‹ Les engrais chimiques (volume 2)Chapitre 63 sur 100 · SÈCHE · texte numérisé non relu

SÈCHE

gr.

Engrais complet, moins le phosphate de chaux 0.48

— moins la potasse 9. »

— moins la magnésie 7. »

— moins la matière azotée 8. j>

— sans aucune suppression . ... 18 à 22. »

Engrais complet, sable chaulé 20 à 22. »

— - sable humifère 18. »

— sable humifère chaulé. . * 51 . »

Sable pur de toute addition 0. »

Sable et humus 6. »

Il eut fallu ajouter encore que les expériences en pleine terre n’étaient pas moins concluantes, et compléter le tableau qui précède par les résultats obtenus au champ d’expériences de Vincennes, lesquels, pour le dire en passant, sont d’autant plus précieux que les plus essentiels ont été recueillis en présence de M. Barrai, lors de sa visite à ce champ :

RENDEMENT A l’mF.CTARE. 1865 KILOGRAMMES HECTOLITRES.

Engrais complet, paille. ....... 6,941

— grains 5,750 46

Matière azotée seule, paille 5,487

— grains 1,650 20

Minéraux seuls, paille 5,005

— grains 1,287 j(;

Phosphate de chaux, paille 5,056

— grains 2,135 14

Terre sans engrais, paille 2,640

— grains 902 11

Comme complément de ces deux citations, il eût fallu ajouter encore ce passage, qui en est le commentaire indispensable :

« Dans tout ce qui précède, je n’ai presque rien dit de f humus; car, après avoir signalé la dépendance qui rattache ses bons effets à la présence du calcaire dans le sol (pages 135 et suivantes), à la faculté si remarquable qu’il possède de dissoudre les phosphates et d’en favoriser l’absorption, je ne vous en ai plus reparlé. Cette omission, messieurs, a été toute volontaire de ma part. Nous avons montré qu’à l’aide des produits qui composent T engrais complet, on peut faire mieux que par le passé. Contentons-nous pour le moment de ces résultats. Nous aurons à examiner plus tard comment on peut perfectionner ces nouveaux procédés, et alors se présentera naturellement tout ce qui se rapporte aux effets pratiques de l’humus, aux conditions dans lesquelles il faut l’employer, comme aussi aux moyens de le produire (pages 370 et 571). )>

Enfin, prenant au sérieux votre rôle d’historien, il eût fallu faire remarquer que les résultats qui précèdent ont été publiés dans les

MA RÉPONSE Al* JOURNAL DE L’AGRICULTURE.

Comptes rendus de l'Académie des sciences , partie en 1855 et partie en 1857, 1858 et 1859. A ces conditions seulement, vos citations eussent été exactes et conformes à la vérité des dates. Vous avez trouvé plus simple ou plus commode de faire des citations à votre guise et à votre taille. C’est un procédé dont je tiens à vous laisser le privilège. Mais vous trouverez bon que je rende aux faits leurs dates et leurs significations.

Revenons donc à votre tableau ; je dis que c’est une œuvre de haute fantaisie; afin de le prouver serrons la question déplus près. Vous assignez pour date à mes travaux l’année 1865. C’est de votre part un parti pris, une affirmation formelle. Pour vous, par conséquent la conférence de la Sorbonne est une œuvre sans antécédent. Avant cette conférence, M. Ville n’avait rien dit, rien fait, rien publié, tel est votre argument. Voici ma réponse :

Le seize juin 1857, j’ai ouvert mon premier cours au Muséum d'histoire naturelle ; or voici dès ce moment le cadre que j'ai donné à mon enseignement, ce cadre devant être surtout rempli par mes travaux personnels.

