‹ Les engrais chimiques (volume 2)Chapitre 70 sur 100 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

La question de priorité dont vous avez fait honneur à M. Boussingault se trouvant écartée malgré l’insistance de vos dénégations, résumons rapidement les résultats les plus essentiels que l’on doit à M. Ville, et montrons comment leur enchaînement conduit à un ensemble de règles qui suffisent à tous les besoins de la pratique.

1° Le premier résultat des travaux de M. G. Ville a été de mettre en lumière ce qu’il appelle le 'principe des forces collectives , ou, si vous l’aimez mieux, la vérité de ce fait, que deux engrais dont l’effet utile est exprimé par 6 ou par 8, lorsqu’on les emploie isolément, peut aller jusqu’à produire oO et 40 lorsqu’on les fait agir ensemble, à la condition, toutefois, qu’on les réunisse dans un certain ordre et d’après certaines règles déterminées ;

2° Avant M. Ville, on admettait l’existence d’engrais spéciaux; on croyait, par exemple, que le phosphate acide de chaux suffit aux besoins d’une production continue de turneps et de rutabagas, et que les matières azotées suffisent à la production indéfinie du froment. M. Ville a prouvé que c'était là une interprétation fausse des phénomènes; que ni le phosphate acide de chaux, ni les matières azotées ne possèdent cette faculté, et que l’efficacité temporaire de ces agents tient à la présence dans le sol des autres produits que la végétation réclame.

M. Ville a, de plus, prouvé qu’un engrais composé de phosphate

de chaux, de potasse, de chaux et de matière azotée, réalise les conditions par excellence de la fertilité, et que si on a pu croire un moment à l’efficacité des engrais spéciaux, c’est parce que chacun de ces quatre corps remplit par rapport aux trois autres une fonction subordonnée ou prédominante, suivant la nature des plantes;

3° En fixant aux quatre termes que je viens d’énoncer la composition de l’engrais complet, M. Ville n’a pas avancé un fait arbitraire et banal, mais une proposition rigoureuse et certaine, déduite d’une longue comparaison entre des cultures dans le sable calciné et dans des terres naturelles de toute composition.

D’autres, avant M. Ville, avaient proposé l’emploi d’engrais se rapprochant par leur composition de son engrais complet; mais entre leurs propositions et les siennes il y a toute la distance qui sépare une proposition démontrée par la science d’un fait empirique qui ne peut servir de base à aucune règle générale dans son application .

4° On doit ensuite à M. Ville une méthode nouvelle pour définir les agents utiles que le sol contient et ceux qui lui manquent. Nous reviendrons dans un moment sur le caractère et les avantages de cette méthode, et sur la réclamation de priorité que vous élevez en faveur de M. Bobierre.

En résumé : les conditions de la production végétale pénétrées et définies pour toutes les situations de la pratique agricole ; — la composition de l’engrais type fixée par l’expérience ; — la preuve que les quatre termes qui composent cet engrais remplissent une fonction subordonnée ou prédominante ; enfin, une méthode nouvelle à l’aide de laquelle l’agriculteur peut toujours savoir ce que sa terre contient et ce qui lui manque.

Voilà, monsieur, pour ne parler que des applications agricoles, ce que l’on doit aux travaux de M. Ville et ce qu’il ne viendra à l’idée de personne de lui contester, lorsqu’on aura pris la peine de s’enquérir des questions de dates et de faits. Au moyen de ces quatre résultats, tout s’explique et devient simple dans le travail des champs, la théorie éclaire la pratique, et la pratique consacre, à son tour, les règles formulées par la théorie.

Mais, dites-vous, il n’y a rien de neuf dans tout cela : « Dans la doctrine de M. Ville on ne sent qu’un vide affreux, ou tout au plus quelques idées d’emprunt, mais rien qui révèle un novateur, un artiste. On retrouve comme un reflet des anciennes idées de M. Lie-

big... Mais avec quelle différence de vue et de portée... Chez M. Lie* big, le libéralisme déborde... Ce n’est pas seulement le savant qui décrit après avoir trouvé, c’est encore le penseur, l’artiste, le philosophe, le logicien, le dialecticien, l’homme qui crée enfin, et dont les œuvres rayonnent malgré le temps en faisceaux lumineux. »

Eh bien! monsieur, puisque M. Liebig est un de vos familiers, veuillez résumer, mais résumer sa théorie et sa doctrine. Veuillez surtout nous dire à quelle fumure il faut avoir recours, d’après M. Liebig, pour produire du froment, et fonder vos assertions sur une citation authentique que vous lui aurez empruntée. Mais avant de répondre à cette invitation, veuillez nous dire ce qui a motivé autrefois de votre part ces paroles si peu conformes à votre admiration de fraîche date :

« Nous tenons à ajouter nos protestations à celles de tous les agronomes et agriculteurs qui ont pu lire l’étrange livre de M. Liebig sur l'agriculture moderne. Nous avions commencé une analyse de cet ouvrage, il ne nous a pas été possible d’aller jusqu’au bout; jamais les hérésies et les contradictions n’ont été plus choquantes, sans parler des épithètes fort malsonnantes qui s’y rencontrent. » (Rohart, Annuaire des engrais pour 1862, page 245.)

Vous m’accusez, monsieur, d’ignorer les premiers éléments delà science économique. « L’emploi des engrais chimiques ne répond pas, dites-vous, aune pensée d’avenir; non, ce n’est pas une solution. Elle ne réussira pas, parce qu’elle est un non-sens agronomique

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