôle important que vont jouer les engrais chimiques, et les avantages de leur alliance avec le fumier d’étable...; mais ce qui me frappe, et ce que vous ne voyez peut-être pas aussi bien qu’un tiers, c’est que la position que vous vous êtes faite, ainsi qu’à votre journal, dans la discussion avec M. Ville, est parfaitement anormale; car, au lieu de recommander, et même de prôner les engrais chimiques, vous vous attachez à amoindrir le rôle qu’ils sont appelés à jouer, et au lieu de recommander les expériences avec les engrais chimiques, vous les dépeignez en quelque sorte comme impuissants et comme dangereux. La position que vous avez prise est contraire au progrès, et les agriculteurs sensés n’approuveront pas votre système de défiance. Ils marcheront en avant, et si le succès est au bout, comme cela est facile à prévoir, ils ne vous sauront pas gré des craintes que vous avez cherché à leur inspirer... Je crois, d’après cela* que votre position, et surtout celle de votre journal, est fausse et que vous ferez bien d’en sortir. »
De qui émanent ces fermes et dignes paroles? De l’un des représentants les plus éminents de l’agriculture française, de Thonorable M. Schattenmann, qui a obtenu la prime d’honneur pour le département du Bas-Rhin et un grand prix à l’Exposition universelle !