Les sources où les végétaux s’alimentent dans la nature ayant été énumérées, j’ai défini ainsi la fonction du sol :

« Dans la terre il y a deux ordres différents de matériaux. Les uns, inertes, insolubles, tels que le sable, l’argile et le gravier, offrent un point d’appui aux racines et servent de milieu à la végétation. Nous appelons cette première catégorie d’éléments les éléments mécaniques du sol. — Il y a ensuite une deuxième catégorie d’éléments, les éléments nutritifs, qui concourent activement à la vie végétale, et que nous appelons pour ce motif les éléments assimilables du sol. A l’égard de ces derniers, il y a même une distinction à faire entre ceux qui sont immédiatement assimilables, et ceux qui ne le deviennent qu’après avoir subi une altération préalable.

a Chaque catégorie d’éléments a donc une destination spéciale et exerce une influence particulière sur la production des végétaux. Les éléments mécaniques déterminent les qualités extérieures des sols, et ce qu’on peut appeler leur nature agricole ; les éléments immédiatement assimilables déterminent leur degré de fécondité, et les éléments non encore assimilables, mais qui sont aptes à le devenir, constituent une sorte de réserve qui peut faire prévoir la durée de cette fécondité.

« Le tableau suivant est propre à faire ressortir ces différences de nature et de fonction.

/Éléments mécaniques

Sable.

Calcaire.

Argile.

Gravier.

Sol.

Assimilables actifs.

! Humus.

Ammoniaqne.

Acide nitrique.

' Acide phosphorique.

Acide sulfurique.

Chlore.

Silice.

Minéraux. / Potasse.

' Soude.

Chaux.

Magnésie.

Oxyde de fer.

k Oxyde de manganèse (?),

Assimilables en réserve.

Détritus organiques.

Minéraux indécomposés.

« Or, il s’agit en premier lieu de connaître l’action des éléments organiques et minéraux contenus dans le sol. Pour cela, à du sable calciné qui représente l’élément mécanique pur et isolé, on ajoute séparément toutes les matières organiques qu’on trouve dans la terre végétale. Parmi ces matières, les unes ne contiennent que du carbone, de l’hydrogène, de l’oxygène : ce sont les congénères de l’humus; les autres contiennent en plus de l’azote, et se rapprochent par leur propriété, des déjections animales. Ainsi l’on expérimente successivement sur les matières sans azote et sur les matières azotées, et l’on constate l’action de chacune; on passe ensuite à l’étude des éléments minéraux. Ici le sujet se complique et l’expérience présente plus de difficulté. Les éléments minéraux contiennent de l’acide sulfurique, de la potasse, de la chaux, de la magnésie, etc. Dans l’impossibilité d’essayer séparément l’action des acides et des bases, qui, à raison de leurs propriétés corrosives ou caustiques, feraient périr les plantes, on est forcé de les corn-

biner ensemble. Mais comme il peut se Taire que les acides, les terres et les alcalis exercent une action différente suivant l’ordre de leur combinaison, on devra multiplier les essais de manière à réaliser tous les modes de combinaisons possibles. En procédant ainsi, on est conduit à instituer les expériences suivantes :

Phosphates. . j Sulfates. . . > terreux.

Chlorures . . J Silicates alcalins.

Oxyde de fer.

Phosphates. . )

Sulfates. . . j terreux.

Chlorures . . )

Oxyde de fer.

Silice gélatineuse.

Carbonates terreux.

Silicates alcalins,

Silicates alcalins.

Phosphates. . )

Sulfates. . . | alcalins.

Chlorures. . ' Carbonates terreux.

Oxyde de fer.

Silice gélatineuse.

Phosphates. . )

Sulfates. . . \ alcalins*.

Chlorures . . )

Oxyde de fer.

Silice gélatineuse

Carbonates terreux.

Sable pur.

« Le numéro I contient tous les éléments minéraux de la terre végétale, le numéro VIII n’en contient aucun ; il est réduit à l’élément mécanique seul. Les termes intermédiaires correspondent à des terrains d’une fertilité intermédiaire.

« Dans la nature, les choses ne se passent pas aussi simplement que dans nos laboratoires : la partie nutritive de la terre végétale n£ se borne jamais à une catégorie unique d’éléments; les principes minéraux sont toujours associés à de la matière organique, et l’action de chacun d’eux doit se trouver modifiée par ce mélange. Pour s’en assurer, il faut donc avoir recours à d’autres expériences dans lesquelles, à une matière organique azotée qui reste comme terme fixe, on ajoute les minéraux déjà expérimentés; ainsi on

constate à nouveau l’effet des matières minérales et organiques lorsqu’elles agissent ensemble, et Ton réalise par la pratique les conditions les plus variées dans lesquelles le développement d'un végétal puisse avoir lieu.

