NOVEMBRE
1° Les matières azotées 11e fonctionnentcommeengrais qu’a • vec le concours des phosphates.
Citons maint enant ce que M. Rohart oppose à ces témoignages : « C’est trop fort! Comment M. Ville peut-il prétendre que j’intervertis la situation et les dates, quand lui-même reconnaît que ses recherches sont de 1857, et que celles de M. Boussingault sont de 1855? (Note 50.)
« Décidément, il s’agit d’une plaisanterie. Comment, quand ici
même chacun a sous les yeux les dates que vous connaissez, vous osez dire au public qu’il m’a plu d’arranger cela à ma façon 1 Je sais bien que ce tableau vous a un peu gêné, et que vous auriez mieux aimé autre chose; mais enfin, les faits sont les faits, et ce n’est pas ma faute s’ils sont contre vous. (Note 31.) »
Buffon a dit que le style c’est l’homme. M. Rohart est là tout entier.
A ces citations j’ajouterai une dernière remarque. Lorsque M. Boussingault présenta à l’Académie, le 23 novembre 1857, son troisième mémoire sur l’assimilation des nitrates, M. Ville adressa à la même compagnie une réclamation de priorité fondée sur les faits rapportés dans son opuscule du 31 août.
A cela, que répondit M. Boussingault? Il se garda bien d’élever la moindre prétention à l’égard d’une théorie générale de la production végétale. Il dit au contraire : le but de mes derniers travaux a été de démontrer V inefficacité du phosphate de chaux quand il est introduit dans le sol dépourvu de matières organiques et arrosé avec de Veau exempte d'ammoniaque. (Comptes rendus de V Académie des sciences , tome XLV, page 999.) C’est le point culminant de son travail.
Il y a loin de cette proposition modeste et isolée à votre parallèle triomphant de citations. Eh bien! malgré sa modestie, cette proposition ne peut se soutenir ; la presque passivité des minéraux en l’absence d’une matière azotée ayant été signalée par moi dans mon mémoire du 13 août 1855, reproduite dans celui du 22 septembre 1850, et affirmée de nouveau dans l’opuscule du 31 août 1857, dont j’ai rapporté un passage.
Il résulte donc des témoignages que je viens de rapporter qu’en fixant à 1805 le résultat de mes travaux les plus importants, vous leur assignez une date inexacte, postérieure de dix ans au moins à leur date réelle, et qu’en les présentant comme des emprunts aux publications de M. Boussingault, vous intervertissez les situations. A la légèreté avec laquelle vous formulez cette accusation de plagiat, je juge que vous n’avez qu’une médiocre conscience de sa gravité; pour moi, s’emparer indûment d’une idée est un fait aussi grave que les larcins flétris par la loi.
Quand on m’a dit que vous m’accusiez d’un emprunt illégal, j’ai cru que vous aviez été induit en erreur par quelque similitude entre mes travaux et ceux du prince Salin ou de MM. Lawes et Gil-
bert; je croyais n’avoir à réfuter qu’une simple méprise. Mais vous circonscrivez le débat à M. Boussingault, et vous disposez votre accusation sous la forme d’un tableau à deux faces, qui semble d’un effet irrésistible à ceux qui lisent des yeux. Je viens de vous montrer à quoi il se réduit devant la vérité des faits et des dates.
Votre accusation ne peut trouver son explication que dans l’insuffisance de vos connaissances sur le fond du sujet, car si c’était un acte consciencieux et prémédité, il descendrait au rang d’une injure et d’une calomnie; et si, contre mon attente, il devait revêtir ce caractère odieux, fort de sa fausseté, je me bornerais à vous répondre, en complétant la pensée que j’exprimais en commençant cet article, que les injures suivent la loi de la chute des corps, et que leur gravité est en raison de la hauteur d’où elles tombent.
Et maintenant que le terrain de la discussion se trouve déblayé des questions personnelles, la tache qui me reste à remplir n’a rien de bien embarrassant.
Je viens de lire d’une seule traite vos sept articles ; qu’il me soit permis de les résumer en quelques propositions nettes et enchaînées, afin que le lecteur puisse embrasser d’un regard le domaine qu’il lui reste encore à explorer.
1° L’engrais type, c’est le fumier de ferme. 11 n’est pas possible de le remplacer par des engrais chimiques. La putréfaction détermine au sein des matières fertilisantes des modes de combinaison mystérieux que la science n’a pu définir, et dont la pratique constate tous les jours les bons 'effets.
2° M. Ville n’a pas la plus légère notion des vérités économiques* à ce point qu’il propose de composer des engrais avec des matières de première qualité. Il préconise l’emploi de la potasse épurée à la place des salins de betteraves ; il recommahde comme matière azotée (erreur sans nom!)’ le sulfate d'ammoniaque* ce qui mène droit à r empoisonnement du sol par l'acide sulfurique!
5° L’idée d’analyser le sol par la culture n’a rien de nouveau, c’est du vieux retapé. L’inventeur de cette méthode, c’est M. Bobierre. M. Ville maltraite la science et les savants. Il n’est pas exact de dire que la chimie, la physique et la géologie n’ont pas réussi à définir la fertilité des terres dans sa cause et ses lois, et en cela M. Ville se montre ingrat.
4° L’œuvre de M. Ville est pitoyable; elle sé résume en un mot: renfermer la fumure de J hectare dans une tabatière. Les inven-
leurs, les seuls créateurs de la science agricole, ce sont MM. Liebig et Boussingault.
5° Il peut y avoir avantage à spécialiser les engrais, suivant la nature des cultures. 11 est possible que des engrais privés de matière azotée soient efficaces sur les légumineuses, mais lorsqu’on avance de telles propositions, on les prouve, et M. Ville ne prouve rien.
G0 Nous proposons à M. Ville d’entrer en lice avec lui sur le terrain de l’expérimentation directe, sous le contrôle de chacune de nos écoles d’agriculture. Si M. Ville accepte, nous sommes prêts.
Voilà bien, si je n’ai rien omis, à quoi se réduisent vos articles. C’est à ces formidables arguments que je dois répondre; je vais m’y essayer dans ce qui va suivre.