‹ Les engrais chimiques (volume 2)Chapitre 62 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

On l’a dit avant moi, les attaques ne sont dangereuses et ne' portent coup qu’ autant qu’elles puisent leur autorité dans le caractère, les antécédents et la position de celui de qui elles émanent. En dehors de cette condition, elles vont presque toujours à l’encontre du but qu’on s’était promis, et tournent à la confusion de leur auteur.

Croyez-vous par exemple, monsieur, que votre profession de marchand d’engrais soit bien de nature à donner à vos articles le caractère d’une œuvre précisément désintéressée? Remarquez que je n’entends mettre en cause ni votre probité ni la sincérité de vos convictions, mais constater simplement un fait, c’est que votre

profession n’est guère compatible avec l’impartialité inséparable du rôle de critique et presque d’arbitre que vous avez pris.

Vos travaux et vos antécédents sous le rapport scientifique, à quoi se réduisent-ils? De votre aveu, le peu que vous savez en matière de science se borne à quelques notions superficielles, toutes d’emprunt et de reflet. Vous n’avez donc pas qualité pour trancher souverainement des questions dont l’intelligence exige une préparation que vous n’avez pas reçue et à laquel'e vous ne suppléez pas par des aptitudes exceptionnelles. J’aurais donc pu, sans grand péril pour ma personnalité, abandonner vos appréciai ions au sort de ces mille productions que le même jour voit naître et mourir. Le voyageur qui cherche des voies nouvelles n’a guère le temps de fixer les grains de poussière que le vent chasse devant lui.

Je me suis décidé cependant à vous répondre, et je l’eusse fait depuis longtemps sans une indisposition qui m’a retenu au lit pendant trois semaines, parce que, à côté et au-dessus de vous, j’aperçois deux personnalités (MM. Dumas et Boussingault) dont la reconnaissance vous a rendu tributaire, et dont l’intervention, quoique inapparente, donne à vos affirmations un caractère qui mérite d’être relevé.

Vous débutez, monsieur, par un reproche bien grave. Vous m’accusez de plagiat. Si l’on doit vous croire, je n’ai vécu jusqu’ici que de miettes tombées de la table de M. Boussingault. A lui seul revient l’honneur d’avoir défini les conditions de la production végétale. Quant à moi je n’ai rien fait. Ma tâche n’a guère été que celle d’un copiste sans inspiration, lorsqu’elle n’est pas descendue au rôle plus triste d'un plagiaire sans scrupules. A vous entendre, je m’évertue depuis vingt ans à dissimuler l’origine des lambeaux dont je couvre ma pauvreté. Voilà ce que vous affirmez, vous, monsieur Rohart, des hauteurs sereines où, dans votre opinion, l’estime publique vous a placé. Vous faites plus, voulant donner à vos affirmations une autorité irrésistible, vous mettez en regard des citations tirées des publications de M. Boussingault et de M. Ville, et naturellement il ressort de cette comparaison que je n’ai rien trouvé en propre. Puis, cette œuvre de haute érudition accomplie, vous semblez, comme un nouvel Achille, défier le monde entier au combat. Pauvre monsieur, qui avez la naïveté de donner pour horizon à la science le petit cadre de votre savoir ? Reproduisons-le donc ce tableau incomparable ; nous montrerons

MA RÉPONSE Aü JOURNAL DE L’AGRICULTURE.

ensuite tout ce qu’il contient d’arbitraire et d’inexact, pour mieux en faire ressortir la complète inanité.

Je vous cède la parole:

Données de la première expérience.

Sol artificiel avec sable et argile calcinés au rouge, ainsi que les vases employés à l’expérience.

Sol artificiel avec sable calciné au rouge, ainsi que les vases employés à l’expérience.

Ici, nous voyons une petite différence. M. Ville n’a pas introduit d’argile dans son sol artificiel, ce qui n’a d’ailleurs aucune importance, ainsi que M. Ville le reconnaît dans ses Résumes des Conférences agricoles , page 55 : « L’argile n’intervient pas directement dans la nitrification végétale. » Donc, iden'ité de circonstances dans la donnée générale servant aux expériences. Poursuivons.

Résultats (le la première expcr*rience.

Plante faible, délicate, ne pesant pas beaucoup plus à l’état sec que la graine employée.

Plante chétive. La récolte sèche pèse G grammes. Vingt grains de blé avaient été employés.

Données de la deuxième expérience.

Mêmes précautions et mêmes circonstances que dans la première expérience, mais en ajoutant au sol artificiel 1 0 gr. de phosphate de chaux, 0sr,50 de cendres et lgr,26 de carbonate de potasse.

Mêmes précautions et mêmes circonstances que dans la première expérience, mais en ajoutant au sol artificiel une matière azotée. (Peut-on comparer des données aussi dissemblables !

Résultats de la deuxième expérience.

La récolte, encore très-mé-

Les plantes sont restées assez vigoureuses jusqu’à l’âge de deux mois ; après, les feuilles se sont flétries, et la force de la végétation a décru rapidement.

diocre, est cependant meilleure que dans la première expérience.

Elle s’élève à 9 grammes.

Dans ces secondes expériences, les données sont un peu différentes, c’est-à-dire selon le mode d’investigation suivi par chaque expérimentateur: mais en réalité les résultats sont les mêmes tant qu’on ne fait pas intervenir, au profit de la plante mise en expérience, chacun des agents dont le concours est nécessaire pour produire un végétal complet. C’est là le but final de la démonstration, et nous allons le voir ressortir clairement dans la donnée et dans les résultats qui suivent.

Données de la troisième expérience.

Mêmes précautions et mêmes circonstances que dans les deux expériences précédentes, mais en ajoutant au sol artificiel 10 gr.

de phosphate de chaux, lgI,5Ü de cendres et Isr/i0 d’azotate de potasse.

Résultats de la troisième expérience.

La plante accuse une végétation des plus luxuriantes, parcourt chacune des phases de son développement, donne un rendement complet et produit de bonnes semences.

Données de la quatrième expérience.

Mêmes précautions et mêmes circonstances que dans les deux expériences précédentes, mais en a joutant au sol artificiel du phosphate de chaux, de la potasse, de la chaux et une matière azotée.

Résultats «le la quatrième expérience.

Avec le concours réuni des minéraux et de la matière azotée, le résultat ne laisse rien à désirer. Le poids de la récolte s’élève à 24 grammes.

A ce tableau je fais deux objections. Il est inexact et incomplet. Lorsqu’on cite, il faut le faire complètement et avec conscience. Or, du moment que vous vouliez résumer mes expériences de culture dans des sols artificiels, il fallait puiser vos informations dans la troisième conférence de Viilcennes, et en extraire les deux tableaux suivants, pages 171 et 172 :

ACTION COMPARÉE DES AGENTS DE LA PRODUCTION VÉGÉTALE. (Semence, 22 grains de froment.)

RÉCOLTE

Page 1