« Mais le problème de la production végétale n’est pas encore résolu. Dans les expériences qui précèdent, on a toujours opéré dans le sable pur. Or, le sable n’est pas le seul élément mécanique qui entre dans la composition de la terre végétale. L’argile et le calcaire s’y rencontrent fréquemment, et, suivant que l’un de ces trois éléments prédomine, la nature et la propriété des sols changent dans une certaine mesure. Pour se rendre compte de cette cause de variation, il faut donc répéter toutes les expériences qui précèdent, en opérant séparément dans des sols argileux et calcaires, ce qui permet finalement de constater, en dehors de toute hypothèse, l’influence que la nature des éléments mécaniques et assimilables exerce sur le développement des végétaux.

« Mais, pour que ces expériences aient toute leur valeur, il ne suffit pas de connaître l’effet produit par l’addition de telle ou telle substance dans un sol formé de sable ou d’argile ; il faut savoir de plus combien les plantes ont absorbé de ces substances et par conséquent combien il en reste dans le sol après chaque récolte. Pour acquérir cette connaissance, il faut donc faire l’analyse exacte de toutes les récoltes. A cette condition, mais à cette condition seulement, on peut fonder l’emploi des agents de fertilité sur des principes rationnels (*). »

Voilà, monsieur, le plan des expériences que M. Ville avait déjà exécutées avant 1 857, et que, depuis cette époque, il n’a cessé de perfectionner, afin de donner à ses premiers résultats plus de certitude et de généralité ; j’ajoute que dès la première année de son enseignement, ce programme a été rempli. Or, si ce ne sont là que des lieux communs, veuillez m’indiquer où on les trouve. Dites— nous dans quel recueil M. Ville aurait pu puiser une réponse à toutes ces questions. Qui avant lui avait conçu et réalisé ces gammes

(J) Cette leçon a été publiée par le Journal de V instruction publique; elle a paru de plus en brochure, et le passage que je viens de citer se trouve dans ies Recherches expérimentales sur la végétation , de M. Ville. Opuscule in— 8e , publié chez Victor Masson et Mallet-Bachelier, 1850, pages 444 et suivantes. — G. V.

do sols de fertilité progressive (pii reproduisent artificiellement les conditions si variées de la végétation dans la nature ? Mais si probante que soit cette citation, ce n’est, me direz-vous peut-être, qu’un programme : et un cours, l’auteur possédàt-il le texte de ses leçons, recueilli par un sténographe du Moniteur (ce qui est mon cas), n’est pas un mode de publicité suffisant pour faire date. Votre autorité réclamera peut-être de moi un texte imprimé. Qu'à cela ne tienne, monsieur, je puis encore vous satisfaire.

Par une sorte de prévision de ce qui m’arrive aujourd’hui, j’ai eu la prudence de publier en 1857, non pas toutes les expériences rapportées dans mon cours, mais deux séries complètes, qui correspondent au programme que je viens de rappeler. Ici il n’y a pas d’équivoque possible. Ces expériences sont de 1856, et j’ajoute que d’autres expériences, moins complètes quoique se rattachant à ces dernières, ont été publiées en 1855, dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences, tome XL1, page 958.

Mais revenons aux deux grandes séries publiées en 1857. Je dis qu’elles correspondent au programme de ma première leçon, et attestent par cela même que ce programme, fixé dés longtemps dans ma pensée, devait la fermeté de ses dispositions aux recherches antérieures dont il n’était en quelque sorte que l’expression anticipée.

Ici tout est grave. — Ce n’est pas par une simple affirmation qu’il faut procéder, mais par des citations authentiques et complètes. Citons donc (1).

Le premier point à résoudre, c’est de déterminer l’importance comparée des éléments organiques et minéraux (assimilables) du sol; pour y parvenir, j’ai institué trois expériences : dans la première, on cultive du blé dans de la terre ordinaire de jardin ; dans la seconde, on répète la même culture sur cette terre dont on a préalablement détruit tous les éléments organiques par une calcination de plusieurs heures au moufle; dans la troisième, on se borne à cultiver du blé dans du sable calciné. Voici les résultats de ces trois expériences :

(’) Recherches expérimentales sur la végétation. ïn-8°, 1857, page 148. — G. V.

Page 1